À M. DE VAUGELAS
Je seray enfin contraint de croiie qu'il y a quelque chose de supportable dans l'Ode que vous avés veue et que les Muses ne m'y ont pas tout a fait abandonné, puisque, le hazard vous l'ayant présentée, vous en avés jugé si avantageusement et avés creu que sa louange devoil faire une partie de la lettre que nostre ami a receiie la dernière de vous. Vous m'estes un giand aulheur pour les choses auxquelles je me dois arres-
ter, et quand je vous auray pour pleige de la bonté de mes petites productions , je suis capable de les estimer. C'est pourquoy je vous conjure de me désabuser, si ce que vous avés escrit de celle-cy n'est qu'un effet de vostre affection ou de vostre courtoisie. Prenés soin de ma pudeur que desjà vous avés esbranlée et qui peut faire naufrage sur vostre foy.
Vous trouvères , dans ce paquet, l'exemplaire que je vous avois destiné et que je n'ay manqué à vous envoyer que faute de commodité. Relises les Vers encore une fois pour l'amour de moy , et que je sache vostre sentiment particulier sur ce qui vous y choquera. Je veux que vous me payés le devoir que je vous rends par vostre sévère censure et prétens que vous m'y traittiés en Ennemy. Au reste, je suis réduit à voir Alexandre dans Quinte-Curce puisque vous ne nous permettes pas encore de le voir dans M. de Vaugelas*, auquel, etc.
De Paris, ce 10 juillet i633^.
quelques critiques, n'aurait \u le jour que quatre années plus tard. Le lO juin (f° ia) Chapelain avait envoyé une douzaine de lignes à Boisrobert : « Ce billet supplera à mon malheur, s'il m'enipesche de vous trouver chés vous ce matin... A un cœur comme le vostre, il ne faut rien recommander lorsqu'il est question d'agir pour son Ami. Aussi ne vous prescris-je rien en rela et, quoy que vous faciès, je i'approuveray , pourveu que vous ne hasardiés plus vostre fortune, qui est la chose pour laquelle j'ay le plus de tendresse. L'impression de l'Ode ne sçauroil estre faille que pour Dimanche. Je vous l'envoveray sitost qu'elle sera en estât , mais tant à cause de ce qui s'e.st passé entre vous et Monseigneur, qui vous doit rendre un peu retenu avec luy, que pour ce que M. de Bautru m'oblige de sa bienveillance au delà de ce que je puis mériter... etc.n Voilà comment Bautru, à la place de Boisrobert , fut chargé de présenter à Richelieu l'Ode de Chapelain. Dans un autre billet adressé au même abbé {ï° kU) le 22 juin. Chapelain le
prie d'assurer le Cardinal qu'il lui (ienl le cœur lié de mille chai snes et qu'il l'a engagé par l'honneur qu'il lui a fait à souffrir, s'il est besoin , le martyre pour luy. Chapelain ajoute : «Estant né avec du cœur, je ne connois point de richesses qui égalent la bonne réputation qu'il me donne par le cas qu'il fait de moy. Pour les avantages présens et la gratification de l'Avenir dont vous me portés parole pour son commandement, je les reçois à genoux comme des présens célestes. ..n ' Claude Favre de Yaugelas était alors âgé de quarante -huit ans. Voir sur cet académicien la noie 2 de la page h 1 7 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n° V.
2 La traduction de Quinte-Curce ne parut que vingt ans pins tard, en i653 , trois ans après la morl de Vaugelas (26 février i65o).
3 Chapelain écrivait (P /i6), de la Trousse, le (j août 1 63 3, à Boisrobert : «J'achevay hierd'eslre heureux et Monseigneur donna la dernière perleclion à ma félicité par le favorable accueil qu'il luy pleust de me faire lorsque je me présentay
A M. DE PEYRESC,
VBEE DE GllSTRE'
Monsieur , je suis le premier juge de mes actions et de mes pensées. Je fay particulière profession de me connoistre et m'examine continuellement, comme un estranger duquel je me dois destîer. Mou mérite n'est rien si vous Testendés au delà de quelques principes de la bonne Morale , dans laquelle je ne vous nieray pas que l'inclination que Dieu m'a donné ne m'ait fait faire quelque progrès qui me tient l'esprit en tranquillité, foute ma Philosophie a pour fondement la bonté et pour but la douce société. J'ayme les gens de bien et travaille de tout mon pouvoir pour en estre aymé, je les sers (jiiand je puis, et mets mon souverain bien à faite chose qui leur soit utile; comme Chrestien, c'est charité, mais ne me sentant pas digne de m'attribuer une si haute Vertu , je vous diray plus proporlionnénient à ma foiblesse que, comme homme, c"est humanité.
Si la déclaration que je vous fais de ma petite portée vous laisse encore la volonté de m'aymer, je la reçois à grâce et la tiens à faveur, résolu de correspondre de toute ma force à Ihonneur que vous me faittes de me promettre vostre bienveillance. Après que je seray asseuré que vous nattendrés de moy autre chose qu'un zèle passioimé à honnorer vostre vertu, je vivray l'esprit en repos de ce costé là et croiray bien avoir de quoy payer ma debte et vous empescher de vous i-epenlir de vous estre engagé avec moy. Vous estes encore en liberté et pouvés vous desdire sans qu'il y aille du vostre , si vous vous estes laissé surprendre par M. Lhuillier dans les autres biens qu'il ne se peut tenir de dire de moy. mesme à ceux qui me voyent tous les jours et qui luy en j)euvent faire des reproches. Je suis à son goust et à sa mesure : il s'est luy mesme persuadé de moy ce qu'il vous en dit. L'aiïcction insensiblement luy fait voir en mon esprit ce qu'il y désire ^
Pour Vous, Monsieur, que mon bonbeur n'a pas encore abusé, connoissés moy bien
à luy. Je suis plein, je voue l'avoue, et je n'ay plus rien à désirer que la continuation de sa bienveillance... Je luy voulois demander permission d'enrichir ma Pucelle de la vertu de M" ses Anceslres et du mérite dont luy mesme est tout brillant. Je luy pensois expliquer la violente passion que j'aye de luy plaire et le ravissement où m'oni jette les merveilles dont il a glorifié noslre siècle. Cependant je ne sçay comment il arri\a qu'au bon visage qu'il me fit et au charmant discours avec lequel il prévint le mien, je domeulay comme interdit et perdis la mémoire de ce que je luy devois dire pour jouir de l'excellence tleschoses qu'il me disoit. . . Me voyantsouffertel honoré par un si grand homme , la pensée que j'eus lut de ne pas perdre une seule de ses paroles, et il me sembla que je perdrois moins en perdant de ma réputation ... Sa voix me parut plus douce que tout ce que jamais j'ay entendu de plus
harmonieux... 11 ne me sçauroit estre honteux d'avoir esté vaincu par ce suprême Génie qui lait incliner toute l'Europe à son nom ... Je me sens eslevé à un plus haut degré depuis que j'ay esté inspiré de près par luy et me tiens capable d'escrire héroïquement depuis (ju'il a tortillé ma main en me la pressant de la sienne. . . n En vérité, il y a plus de lyrisme dans ce récit que dans toute l'ode à Richelieu.
' Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, abbé de Guitres (diocèse de Bordeaux) et conseiller au parlement d'Aix, avait à ce moment cinquantetrois ans révolus. Voir sur ce grand curieux, sur ce grand savant, l'excellent article qui lui a été consacré par M. E. J . B. Rathery dans la Aouvelle Biogi-aphie générale (t. XXXIV, col. 'iGo-
^ Est-ce un souvenir du doux vers de Virgile : Et ijui amant ipsi soracin Gngnntt
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
avant que de m'aynier : n'estimes en moy que ce que vous y aiu-és observe d'estimable, et ne vous mettes point en danger d'estre inconstant, lorsque vous y trouvères à dire les choses que vous vous en sériés légèrement promises. Mais ces avis sont inutiles à une prudence comme la vostre, et c'est une présomption à moy de vouloir régler vos sentimens. Usés en comme ii vous plaira pourveu que vous me permettiés d'estre à jamais et de me dire, Monsieur, vostre, etc.
De Puris, ce 3i aoùl iG33 '.
À M. DE BALZAC
Monsieur, j'ay peur de vous avoir parlé contre mon intention dans ma précédente sur la fermeté de courage que je désirois en vous dans les mauvais traittemens cpie vous recevés de la fortune, car vous me remerciés de mes avis comme si je vous les donnois pour vous consoler d'une chose entièrement désespérée que néantraoins je ne tiens en mauvais estât que pendant l'administration de ce Surintendant ^ Et, à la vérité, les injustices qu'il commet se respandent sur tant de personnes et avec tant d'opiniastrelé , que tout homme qui a ses intérests entre ses mains se doit armer de
' Je néglige (f U'6) une lettre (sans date) «à M. Arnaud, va° de camp des carabins, t^ où Chapelain entasse les compliments sur les plaisanteries, exprimant la crainte de le déianger dans ses ffoccupalions guerrières ou amoureuses,^ et disant : aj'en attens une punition sévère de Mars et de Vénus de qui je fais troubler les niistères.n
- Claude de Bullion, sieur de Bormelles, avait été nommé surintendant des finances le h août 1682. Tallemant des Réaux {Historiettes, t. II, p. i46) dit, à ce sujet : crLe cardinal de Richelieu le fit surintendant des finances avec M. Bou-
patience et se résoudre au pis. Mais, au jugement de tout le monde, cette violence ne peut plus long temps durer, li la perdra ou elle le peixlra ^. Après cela, nous renouvellerons le Siècle ' et M^' le Cardinal prendra plus d'authorité surceluy qui occupera cette charge pour vous faire satisfaire comme vous le mérités, s'il ne le faitdeluy mesme, ainsy qu'il est à croii-e qu'il fera.
Cependant employés cette belle Philosophie à vous divertir, cette belle Maistresse qui eslève l'esprit au dessus des choses basses et passagères et qui toute seule peut faire vostre pleine félicité. Je vous suyvray de loin. Bien que je sois plus caressé de la fortune que vous, je b sçauray bien quelques fois laisser pour chercher en vostre compagnie les vrays plaisirs de la Vertu. Je ne vous dit point que j'iray resver sur les bords de vostre belle Charante; les bienfaits de nos Princes m'ostent trop de ma liberté pour vous pouvoir promettre ce Voyage. Je vous asseure bien toutesfois que si je suis si malheureux que d'estre empesché de me donner cette satisfaction, je feray tous les jours ce chemin de la pensée et que je seray bien plus souvent auprès de Vous que vous ne croyés.
Vos chasses et vos entretiens me divertissent dès icy et ce ne m'est pas un petit contentement de vous voir Provincial en si
thillier, père de M. de Chavigny; mais Bullion faisoit quasi lout.ii
■'' Malgré cette menaçante prédiction, Bullion resta surintendant des finances jusqu'à sa mort (22 décembre i64o). Balzac lui garda rancune de son mauvais vouloir, comme le prouve l'épi gramme qu'il décocha contre lui , le g novembre 16/4.3, dans une lettre à Chapelain (Mélanges historiques, lettre XI, p. h Un).
* Après cela, ce fut toujours la même chose pour Balzac, et le cardinal de Richelieu ne se souvint pas plus de lui, sous les successeurs de Bullion , qu'il ne s'en était souvenu de 1 682 à 1 Qko.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
bonne compagnie. Après ces grands hommes que vous me nommés , quy a-t-il dans la plus belle Court qui vous peust toucher, et que vous ne deussiës mespriser? Croye's moy, on est heureux partout, quand on le sçait estre, et je ne voy rien qui puisse troubler le Sage que les maladies du corps et celles de l'esprit, que la privation de la Vertu et de la santé. Vous avés la première en érainence; la seconde, à la vérité, est un peu altérée, mais avec le régime et le repos, on en fait la condition bien meilleure, ou quelquesfois on la restablit tout à fait. C'est à quoy je vous exhorte de travailler sérieusement et de vous mettre en estât de nous donner ces belles cho^s que nous attendons de vous et que vous ne devés plus craindre que les libraires vous estropient.
La diligence de ^^ Gestin a obtenu de M. le Lieutenant civil tout le contentement que vous pouviés souhaiter ei la signiOcation en a esté failte à tous ces M" les imprimeurs, de sorte que je pense que vous devés dormir en seureté de ce costé là. J'adjousteray à ces Actes d'^ Justice une recommandation particulière à Camusal' de faire veiller sur les imprimeries et avertir à temps si quelqu'un se bazarde de vous faire tort.
Nous sommes en guerre ouverle avec le Lorrain. Nancy est assiégé et le Roy proche
de son armée ^ Ce sera une seconde Rochelle. Le voysinage des Suédois dans lAlsace peut extrêmement favoriser nos desseins. Il y a apparence que la cause de cette rupture est la déclaration du mariage de Monsieur^ avec la Princesse Marguerite*.
.^U COMTE DE FJESQUE.
Monsieur, vostre lettre du i3 d'aoust m'a consolé extrêmement et conûrmé dans l'opinion que j'avois que vous estiés constant dans vos amitiés et que l'esloignement, non plus que l'inégalité des conditions, ne vous empeschoit point de vouloir tousjours du bien à ce que vous aviés une fois jugé digne de vostre bienveillance. J'y ay encore remarqué un elTet de vostre bonté dans la part que vous prends à mes intérests et le contentement que vous monstres avoir du bien qui m'est venu par la générosité de M*' le duc de Longueville '. C'est une affaire de laquelle je vous ay rendu conte exact, dès le temps quelle fut arrestée. et je voy bien que j'ay esté malheureux et que mes Lettres ne vous ont pas est<^ portées. Celle cy est la sixiesme que je vous ay cscritte depuis vostre parlement.
J'ay eu encore une joye qui n'a pas esté
' Jean Camusal fut nommé, eu avril 1684, imprimeur-libraire de l'Académie française. Pellisson en parle ainsi (t. I, p. 18) : «Cette charge fut donnée à Camusal, qui étoit de tous ceux d'alors celui que Ton eslimoil le plus habile; car outre qu'il étoit très entendu en sa profession , il étoit homme de bon sens, et n'imprimoit guère de mauvais ouvrages. . . C'éloil presque une marque infaillible des bonnes [pièces]; que d'èlre de son impression, n
' Ce fut le i"août iG33 que Louis XIII résolut de marcher droit sur la Lorraine. L'investissement de Nancy fut commencé le a a du même mois, et celte ville fui cédée par le
duc do Lorraine à Louis XIII le ao septembre.
^ Chapelain avait bien deviné. On lit, dans ['Histoire de la réunion (te la Loiraine à la France, par M. le comle d'Haussonville ( a* édit. , 1860, t. I, p. 27a), que le cai-dinal de Richelieu, pour décider Louis XIII à envahir h Lorraine , insista principalement sur wle mariage célébré, l'année précédente, en cachelle, à Nancy, presque sous les yeux et malgré la défense du Roi.»
* La présente lettre, non datée, doit être de la fin du mois d'août.
' Henri II d'Orléans, duc de Longueville, était alors âgé de trente-lmit ans.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
petite, quand j'ay veu dans la vostre, aussi bien que dans celle de M. l'abbé de Thou ', que cette Ode avoit esté bien reçeue en un païs où je sçay bien que je n'ay point de flalleurs. C'est une bien plus considérable récompense à un homme de coeur, et de qui la profession n'est pas de forcer des Villes et de gagner des batailles, que toutes celles que la Fortune luy pourroil présenter, le me loue néantmoins de celle qu'elle m'a produit dans l'esprit de M^' le Cardinal, lequel m'a honoré du tesmoignage de son estime et des marques de sa libéralité. Je l'ay veu, après en avoir eslé gratifié, et en ay esté receu à souhait à la veue de tout le grand Monde de deçà, de sorte que je rends grâces à Dieu du succès qu'il a donné à ma petite réputation et à ma médiocre fortune \
Si celte Pièce avoit passé jusqu'à Sa Sainteté qui a grandissime connoissance de la Poésie ^ et qui peut estre se sera fait divertir d'un ouvrage court qui regarde un des
Princes de son Empire, je serois fort aise de sçavoir ce qui luy en aura semblé. Toutesfois ces tentations ne tiennent- elles point un peu de la vanité , et ne vaudroit il pas mieux souhaitter de nostre Père commun des indulgences et des pardons, que des approbations et des louanges? Je m'en remets à voslre jugement.
Le cher M. d'Elbène n'est plus icy \ Il partit pour aller chés luy, il y a quinze jours , et je le croy maintenant auprès du Roy en Lorraine , dont le bruit est constant que Sa Majesté s'en reviendra bientost avec les clefs de Nancy et la princesse Margueritte pour en disposer à sa volonté \
M. L'Huillier est embarasséde la maladie de son Père* qui languit entre la mort et la vie. et ne sçauroit ni vivre ni mourir. Nous avons eu de grandes conversations où vous esliéset dont vous faisiés la principalle partie.
Je ne sçay si co que vous me dittes de vostre retour est une chose si pressée. Je serois marri de l'avoir souhaitté au préju-
' Jacques-Auguste de Thou était un des trois fils de rhistorien Jacques Auguste de Thou. Il fut abbé commendataire de Bonneval, et, comme son père, il eut la présidence d'une des chambres du parlement de Paris. Pendant la vie de son frère aîné , il fut connu sous le nom d'abbé de Bonneval , et , après que l'ami de Cinq-Mars eu t été décapité (12 septembre 1662), il porta le nom de baron de Meslai. JacquesrAnguste de Thou, très-jeune au moment où Chapelain le mentionnait en la présente lettre, devint plus tard ambassadeur en Hollande , et mourut à Paris le 26 septembre 1677. Nous le retrouverons dans la correspondance de Chapelain avant , pendant et après son ambassade.
* On peut se reporter à l'enthousiaste récit contenu dans la note .3 de la lettre XXI.
' Sur Urbain VIII (Maffeo Barberini) et sur ses poésies, voir la note i de la page 42 1 des Mélanges historiques. Lettres de Balzac, n" V.
' Alexandre II d'Elbène, seigneur de la Mo-
the, était fils d'un autre Alexandre d'Elbène qui mourut en 1 6 1 3 , après avoir été nn des meilleurs serviteurs de Henri IV et avoir mérité le titre de conseiller d'État. Dans le Dictionnaire de Moréri ( 1759), on assure qu'Alexandre II «servit avec réputation dans les armées," et qu'il «avait beaucoup d'esprit. ri
■' Louis XllI, en effet, s'en revint bientôt avec les clefs de Nancy, ville où il fit son entrée solennelle le 25 septembre et qu'il quitta le 1°'' octobre, mais il ne ramena pas la princesse Marguerite , qui , depuis les premiers jours de septembre , était auprès de Gaston d'Orléans, à Bruxelles.
" C'était Jérôme Luiliier, qui fut successivemont conseiller au grand Conseil, maître des requêtes, procureur général de la Chambre des comptes, conseillera la même Chambre, et qui allait mourir quelques jours plus tard (voir la lettre XXVII). Tallemant des Beaux lui a fait une singulière oraison funèbre {Historiettes, t. IV, p. 191).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
dice de vos affaires et je ne demande pas à Dieu maintenant qu'il vous rameine, s'il n'est pas temps, mais qu'il vous conserve en santé en quelque lieu où vous soyés oblige d'estre. Je ne vous prie point de m' envoyer de Rome d'autres nouvelles que les vostres. encore ne veux-je pas que ce soin vous contraigne en quoy que ce soit. Je vous donneray des nostres de temps en temps.
Je vous priois par mes dernières que le premier livre de la Pucelle ne fust point copié : à présent je vous conjure qu'il ne soit point veu pour ce qu'ayant changé Tordre du Poème, je suis forcé de changer plusieurs choses de ce que vous sravés qui seroient beaucoup mieux d'estre oubliées, outre un bon nombre de vers que je corrigerois, mesme quand je le voudrois laisser en Testât qu'il est. Ce n'est pas une chose achevée et qui feroit juger de moy autrement que vous mesme ne le désireriés.
Je vous envoyé un long Madrigal quej'ay esté obligé de faire pour vosti*e illustre Cousine M"' de Rambouillet ' dans le dessein qu'un de nos Amis a pris de luy faire une couronne de fleurs ^ dont chacune pariera ou sera présentée à sa louange. C'est une imitation de l'Italien du Guazzo^ pour une certaine Contesse du Montferrat et qui réussira. Vous jugerés bien de la force du madrigal par l'estime qu'a fait cette rare fille de la vertu du feu Roy de Suède '.
Je suis, Monsieur, vostre. etc.
De Paris, ce 9 septembre i633.
À M. DE SALKS'.
Monsieur, j'ay creu six jours estre mal avec vous, voyant M. Conrart glorieux et triomphant de vos Lettres "^ et n'ayant point de tesmoignage non pas mesme par luy que
' Julie-Lucine (TAi)gennes, alors àgt-e de vingt-six ans. Voir sur M"' de Rambouillet la note 1 de la page /160 des Mélanges historiques, Lettres de Balzac , n° XI , en y remplaçant par le prénom Lucine le prénom Lucie que j'y ai donné à la future marquise , puis ducLesse de Montauzier, sur la foi des auteurs du Dictionnaire de Moréri (t. I, 2* partie, p. 5o), de M. Walckenaer {Mémoires sur M"" de Sévigné, t. I, i85i, p. 33), et de bien d'autres encore.
^ Sur la guirlande de Julie, ofTerlo à M"' de Rambouillet par Charles de Saint-Maure, les citations pourraient être innombrables. Je me contenterai de renvoyer le lecteur aux Historiettes de Taliemant des Réaux (t. II, p. 523), au commentaire de son savant éditeur {ihid., p. 5^3), aux notices des deux derniers éditeurs de la Guirlande, M. Ch. L. Livet (Précieux et précieuses, Didier, 18G0) et M. Octave Uzanne (Jonaust, i87r)). Le n)adrigal dont parle Chapelain est la Couronne impériale, «une des pren)ières fleurs de la guirlande de JuUe,-^ nous dit Taliemant (t. IV, p. aOS).
' Etienne Guazzo, d'une famille noble du
Montferrat, né en t53o,mort en i5y3, secrétaire de Marguerite, duchesse de Manloue, puis de Louis de Gonzague.ducde Nevcrs,a laissé un recueil intitulé: La Ghirlanda delta Contessa Augela biancii Beccaria , contesta di madrigali de dirersi auton (Gènes, i595, in-/j°).
^ Ai-je besoin de rappeler que, dans l'entourage de M"' de Rambouillet, on s'amusait à lui prêter une passion pour Gustave-Adolphe? La pièce de Chapelain est d'un bout à l'autre une ingénieuse allusion à celte prétendue passion. Il y a ici (r53) une lettre «à M' Ainaud, M' de camp des Carabins, 5? du 1 '1 septembre 1 633 , qui ne présente pas d'intérêt.
'■" M. de Salles était Charles de Sainte-Maure, baron de Salles, qui ne devint marquis de Montauzier qu'à la mort de son frère aîné , Hector de Sainte-Maure (juillet i635). On a souvent confondu les deux frères l'un avec l'autre. M. de Salles était alors un jeune homme de vingt-trois ans.
" Charles de Sainlo-Maure, qui s'était lié de très-bonne heure avec Chapelain, ne tarda pas à se lier aussi avec Conrarl, dont il resta le coreh-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous vous fiissiës souvenu de nioy. Il ne vous faut pas dissimuler que ce ne fut pas sans jalousie que je me vis ainsi négligé, lorsque vous preniés tant de soin pour ceux que je vous ay donné. Enfin ma bonne fortune m'a fait rencontrer le page qui s'estoit chargé de me rendre vostre despesche, et j'ay reconnu que je n'avois pas perdu en vostre esprit la place que je m'y suis acquise. Après cela, jugés si vos scrupules sont bien fondés lorsque vous craignes de me deslourner en me donnant de vos nouvelles , et si je dois mal recevoir les choses que je me scandalisois si fort de ne pas avoir.
La Pucelle , à laquelle vous dénoncés une si rude guerre, est une bonne fille et ne veut du mal qu'aux Anglois. Vous n'aurés jamais de procès avec elle pour le divertissement que vos entretiens me donneront. Si j'ose mesme vous le dire, elle se plaist avec les persoimes de vostre âge et de vostre profession. En vous particulièrement elle trouve tant de conformité avec elle, soit en modestie, soit en valiem", que j'ay sujet de craindre qu'elle ne me quitte et que vous ne me la desbauchiés enfin. Ne la prenés donc pour vostre excuse, si vous ne m'escrivés point à l'avenir, ou si vous le faittes succinctement. Donnés moy pour raison vos occupations militaires et vos divertissemens
ffionnaire jusqu'en i665, année où il épousa -M"' de Rambouillet.
' M. de Salles se distingua, auprès de son oncle par alliance, Jean de Galard, comte de Brassac, dans Texpédilion de Lorraine. Pendant que l'oncle était nommé gouverneur de Nancy, ie neveu obtenait un brevet de capitaine.
- Le siège de la Motlie ( aujourd'hui chef-lieu de commune de l'arrondissement de Chaurnont, Haute-Marne) ne commença que l'année suivante. Cette place, qui passait pour imprenable (voir les Mémoires de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, t. 111, p. 78-83), se
guerriers. Je sçay assés vostre chaleur en ces matières ' pour ne pas croire que vous adjoustiés rien, quoyque vous en disiés.
Quand vous aurés pris Nancy et La Mothe * et purgé toute la rive deçà ie Rhin des Espagnols et Impériaux, vous fériés tort à la Pucelle de ne pas aller reconnoistre le Berceau qui l'a eslevée ' et l'Arbre qui a donné lieu aux Anglois de la traitter de Vaudoise et Magicienne*. Ce sont des Anticailles et des Reliques que les Huguenots mesmes, s'ils sont François, peuvent aller adorer sans répréhension. Vous en estes proche et vous serés un grand impie si vous ne faites descente sur le lieu et que vous ne nous rapportiés une vive et exacte description de toutes ses appartenances. Mais je ne m'avise pas que vous estes plus erapesché que moy et que peut estre en vous amusant je fay perdre au Roy l'occasion du gain d'une bataille ou d'une prise de Ville.
J'achève, en vous disant que je me tiens quitte envers vous du Madrigal de fleurs que je vous avois promis ^ comme vous aurés veu par mes précédentes. Je m'estimois aussi engagé à escrire à M. vostre frère , et , après m'en estre acquitté , il me suffira pour toute response qu'il l'ait eu agréable, et qu'il ne m'ait point blasmé de témérité. Les Julies et les Angéliques ^ par-
rendit le 38 juillet i636 , cinquante-deux jours après l'ouverture des tranchées.
^ Domremy , sur la frontière des deux provinces de Lorraine et de Champagne , aujourd'hui canton de Coussy, arrondissement de Neufchàteau ( Vosges).
* Le vieuxhêtre surnommé Varbre auxj'ées,([\n couvrait de son ombre la fontaine des groseilliers.
* Le madrigal destiné à la guirlande de Julie, madrigal dont il a été parlé dans la lettre précédente.
° Julie-Ladne d'Angennes et Angélique Paulet. Il ne peut être question ici de la filleule de cette dernière, AngéHque-Claire d'Angennes, qui fut
AS
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
lent souvent de iuy et dun \L de Sainte- Maui-e ' et ont pour eux la peur dont il ne sont point capables.
Je suis, xMonsieur, vostre. etc.
De Paris, ce li septembre i633 .
A M. LE MARQUIS DE MONTALZIER
Monsieur, vous ne sçauriés estre si judicieux que nous vous connoissons , et penser de vous si modestement que vous faittes ; après les tesmoignages que vous avés donné de ce que vous valés , vous ne pouvés plus parler médiocrement de vous qu'en trahissant vos sentimens propres, et qu'en choquant la créance publique \ Vous estes si fort au dessus du commun que les civilités ordinaires vous sont malséantes et quand vous dittes que vous n'estes pas le plus honneste homme de la Terre, on a sujet de croire que vous estes le plus dissimulé. Vous avés un avantage acquis par vos actions que, quoyque vous dissiés [sic), on vous croii-a tousjours à vostre parole , et il
ne sei'oit pas en vostre puissance . quand vous l'auriés entrepris , de passer pour fanfaron. Ne vous deffendés donc plus de ces perfections qui éclatent malgré vous et qui font le fondement de la haute estime où je vous ay. Parlés de vous sainement et ne soyés pas le seul ennemy de vostre gloire. Rendes vous la justice que tout le monde vous rend et faittes pour vous sincèrement ce que vous faittes volontiers pour les autres. Que si vous estes résolu à vous traitter tousjours avec froideur et à ne vouloir pas commencer désire raisonnable pour vous mesme, souffres au moins quim million d'âmes en disent ce qu'elles en voyent, et souffres que j'en parle a\issi selon la proportion de ma connoissance qui pénètre bien plus en vous que le commun. Ne m'accuses jamais de vous flatter, puisque vostre mérite en osle toute sorte de moyen , et que mon courage ne sabbaisseroit pas à le faire poiu' ceux à qui la nature ou la fortune ont mis des Couronnes sur la teste. Recevés les asseurances de ma passion comme des expressions (idelles de mes pensées . et per-
tnariée, en avril 1608, à François-Adlu-mar de Monte!!, comte do Grignan, celui qui devait ( tGGg) devenir !e [jendre de M"" de Sévijjné. Celte dernière des sœurs de Julie était, en 1 633 , encore une petite fille.
' C'est-à-dire Charles de Sainte-Maure luiinèiiie. Chapelain lu! avait écrit, le 2 septembre (P 'jg), une petite lettre pleine de badinage et dont je ne délache qu'une phrase : rJe me suis acquitté de ma commission auprès de la princesse Julie, qui vous a fait raison de l'insolenco de son uain , auquel elle vous prie de remettre la petite faute qu'il a commis envers vous, et vous prie de la croire petite en faveur de sa stature qui l'empesche de pouvoir rien faire de grand. r<
■ On trouve (f âô) deux lettres de pure civilité, l'une à M"° de la Trousse (la future M°" de Flamaiens), l'autre aucomte'de Guiche (,1e futur maréchal de Gramont). Cette dernière, qui
roule sur une devise au sujet de laquelle le comte de Guiche, un des familiers de l'hôtel de Ramhoulllet, avait consulté Chapelain, est du î- septembre i633, mais l'autre nie parait appartenir au mois de septembre 1 689 , car Chapehdn remercie M"' de la Trousse de ses vœux pour le voyage à Rome et ajoute : tf Je ne désespère pas, si la cour va à (jhasteau-Thierry , do faire un tour à la Trousse, et de vous aller dire adieu peut-estre pour la dernière fois.r
' Chapelain n'exagérait pas le mérite du fils aîné de Léon de Sainte-Maure, baron de Moulauzior : tous les mémoires du temps célèbrent .son héroïque conduite dans Cazal (i63o), et, comme Tallemant des Réaux se plail à le rappeler {Historiettes., t. II, p. 3a 9), le ducdeRohan. auprès duquel il servit en qualité de maréchal de camp dans l'expédition de la Valleline , admirait son génie pour la guerre.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
suadés vous que vous m'en ave's dicté ce que je vous en ay escrit. Le seul deffaut que j'ay remarqué en vous a esté cette mignarde cajolJerie que vous m'attribues : je suis un peu scandalizé des louanges que vous donnés à un mot qui fut escrit avec tj'op de nonchalance pour y avoir rien de bon que la vérité. 11 faut que vostie bonté vous ait fait croire que je fisse aussi bien vanité de bien escrire, comme je la fais de vous bien honorer. Vous avés voulu donner cette complaisance à la foiblesse dont vous avés creu que j'estois malade, et payer le zèle que j'ay pour voslre vertu d'une chose que vous pensiés qui me seroit agréable , et je vous avoue que je vous aurois passé cette courtoisie sans vous en faire de reproche si vous ne m'eussiés point escrit que M^' le cardinal de La Valette ' avoit veu ce que jo vous avois mandé. Vous ne me sçam-iés louer de m'avoir produit en désordre devant des yeux que je respecte par raison , et pour lesquels mon devoir et mon inchnation désirent que je sois tousjours composé.
Accommodés celte affaire selon vostre prudence et ne permettes pas que je déchoye dans ce peu d'estime qu'il a de raoy qui suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. ^ De Paiis, ce ai septembre i633.
A M. DE PEYRESC.
Monsieur, vous m'avés traitté si glorieu-
sement par les premières lettres que j'ay receues de vous, que j'eus sujet de croire que vous vous estiés abusé en moy sur le rappoit de M. L'Huillier. C'est ce qui m'a obligé de vous faire une naïve déclaration de ce que je suis et de ce que vous pouvés attendre de ma foiblesse , afin que vous vous réglassiés là dessus et ne me voulussiés pas plus de bien que je n'en mérite. Maintenant que par voslre response, je vous voy salisfait de mes offres et que vous vous estes contenté de si peu, je rens grâces à Dieu de ce qu'il m'a acquis à si bon marché une amitié si précieuse que la vostre. Je me veux donc promettre, sous vostre bon plaisir, une correspondance perpétuelle d'affection et d'oflîces de vostre part; sans appréhender que l'inégalité de nos forces melte de la différance en noslre profession d'aymer et de servir.
Je reconnois par les traces de vos escrits et par ce que j'apprens par nostre ami commun les avantages que la nature vous a donné sur moy en toutes choses, et par là je me loue de ma bonne fortune qui a mis tout le proffit de nostre convention de mon costé. Mais j'ose vous asseurer que, vous cédant en toute autre chose , je ne vous cède pas en courage ni en fidélité, et que j'auray tousjours de quoy vous payer pleinement en ces deux points. Je me retranche là dessus comme sur mon fort et me sens capable, avec cela, de tenir dignement ma partie en ce concert.
' Louis de Nogaret, troisième et dernier fils du duc d'Epernon , était alors âgé de quarante ans. On sait qu'il prit une grande part à la campagne de i633, comme aux campagnes des années suivantes.
' Je laisse de côté trois billets (T' 57 et 58) à M. de Chavaroclie, l'intendant de la maison de M"' de Rambouillet, le gouverneur du marquis de Pisani. Dans le premier de ces billets , Chape-
lain s'excuse de n'être pas allé rejoindre M. de Chavaroclie, se plaignant d'un déluge qui l'a assiégé dans son logis, et disant agréablement ; «Je me suis apperceu , cette après disnée, qu'un homme ne se pouvoit dire heureux qui n'estoit pas raaistre d'un carosse, puisque ce défaut m'a empesché , etc. v Dans le dernier billet : ( ... octobre), il est question d'une devise demandée à Chapelain par M"' de Combalet.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Quanti le sort voudra, je vous pourray offrir davantage et vous serviray de puissance el de cre'dit; mais quand il ne voudroit pas et qu'il niaui-oit oslé le peu que j'en ay en ce monde , vous pouvés tousjours l'aire fondement sur ma candem" et sur mou zèle qui sont hors de sa jurisdiction et qui seront inmiuables en moy jusqu'au dernier point de ma vie. Au reste bien que les incommodités et les maladies qui vous alfligent me soient extrêmement sensibles ', je tire uéanlmoins une grande consolation de la f>rce avec laquelle j'observe que vous les supportés. Je m'en fay une leçon d'importance pour l'avenir . si je dois en eslre attaqué, el estime en vous dans cette i-enconti-e la modération que je trouve à dire en la plus part des honunes qui sont esclaves de leurs désirs , qui ne méditent jamais que sur le plaisir et qui voudroient n'estre hommes que par cette partie.
On a, ce me semble, heureusemeot tra- ■ vaille contre les adversités, lorsqu'on s'est nmni de ces justes considérations que vous me marqués. La douleur glisse et n'entre point dans l'esprit de ceux qui se sont couverts de ces armes, et quand elle est si aigiie qu'elle l'entame, c'est tousjours sans le pénétrer jusqu'au fonds, et il se trouve
assés vigoureux poui- en esteindre le venin et refermer bientost la playe. Parfois mesmes elles le rendent si puissant qu'il se Aiit au milieu de son sentiment un spectacle dhonnem' à luy mesme, qu'il s'exhorte à la victoire et qu'il se dérache" de sa propre substance, s'il se peut diie, pour se louer ou pour se blasmer selon la fermeté qu'il tesmoignera durant l'assaut du mal. C'est de ces derniers que je vous tiens et c'est de ces derniers dont je veux estre imitateur. Si je ne vous puis égaler, vous me servirés de modelle, et comme l'honmie est bien plus né à souffrir qu'à jouir, j'esludieray sous un excellent maistre la patience chrestienne et l'impassibilité stoïque qui sont les deux remèdes infaillibles de toutes nos inlirmilés.
M. L'iluillier a eu besoin de son servir, ces jours passés, (jueDieu luy a osté M. son père , lequel, bien qu'il fut âgé et moribond dès il y a long temps, eusl surpris son bon naturel s'il ne se fut rencontré fortifié de la bonne et solide philosophie. Je croy que le dessein du voyage de Constautinople est rompu par cet accident qui l'oblige à prendre la charge de M. son père, de quoy ceux qui l'ayment ne sont pas marris'.
C'est trop vous amuser. Je finis eu vous
' J'ai eu roccasion de faire remarquer {Lellres inédites de Guillaume Du Vair , in -8", 1H73, p. 35) que Peiresc ne jouit jamais d'une bonne santé et qu'il mourut prémalurément (26 juin 1637), "'ayant pas encore cinquanle-sept ans. Puisque j'ai cité cet opuscule, j'ajouterai que, dans une note de la page 33 sont réunies diverses indications relatives à Peiresc.
- Le verbe déracher n'est cité dans le Dictionnaire de M. Litlré (sous le mot déraciner) que comme appartenant au vieux dialecte picard.
^ François LuiUier, qui avait été d'abord trésorier de France à Paris, el qui devint maître
des comptes, à la place de son père, acheta plus lard une charge de conseiller au parlement de Metz. On lit dans les Historiettes (t. IV, p. ig'i) : «Guiet dit que comme Chapelain voulait deslouinor Luillicr de se faire conseiller à Metz , l'autre lui dit : Mordieu! Je vous ay laissé faire de meschants vei-s toute votre vie, sans vous en rien dire, et vous ne me laisserez pas changer de charge à ma fantaisie!'' Tallcmanl des Réaux croit que Chapelain n'entendit pas cette véhémente apostrophe, «car ils ont tousjours vcscii en amys depuis cela.» Il est probable que le récit a été imaginé par l'original et malicieux Guyet.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
protestant que je suis à jamais. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce 5 octobre i633 '.
xxvin.