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JEAN CHAPELAIN

A M. HEIISSIUS,

SECRÉTSIRE LATIN DE MESSIEURS DES ESTiTS ,

À LA HAYE '

Monsieur, j'ay si long temps diffère' la response que je devois à vostre lettre du 28 novembre, que j'ay eu le loysir d'en recevoir une seconde du 19 du mois suyvanl, mais ce delay ne venoit pas de paresse , et n'a esté causé que par l'opinion de voir arriver de jour en jour M' le marquis de Montauzier -, lequel vous vouliés sçavoir à Paris avant que de luy respondre. Enfin nous l'avons icy, et je vous puis assurer qu'il ne fut jamais en meilleure santé ni avec plus de chaleur pour tout ce qui vous regarde. Je luy ay fait voir l'endroit où vous me parlés de luy si tendrement et la raison qui vous a obligé à ne luy pas dédier ce posthume

chronologique de Vossius \ Vous croirés bien , sans que je vous le jure , qu'il a receu l'un et l'autre comme de particuliers tesmoignages de vostre amitié de laquelle il se tient le plus riche et le plus heureux du monde*. Quant à vostre lenteur dans le corn? merce épistolaire , n'en ayés aucun remords à mon égard, car encore que je ne l'exerce avec personne plus volontiers qu'avec vous, il est pourtant vray que jamais vostre silence ne me donne de peine et que ce qui me fait souhaitler de vos lettres est purement pour avoir plus de certitude de vostre bonne dis- })osition et du bon estât de vos affaires , sans meslange d'autre interest que celuy là. Il est vray que je ne puis ignorer ces deux choses sans inquiétude, et que je ne croy pas les bien sçavoir quand je les sçay par d'autres que par vous.

' Cette lettre est ia première du volume 1887 du Fonds français (Nouveiies acquisitions). Nicolas Heinsius, dont il a été déjà question dans le tome I" des Lettres de Chapelain (p. 2/17), était, à celte époque, âgé de trente-neuf ans révolus. 11 avait perdu son père, Daniel Heinsius, le 25 février i655. Rappelons que Chapelain, au moment où se rouvre pour nous sa correspondance, avait soixante-trois ans depuis le 5 décembre i658.

^ Le marquis de Montauzier venait d'atteindre sa quarante-huitième année (C octobre i658). On sait qu'il était, depuis le i3 juillet i645.

CHAPELAIK. H.

l'heureux époux de Julie Lucine d'Angennes.

^ Gérard- Jean Vossius était mort à Amsterdam le 17 mars 1669, à l'âge de soixantedouze ans. L'ouvrage posthume dont veut parler Chapelain est Ylsagoge chronologicœ sacrœ (ia Haye, 1669, in-/i°).

'' Nicolas Heinsius était venu à Paris, en 1 645 , pour étudier les manuscrits de Claudien et d'Ovide, et il y avait été très bien accueilh par le marquis de Montauzier, auquel il témoigna sa reconnaissance en lui dédiant un recueil de poésies latines [Elegiarum liber, Paris, i6i6, in-/i").

LETTRES DE JEA.N CHAPELAIN

La première fois que vous aurés la bontë de me donner de vos nouvelles, je vous prie de n'oublier pas l'article de vostre eraploy en qualité de secrétaire latin de M"^' des Estais, lequel M' Huggens ' m'a rendu douteux , en me mandant qu'il n'avoit point ouy dire qu'on vous l'eust offert, quoyque par vostre penuUiesme j'aye sujet de croire que l'avis qu'on m" en avoil donne' est cei'tain, lorsqu'en vous excusant sm* vos infirmités et vos embarras domestiques d'avoir tant tardé à me respondre, vous me diltes : hac de causa dcnique non adinisi hactenus ohlalam capessendi in republica munevis oportunilalem.

Je vous suis infiniment redevable de tout le bien que vous dittes de moy à M' le P [résident] de Thou^ en vos entretiens et de l'avis de l'obligeante manière avec laquelle il reçoit vos bons oflices en y respondant si

favorablement qu'il fait. Il se souvient de mon ancienne sej'vitude et me considère comme une possession qui luy est toute acquise et vous sçavés qu'on aime naturellement ce qu'on croit à soy.

Pour W Bigot *, il est digne de tous les éloges que vous luy donnés et il a cela par dessus .\P Ménage et par dessus moy, qu'il est plus soigneux que l'un d'entretenir bonne correspondance avec ses amis, et qu'il est mieux informé que lautre de ce qui se passe dans la république des lettres, qui sont deux qualités fort propres à le faire chérir de vous '\

La seule chose que je vous ]iuis apprendre de nouveau sur cette matière, c'est que M'ie Prieur \ celuy des nostres qui a escrit contre le livre des Preada miles ^ est principalement attaché à l'édition des vieux glos-

' C'était le frère de Conslanfin Huygens, seigneur de Zuyiicliem , personnage dont nous avons plusicui-s fois rencontré le nom dans le lome I" des Lettres de Chapelain (nolanimenl p. 9 1 3). Christian Huygens naquit à la Haye le 1 i avril 1629 et mourut le 8 juillet 1 Cgô. Conslanlin fut littérateur et homme d'éLit. (jhrislian s'occupa avec éclat de physique , de géométrie et d'astronomie. On sait qu'il fut membre de notre naissante AcaJcmie des sciences et qu'il habita pendant une quinzaine d'années conséculives la \ille de Paris.

■^ Jacques-Augusle de Thon, baron de Meslai, piésident aux enquêtes du Parlement de Paiis, était fils de Jacques-Auguste de Thou, l'illustre historien, cl de sa seconde femme, Gasparde de la Cliastre. Il avait été nommé ambassadeur à la Haye en i(J57. On l'a quelquefois appelé l'abbé de Thou, parce qu'il possédait l'abbaye de Bonneval. Cet abbé commendataire se maria deux fois (1° avec Marie Picardet; 3° avec Renée de la Marzelière), eut un fils et deux filles et mourut à Paris le 26 septembre 1677.

^ Emeric Bigol, un des plus savants hellénistes du xvii" siècle, naquit à Rouen en octobre 1626 et mourut dans la n)ème ville le 18 décembre

1689. Le Moréri rappelle qu'«on metloit à la télé de ses amis Nicolas Heinsius et Gilles Ménageai. Bigol n'a pas été moins célèbre comme bibliophile que comme érudit, et sa bibbolhèque était des plus précieuses. M. Léopold Delisle a consacré, danj le Cabinet des manuscrits (t. 1, 1868 , p. Saa-Sag), un intéressant chapitre à la magnifique collection formée par les Bigol, et principalement par le père d'Émeric, doyen de la Cour des aides de Normandie, et par Emoric lui-même.

" Camusal {Mélanges de littérature, tirez des lettres manuscrites de M. Chapelain , p. 1 8 ) a leproduit très exactement ce passage. J'en dirai autant du passage suivant sur Le Prieur.

* PhilippeLePrieur,néen Normandie, mourut en 1680, ayant «professé plusieurs années les belles-lettres dans l'Université de Paris ->, selon les rédacteurs du Dictionnaire de Moréri, qui l'appollcnt tr habile critique".

•^ Voir sur les Préadarnites la notice mise en tète de Quelques lettres inédiles d'Isaac de La Peyrère à BouilUau {Plaquettes Gontaudaiscs , n° a, 1878), notice où l'on trouvera un assez grand nombre d'indications bibliographiques. — L'ouvrage de Ph. Le Prieur est intitulé : Animad-

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saires grecs recueillis et rangés avec grand soin par l'espace de quarante ans et plus par M' l'Abbé', le familier ami de Scaligeret de Gasaubon\ lequel, en mourant, a ordonné que le volume seroit mis entre les mains de M' Ménage pour le publier, ce qu'il a remis à cet honneste homme qui en est très capable, ayant assés à faire après ses propres compositions. L'ouvrage sera de deux gros volumes in-fol. et d'une utilité îre ''.

Je suis bien aise que le négoce de la bibliothèque Mazarienne pour M"^ Bouilliau '" se reschauffe. C'est son bien et celuy du public et Son Em" y trouveroit son conte. Mais, comme vous dittes, cela ne se résoudra qu'à la venue de la Cour qui ne sera guère icy avant la lin du mois qui commence la présente année °.

Pourveu que vous ne renonciés pas au travail illustre de la continuation de vosfre histoire ', j'en souffriray le retardement sans

vei'siones in librum prœadamitarum , in quibus confutatur nuperus scriptor, et primum omnium kominum fuisse Adamum defenditur (Paris, Biilaine, 1650,10-8").

' 5tc pour Labbé. Charles Labbé, né à Paris en i582, mourut dans la même ville en 1657. Voir l'article que M. Weiss a consacré, dans la Biographie universelle, à cet érndit trop peu connu.

- On lit dans le Secunda Scali^erana (édition d'Amsterdam, 17/10, p. hik): «Labbœus escrit fort bien en grec; c'est un honneste jeune homme docte et infatigable. ;5 Le Duchat ajoute à cet éloge la note que voici: «Charles Labbé, à qui Joseph Scaliger a adressé plusieurs de ses lettres. Voyez Y Anti-Baillet , pari, II, § cvi, p. 1 27 et t 28 de l'édition d'Amsterdam, 1726, in-6°.7i

^ Voir, dans le recueil des lettres d'Isaac Casaubon [Epistolœ insertis ad easdem responsionibus, quotquot hactenus reperiri potuerunt, seciindum seriem temporis acciirate digestœ, 3° édition, Rotterdam, 1709, in-folio), les pages a38, 289, pleines des témoignages de l'estime et de l'amitié de l'éditeur d'Athénée, de Perse, de Strabon, etc., pour l'éditeur des Basilique-'! et des Œuvres de P. Pithou.

' Je retrouve dans une note du Menagiana (édition de 1715, t. VI, p. 266) l'histoire complète des Vieux glossaires grecs, histoire dans laquelle on va voir que Du Cange fut substitué à Ph. Le Prieur: «Pierre Daniel d'Orléans, célèbre par la découverte de quelques manuscrits qui ont beaucoup contribué à illustrer la critique, est le premier qui, ayant trouvé dans la biblio- thèque de l'Abbaye de S' Germain-des-Prez le

recueil des vieilles Gloses, les copia. Turnèbe, Cujas, Joseph Scaliger et d'autres en eurent bientôt communication. H. Etienne les imprima en 1578 comme une espèce do supplément à sou Dictionnaire grec imprimé l'année précédente. Vulcanius en donna une seconde édition à Leyde en 1601, plus correcte, à laquelle il joignit d'autres Gloses, et des notes sur divers endroits. Enfin Charles Labbé, avocat au Parlement de Paris, les ayant à la sollicitation de Scaliger rangées en un double ordre alphabétique fort exact, les recommanda en mourant à M. Ménage qui les remit à M. du Cange. Ce dernier, qui venoit de nous donner son incomparable Glossaire latin en 1678, les publia l'année suivante, enrichies de plusieurs remarques critiques, recueillies par un savant homme qu'il ne nomme pas [serait-ce Ph. Le Prieur?], ne s'étantpas lui-même nommé ni au bas du titre du livre, ni au devant de la curieuse préface qu'il y a mise, n

^ Sur Ismaël Bouilliau, dont il a été déjà question dans le tome I" des Lettres de Chapelain, voir un Document relatif à Urbain Grandier (Paris, 1879, in-8°), document qui émane de l'ami et correspondant de Gassendi.

° La Cour était alors à Lyon (depuis le mois de novembre i658). Elle y resta jusqu'au 1 3 janviei. Loret {La Muze historique, édition de M. Livet, t. III, 1878, p. li) annonce, dans sa lettre du 1" février, que la Cour r depuis cinq jours est revenue !5. Chapelain avait donc bien deviné.

' Heinsius, qui songeait à donner une continuation des Annales des Provinces-Unies de Grotius, abandonna ce travail illustre, car on n'a de lui une seule page d'histoire.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

murmure, surtout si c'est pour donner temps à vostre Ovide de se laisser voir. Nous ne sçavons point de quel volume en est limpression et W le marquis de Montauzier appréhende qu'il ne soit delà petite forme', ce qui estant, vous n'y pourrie's faire entrer guères de vos notes et de vos restitutions à la diminution de vostre gloire et au désavantage de vostre autheur. Nous vous demandons encore éclaircissement sur cela et sur le dessein de l'histoire qui vous doit occuper ensuite, sur quoy je ne puis m'empescher de vous exhorter à la constance, n'y allant pas plus de vostre interest que du mien, car j'en ay desja assuré tous nos amis habiles, et j'y ay engagé ma parole sur la vostre dont j'ay receu par avance les compiimens et les applaudissemens de chacun. Je suis de vostre avis que les Suédois sont de fort dangereux voysins, et qu'ils n'appellent guère la justice dans les résolutions de leurs entreprises, ce qui est clair et sans contredit pour la Pologne. Il ne l'est pas tant pour le Dannemarck qu'ils prétendent avoir attiré cet orage par soninlidélitéet sa duplicité. Quoiqu'il en soit , la gloire en est demeurée à M" les Estats qui se sont glorieusement signalés dans l'assistance qu'ils

' Montauzier avait raison de redouter que ['Ovide ne parût en petit format. L'édition imprimée par les Elzeviers à Amsterdam, de i658 à 1662, se compose de 3 volumes petit in-ia. Les notes y sont très étendues. L'édition à laquelle N. Heirisius avait précédemment donné ses soins (Amsterdam, L. Elzevier, i6.")2) était en 3 volumes in-2/1.

- Le roi de Suède, Charles-Gustave, successeur de la reine Christine, avait fait la guerre à la Pologne en i655 et au Danemark en iGây, i658 et 1 659. Une maladie violente l'emporta, le 2 3 février 1660, et amena la paix qui fut signée à Copenhague le 27 mai de la même année. Sur la guerre dont Chapelain parle en ce passage, et en particulier sur les relations du Danemark

ont donnée en cette rencontre à leur allié qui leur doit la couronne, laquelle la seule victoire de vos armes sur celles de Suède luy a conservée ^

J'avois bien creu malaisé d'avoir une pleine instruction de ces nouvelles découvertes que vos gens ont fait au midy fondé sur les raisons que vostre amy vous a fort prudemment alléguées. Mais cela iraporte peu puisque ce n'estoit qu'une curiosité pure et une pure amour de la géographie qui m'avoit obligé à vous en importuner, et vous croyés bien que je ne suis pas homme à faire un armement pour aller despouiller vos marchands d'une conqueste si éloignée.

Ce qui importe est, s'il vous plaist, de tenir secret ce que je vous ay mandé de M"" Borel, vostre ambassadeur en France*, car peut estre ay-je esté mal informé de ce costé là, et, en tout cas, je serois marri que ce que mes lettres vous en ont appris luy nusist auprès de ses compatriotes. Je vous supplie donc que cela soit ensevely et, si vous eu avés dit quelque chose, de voidoir en affoiblir la créance auprès de ceux à (|ui vous en auriés parlé.

Nous n'avons point encore icy M' Bigot

avec h Hollande , voir l'excellente Histoire de Danemark par C. F. Allen, traduite d'après la septième édition danoise par E. Heanvois (Copenhague, 1879, ^ ^^^- S™"'^ in-8°, t. I, p. 71-79). ' Ce diplomate est appelé Guillaume Boreel dans la Liste des ambassadeurs , envoyés , ministres et autres agents politiques des puissances étrangères en France, fournie par M. M.-F. Guérard à V Annuaire historique pour l'année j85o publié par la Société de l'histoire de Franco (18/19, p. 120). M. Guérard place en 1657 la venue do cet ambassadeur, qui' fut remplacé, on iGtîo, par un simple envoyé, et qui revint à Paris, en 1662, comme un des quatre ambassadeurs extraordinaires chargés de négocier et de signer le traité du 27 avril de cette année-là.

ni par consëquent les exemplaires de Pomponius Mêla de M' Vossius ' auquel , aussi bien qu'à vous, j'en dois un remerciment en forme dont je m'acquitteray quand je les àuray receus. Cependant, faittes raoy la grâce de Tassurer de ma reconnoissance et de mon service.

J'ay esté bien aise de voir dans vostre lettre le jugement qu'ont fait vos sçavans de celles que feu M' de Balzac m'a escrittes\ et de l'avantage qu'ils leur donnent sur celles qu'il a publiées d'un stile moins convenable à ce genre d'escrire là. Ça tousjours esté mon opinion et la luy ayant tesmoignée, il avoit pris le dessein de les revoir pour les mettre en lumière et c'est le tiavail sur lequel il est mort. 11 y en a encore de quoi faire deux volumes et l'exécuteur de son testament ' est après à les préparer. Vous pouvés penser qu'elles ne paroistront point sans qu'elles vous soient envoyées.

On nous avoit dit le naufrage de M"^ de La Plate et je ne l'avois plaint que comme homme et comme malheureux. Maintenant je le plains comme vostre ami et comme un homme de vertu, et vous plains d'une si grande perte. Les vers que vous avës consacrés à sa mémoire ne seront pas sans doute indignes de vous ni de luy et je les verray avec beaucoup de satisfaction. Cela, avec ceux que vous avés faits pour M. Piubens ', serviront à grossir vostre recueil et à en faire un livre de juste mesure.

M' Morus^ a esté icy un mois ou deux sans que je l'aye veu. La veille qu'il partit pour Hollande , il passa à mon logis où je ne me rencontray point à mon grand regret. J'eusse usé de cette occasion pour vous envoyer l'Aristippe qui l'attend depuis si long temps ''. On assure qu'il ne s'en est retourné en vos quartiers que pour prendre congé et s'en revenir à Paris occuper la

' Le Potnponius Mêla d'Isaac Vossius, cinquième 61s de Gërard-Jean ) ossius, avait paru à la Haye en i658 (in-/i°). Isaac avait quarante ans quand il donna cette édition où sont souvent relevées les erreurs commises par Claude de Saumaise dans ses Plinianœ exercitationes (1(329).

- Lettres familières à M. Chapelain (Paris, Aiig. Courbé, 1606, in-8°).

^ L'exécuteur de ce testament était Claude Girard, que l'auteur du Manuel du libraire (t. 1, coi. 63 1) a eu le tort d'appeler Guillaume. Claude fut l'éditeur des Lettres familières à M. Chapelain (auxquelles il joignit une épître préliminaire au marquis de IMontauzier) , des Lettres à M. Conrart (auxquelles il joijTnit une épître préliminaire audit Conrart), des Entretiens de M. de Balzac sur divers sujets (Paris, Aug. Courbé, 1657), etc. Mais il ne publia pas les deux volumes de lettres à Chapelain qu'il préparait pour l'impression en 1669, Ces deux volumes auraient renfermé les lettres de i6ii à i65A, année de la mort de Balzac (8 février). J'ai publié dans les Mélanges historiques de la présente collection

(1878) les lettres écrites par Balzac à son meilleur ami depuis le 3i août i6/i3 jusqu'au 3 décembre iG/17. Mais où sont les lettres de i6'n au mois d'août i6/i3 et celles de iCi8 à i6.56?

* Le grand peintre flamand, Paul Rubens, était mort le 3o mai iGio. Il s'agit là de son fds, Albert Rubens, secrétaire d'Elat et antiquaire, mort en 1657. On trouvera les diverses pièces dont il est ici question dans le recueil intitulé Nie. Heinsii poemutum nova cditio (Amsterdam, D. Elzevier, 1666, in-8°).

5 Alexandre Morus, fils d'un Ecossais, naquit le 2 5 septembre 1C16, à Castres, et mourut le 38 seplerabre 1670, à Paris. Ce ministre protestant, après avoir été professeur à Genève, à Middelbourg, à Amsterdam, fut nommé pasteur de l'église de Charenlon en 16.59. Voir dans la France protestante la longue liste de ses ouvrages. Bayle {Dictionnaire critique) le proclame «l'un des plus grands prédicateurs de son temps dans la religion réformées.

^ L'ouvrage posthume de Balzac : Aristippe , ou de la Cour (Paris, Aug. Courbé, t658).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

chaise qu'on iuy a procurée. Je ne sçay qui y perdra ou gagnera le plus.

Je vous fëlicite de cette médaille d'Ovide qu'on vous a ménagé de Rome ; ce sera sans doute un grand ornement à voslre édition que la graveure que vous en ferés paroistre à la teste, surtout de la main de vos admirables ouvriers.

Cette traduction Françoise de Stace par l'abbé de Marolle ' est un de ces maux dont nostre langue est affligée. Ce personnage qui a fait vœu de traduire tous les vers latins anciens et a presque desja accompli son vœu, n'ayant pardonné ni à Piaule, ni à Lucrèce, ni à Go tulle, Tibulle, Properce, ni à Horace, ni à Virgile, ni à Lucain, ni à Perse, ni à Juvenal, ni à Martial, ni à Stace mesme comme vous avés veM\ Voslre Ovide s'en est défendu avec Sénèque le Tragique, Terence, Valer[ius] Flacc[us], Silius Italiens et Claudian, mais je ne les en tiens pas pour

' Michel de Maroiles, abbé de Viileloin, naquit en Touraine, le 29 juillet 1600, et mourut H Paris le 6 mars 1681, «le plus ancien abbé et U: plus infatigable, mais non le plus exact ni le plus liabile auteur du royaume, j; comme s'exprin)ent les rédacteurs du Morm, lesquels disent encore : «Depuis Tannée 1619 qu'il donna la traduction de Lucain, jusqu'en 1681, qu'il publia l'Histoire des comtes d'Anjou, il ne cessa de travailler et de mell:e au jour un nombre infini lie traductions, qui ne sont pas à la vérité des plus parfaites.» Sur Maroiles en général, sur ses traductions en particulier, il faut lire la très pi- 'juante Notice de M. Sainte-Beuve {Causeries du biudi, I. XIV, p. 107-1/17).

- Voir dans le tome XXXll des Mémoires du P. Niceron la liste par ordre chronologique de toutes les traductions énumérées par Chapelain et de la plupart des autres productions do l'abbé de Maroiles. On a là l'effrayant total de soixanteneuf publications, quelques-unes en plusieurs volume? et quelques autres dans le format in-quarto et in-folio. Encore la liste du P. ÎNiceron est-elle incomplète!

sauvés, et toute la grâce qu'ils en peuvent prétendre, c'est celle du Cyclope à Ulysse, c'est d'estre assassinés des derniers'. C'est le compagnon de Menardière ' et le chef de la conspiration contre la Pucelle \ Dieu nous garde de plus mauvais garçons et d'ennemis plus redoutables ! Je ne m'en suis vengé que par le mespris suyvant vostre conseil salutaire.

Tous nos amis vous baisent humblement les mains, sur tous M' le Marquis de Monlauzier; aussi bien. Monsieur, vostre, etc. De Paris, ce 2 janvier 1659.

A M»^ LA MARQUISE DE SABLE

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