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CCCXXXVII

À M" COLBERT

MINISTRE D'BSTAT, À SAIXT-GERMAIN-EN-I.AYE-.

Monseigneur, le panégyrique latin du Roy que le signor Ottavio Ferrari avoit achevé et fait imprimer il y a plus d'un an, après avoir couru beaucoup de hazards et demeuré longtemps par les chemins, comme toutes les autres compositions des sçavans estrangers que vous faites gratifier j)ar Sa Majesté qui ne sont pas envoyées par des personnes expresses, ce panégyrique, dis-je.

m'a enfin esté mis entre les mains pour le faire passer dans les vostres. Vous en trouvères six exemplaires dans ce paquet , et . si l'accablement des affaires vous laisse une demie heure de libre pour en faire la lecture, je suis persuadé que vous n'avés rien veu en ce genre d'égal ou de mieux pour le

* Le 26 février, Cbapelaifi adresse à la marquise de Flamarens , qui était alors à Damazan (Lot-et-Garonne) une lettre (f° /iio v°) où il s'exprime à la fois en médecin et en ami, en mauvais médecin et en bon ami : «Ce retour do vostre mal au bout de quatre mois et (lemy m'afflige, bien qu'il ne me surprenne pas. C'est i\n effort de la natura pour se délivrer de la surabondance de l'humeur, ou bile ou mélancbolie qui la presse. . .n Cliapelain, dans cette lettre, se sert de l'expression : -reculer pour mieux sauter,^ mais en prenant cotte précaution

oratoire : «comme dit le peuple »>. Plus loin, il emploie le mot mitonner dans le sens que lui a donné M""* de Sévigné (lettre du 2.3 juin 1G77): «Pour bizarre que soit M""' voslre bellemere, il ne faut laisser de la mitonner.» Enfin il ajoute, avec la rancune d'un homme qui a eu à se plaindre des juges: trLes lenteurs de la justice sont la mort des plaideurs, mais on prétend que le code nouveau remédiera à celle misère, n

* Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. V, p. ()2 9 et 63 0).

plan, pour l'esprit, pour le stile, pour le relief qui y est donné aux vertus naturelles et aquises de ce grand monarque et à sa conduite et à ses actions, ou dans la paix ou dans la guerre.

Vous prendrés plaisir surtout, Monseigneur, à y voir avec combien de justice et d'éloquence feu M^Me Cardinal y est traitté, et avec combien de raison et de véhémence la faction de la Fronde y est poussée, sans que cet excellent escrivain ayt manqué d'y employer en des expressions magnifiques les raémoii-es que j'avois dressés en italien, par vos ordres, et que je luy fis porter, il y a deux ans.

Il n'y a point parlé des conquesles des Flandres, parce qu'elles u'estoient pas encore arrivées quand il le mit sous la presse, et peut-estre mesme que les Vénitiens , qui se mesnagent entre les deux couionnes, ne luy eussent pas souffert de publier avec éloge des merveilles si désavantageuses à l'Espagne, de peur quelle ne le prist pour une déclaration ouverte contre ses inlerests. .Mais, estant si dévoué à ceux de Sa Majesté, il n'a garde de perdre d'occasion de les faire valoir où il en aura la liberté, et je sçay que de vive voix il s'en explique à tous ceux de la Seigneurie et aux estrangers qui le visitent si clairement et avec tant de feu que le Roy et vous. Monseigneur, avés sujet d'en estre satisfaits.

Dans une apostille de sa lettre, il me consulte sur le dessein qu'a le premier médecin du duc de Parme de faire un présent au Roy d'une lampe sépulcrale antique et célèbre en Italie entre ses plus grandes curiosités, laquelle il ne croit pas indigne de Sa Majesté, si elle ne l'a pas désagréable. Vous verres, dans l'autre page de ce billet,

ses propres termes, et me ferés, s'il vous plaisl, Ihonneur de me faire sçavoir ce que je luy dois respondre, car je garderay un profond silence sur cet article jusqu'à ce fjue \ous me coumiandiés de parler.

Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis inviolablement, Monseigneur, voslre, etc.

De I';uis, ce xxis février 1GG8.

CCCXXXVIIl.

À M. nEL\SIUS,

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