‹ Lettres. PubliéesChapitre 152 sur 309 · PROFESSEUR EN RHETORIQUE · texte numérisé non relu

PROFESSEUR EN RHETORIQUE

À SAIMLR.

Monsieur, si vous ne croyés eslre aimé et estimé de moy que sur le prétendu bon mot de la piraterie hollandoise , je ne me tiens pas trop assuré que vous le croyés et sur ce pied là j'auray bien plus de droit de vous traiter de cajoleur que vous de m'en donner le titre. Vous avés le gousl trop fin pour sentir comme une chose fort exquise une chose fort commune et qui ne valoit pas

ouy parler, et dont vous m'avés fait naistrc une grande envie. Je m'envay donner ordre pour me le recouvrer s'il est à Paris. Avoit-il quelque atTinilé avec vos Secundi des Pais Bas, les baisers do i'nn desquels ont fait lanl de bruit parmi les modernes? Un jésuite allemand de Bavière a eu assés de réputation dans la lyrique et a creu donner le pion à Sarbieski polonois. Je sray ce que j'en dois croire , mais je seray bien aise de sravoir ce que vous en croyés. Vous ne m'avés point éclairci au sujet de ce refroidissement entre vous

et AF V[ossius]. J'en suis marri. Si cela se peut cscrire, il seroit bon que je le sceusse pour me conduire avec luy.n

1 Imprimée dans le recueil do M. Clément (t. V, p. 63 1 et 682).

^ Ces deux sonnets, qui nous ont été conservés dans le recueil déjà si souvent rite, sont intitulés, l'un : Sur la conqtieslc de la Franche-Comté ; l'autre : Au Roy pour l'inviter à finir sa campafpie. Les deux sonnets sont au-dessous du médiocre.

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la relever. Ce sont vos réflexions d'Hélène et d'Io qu'il faudroit exalter si les lettres d'affaires soulTroient ce meslange d'érudition et de sçavantes délices.

Je viens au fait pour lequel vous m'avés escrit, et je vous feray souvenir que dans mes dernières je ne vous proposois point l'employ d'Amsterdam , mais je me resjouissois avec vous de ce qu'il vous avoit esté proposé, comme m'en avoit assuré ce Nimeguois à qui quelqu'un l'avoit mandé avec une poig^née de loiïanges pour vous et de grands tesmoignages de la haute réputation où vousestiés en ces quartiers là. Vous voyés par là. Monsieur, qu'il ne s'agissoit pas dans ma lettre d'un traitté à faire, mais d'un traitté fait selon ma pensée. Il ne seroit pas, au reste, de vostre honneur ni de nostre profit que vous vous ofl'rissiés pour cet employ par vous ou par vos amis, à moins que vous en fussiés recherché par ceux que je croyois qui l'eussent fait. Je ne laisseray pas, si le Batave me revoit, de le remettre sur ce discours et de tirer adroittcment de luy ce qu'il sçail au vray de la chose. Que s'il y a le moindre fondement, de quoy je doute, puisque vous n'en avés point oiiy parler, je l'obligeray à en escrire, mais comme de luy mesme, pour en estre eclairci , m'oifrant, en cas que ces HoUandois y pensent, de vous porter à l'accepter. C'est tout ce que vous aurés de moy pour ce coup sur cet article.

Quant à vostre application à la 11° partie des Poètes grecs ou à la IIL de vos épistres latines, de quelque costé que vous tourniés, vous ne sçauriés que bien tomber estant aussi plein que vous estes de beau sçavoir et pouvant également réussir en l'une et en l'autre langue. Quand je vous ay sollicité du I", ce n'a pas esté pour luy donner la préférence sur le IV que je ne sçavois pas qui fust dans vostre inchnation, mais pour vous exciter par mon estime à ne pas laisser oisif un si beau talent que le vostre.

Je suis avec beaucoup de vérité, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xv avril 1G68.

cccxLvin.

À ^1. HEI>SIUS,

niîSIDENT DR m" LES ESTiTS EN SUEDE . À LA HAYE.

Monsieur, pour ne vous pas laisser partir de Hollande sans response à vostre lellre du 5 avril , je laisse toutes choses pour m'aquiter de celle là. Voilà donc vosirc voyage de Stockholm résolu. Dieu vueille qu'il vous soit favorable et que vous puissiés retirer de là tous vos elTets en seureté! A ce que je voy, c'est avec les habitans de Suède que vous avés des debtes actives , et je conclurois volontiers à vous faire accepter le secrétariat de la République qu'on vous oiïre, puisqu'il vous serviroit plus que tout à obliger vos débiteurs à vous satisfaire. J'ay beaucoup de consolation de l'espérance que vous me donnés d'estre de retour cliés vous avant la fin de l'automne.

Pour la guerre que vous appréhendés entre la France et M" les Estais, comme les choses sont disposées, apparemment elle ne se fera pas, et vous n'aurés pas besoin de précipiter vos affaires sur cette crainte ni d'estrangler vos intercsts pour vous en mettre à couvert.

Tout ce que vous me dites de l'élection de M' Grotius pour ambassadeur en Suède est et curieux et raisonnable. C'est un pronostic d'altération et de décadence dans un Estât lorsque les factions l'emportent sur la raison , et que les puissans font entrer dans les délibérations publiques leurs particulières affections. M' de Beuning eust esté nécessaire sur les lieux pour remuer la brigue et pour faire pancher la balance du bon coslé.

Vostre épigramme sur la Franche Conté a pieu à tout le monde. Je n'en ay point en-

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core de response de M' le duc de Monlauzier ni de M' de Lionne , qui sont absorbés par les affaires. Le principal est qu'elle leur a esté rendue très fidellement, et je vous ay desja mandé que je lavois envoyée a M' Colbert.

Vous ra'apprenés le gain de cause de i\r l'evesque de Paderborn pour la coadjutorerie de Munster contre l'Electeur de Cologne '. Je ne m'en i-esjoiiis que parce qu'il est excellent poëte et vosire bon ami.

Vos exemplaires de Prudence sont encore à parûislre et M' Cigot aussi dont le silence et la flegme me surprennent et me desplairont, s'ils durent encore longtemps.

Je n'ay point trouvé dans vostre paquet la lettre pour M' de Tbou qui devoit luy estre présentée avec le livre que vous vous proposiés de luy faire tenir par moy.

Puisque l'on doist bientosl réimprimer les poésies du coadjuleur de Munster, augmentées, j'atlendray à ce temps là de les faire acbeter.

Qui est cet Iladrian Wallius qui a pris soin de l'édition de vos poésies? 11 me semble qu'il y a un jésuite flamand de ce nom là \ qui avec deux autres joints en vœux avec luy n" a pas fait de mauvais vers latins.

Vous m'avés fait faveur de retenir la plume de M' Grulerus à qui les doigts démangent et qui a plus de loysir que moy. Je veux espérer que M' Grœvius, aussi bien que luy, aura receu le paquet de mes bagatelles que

M"^ de Beuning, en s'en retournant en Hollande, voulut bien, l'an passé, faire mettre avec les siens. Vous nelaisserés pas, s'il vous plaist, de vous en éclaircir par luy mesme, luy en escrivant un mot, car je ne veux point passer pour ingrat auprès de luy, lequel d'ailleurs j'estime extrêmement.

Faites aussi de grâce l'office auprès de M' Gronovius dont je vous ay supplié. M' Colbert, à la vérité, n'exige point de ces dédicaces quon ne fait jamais guères sans excéder dans les éloges et sans passer les bornes de la modération, laquelle il professe uniquement, et son esprit ne se plaisant en matière de louanges qu'à celles que Ton donne de bonnes grâce au Roy. Je ne sçay pourtant s'il n'est point de la bienséance à l'égard de ses obligés de ne complaire pas à cette excessive modération pour luy tesraoigner modestement sa gratitude et plus à l'égard du public (jue de luy, comme a fait M' Rcinesius, avant que mourir, en luy addressant ses notes sur le prétendu fragment de Pétrone. Vous et luy y songerés selon vostre discrétion ordinaire.

Vostre lettre m'a bien distingué ces deux poètes flamand et allemand qui ont tous deux le surnom de Secundus. J'ay le Flamand \ Pour l'autre, je le feray cliercber sur vostre parole et auray un grand divertissement en les conférant ensemble sur les différences que vous m'y marqués.

1 On lit dans le Moréri (arlicle Furstembei-g): r Ses belles qualités, et surtout sa prudente et judicieuse conduite, lui acquirent une estime si générale, que le fameux évêque de Munster, Christophe- Bernard van Galen, le voulut avoir pour son coadjuteur, quoiqu'il ne fût ni son parent ni son allié. L'affaire ne fut pas sans difficulté de la part du chapitre de Munster; mais l'évéque les leva, et vint heureusement à bout de faire faire l'élection le i() juillet 1C67.J)

5 Jacques Wallius (Van de Walle), né à Cour-

Irai en lôgg, mourut vers iGSo. Voir sur Wallius la Bibliothrque des éa'ivains de la Compagnie de Jésus, où il est surnommé (t. III, in -fol., col. 1478) fTun des meilleurs poètes latins de notre Compagnies.

^ Nos recueils biographiques ne connaissent que Jean Second, né à la Haye en novembre i5ii, mort à Tournay en septembre i536, l'auteur de délicieuses poésies latines dont la première édition fut donnée à Utrecht en i56i (in-ia).

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Je ne connoissois point ce Georgius Sabinus ^ que je nie donneray, si je le rencontre.

Vous m'ave's eslonné en me desployant M' V[ossius] et nie le monstrant tel que vous nie le peignés. Lorsque je me plaignois du ballot délivres que je vous envoyois par luy, il y a dix ans, et qui périt entre ses mains, vous l'excusiés sur sa naturelle négligence et vous l'espargniés. A ce que je voy, il faut vivre avec ces gens là fort resserré et les regarder tousjours comme presls à la moindre occasion de devenir nos ennemis.

Vous ne sorés jamais eu peine d'user de ces précautions là avec celuy qui est inviolablemenl, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xis avril 1668.

À M. VOSSIUS

iiiSToniocniPHE des estats de II0I,L.(>'DE, À LA HAYE.

Monsieur, j'ay leu dans vostre response à la lettre qui accompagnoit la grâce du Roy le ressentiment cpic vous avés des offices qui vous ont esté rendus pour cela par M' Colbert auprès de S. M. et ceux là mesnie que je vous ay faits auprès de ce vertueux ministre. V^ous avés le cœur trop bien placé pour avoir d'autres mouvemens sur ce sujet là , et s'il y avoit quelque chose à désirer dans vos expressions, c'est que vous n'y eussiés pas mis à si haut prix le soin que j'ay continué de prendre pour vos interests dans la continuation des largesses royales, vostre

réputation estant si grande qu'elle eust peu faire cet effet toute seule et sans que le zèle que j'ay pour vous s'en fust meslé. Le remerciment donc que vous me faites de l'obligation que vous m'en voulés avoir se tourne en obligation envers vous du trop de reconnoissance que vous m'en tesmoignés et me causera une grande confusion de m'en voir récompensé bien au delà de mon mérite.

Si quelque jour. Monsieur, vous me placés dans vos escrits entre ceux qui auront eu part en vos bonnes grâces , comme vous me mandés d'y esfre résolu, prenés garde de ne vous pas dcshonnorer en me trop honnorant et de ne vous attirer pas de seconds ennemis par le trop de bien que vous en pourries dire.

Vous ne sçauriés tomber dans cet inconvénient en parlant de M' Golbei-t pourveu que vous [vous] renfermiés dans les choses que je vous ay marquées , car certainement il n'y a point d'encens dont il ne soit digne pour ces matières là, où jamais personne n'a apporté tant d'assiduité, d'attention, d'exactitude, d'intégrité ni de fidélité, de quoy ses jaloux sont forcés de demeurer d'accord eux mesmes.

Le traitté de feu M' vostre père qui regarde l'Origine de l'idolâtrie, augmenté si notablement que vous me l'apprenés ", sera un vray livre à luy en faire une offrande, et pour ce qui est de me la faire souffrir \ remettes vous en à mes soins. Cet autre du raesme louchant les Vices du langage et des Gloses latino-barbares , accreu aussi de moitié, sera un grand regale au public, quand

' Baiilet {Jugemons des Sacans, t. III, p. Saô) en parle ainsi : «George Sabiniis, allemand, professeur à Francfort-siir-I'Oder, (|ui éloit en réputation de faire d'assés beaux vers, a coraposé un traité en forme de Préceptes pour apprendre à faire des vers à l'imitation des Anciens : De Carminibus ad Veterum imitationem urtificiose componendis , Paris, in-S", i58o.')

- Gérard-Jean Vossius avait publié son Traité de ridolàtrie en 16/11 {De theologia genlili et physiolngia christtana, seu de origine et progressu idolatrice (Amsterdam, in-li"). J/édition augmentée donnée par Isaac Vossius est in-folio (2 vol. Amsterdam, 1668).

* Chapelain a voulu dire évidemment : la lui faire souffrir.

il se laissera voir, et le public vous en sera bien redevable '.

]\P Yostre père n'a- 1- il rien adjousté à son jugement des historiens de l'une et de l'autre langue^? C'est un cbamp où le bon sens a le plus de lieu de s'exercer pour raffiner la conduite des ministres d'Estat , à quoy ce que nous en avons desja de luy n'est pas d'tme utilité médiocre. N'a-t-il aussi rien adjousté à son bistoire de l'béresie pëlagienne ^ qui est si curieuse ?

Je seray bien aise de voir en son temps ce qu'a escrit ce secrétaire des cérémonies de Léon X de son pontificat' et les commentaires italiens de BoccaUn' sur Tacite que vous avés mis entre les mains des EIzevirs , qui seront sans doute fort fins d'une plume aussi délicate que la sienne". Lorsque ces deux ouvrages se vendront, je vous prie que je le sacbc des premiers.

Quant aux sujets qui vous exercent vous mesme, j'ay esté ravi d'en avoir eu par vous le dénombrement. Quelques Hollandois voyageurs me dirent, l'année passée, que M'' les Estais vous avoient fait sçavoir qu'ils n'approuvoient pas qu'estant leur historien, vous eussiés application à

autre chose cpi'à l'histoire, et que si vous en dédaigniés l'employ, ils le donneroient à un autre. Je creus cet avis apocrifie au moins du coslé d'une si sèche déclaration. Je voy pourtant que vous avés tout quitté pour travailler effectivement à leur histoire. Que je sache le temps qu'elle comprendra. Pour sa publication, quand elle seroil achevée, il y auroit de l'imprudence à la faù^e recendbus odiis, et les ressorts du gouvernement sur lesquels roule encore présentement sa conduite ne souffrant pas d'estre silost descouverts.

La nouvelle édition que vous médités de la Version des Seplantes sera une chose de grande importance, surtout appuyée de vos observations et de vos notes. II y aura plaisir de vous y voir escrimer contre vos émules principalement sur le sujet de l'âge du monde dont vous avés desja si bien parlé. Mais on ne verra guères plus tost ce travail que vos annales'.

J"aurois volontiers la liste de vos ouvrages philologiques que je ne doute point qui ne soient exquis. Je vous dis le mesme de vos exercilations physiques, où les essais que vous en avés laissé voir me font voir que vous

' De viliis seiinonis et glossemalis latim-barbaris libri /F (Amsterdam, i6i5, iii-i"). C'est la première édition. La seconde est de Francfort (i()66, in-/i°). La troisième, augmentée de cinq livres (De xÀliis. . . libri IX quorum quinque posteriores nunc primum prodeunl ) , fut donnée dans le tome II des OEuvres complètes du père d'Isaac (Amsterdam, 6 vol. in-fol., 1695-1701).

^ De historis grœcis libri IV (Leyde, i6a6, in i", et i654, in-i°). De historis latinis libri Ul (Leyde, 1627, in-4°, et i65i, in-4°).

^ Hislorim de controversiis quas Pelagius cjusque reliquiœ moverunt libri VII (Leyde, 1618, in-6°). La seconde édition, soignée par Isaac, est d'Amsterdam (i655, in-'j° de 83o pages).

* Chapelain veut parler de Paris de Grassis , né à Bologne, mort à Rome en juio iSaS, suc-

cesseur de Burcard (i5o6)dans la charge de premier maître des cérémonies de la Cour papale, évéque de Pesaro en i5i3, auteur du Diariuin curiœ romaniœ , recueil qui, malgré son ifnporlancc, est encore en grande partie inédit.

^ Trajan Bcccalini, né en i556 à Lorette, mourut en 161 3, assommé, dit on, dans son lit avec des sacs remplis de graviers. Voir sur ce satirique écrivain V Histoire de la littérature italienne de M. L. Etienne (p. tig'i).

'' Les Elzevier, qui avaient publié un ouvrage de Boccalini {Pielra del parajjoiie polilico , 1660), ne furent pas les imprimeurs des Commentari sopra Cornelio Tacito, qui parurent à Genève (1669, in-4°).

' On ne devait jamais voir ni les Annales ni la Version des Septante.

LETTRES DE JEA^ CHAPELAIN

monstrerés Leaiiconp de force et do pe'netralion. Vous me promettes de m'en instruire pins amplement par vos premières et je m'y attens. Cela pourra ne vous estre pas imitille, car je suis icy vostre tenant et vostre champion.

M' vostre neveu trouvera ici mes baisemains et vous que je seray tousjours. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xx avril 1G68.

A M" COLBERT

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