À M. LE COMTE GRAZIANI
sechetaihe des commandemens de s. a. s"" de modère, À MODK^E.
Monsieur, il m'est arrivé par la voye de
' La perpéluilé de la foi sur l'Eucharistie. Le premier volume du grand ouvrage d'Antoine Arnauld et de Nicole parut en janvier 1669.
- Les contemporains prétendaient que, depuis la mort de Conrart (28 septembre 1670), les livres de Claude n'étaient pas aussi bien écrits.
^ Le i5 du même mois. Chapelain écrivait à l'abbé Marucelli {(' ho) : t-Pour l'esclaircissement que vous me demandés touchant la gratification de M' Ménage, ce que vous en avés appris est véritable. Voicy desja deux ans qu'il n'a rien receu du Roy. Peut-estre cela ira-t-il autrement à l'avenir, car la chose s'est passée sans éclat, et il a esté en
cela, selon mon avis, comme beaucoup d'autres, plustost oublié que rayé. Je n'ay pas sujet de me louer de luy, mais je ne laisse pas de l'en plaindre et de luy souhaiter une autre fois mieux. Il a fait imprimer à ses despens un gros volume d'Origines italiennes qu'il ne manque; a pas d'envoyer à noslre illustre Académie de la Crusca. Je vous supplie de sçavoir de nos académiciens les plus habiles la vraye opinion qu'ils en auront et de me le mander sans qu'on sçache que je vous en aye prié. Faites moy aussi la grâce d'assurer M' Redi de mon estime et de mon
service, n
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
M'' Cassini mille choses agréables de vostre part, la première M"" Cassini luy mesme lequel en ce peu de temps que je Tay veu lorsqu'il me lit l'honneur de me venir rendre vostre paquet, j'ay trouvé tel que vous me l'avés représenté, je veux dire civil , habiie et de bonne rencontre, de quoy je prêtons bien profiter tout le temps que nous l'aurons icy. La deuxiesme est le volume de l'histoire de Modène qui doit estre un fort bon livre , ayant pour attestation de son excellence un si beau sonnet de vous sur le front. Mais la troisiesme passe tout et méritoit un courrier toute seule. Vous entendes. Monsieur, que c'est largument et le premier acte de vostre tragédie'. Vous nentendiés pas moins , sans que je m'en expliquasse davantage, que l'un et l'autre mont pleinement satisfait et que si jamais pièce de ce genre a deu plaire h vos Cours el à toutes celles oii la beauté de vostre langue est connue, c'est celle cy quand elle sera achevée comme vous l'avés commencée. En effet, à la réserve du principal personnage qui ne sera pas du goust des Aristotéliciens, et que vous estes persuadé que les
exemples nombreux des anciens Grecs tiendront supportable, tous les autres y sont introduits à souhait pour la régularité des mœurs et des passions. Le nœud m'en semble ingénieux et le dénouement surprenant et raisonnable. Quant à l'élocution, elle est si pure, si sousleniie, si libre, si semée de figures sans enflure et sans affectation, que, si, dans les autres parties il y avoit quelque chose à désirer pour leur perfection, celle cy en couvru'oit les taches par son éclat et par son agrément.
Continués donc, Monsieur, avec assurance d'un bon succès et ne donnés pas temps à vostre veine de se sécher, tandis qu'elle coule si heureusement et envoyés m'en les actes l'un après l'auti-e par les plus seures occasions que vous pourrés trouver. Vous en disputerés la palme à tous les poètes tragiques italiens, non seulement au TrissinoN au Succoni \ au Rucellai, au Giraldi'', au Groto\ qui demeurent loin derrière vous aussi bien que le Torelli^ le Palavicini', le Bonarelli', mais encore au Tasse et au Testi, quand sa tragédie ne seroit pas demeurée
* Il s'agit très probablement à'U Cromvello (Boiogûe, 1O71). Cette tragédie obtint un succès prodigieux.
* Ce nom a été par inadvertance écrit Tiscino. Ciovan Giorgio Trissiiio naquit à Vicence en juillet 1/J78 et mourut à Rome en décembre i55o. Voir dans la Biographie universelle un bien substantiel article de Daunon, qu'il faut rapprocber des indications el appréciations de M. L. Elienne ( Histoire de la littérature italienne, p. 933, 234,25/i, etc.).
^ Sic. Aucun poète de ce nom n'est connu en Italie. Je suppose qu'il faut \ue Speroni. Voir sur ce poète dans noire premier volume la note 1 de la page 892.
'^ Jean-Baptiste Giraldi, surnommé Cinthio, né à Ferrare en i5où, mourut en celle ville le 3o décembre 1573. La plus célèbre de ses tragédies fut ÏOrhecche (i5ii), que l'on met au même rang, selon Sismondi,que ia Sofonisbe de
Trissino, ïOreste de Rucellai et la Canace de Speroni. Voir sur Giraldi le livre de M. L. Elienne p. /i3i-i37.
' Louis Grotlo, né dans la ville d'Adria en iS'ii, mourut à Venise en décembre i.'i85. On a de lui deux tragédies : YAdriana et la Dalida.
^ Pomponio TorcHi, né en i539, mourut à Parme en avril 1609. Il laissa cinq tragédies, dont une, intitulée Mérope, a été analysée dans le Cours de littérature dramatique de M. Sainl- Marc-Girardin (septième édition, 1861, t. I, p. 3o3 et suiv.).
' Pietro Sforza Pallavicini naquit à Rome en novembre 1607 et mourut dans ia même ville en juin 1607. Cet historien du concile de Trente, qui fut nommé cardinal en 1O57, est l'auteur d'une tragédie: Ermenigilde (Rome, 166/j).
^ Prosper Bonarelli délia Rovère, mort septuagénaire à Ancône en mars 1 Gôg , composa une
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iniparfaitte. Si M' l'abbé Siri me demande à voii- ce que j'en ay, je le luy presteray volontiers, comme à un de vos intimes amis el très dig^ne juge des œuvres d'esprit les plus fines el les plus relevées, mais ce sera à condition de ne le laisser entre les mains de personne de peur qu'on n'en tire de copie. J'ay appris que M' le comte Rabatta , l'ayant esté visiter, avoit trouvé sur sa table le manuscrit que je luy ay confié par vostre ordre. Il seroit fascheux que cette rencontre luy donnast l'envie de le voir et de le faire copier, du moins d'avertir la Crusca de cet ouvi âge et de vous en faire une aflaire avec elle. Je suis assuré du moins que cela seroit infaillible si par cette voye là M' Ménage venoit à en avoir connoissance, car il ne manqueroil pas à en faire sa cour à cette Académie, dont il se pique d'eslre un membre et à laquelle il vient de dédier un volume d'Ortffines italiennes. Il n'y auroit pas de danger que vous priassiés l'abbé d'aller bride en main de ce costé là et de n'en donner communication à qui que ce soit. Je luy en toucheray un mot à la première veiie.
M' l'abbé d'Aurillac n'est point encore à Paris. Aimés moy tousjours et me croyés , Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xvi avril jGGg'.
des meilleures tragédies do son temps, Il Solimano (Venise, 1619). 11 ne faut pas le confondre avec son frère Guiduibalde, l'auleur de la jolie pastorale Filli di Sciro (Ferrare, 1607).
' Le 18 avril. Chapelain écrit à W'agenseil (P i3): «Dieu soit loué que M' Conringius se porte bien! Celuy qui nous favoit fait morl disoit que ç'avoit esté de saisissement de quelque escrit composé contre luy, mais vous m'esclaircissés de la chose et je voy par ce que vous m'en mandés que si la mort esloit fausse, la cause prétendue ne l'esloit pas. J'en attens lous les jours la confirmation par luy-niesme. . . Il faut que M' de Gravelle soit bien mal informé des ioix saliques à l'esgard de la France pour n'avoir peu respondre à l'objection du député de la Bourgogne auslrichienne de n'oser nier que ces ioix empeschent les roys françois d'eslre vassaux d'un autre Prince pour quelque partie de leurs posses-
CHAPELil.N. — u.
CCCGV.
A M. BOECLER,
PROFESSEUR EH ÏLOQUBNCE EN L-ACâDÉUIE BE STRASBOURO , \ STRASBOURG.
Monsieiu-, j'ay tardé à respondre à vos remerciments en attendant le paquet des livres que vous m'accusiés à la fin de vostre lettre pour vous en accuser la réception et vous en faire le remerciment que vos soins méritoient. Celuy que vous a vies sans doute fait à M' Colberl n'a point passé par mes mains pour avoir esté mis dans le paquet de M' Le Bègue qui l'aura porté à son addresse et m'aura privé do la joye de vous rendre cet oflîce . . .
Je vous suis bien obligé du soin que vous avés pris de me recouvrer ces pièces curieuses, surtout cet autographe des lettres de Bongars^ qui sera un manuscrit à fort
sions, et que sur ce fondement ils avoient refusé le royaume de Napies offert, pour ne relever pas du Saint-Siège, car il ne leur a jamais esté offert et ils n'ont jamais refusé ce vasselage. Le député doit estre un grand impudent. Lors de la paix de Munster, la reyne régente refusa bien de tcnii' les deux Alsaces et Brisac de l'Empire, mais non pas sur celte mauvaise raison là. Ce fut par une fierté mal entendue dont nos sages la blasmèrenl extrêmement. Le Roy, qui agit plus prudemment, veut réparer celle faute en prétendant que ses conquesles de Flandres le rendent un légitime membre de l'Empire pour le bien de l'Allemagne et pour le sien. Il entre par là aux droits du Roy d'Espagne qui esloit membre aussi de l'Empire par la Bourgogne el par le Milanois , et il le sçaura bien maintenii.n
' Jacques Bongars naquit à Orléans, non en i55i, comme on l'a souvent prétendu, mais
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parer ma petite bibliotèque. Cet excellent homme avoit un commerce règle avec le fameux Fra Paolo ', et j'en a y veu les responses à la main, qui sont d'utiles mémoires pour l'histoire de leur temps, principalement pour celle de l'interdit de Venise*.
Vostre inquiétude sur les marques publiques que vous voudriés donner au Roy de vostre reconnoissance est digne de la noblesse de vostre ame et je vous en sçay très bon gré. J'y ay mesme un assés grand interest, ayant maintenu jusqu'icy vostre considération dans l'esprit de S. M. par M' Colbert pour l'avoir continuellement assuré que vous travailliés à une nouvelle édition de Polybe dont, et de vos conimenlaires sur cet excellent politique, vousluy déviés faire une offrande glorieuse, et je n'ay osé luy en oster l'opinion et l'espérance que je n'aye à luy faire de vostre part une proposition qui équipole^ à celle là en dignité.
En attendant que vous le puissiés, je ne ni'esloignerois pas de celle que vous me failles d'un panégyrique et, en ce cas, vous pourries en prendre les matières dans celuy de Ferrarius de Padoiie composé sur mes notices et que je vous envoyerois si vous ne l'aviés point avec celles qui me sont venues
depuis sa publication. Gela vous donneroit quelque respit et à moy de quoy vous tenir tousjours vivant dans la pensée du Prince et du Ministre. Mandés moy vostre résolution là dessus.
M' le comte Graziani, secrétaire d'Estat du prince de Modène , en a fait un très beau envers italiens, et M' Garlo Dali, professeur d'humanités à Ferrare, en va faire imprimer un en prose florentine qui ne cédera en rien à pas un des autres en beauté. Vostre stile est sublime quand vous voulés vous élever et tout ])ropre à soustenir un semblable sujet.
Je doute que l'ami sur qui javoisjetté la veiic veiiille entendre à l'achapt des exemplaires resians de la première partie des Supplémens de Freinsbemius, estant homme d'une profession à negotier plustost les affaires d'Eslat que de librairie V Je le sonderay pourtant là dessus. Vous avés bien raison de dire que M' Scelstenius, son héritier, devoit en faire l'impression. Il y auroit mieux trouvé son conte. La deuxième partie, qui auroit rendu l'ouvrage complet, luy eust fait avoir le débit de la première. Les gens ne connoissent point leurs interests.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xix avril 1669'.
en i558, comme on le voit dans la nouvelle édition de ia France protestante (t. II, col. 816); il fut enterré à Paris, le 29 juillet iCjig {Ibid., col. 830). Un recueil des lettres de Boiigars avait été publié à Leyde en 1667 (Epistolw, in-12), mais ce recueil était fort incomplet. Un volume des lettres françaises du savant diplomate l'ut publié à Paris en 1688.
' Pielro Sarpi, en religion /ra Paolo, naquit en i55a, à Venise, où il mourut en 1623. L'auteur de VHistoire du concile de Trente est trop connu pour qu'il soit utile d'ajouter un seul mot à cette note. Je constaterai seulement que SOS biographes, qui mentionnent parmi ses correspondants Bacou, Barclay, Casaubon, les frères Du Puy, Grotius, Saumaiso, de Thou,
Yossius, ont oublié d'y joindre Jacques Bongars. - Les précieux autographes de Bongars et de Sarpi vus par Chapelain nous onl-ils été conservés? Je ne trouve aucune lettre à l'adresse du grand publiciste vénitien parmi les i8i lettres contenues dans le volume intitulé: Lettres de Monsieur de Bongars, Résident et Ambassadeur sous le Roy Henry IV en diverses négociations importantes (La Haye, >()8i, in-8°).
* Le verbe équipoller n'a guère été employé au xvh' siècle. M. Liltré ne cite sous ce mol que deux auteurs du siècle précédent , La Noue et Montaigne.
* C'était le duc de Monlauzier, comme nous le verrons plus loin.
' Le même jour, Chapelain console ainsi He-
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
À M. GUSTMAYER,
StCRETtIRE DE Ll RÉPUBLIQUE Dg DANTZIK , À DANTZIK.
Monsieur, le long temps que je suis demeuré sans avoir de vos nouvelles m'a fait appréhender qu'il ne vous fust mésarrivé, et je n'en estoispas peu en peine lorsque j'ay receu voslre lettre du xvi mars qui m'a appris vostre voyage de Conierberg' avec W Hevelius et l'heureux retour de l'un et de l'autre à Danlzik. Je vous souhaite beaucoup de pareilles commissions pour y desployer vos talens et monstrer à vos supérieurs de quoy vous estes capable. C'est par ces voycs là qu'on se met en considération et qu'on ëlève sa fortune. Je feray voir à M" Conrart, car je le croy l'une des deux personnes de Paris dont vous faites un cas particulier, ce que vous en dites et rengagement où vous vous estes mis de n'en perdre jamais le souvenir. De quelque manière que ce recueil de pièces concernant l'abdication du roy Casimir" soit fait, ce ne peut estre qu'une pièce pre'cieuso et à garder. Je ne refuse donc pas l'offre que vous m'avés faitte de me l'envoyer à vostre commodité' et par une voye amie. Je vous dis la niesme chose pour ce qui pourra pa-
roistre de semblable sur l'élection du roy futiu*.
J'admii'e la confiance des Polonois qui, environnée (sic) de mille périls, ne désespèrent point de la fortune publique. Cela a du Romain, et dans une nation belliqueuse, c'est un grand préjugé de sa conservation. Je luy souhaite pour roy le victorieux prince de Condé à qui la goûte n'empescha pas l'hyver de 67 d'estre le principal instrument de la [conquête de la] Franche-Comté en douze jours non entiers encore. Assés de gens luy augurent icy cet accroissement de gloire. La Pologne en effet ne sçauroit élire un autre sujet qui le vaille'. Il importe aux Hollandois surtout que le Moscovite n'occupe point la Suède. Si les Moscovites et les Tartares estoient bien unis avec les Polonois, ils n'auroient tous rien à craindre du Turc, de l'Empire ni de la Suède.
J'admire la supinité' du duc Charles de Lorraine de poursuyvre une coui'onne de cette importance avec des incivilités que l'Empereur ne commettroit pas mesme en cas pareil , tout empereur qu'il soit et quelque haut qu'il le porte. On nous a dit icy que son neveu le candidat, de son costé, a irrité la noblesse par un insulte qu'il a fait à un gentilhomme de leur corps. La lettre de
velius (f° Zi5) des critiques de quelques savants français : «Quant à ceuï des nostres qui vous ont chicané sur l'observation que vous avés faitte des dernières comètes, ne vous en eslonnés pas. Ces matières si délicates et si faciies à tromper les sens ouvrent un large champ à la contestation entre personnes de mesme mestier, et comme elles sont très élevées, elles haussent et enflent aussi le cœur de ceux qui s'y appliquent à ne pouvoir guères souffrir de compagnons. Ce n'est pas d'à cette heure qnefigulus figulo invidet. Cependant vous vous pouvés calmer l'esprit de ce costé là. Leurs objections n'ont fait que blanchir, et voslre ouvrage n'en est pas demeuré moins affermi et moins estimé des personnes capables et désin-
téressées, surtout de S. M. et de M" ses ministres, ce qui vous doit encourager à poursuivre courageusement ce qui reste à faire de vostre machine céleste pour accomplir vostre grand dessein et vous mettre au dessus des Tichos et des Archimèdes mesme. n
' Sic. Probablement Kœnigsberg.
^ Jean Casimir V abdiqua , le 1 6 septembre 1668, dans la diète de Varsovie.
' On sait que ce fut Michel Coribut Wieçnowieçki qui fut élu roi de Pologne le 19 juin
* Du latin supinitas, stupidité. Le mot supinité n'a été admis dans aucun de nos dictionnaires.
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l'oncle est curieuse et je vous en suis oblige. Pour la pre'diction, je m'en moque, comme de toutes les autres superstitions de cette nature là.
De Paris, ce xix avril 1669 '.
À M. OTTAVIO FERRARI
PBEVIBB PROFESSEUS E!l ÉLOQDEKCE 1 L'CSITERSITS DB FAOOCE,
À PADOCE.
Monsieur, je respons à vostre dernière lettre du 5 mars et, pour ne point faire le modeste avec vous, je vous avoueray que par mes soins attentifs à vos interests je puis avoir eu quelque part à la nouvelle faveur que \P Colbert vous a procui'ëe auprès du Roy. Mais qu'avois-je rien de mieux à faire que de veiller au bien d'un aussi excellent homme que vous estes? Je le devois à vostre me'rite quand je ne l'eusse pas deu à vostre amitié. Je continueray les mesmes offices tant que
Dieu me donnera de vie et que la fortune me laissera en estât de le faire et qu'elle souffrira que je sois escouté. Vostre reconnoissance envers le Prince et le Ministre est digne de la bonté de vostre cœur, et les marques que vous estes résolu d'en laisser à la postérité sont aussi agréables que justes. Pour moy, si vous luy recommandés mon nom, ce sera grâce et non pas justice. J'approuve fort vostre dessein de reprendre vostre histoire et d'en dédier les dix premiers livres à S. M. aussitost que vous les aurés repassés, en attendant que vous luy en puissiés offrir la continuation où ses héroïques actions trouveront leur place naturelle.
Je receus, il y a six semaines, une lettre du 2 0 décembre après une longue demeure par les chemins, et la croyance que vous me tesmoignés avoir qu'elle ne s'y soit perdue, m'a fait craindre que l'ample response que je vous y fis n'y soit périe , ce qui ne m'afUigeroit pas moins. Car je vous
' Le même jour. Chapelain s'adressait en ces termes au généalogiste allemand Spenerus Riipis- Villanus (f ^i6 v") : «Monsieur, il y peut avoir un an qu'on m'apporta de vostre paît un livre de Tables généalogiques des maisons d'.MIemagne parmi lesquelles vous en avés mcslé quelques-unes de celles des autres nations de l'Europe. A la leste de ce livre il vous a plu de mettre de vostre main une espèce d'inscription trop obligeante par laquelle vous me demandiés des mémoires de celles de France des plus illustres pour les faire entrer dans le deuxiesme volume auquel vous estiés alors appliqué. n Chapelain s'excuse de ne pouvoir rien lui fournir: «Tout ce que je vous en puis dire est que nous avons en ce genre l'Histoire généalogique de la maison de France par W de Sainle- Marlhe, celle de la maison de Montmoroncy par Duchesne, celle de la maison de Chastillon par Diibouchel, celle de la maison de Harcourt par la Roque, celle de la maison de Courlenay par Dubouchat, celle de la maison de Luxembourg pai- Duchesne et Vignier. , . J'ay tenté quelques fameux généalogistes de celte Cour pour en tirer
(le celles qu'ils ont prestes à publier, mais il n'y a pas eu moyen de l'obtenir d'eux qui en font le fondement de leur fortune. Ayant trouvé ces portes fermées et ne me pouvant résoudre à tromper vostre espérance entièrement, j'ay engagé un de mes principaux amis de la première qualité à faire faire la sienne pour vous la communiquer. Il me l'a accordé de fort bonne grâce, et c'est celle que ce paquet vous fera voir avec les preuves de quartiers nécessaires pour estre admis aux ordres du Roy. Le nom de ce seigneur est M' le duc de Monlauzier, si rempli de voitu, si consommé dans la guerre, si habile dans la politique, si exemplaire dans ses mœurs, si puissant en raison, si versé dans les belles-letlres, enfin si fidèle à son Prince qu'entre tons les grands hommes de l'Eslat, il a esté choisi par S. M. pour gouverneur de W le Dauphin, lequel réussit admirablement sous une si sageconduilte. Vous pouvés employer cel arbre généalogique en toute seurelé et croire qu'il n'y en a point dans vostre recueil, si l'on en excepte les souverains, qui le relève davantage.»
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
y exprimois ma joie de vostre convalescence; je vous y rendois raison des motifs (jpie j'a vois eus pour n'employer pas plus d'épisodes dans mon poëme, et je vous remerciois du favorable jugement que vous aviés fait de ses autres parties, sans tomber nëantmoins d'accord de le mériter. Je vous en remercie de nouveau et vous conjure, si vostre loisir vous permet de le repasser, d'en marquer les fautes qui vous sont eschappées à la première lecture et de m'en vouloii' avertir.
Le secret de dessaler l'eau marine a esté certainement trouvé, et l'Académie royale, députée pour l'examiner, en a veu l'espreuve , mais, outre la petite quantité qu'en produisent les ingrédiens (|ui entrent dans cette opération, on est encore en doute si l'usage en sera innocent et si elle ne gardera point quelque malignité qui nuisist au corps de l'homme. On en fera l'expérience sur les animaux les plus approchans de sa nature.
Je n'ay point d'habitude avec M' l'Ambassadeur de France h Venize' et je suis après à en descouvrir pour tascher de vous le concilier, encore que pourveu qu'il soit raisonnable, vous n'avés besoin que de vous mesme pour vous faire considérer extrêmement par luy, surtout luy faisant savoir l'honneur que vous fait le iloy de vous tenir entre ceux qu'il a jugés dignes de ses grâces.
Cela vous sera auprès de luy le meilleur passeport du monde. Je ne laisseray pas de continuer mes diligences pour vous y servir.
Les foi-mules de Marculphe " ne se trouvent plus chés les libraires et, pour les recouvrer, il faut qu'il en couste la vie à quelque curieux. J'en feray une soigneuse perquisition.
Le président de Grammont, foible continuateur de M' de Thou, est mort il y a long temps' sans avoir donné la suite de son ti-avail, dont les faits et les conseils sont de mauvais mémoires pour une bonne histoire*. Il m'a dit autresfois qu'il l'avoit composée sur les Gazettes ^ Jugés quelle scureté 1
Il a [)aru, depuis deux ou trois ans, un abrégé de l'administration du cardinal Mazarin escrit en latin, de stile inégal, et qu'on ne lit qu'avec indignation, tant il est plein de mensonges impudens et de basses flatteries. L'autheur s'en nomme Prioleau, un insigne fourbe, et, pour tirer quelque argent de la Sérenissime République, il la luy a dédié sous le nom de PrioH, se voulant faire passer pour un de celte illustre famille , insérant dans son espistre ces mots : agnoscile vestriitn civem, quoyqu'il fust fils d'un chélif minisire huguenot de Saint-Jean d'Angeli ^ Il vient d'estre réimprimé à Leip-
' Cet ambassadeur élait, depuis l'année i6()8, Nicolas Prunier de Saint-André, premier président du parlement de Grenoble.
- Marculfi monachi formulœ. Ce recueil avait été publié on i6i3 (in-8°), par Jérôme Bignon. On le réimprima en iC55 et en 166G (in-/i°).
* Gabriel de Barthélémy de Grammond, président au parlement de Toulouse, mourut en cette ville en i65A.
* Historiarum Galliœ ab excessu Henrici IV ad annum i6ag, libri decem octo (Toulouse, Colomiès, i6'i3, in- fol.). Voir sur cette histoire une note mise sous une lettre de Guez de Balzac, du i5 février if/i^, dans les Mélanges
historiques de 1878 (page /i85). Chapelain se montre presque aussi sévère pour l'ouvrage du président de Grammond que Guy Patin hii-raéme.
5 Cet aveu doit être rapproché du mot de Guy Patin, déclarant que l'Histoire de l'indigne rival du président de Thou n'est guère autre chose que le Mercure français assez mal tourné (Lettre à Spon, du 19 juin i6Zi3, p. 290 du tome 1" de l'édition Reveillé-Parise). Dans la Bibliothèque historique de la France (t. II, p. 456, n° 21 569) on rappelle que le président de Grammond composa ses annales sur les Mémoires des ducs de Mayenne et de Rohan, et sur les actes publics.
*" Bayle ( Dictionnaire critique) déclare que
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
sic ', et si vous en vouiés avoir le divertissement, vous en aure's facilement un exemplaire par Francfort.
La vie du cardinal de Richelieu est escritte avec les preuves en 3 volumes in-folio par Aub[e]ry ^ et le Père Le Moyne l'escrit encore^. Un médecin pie'montois a escrit en grossier latin le gouvernement du cardinal Mazarin et il le continue juscpi'à sa mort\ Il est réaliste "' contre la Fronde. Les meilleurs mémoires de ce gouvernement sont ceux que ce cardinal a publiés sous le nom du comte Gualdi *.
Le traitte' des lampes sépulchrales paroistra à vostre commodité. L'autheur françois des Origines italiennes enfin vous a préveneu , comme je vous Pavois prédit. Le papier ni l'ancre ne luy ont manqué par ce qu'il en fait l'édition à ses despens. La question sera s'il les en pourra retirer, ce que peu de gens croyent, tant à cause de la foiblesse de son stile que de l'amas qu'il a fait de ces étjmologies par ouy dire, sans choix et sans jugement, ce qui s'y trouvera de bon d'ailleurs n'estant que des lambeaux desrobés et souvent [gâtés] par ses conjectures. Il s'appelle Ménage et est le plus vain, le plus présomptueux et le plus plagiaire des hommes. Les principaux académiciens de la Grusca à qui il a dédié son Miscuglio conmie un de
ses aggregés se trouvent embarassés de son offrande et ils n'en attendent que de la honte pour leur corps. Vous rectifîerés par vostre travail sur cette matière tout ce qu'il aura allégué et rangé de travers, et, en le parcourant, vous verres combien il vous donnera de matière de le relever et de désabuser le monde lettré de sa fausse doctrine . en sorte que vous n'aurés pas besoin de mon exhortation pour vous y porter.
M' du Plessis m'a envoyé un exemplaire du panégyrique. Il a appai'emment retenu les autres pour les distribuer, selon vos ordres , à M' d'Ambrun , maintenant évêque de Metz , etc. Je verray M' l'abbé Seguin et m'aquiteray de la commission que vous m'avés donnée pour luy, comme aussi M' Carcavi.
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xx avril 16G9.
A M. HEINSIUS
BÉSID8KT DB UH. LES ESTITS DES PROVt;<CE$ U51ES E5 SCÈDI , \ STOKHOLJl.
Monsieur, j'attendois tousjours vos responsesà l'avis que je vous avoisdoimé dès le commencement de l'année de la continuation
Priolo «descendait desPriuli, on Prioli, maison illustre qui a donné quelques doges à la république de Venise. n II a réuni (remarque A) divers témoignages relatifs à la noblesse de la famille Priolo.
' Celle prétendue édition de Leipsick est en réalité celle d'UtrechI (1669, petit in-12) apud Pelrum Elzpvirium. Voir les Elzévirs par Alph. Willems (Bruxelles, 1880, p. ii a). Une édition vraiment donnée à Leipsick est celle de 1 686 , iii-S", cum notif et indice Chnstophori Friderici Franckenstenii , professoris historicB Lipsiensis. C'eft la meilleure de toutes, au jugement de Bavle.
* Histoire du cardinal de Richelieu et Mémoires pour l'histoire du cardinal de Richelieu (Paris, Bertier, 1660, 3 vol. in-fol.), réimprimés à Cologne en 1666-1667 en 7 vol. petit in-ia, deux pour l'Histoire et cinq pour les Mémoires.
^ On ne sait, disent les auteurs de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (t. II, in-folio, col. 1898), ce qu'est devenue celte histoire. Les savants bibliographes renvoient, au sujet de cette histoire, à divers passages des Lettres de Guy Patin.
* Viliotto.
'' Sic pour royaliste.
* Le comte Gualdo Priorato, déjà menlionné.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
des grâces du Roy et de la civilité' ordinaire de M' Colbert qui les avoit accompagne'es de ses lettres, quand je receus un billet de vous du 97 février qui ne me parloit de rien moins, ce qui m'a fait craindre que la mer n'ait englouti mon paquet et ne vous ait privé de cette consolation au milieu de vos peines. Si vous recevés celuy-cy, cpioyque vostre compliment ne puisse plus venir que tard à nostre Mécène, ne laissés pas de le iuy faire et le dattes du 1 5 mars. Je le feray valoir comme s'il estoit véritablement de cette date.
Ce que vous m'escrivés de vostre mauvaise santé et de la foiblesse où vous a laissé vostre dernière maladie m'afllige beaucoup et me fait vous conseiller de vous ménager davantage et d'avoir plustost moins d'attention à vos interests , la vie estant préférable à toutes les richesses du monde. Vos gazetiers d'Amsterdam publient que vos patrons vous envoyent en Moscovie pom* empescher la dernière rupture entre les Moscovites et les Suédois. Ce seroit tomber de fièvre en chaud mal. et les précautions contre le mal seroient nécessaires au double. Les mêmes ont desja dit deux fois que M' Grotius est désigné pour ambassadeur en France et M' \an Beuning pour extraordinaire en Angleterre. Comme les choses se sont tournées depuis son dernier voyage à la Cour, il semble avoir perdu une bonne partie de l'affection qu'on y avoit pour Iuy, et qu'il avoit pour nous , de quoy je suis très marry pour son interest et pour le vostre.
M' EIzevir m'a fait remettre entre les [mains] un exemplaire de Prudence pour
• Le même jour, Cliapelain adresse à Gronovius ces questions et ces complimenls (P /19 v"): «A vostre commodité vous me ferés sçavoir si l'édilion de vostre Pline est fort avancée, si elle n'aura point d'autres notes que les vostres, et en quel volume elle paroistra. Je vous demande le
M' le cardinal Barberin, et j'en ay chargé un de vos compatriotes qui part pour Italie et qui le Iuy présentera de vostre part, en arrivant à Rome, assurément.
Le débris des affaires de M' de Thou est certain. Causa latet. Pareille infortune est arrivée à M"^ de Monmor par la banqueroute de 5oo,ooo livres qu'a fait son fils et la réduction des l'entes qu'il avoit sur le Roy.
Je vous avois dit par mes dernières pourquoy je ne pouvois me rien promettre en faveur de M" Schaffer et Graevius à mon grand i-egret, mais la condition de ce dernier est assés bonne pour l'en plaindre moins.
L'autorité croissante de M' Van Beuning ne peut qu'estre fort utile à vostre fortune. Vostre épigramme pour le jour natal du jeune roy Charles est excellente, comme tout ce qui sort de vostre plume.
Je n'ay plus de santé, mais sain et malade, je seray tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xx avril i66ci'.
À M. THÉVENOT