‹ Lettres. PubliéesChapitre 178 sur 309 · A M. BERNIER · texte numérisé non relu

A M. BERNIER

Monsieur, je respons à vostre lettre du 5 mars de Gonstantinople et loue Dieu de ce qu'il vous y a fait arriver en santé et en estât de poursuivre et de finir bientost vostre longue pérégrination. Vous verres par la copie que je vous envoyé de celle qui respondoit à la vostre de Radouan [sic pour Tadouan) l'abrégé de ce que \Pde Merveilles, M' Thévenot et moy avions fait pour vostre consolation en ces pais estranges et de ce que d'autres avoient refusé de faire en vostre faveur avec beaucoup de dureté, comme aussi le bon procédé de M' Chapelle, après que je luy eus rerais l'ample lettre philosophique que vous m'aviés addressée pour luy. Vous verres les diligences que nous avons faites lui et moy pour vous faire trouver de nos nouvelles à Smyrne, Ligourne et Venise, selon que la fortune vous y porteroit. J'ay une grande impatience que vous soyés à Marseille pour ne plus rien craindre sur vostre sujet.

Par un postcript* de ma lettre d'il y a deux mois, je vous inforniois de l'assemblée de philosophes que M' de Monmor avoit faitte cbés lui , plus pour authoriscr les belles resveriesdc M' Descartes que pour autre chose, et de ce qu'estoit devenu («jc) cette compagnie; vous rendant coule en mesme temps des aventures de M"^ Sorbière dont vous me tesmoiguiés grande curiosité. Je n'ay rien à y adjouster, sinon que l'on a esté sur le point de perdre M' de Monmor \ tombé dans une

' Le volume déjà cité de Fr. Redi sur les insectes (Florence, 1668, in-4°).

* Le voyageur Jean-Baptisie Tavernier, né à Paris en i6o5, mourut à Copenhague en 1G89. Voir les six voyages de J.-B. Tavernier, qu'il a faits en Turquie, en Perse et aux Indes (167G- 1677-1679, 3 vol. in-i°).

^ Imprimée par M. de Lens dans sa brochure déjà plusieurs fois citée (p. lii et ij).

* M. de Lens a changé postcript en postscriplum.

^ Montmor ne mourut que dix ans plus lard (ai janvier 1679).

mélancholie mortelle pour' la banqueroute de son fils aisné * qui ne va guère moins de 600 mille livres, et d'autres malheurs fort seDsibles qui luy sont arrives.

\r Chapelle avoit escrit trois duplicata de la sienne aussi , oîi il vous tesmoignoit beaucoup de désir de vous avoir pour compagnon de vie et de logement à vostre descente à Paris. Il est présentement'^ aux champs, pour sa santé. Je ne vons'souhaite pas moins ici que lui, pour apprendre mille choses qu'il n'y a que vous en Europe qui nous puissiés solidement enseigner. Venés donc le plus tost que vous pourrés et me croyés tousjours, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxvi avril 1669.

À M. DU IIAMEL,

PBIECR DE S1I1T-LA1IBBBT, À LONDRES.

Monsiem', j'ay sceu plus d'une fois par M' vostre frère l'honneur que vous me faiaiés de vous souvenir de moy et je ne doute point qu'il ne vous ait mandé le soin que j'avois de m'enquerir de vos nouvelles et la joye que je luy tesmoignois lorsqu'il m'en donnoit de bonnes. Celles que je viens de

recevoir par vous mesmes ont mis le comble a ma satisfaction et je ne puis les souhaiter meilleures. Vous vous portés bien. Vous avés du loysir pour vaquer à l'estude. Vous travaillés à l'ouvrage que je vous ay conseillé pour vostre gloire et pour l'instruction du public. Tout cela va le mieux du monde et croyés moy que vous ne sçauriés présentement rien faire de mieux , car quelques merveilles que vous puissiés faire dans les lettres saintes, elles ne convertiroient pas l'Angleterre opiniastre en ses erreurs et mal disposée à escouter la raison de ce costé là.

Prenés le plus de liaison que vous pourrés avec M' Boile* et les autres habiles physiciens anglois. M' Oldenbourg ^ vous servira auprès d'eux de proxénète et vous les conciliera avantageusement. Vostre pénétration dans les mystères de la nature et l'excellence de vostre stile achèveront ce qu'il aura commencé.

J'approuve fort que vous donniés quelques heures à l'intelligence de leur langue pour profiter sans truchement de leurs escrits. Elle ne vous sera pas mesme inutile pour le service du Roy et pour celuy de M' l'Ambassadeur \ Je vous conseillerois volontiers de lire le Purchas et IHacluit , livres de grandes lumières pour la navigation'. Ce seroit en

* M. de Lens a mis par à la place de pour.

* Le fils aîné du protecteur de Gassendi, Henri-Louis-Aubert de Moutmor, seigneur de Mesnil, fut maître des requêtes comme son père et comme son frère cadet (Jean-Louis); il mourut sans enfants d'Anne Morin , sœur de la maréchale d'EsLrées.

^ M. de Lens a remplacé présentement par maintenant.

* Robert Boyle, un des plus célèbres philosophes anglais du xvu' siècle, naquit en Irlande en avril 1621 et mourut à Londres en décembre

* Henri Oldenburg, né à Brème, mourut ea août 1678, près de Greenwich. Il était venu à

CHAPELAI.N. II.

Londres en qualité de consul de Brème, et il fit ensuite de l'Angleterre sa patrie d'adoption. Il a traduit en latin plusieurs ouvrages de Boyle, son ami. Chauflepié (au mol Oldenburg de son Dictionnaire) a donné divers extraits des lettres de ce physicien à Boyle. Oldenburg, qui fut un des secrétaires de la Société royale de Londres, édita les Transactions philosojihiques , de i665 à

* Charles Colbert, marquis de Croissy, était ambassadeur de France à Londres depuis 1668.

' Le recueil de Sam. Purchas, intitulé llakluytus posthumus , parut à Londres en 5 vol. infol. (1620-1620). Voir le Manuel du libraire (t. IV, col. 978).

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vous jouant et vous apprendriës la langue en apprenant ces choses.

Obligés moy de vous enquester si Piivius qui a fait l'histoire navale dont j'ay deiLX volumes en a fait un troisiesme, comme on me l'a dit. En ce cas là vous m'obligeriës de me l'acheter et de me l'envoyer par une occasion d'ami. Ce volume est in-8° et n'embarassera guères. Vous entendes bien qu'en ce négoce je ne vous demande que vostre soin.

Il y a dans la Cour où vous estes un honneste homme et grand lettré que sa vertu et son habileté ont élevé à un poste fort considérable. J'ay appris de M' Verjus qui (sic pour qu'il) conservoit la mémoire de mon nom et des conversations que nous avions eues ensemble durant qu'il esloit à Paris. Il se nomme M' de Willemson et il est mal aisé, veu son employ dans les affaires, que vous ne le connoissiés pas. Lorsque vous vous rencontrerés , vous me ferés une grâce singulière de l'assurer que j'ay tousjours présent son mérite, que je suis ravi de son establissement et que , s'il prend plaisir de m'avoir pour serviteur, il peut estre certain qu'il n'en aura jamais de plus aquis ni de plus fidelle.

Vous avés bien raison de dire que le conte de l'une et de l'autre monarchie seroil un traitté bien affermi entre elles qui les rendroit invincibles et respectables à tout ce qu Elles ont de jaloux, auxquels elles donneroient la loy sans réplique. Il ne faut pas demander si M' l'Ambassadeur y applique tout son zèle et toute son industrie. Je luy en augui'e un bon succès, et il y a beaucoup d'apparence qu'un génie comme le sien, qui a calmé la dernière tempeste qui tenoit toute la chrestienlé suspendiie , sçaura estreindre le nœud qui lie desja deux si grands princes pour la commune utilité de leurs Estais. Rien ne luy manque pour cela, ni les

vertus naturelles, ni les aquises, sousteniies par une expérience et un jugement au delà de son âge. A mesure qu'il fera progrès dans la grande affaire pour laquelle il a passé la mer, je seray bien aise d'estre ùiformé de ce qui s'en pourra escrire pour ma consolation. Vous sçavés mon attache à toute sa maison et les raisons qui m'en rendent inséparable.

J'attens response sur l'article de \P Wilielmson et sur celuy du 3° volume de YHistoria navalis de Rivius , et vous prie de faire un compliment pour moy à M' Joly, que je croy tousjours à Londi-es.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxix avril 1669.

CGCCXIl.

À M" COI^BERT

SECBETAIBE DES COMMINDEMBNTS DE 8. M.

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