À LONDRES
Monseigneur, voicy les remercimens des gratifiés de Sa Majesté auxquels ses faveurs sont arrivées les dernières. Celuy de M' Ottavio Ferrari avec beaucoup de ressentiment et d'éloquence, porte un engagement de reprendre le dessein abandonné de Ihisloire de ce siècle, seuleuient pour avoir heu d'y employer les merveilleuses actions du Roy et celles des rois son père et son grandpère.
Dans la response qu'il m'a faitte, il me confirme cette résolution, et m'en parle comme d'une chose qui le passionne et qu'il doit aux bontés et aux grâces magnanimes de Sa Majesté.
Je m'imagine que le compliment que M' Conringius vous fait sur le même sujet, et qu'il ne m'a pas laissé ouvert comme a fait l'autre , n'est pas moins engageant pour la gloire du Roy et pour vostre honneur
Sic pour Paris. Imprimée dans le recueil de M. Clément (t. VI, p. 689).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
propre; car, dans la lettre dont il Ta accompagné, il me mande que, remply de ses bienfaits et comble de vos bons offices , il ne peut plus diflerer à donner des marques publiques de sa gratitude et de son ressentiment, qu'il a sous la presse un ouvrage dont il ne me dit point le sujet, qui paroistra bientost, avec vostre nom à la teste', après lequel il en viendra un de politique pour Sa Majesté', oii il prétend signaler son zèle, et il finit par les ofl'res de la servir dans ses interests auprès du roi de Danemark qui Ta depuis fait de son Conseil.
Vous ne serës pas peut-estre marri , Monseigneur, de voir ses propres paroles sur ces trois points , et elles vous feront plus d'im- "pression par sa plume que par la mienne. C'eust esté grand dommage qu'il fust mort , comme le bruit en a couru, estant l'un des plus fEimeux lettrés d'Allemagne, s'il n'est le premier, et ne cédant à pas un autre en passion pour le service du Roy. J'ay une particulière attention à l'y maintenir, dans la persuasion que vous m'avouerés des moyens et des termes dont je me sers à cette fin auprès de luy.
i\r Waghenseil, ce professeur en bébreu qui traduisit en allemand toutes les pièces de l'establissement du commerce, sensible aux libéralités de Sa Majesté, publiera dans quelque temps un ouvrage d'importance de l'abrégé du Tabiud , qui n'a jamais esté mis en latin, avec sa version et des commentaires de iuy-mesme, qu'il est résolu d'offrir au Roy.
Je joins à ce billet celuy qu'il m'a envoyé , qui explique ce qui entrera dans cette édition : par où vous en connoistrés mieux
l'excellence, et vous jugerés que cet écrivain est un bomme à conserver. Je l'exhorteray à poursuivre une entreprise si glorieuse et de si grand avantage pour la religion.
Je pi-ie Dieu qu'il vous conserve et je demeure avec respect, Monseigneur, vostre, etc. De Paris, ce xxx avril 1669.
CCGCXIII.
À M" LA MARQUISE DE FLAMARENS
FLAMABENS'
Madame, je sens comme je dois la part que vous prenés à la perte que j'ay faitte de ma sœur Relot \ et la sage et tendre manière que vous employés pour m'en consoler. Mais cette bonté ne me surprend pas après tant d'autres que vous m'avés tesmoignées depuis tant de temps par une persévérance qui a si peu d'exemples non seulement en vostre sexe, mais encore en celuy qui se vante le plus de fermeté. Ma pauvre sœur est très heureuse d'estre arrivée au port de salut et d'avoir essuyé sans faire naufrage , tant d'agitations et de souffrances. L'ordre vouloit que je partisse le premier, mais Dieu ne m'a pas voulu prendre afin de me donner temps de le mériter en me rendant assés bon pour mériter cette grâce. Ce sera quand il luy plaira et j'y suis tout disposé, n'ayant presque plus d'attache au monde que vous.
J'auray une satisfaction extrême de vous voir si vous faites le voyage que vous médités pour remédier aux mauvaises affaires qui exercent si durement une vie aussi innocente que la vostre et je me fie de vostre prudence que vous ne vous mettrés point en chemin sans avoir mis en seureté celles que
' La médecine hermétique, dont il sera reparlé dans une autre lettre à Colbert, du 2 avril 1670.
^ Flamarens est une commune du département du Gers, arrondissement de Lecloure, canton de Miradoux.
^ Anne, qui était la quatrième des enfants de Sébastien Chapelain et de Jeanne Corbière, était née le 1 1 juillet 1600 et s'était mariée, le 18 janvier 1 6 1 2 , avec André Belot , procureur au {jrand Conseil du Roi,
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
vous avés de delà , au moins pour une demie année.
Je suis fort touché de Testât oii est M"' deLaBoucbardière et je vous plains fort destre comme sans espérance de la pouvoir amener avec vous. ^lais plus elle vous est chère, moins la devés vous hazarder à un si long voyage et vous luy devés cette amitié de vous priver de sa compagnie pour quelque, temps afin de vous la conserver pour tout ce qui vous reste à vivre. M' le chevalier, vostre fils, m'a exphqué son mal et je conclus que, pour ne l'empirer pas, vous teniés rigueur à son zèle et la forciés à ne point quiter Buzet' oîi le repos pourra faire amander sa maladie. Nous eusmes, avanthier, une grande conversation sur le sujet de la cour et de ses espérances, et je luy trouvay heaucoup de conduite dans ce qui les peut avancer. 11 vous en aura rendu conte, ce qui m'empesche de vous en enlretenir. Il me resjouit en m'instruisant de la fortune de M' son frère dans son malheur qui luy avoit produit une pension de ^ooo livres du roy d'Angleterre, lorsqu'il les ostoit à d'autres et qu'il la diminuoit mesrae à la reyne, sa mère. Il me dit aussi qu'il esloit à cette heure en Allemagne chés le duc de Brunswic avec lequel il avoit contracté une amitié fort estroitte en Hollande.
Je luy souhaite tout succès en ses desseins et demeure, Madame, vosire, etc.
De Paris, ce v may 1669.
À M" L'EVESQUE D'ANGERS
La bonté et j'ose dii-e l'amitié dont vous m'honnorés ne m'est pas une chose nouvelle, et vous m'en avés donné tant de
preuves que, quand vous garderies un silence éternel pour moy, je n'en serois pas moins persuadé que si j'avois tous les jours de vos nouvelles , et en vérité si l'on la peut mériter par ime parfaite estime, un attachement entier à tous vos interests et une fidélité incorruptible, je croy n'en estre pas indigne, et je le croy d'autant plus que mon cœur ne se reproche rien sur cet article là. Ne vous contraignes donc point là dessus et que la pensée de m"escrire, à moins que ce ne soit pour vostre service, soit tousjours la dernière dans vostre esprit comme la moins nécessaire.
Je ne vous ay point menti. Monseigneur, quand je vous ay assuré que je n'avois jamais eu de plus douce et de plus sensible joveque celle de la juste révolution que Dieu a permise en faveur de vostre justice et de vostre vertu. J'esperois, après cela, que ce qui restoit à faire du restablissement entier des docteurs et des religieuses suivroit bientost comme naturellement il se devoit. Mais la cabale en fait différer l'un et semble avoir mis un obstacle invincible à l'autre. La confiance seule que vous me tesmoignés d'un heureux succès lost ou tard me retient et m'empesche de regarder la chose comme déplorée et me console de son retardement. En effet, la Providence qui a fait le plus pourra faiœ le moins.
Je ne puis finir sans vous dire avec quel transport j'ay leu la response de M' vostre frère au ministre Claude. Quelle vigueur! Quelle clarté! Quelle érudition! Quelle solidité de preuves 1 Quel demeslement de sophismes! Nul homme raisonnable et désintéressé n'y résistera, et malheur aux opiniastres et endurcis qui n'en seront pas convaincus! Mais le ministre prépare une réplique et il y a long temps qu'il s'y est engagé pour s'y appliquer aussitost que la
On a écrit Brezet pour Butet.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
response auroit paru. Je n'en suis point marri , car elle ne servira qu'à y faire faire une duplique qui achèvera de le terrasser'.
M' Gonrart vous rend mille grâces de vostre obligeant souvenir et du bien que vous luy souhailtés par ce que vous le croyés tel et il le prend pour une marque de vostre bienveillance, mais il m'a dit, en riant, que l'exemple de M' de T[urenne] ne le portera jamais à ce que vous luy désiré3\ Vous entendes bien qu'il veut dire que sa conversion a eu d'autres motifs que ceux qu'il faudroit pour le faire imiter \
Je suis à mon ordinaire entièrement à vous.
De Paris, ce xi may 1669.
CCGGXV.
À M. WORSTIUS,
BIBLIOTEClir.E DE L'ÉLECTEUB DE BniKDBBOUBG , À COLOG.NE.
Monsieur, j'ay appris par la vostre que vous aviés receu ma responce dont j'eslois d'autant plus en peine que je voulois moins passer pour incivil auprès de vous , si la fortune l'eust empeschée de parvenir jusques à vous. Du moins, puisqu'elle vous a esté rendue, si ses expressions vous ont paru rustiques, ma volonté ne vous l'aura pas semblé et j'auray satisfait à une partie de ce que je
vous dois pour l'honnesteté avec laquelle vous m'avés prévenu par vos présens et par vos loiianges. La lecture que j'ay continué h faire de vos ouvrages m'a confirmé dans l'opinion avantageuse que j'en conceus d'abord, et je suis demeuré convaincu des grandes choses que la république des lettres peut attendre de vostre plume.
J'ay pris plaisir de vous voir aimer à chercher ce que les langues modernes tiennent des anciennes et de voir combien vous estiés heureux dans cette recherche qui par un* génie particulier vous fait éventer les traces les plus effacées de cette imitation. Cet exercice n'est pas moins divertissant qu utile et pour vous délasser de vos plus graves compositions. Vous ne perdrés pas tout à fait voslre temps si vous vous appliqués parfois à ces ingénieuses conjectures. Celle du cum bene à l'égard de nostre combien m'a persuadé.
Pour vostre tiavail de laliniiate merito susspecla\ j'en ay trouvé le dessein fort bon et les gens doctes vous en auront obligation parliculière. Il leur manquoit après celuy de Henri Estienne, de latinitale falso suspecta \ si ce n'est qu'on veuille dire que Gerardus Vossius vous ait gaigné de la main par son livre de vitns\ Vous pouvés juger avec quelle impatience j'en attendray la publication.
J'ay aussi esté très aise de l'avis de l'édi-
' Cette duplique parut en 1671, sous le titre de Réponse générale à M. Garnie.
* L'abjuration de Turenae est du 28 octobre
' Rapprochons de cette phrase un pic^uant passage du Port-Royal de M. Sainte-Reuve (t. IV, p. 896, note 1) : «Les admirateurs de Rossuet ont coutume d'attribuer tout net celte conversion à Rossuet et au livre , alors manuscrit , de V Exposition de la foi. Les jansénistes n'hésitaient pas davantage en affirmant que l'Eglise était en grande partie redevable de cette conversion il-
lustre au livre manuscrit de M' Arnauld, De la perpétuité de la foi. Chacun tire à soi le héros et le mène en vaincu du côté de son saint. J'honore et je respecte la conversion de Turenne, mais j'admire ceux qui se croient si sûrs de savoir ce qui se passait au fond de l'âme d'un Bouillon. p
* Deque vitiis sermonis lalini, quœ vulgo fere non animadverlunlur (Berlin, 1669, in-8°).
^ Expostulatio , necnon de Plauti latinitate dissertatio (1076, in-8°).
* De vitiis sei-monis (Amsterdam , i6/i5 , la-li". Francfort, 1666, ia-li").
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
tion que vous préparés des lettres qiie feu M' Reinesius vous a escriltes. Il ne partoit rien de cette plume qui ne fust digne de l'immortalité. Vous y aurés joint sans doute les vostres qui vous les avoient attirées pour les rendre plus intelligibles et pour une copieuse instruction qui ne sera pas moins grande de vostre part que de la sienne. En suite de Toflice que je luy rendis et qui le mit entre les gratifiés du Roy, il me fit instance pour obtenir de S. M. qu'Elle eust agréable l'olTrande qu'il luy vouloit faire de son volume des Inscriptions nouvelles qu'il avoit recueillies et commentées, et, après sa mort. M' le baron de Gersdorf, venant en cette cour ambassadeur de W l'Electeur de Saxe, l'apporta pour en faire un présent à S. M., de quoy je le destourneray sur ce que par la tentative que j'en avois faitte dès auparavant. Elle avoit tesmoigné ne le désirer pas , ayant sçeu que par une préface imprimée le défunt l'avoit dédié à S. A. électorale de Saxe, son maistre, qu'Elle n'en vouloit pas priver, et M' de Gersdorf le remporta et je l'exhortay de faire que son prince en favorisast la publication pour sa gloire.
Je vous félicite de vostre projet louchant le grand Seinedrime ' des Hébreus et je croy que vous le renvierés bien sur le sçavant Seldenus, sans vous trop arrester aiLX choses qu'il aura traitlées à fond*. C'est encore une entreprise digne de vous que de repasser Valère Maxime et, en ne disant rien de trivial , vous pourrés signaler vostre érudition exquise. Continués à enrichir les bonnes lettres de vos travaux et faittes vous par eux une réputation qui ne cède en rien à celle des plus renommés de ce siècle. Personne n'y prendra plus de part, Monsieur, que vostre , etc.
De Paris, ce xv may 1669.
A M. CARLO DATI
A FLOREKCE.
Monsieur, depuis les dernières que vous m'avés fait l'honnem' de m'escrire j'ay vescu avec moins de chagrin et d'inquiétude, voyant que vous vous estiés appliqué tout de bon à l'exécution de vostre entreprise et que vous l'aviés désormais mise en estât qu'elle n avoit plus besoin que de la polissure pour la pouvoir laisser aller seurement. Ma satisfaction augmente de jour en jour dans la persuasion que vous lui avés donné sa dernière touche et que je me pourray enfin aquiter aussi bien que vous de la promesse que nous en avions faitte à nosbienfacteurs. En attendant je vous annonce la gloire qui vous en reviendra auprès de tous les intelligens de deçà et de delà les Monts que son retardement impatiente. Il sera bon , quand vous l'aurés achevé de repasser, que l'impression en soit fort élégance, soit pour le papier, soit pour l'ancre et pour les caractères, sans oublier les vignetes et les lettres grises avec une agréable disposition des titres. Mais vous n'avés pas besoin de ces avis, estant celuy qui les donnés aux autres. C'est pourquoy je n'employé point beaucoup de paroles pour cela ni pour la forme du volume qui pourra suffire d'eslre in-/i°. quoyqu'il fust bien plus royal in-f , et quant à la relieure de l'exemplaire pour S. M. et pour M' Colbert, j'en laisse le soin à vostre prudence.
Au reste , Monsieur, vous verres dans peu de jours, si vous ne l'avés point encore veu, im de nos vertueux , grand médecin et grand antiquaire , qui vous portera une lettre de M' Carcavi pour obtenir de vostre courtoisie l'accès auprès de vos doctes amis et à la biblioteque de S. A. S. de Toscane. Il part d'icy avec des commissions du Roy pour recher-
Sic pour Sanhédrin. — ' De Synedriit (Londres, i65o-i655, 3 vol. in-i").
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
cher des médailles et des livres dignes de sou cabioet. Vous le favoriserës, s'il vous plaist, en tout ce que vous pourrés et S. M. le recevra comme un service agréable, et M' Garcavi et nioy comme une marque de vostre amitié. On appelle cette personne M' Vaillant'.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xvi° may 16G9.
CCCCXVII.
À M. TIIEVENOT,
CENTILIIOMUE FRANÇOIS, À LEYDE.
La prière que je vous Gs, Monsieur, pour ces livres portugais estoit, ce me semble, à condition que le prix en fust raisonnable et que la recherche ne vous derobast que peu de temps ; car je les désire sans passion et n entens point que mon désir vous couste rien. Je vous fais la mesnie prière et à la mesme condition pour la relation du vicerègne des Indes de [Jean de] Castro par Andrada' et l'Abrégé de l'histoire de Portugal par les deux frères Brandons ^, l'un et l'autre ouvrage en langue portugaise. Si vous les trouvés, à la bonne heure! Sinon, j'en suis desja tout consolé, quelque joye que je pusse avoir si vous me les aviés recouvrés.
M' Gronovius m'avoit bien mandé qu'il préparoit une offrande à M' Golbert,mais il ne m'avoit point dit quelle. C'est vous qui m'en avés informé le premier. Cet autheur est fameux et des plus assurés autheurs de
la langue latine. Je feray ce que je dois pour en appuyer le mérite auprès de la personne à qui noslre ami le destine, lorsqu'on le luy aura présenté. Je luy envoyeray l'ordre des titres qu'il demande pour placer à la teste de sa dédicace. Vous m' avés appris encore qu'il pensoit au Roy pour son Tacite et je l'approuve extrêmement. Conseillés luy, comme je fais, d'accompagner ces présens de préfaces de sa meilleure escriture, proportionnées chacune à la grandeur héroïfjp^ie du prince et au mérite modeste du ministre , ces panégyriques [ ] es-
tant tout autrement efTicaces que ceux qui sont faits [ ] et sans une occasion
nécessaire.
11 faut que vostre envie [de] la Generazione degli insetti de Redi ait esté bien ardente pour l'avoir voulu passer à quelque prix que ce fust et Dieu sçait si le prix n'en a pas esté excessif veu la grandeur et le poids du volume. Vous me manderés, s'il vous plaist, comment cet ouvrage vous aura contenté.
Je suis bien marri que vous n'ayés peu encore entretenir M' Blaeu sur cette autre affaire. Le retardement en de pareilles négotiations ne vaut rien. Conclues la au plus tost et ne vous arrestés pas à peu de chose.
Pour M"^ Conrart, depuis le commencement de Mars , il est ou dans son lit ou dans sa chaise cloïié par son rheumatisme avec beaucoup de douleur. Si elle ne diminue point, il pourra estre réduit à passer son esté à Paris. Je luy feray sçavoir vostre souvenir. Cependant soyés certain du sien, car
' Jean Foi Vaillant, né à Beauvais en mai 1682, mourut à Paris en octobre 1706. Ce fut un grand voyageur et un savant numismate. Il fut membre de l'Académie des inscriptions.
* Vida de Dont Joâo de Castro quarto vizo-rey da India (i65i). Voir sur Jacinlo Freyre de An-
drada, né à Beja en iSgy, mort en mai 1667, un article de M. Ferd. Denis dans la Nouvelle biographie générale.
^ Je ne trouve rien sur ces deux frères dans nos plus considérables recueils de biographie el de bibliographie.
QhS
je ne ie vois jamais que vous n'entrie's dans nostre conversation.
Je suis tousjours à vous sans réserve.
A Paris, ce xvi may 1669'.
M' Cabart attend vostre retour avec impatience pour un livre qui! vous a preste, il y a long temps, et dont il a, dit-il, extrêmement affaire.
CCCCXVIII.
À M. L'ABBÉ FLECHIER,
J'attendois tousjours, Monsieur, une occasion pour respondre à vostre billet , mais comme elle ne s'est point offerte jusqu icy, je bazarde ce mot par la poste pour ne demeurer pas davantage en contumace et vous oster sujet de me croire ne'gligent à vostre e'gard. Ma santë qu'il faut tousjours considérer comme une moindre maladie est en estai que je puis converser, lire, escrire, entendre à mes affaires et à celles de mes amis pourveu que ce soit dans la sphère de mon activité que vous sçavés qui est fort bornée soit pour l'esprit, soit pour le corps. Il y a desja trois semaines que cela dure , c'est à dire qu'il ne durera plus guères si les périodes qu'y a prescrittes la nature ne changent et elle les a trop bien establies pour l'oser espérer. Accoutumés vous y comme nioy et, quand vous penserés à moy, ne me regardés
comme [bien portant] ni comme malade, mais comme un certain ambigu qui n'est ni vif ni mort, sur qui il n'y a pas grand fondement à faire et à qui il ne reste bien entier que l'amour des lettres et des gens de vertu comme vous.
Pour ce que vous me mandés de l'occupation que vous a ordonné M' le duc de Montauzier^ il n'y a point de parti à prendre que celuy la qui n'est pas moins bon que celuy que je vous avois proposé , et il vous doit estre égal pourveu que vous plaisiés k une personne si éclairée et dont les élections sont tousjours les plus sensées. Horace en son genre vaut bien Cicéron au sien. Quand nous [nous] verrons , je vous diray de quelle sorte je croy que vous vous devés prendre à l'interprétation de ce poëte, et je vous en (bray plus en un quart d'heure que je ne vous en pourrois escrire en trois jours. Mais ce sera par forme d'entretien et non pas de précepte. Vous n'en devés recevoir que de M^' vostre sage patron qui a tout ce qu'il faut pour vous le donner bon et seur, et à la volonté duquel il faut de plus que vous vous conformiés en toutes choses. Je vous diray seulement que ce poëte a eu plus de soixante commentateurs depuis Porphirius * et Acron * et que celuy que je croy le meilleur et qui vous peut tenir lieu de tous est Lovinius Torrentius' presque aussi grand lyrique que celuy de Venose".
' Le même jour, Chapelain réclame à l'abbé Manicelli (P 61) la vie de Galilée par Viviani, qui lui a été promise, avec son buste d airain, il y a cinq ans.
' On sait que ie duc de Montauzier, protecteur de Fiéchier, lui procura la place de lecteur du Dauphin.
' Ou plutôt Porphyrion. L'ancien catalogue imprimé de la Bibliothèque Nationale' renferme, sous le n° Y 979 , la mention suivante : Q. Horatius Flaccus, cum commenfariis Acronis et Porphyrionis velus editio circa 1680, ia-fol.
* Hélénius Acron, scoliasle de la fin du iv' siècle, a laissé un commentaire des œuvres d'Horace qui a été imprimé pour la première fois à Milan ( 1 A 7 i , ia-li°) et qui a été, depuis, souvent réimprimé.
^ VHorace de Lievin Torrentiiis, le savant prélat belge dont nous avons déjà rencontré le nom, parut en 1602 (Anvers, m-li°).
* Le commentaire de Torrentius est très estimé, mais ses Poemala (Anvers, 1079) ne méritent pas les excessifs éloges que leur donne ici Chapelain , et quand ce dernier rapproche l'évéque d'Anvers du poète de Venosa, il va
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
Assurés, je vous prie, Madame la Duchesse de Monlauzier et ALidaine la Comtesse de Crussol de mes respects et M' le Duc de mon ancienne et immuable passion pour son service.
De Paris, ce xxn inay 16G9.
CCGCXIX.
À M. L'ABBÉ OGIEB, À paris'.
Avant fpie de vous rendre grâces du présent d'une aussi belle vie que celle du cardinal Commendone ', il falloit en avoir gouslé l'excellence, au moins en partie, pour ne vous en faire pas un remerciment qui, vous passant pour une civilité toute simple et qui, donnant des louanges à son autlieur en termes généraux , vous les pust rendre suspectes. Maintenant que jon ay assés vou pour estre en eslat de prononcer sur son sujet avec connoissance de cause, je n'attendray pas davantage à vous dire qu'il ne se pouvoit mieux prendre à escrire celle vie qu'il a faille d'un slile pur, clair, sansaficctation^, sans empoulle et sans bassesse, d'un ordre naturel, d'un esprit non partial et d'un jugement le plus équitable et le plus éclairé du monde. Un homme qui trouve toutes ces qualités en éminent degré dans un ouvrage donl on legraliOe se peut promeltre
qu'on ne croira pas faux le tesmoignage de sa gratitude. Je suis cet homme qui vous assure mais du cœur de vous en demeurer infiniment obligé. Nous en parlasmes, hier, amplement. M' Perrault et moy et, soit pour le mérite de la pièce, soit pour le ressentiment de la faveur que vous nous avés faille de nous l'envoyer, nous nous rencontrasmes entièrement conformes. J'ay esté bien aise de vous l'apprendre, si les affaires qui l'absorbent ne luy ont pas laissé le temps de me prévenir.
Je suis à vous à l'ordinaire et vous sçavés ce que c'est que cet ordinaire.
De Paris , ce xxii inay 16G9.
CCGCXX^ À MADAME LA COMTESSE DE GRiGNAN,
A GRIGXAN, EN PROVENCE^.
Madame, il n'y a rien de si obligeant que l'assurance qu'on m'a fait voir de vostre souvenir, et il m'a d'autant plus louché qu'il m'a paru acconq^agné de quelque doute que j'en eusse manqué pour vous. Car je n'ay eu garde de prendre sérieusement ce doute que j'ay assés connu pour un jeu de vostre esprit et pour un de ces agréables tours que vous sçavés donner à vos civilités, lorsque vous les voulés faire d'une manière plus fine et plus galante. Aussi ne me mets-je point
presque aussi loin que ceux qui rapprochaient d'Homère ou de Virgile l'auteur de la Pucelle.
' Il a été déjà question (t. I, p. 390), de François Ogier, appelé souvent le prieur Ogier.
^ Jean-François Commendon, né à Venise en mars i524, mourutà Padoue en décembre i58.'4. Il avait été nommé cardinal ie 1 2 mars 1 565. La vie dont il est parlé ici est celle qu'écrivit en latin Antoine-Maria Gratiani, évéque d'Amelia. L'abl)é Seguin, doyen de Saint-Germain-i'Auxerrois, fit imprimer l'ouvrage de Gratiani à Paris en 1 669, et Flécliier en publia la traduction française en 1671 (Paris, in- 12).
-• Je corrige ainsi celle faute évidente : affection.
* Celte iellre avait été placée par erreur parmi les lettres de 1659.
^ Françoise -Marguerite de Sévigné, née à Paris le 10 octobre 16/16, avait épousé, le 29 janvier 1669, François Adbémar, comte de Grignan. On va voir, par le ton affectueux et enjoué de celte lettre, que Chapelain avait reporté sur la tète de celle qui avait été surnommée par Bussy la plus jolie fille de France, quelque chose de la vive tendresse qu'il éprouvait pour M"" de Sévigné.
LETTRES DE JEAN CHAPELALN
en peine de me laver d'un crime tel que sei'oit celuy de vous avoir oubliée et je ne restons à cette douce accusation que par des remercimens très humbles. En effet, Madame, vous estes trop bien persuadée de la puissante impression que voslre mérite fait en tous ceux qui ne sont pas barbares et qui ont eu une seule fois l'honneur de vous voir, pour imaginer qu'il y ait au monde quovque ce soit dont on conserve plus précieusement la mémoire. La peine oti je me trouve est comment je reconnoistray ce favorable reproche qui me fait voir que je n'ay pas eu besoin de vous dire que vous estiés tousjours présente à ma pensée pour resveiller en la voslre l'image de ce que je vous dois estre et que véritablement je vous suis. Pourrois-je point, Madame, le reconnoistre en quelque sorte si j'escrivois par vous des douceurs à Matlonna Laura et des Gracieusetés à son amant ' pour les engager à vous mieux recevoir dans la visite que vous leur allés faire '. Bien que je ne sois pas un aussi lendre rimeur que le Pétrarque, je rime pourtant comme luy, et nostre vocation commune pourroit me donner accès auprès de luy pour faire qu'il rendist une partie de ce qu'il doit à une personne de vostre rang. Pour sa maistresse je ne désespèrerois pas de luy faire comprendre qu'elle ae couiToil aucune fortune en vous faisant bon accueil et que l'attache que vous avés à M' le comte de Grignan ^ ne vous permettroit pas de dosployer tous vos charmes à Vaucluse pour luy desbauclier son galant.
Mais, Madame, pour bon que pust eslie ce dessein, il n'est plus à mon avis de saison. Vous estes apparemment revenue de vostre visite à celte heure et toutes mes diligences ne viendroient désormais qu'à tard. Il vaut mieux attendre que vous m'ordonniés vousmesme de quelle façon je pourray m'aquitter de ma dette et que cependant je vous renouvelle icy mes vœux et mes respects comme l'homme du monde qui est le plus sincèrement, Madame, vostre, etc.
Do Paris, ce xxix niav 1660.
À M" L'ÉVESQUE DE VE.XCE
À TENCE
Monseigneur, il y a si longtemps que je connois la bonté de vostre [cœurj que, quand vous ne m'en donneriés aucunes marques do vostre vie, je ne laisserois pas d'en e-itre aussi persuadé que si vous m'en assuriés pai' tous les ordinaires. Que si vostre silence pouYoit estre mal interprété, le mien ne seroit pas plus excusable, n'ayant esté guères moins long que le vostre dans la confiance que vous ne m'en croirés pas pour cela moins à vous. Je suis néantmoins exact dans les rencontres nécessaires et, depuis vos dernières, vous aurés receu de moy un mot de remerciment pour la paraphrase du Nouveau Testament que M' Conrart m'envoya de vostre part aussitost que l'on feust laissé paroistre\ et je me tiendrois bien malheureux si vous ne l'aviés point receu.
' La belle Laure, qu'il faut appeler Lauro de Sade, et non de Noves, comme M. L. de Berluc- Periissis l'a fort bien élabli dans un ingénieux mémoire intitulé : Un document inédit sur Laure de Sade ( Extrait des Mémoires deV Académie d'Aix, 1876, ia-S").
- Il n'est pas question do la visite à Vaucluse de M"" de Grignan en 16G9 dans la correspondance de M'"° de Sévigné. On lit seulement dans
une lettre du 3 S juin 1671 : «Je reviens encore à vous, c'est-à-dire à celte divine fontaine do Vaucluse. Quelle beauté! Pétrarque avait bien raison d'en parler souvent; mais songez que je verrai toutes ces merveilles. . .1
^ Le comte do Grignan avait alors une quarantaine d'années.
* Version expliquée du Nouveau -Testament (Paris, 2 vol. in-8", 1O68).
LETTRES DE JEAN GHAPELAIiN.
Je sçavois vostre présente application aux fastes chrestiens ' lesquels ne peuvent estre que d'une grande utilité' à l'Eglise, mais je ne sçay point où vous en estes ni en quel stile de prose ou de vers vous les traitlés. Je l'apprendray volontiers à vostre conimodile'. Les nouvelles de ma santé ne sont tou?jours point bonnes. Je ne puis souffrir ni la chaise ni le carosse^ . . Vous en voila instruit pour une bonne fois, sans qu'il soit plus besoin de retoucher cette désagréable corde.
Pour la Pucelle, elle a tant fait par ces journées qu'au travers des obstacles qu'elle a trouvés en son chemin provenant de mes infirmités et de mes distractions forcées, elle n'est pas enfin si loin du bout de sa carrière qu'elle n'y touche avecl'aide de Dieu, avant la fin de l'esté, sauf le droit de la revision et de la correction qui désirent bien une couple d'années pour la laisser eschapper de mon cabinet en seureté.
Je vous escris cecy d'une main tremblante au milieu de mon accès, et suis inviolablemeut à mon ordinaire, Monseigneur, voslre, etc.
De Paris, ce xix may 16C9.
CCCCXXII.
A M- COLBERT
MISISinE D'ESTIT, À SAIM-GERMAIX \
Monseigneur, le paquet que M' Perrault s'est chargé de vous présenter est de cet honneste médecin de Piémont* qui vous envoya, il y a un an, son ouvrage latin des divers évènemens de la France depuis l'avè-
nement du Pioy à la Couronne jusqu'à la paix, et qu'il a depuis porté jusqu'à la mort de M' le Cardinal.
J'apprends de plusieurs que celte histoire abrégée fait assés de bruit en Italie, et que, si le stile n'en est pas si pur et si élégant que celiiy de Tite-Live, la vérité et l'ordre y sont comme on le peut plus souhaiter, et tout à fait à l'avantage de Sa Majesté et des inferests.
Pour feu M' le Cardinal, par l'occasion de la paix et de sa mort, il a pleinement satisfait à ce qui est deu à sa glorieuse mémoire et a suyvi exactement ce que je luy avois marqué qui manquoit sur cet article à sa narration. Il me parle , Monseigneur, comme cet ouvrage estant fort avancé pour la traduction, suyvant ce que je luy avois conseillé pour la rendre [)lus populaire delà les monis.
Vous jugerés sur tout cela, Monseigneur, si son travail et son zèle méritent la continuation des grâces du Pioy par vos bons ollices, et si Ton les luy peut laisseï- espérer pour le tenir tousjours partial et dépendant de sa couronne.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et demeure avec respect et passion. Monseigneur, vostre, etc.
De Paris, ce m juin iGG(j.
CGCCXXIIL À M. THEVEAOT,
GEMILHOJIUB FniSnOIS .
Ce que l'on vous a mandé sur le sujet de 'impression de vostre Abulfede en Hollande
' Les fastes de l'Eglise pour les douze mois de l'année, en vers (Paris, lôai, in- 12).
' Je supprime une description de la maladie où l'on ne trouverait qu'une répétition de ce que Chapelain a déjà souvent écrit, sur ce point, à ses autres correspondants.
' Imprimée dans le recueil de M. Qémenl (t. V, p. 6Z10).
* Viiliollo n'est inscrit ni sur ia liste des ,'j-ens de lettres étrangers gratifiés en 166g, ni sur les listes des années suivantes.
est bien possible, mais j'ay peine à croire quïl soit vray. Au moins vous puis-je assurer que je n'en ay pas eu la moindi-e connoissance. Quoyqu'il en soit, tenés pour certain qu'en temps et lieu je rendray tesmoignage à la ve'rite' et qu'il n'y a aucune considération qui m"en empesche. Comme nëantmoins ce n'est qu'un ouy dire que cet avis là et qu'on n'a point eu ordre de la part de la personne que vous me nommés de vous en escrire et de vous faire discontinuer vostre édition , mon sentiment est que vous dissimuliés de l'avoir receu et que vous poursuyviés vostre entreprise jusqu'à son accomplissement. Que si on vous en faisoit une affaire ensuitle, il seroit tousjours temps de vous en juslillier et par les meilleuies raisons du monde, auquel cas je n'ay garde de vous manquer. Que si vous alliés au devant de la plainte, vous donneriés occasion d'imaginer que vous vous en sentiriés cou-
pable, surtout si ce mauvais office ne vous avoit pas esté rendu, ce que je ne sçaurois me persuader, ou qu'on vous l'eust rendu sans qu'il eust fait impression sui- l'esprit du Ministre.
Ce que je voudrois à toutes fins seroit que vous vous résolussiés à faire une offrande de cet ouvrage au Roy et d'insérer dans la dédic<nce que vostre motif de le tirer des ténèbres a esté seulement pour le mettre aux pieds de S. i\L et pour luy donner la seule cbose qui luy manquoit , en luy obtenant sa protection royale. Je verray là dessus M' Conrart et sçauray de luy ce qui luy en semble pour vous l'escrire. Vosire billet sans lieu ni datte auquel je fais response n'en est pas une à ma dernière que par là je crains qui ne se soit perdue. Si vous l'avés receiie, vous me ferés la grâce de me le mander.
Je suis, Monsieur, tout à vous.
Ce IV juin lOGcj'.
' Le même jour, Chapelain reparlu à Vorslius {{" 6ii v°) des inscriptions de Reinesins, du baron de Gherdorpb (sic) -genlilhomine rempli de vertu?!, et il ajoute : cLe pauvre M"^ Brummcr avoil dessein d'écrire la vie de ce grand personnage [Reine.sius] et de me faddresser. La cruelle forlune a esloufl'é cette vertu naissante qui par ses premiers fruits a fait voir ce qu'on pouvoit attendre d'elle dans un âge plus avancé. J'avois dirigé ses csludes tant qu'il a esté parmi nous. Il nous quita malis ampidis et ayant fait heureusement le lour de la France, à son arrivée à Lion, il m'envoya une relation de son voyage très sensée et très élégante et à six jours de là sur le chemin d'Italie ii fil naufrage in simpulo, on peut dire, en passant une petite rivière, par le pUss grand désasiro du monde, que je pleureray tant que je vivray.n Le 6 juin. Chapelain reproche à Villiotlo (1^65) de n'avoir donné que du Monsieur à Colbert, qui a droit au Monseignvur, "comme secrétaire des commandomens du Roi, surintendant de ses bastimens, du commerce, des arts et manufactures et controlleur gênerai des finances». — Le 7 juin, il dit à l'abbé Maru-
celli (P ()ô v°) : rrÇa esté pour nioy une joye extraordinaire que le panégyrique de .M' C. Dali soit enfin achevé... n'y restant plus que quelques coups de pinceau et de polissoir pour le laisser aller par le monde. n Le 9 juin, il donne à Heinsius (f° G6) ces nouvelles de la sanlé d'un ami conmniu : «M' Bigot n'est guère en meilleure condition que raoy et sa fluxion qui se resveiilc de temps en temps et qui l'oblige à souffrir le fer et le feu à chaque fois pour l'en délivrer le relienldans la province en sorte qu'il y a deux ans qu'on ne l'a veu icy.i 11 continue ainsi: f^Je ne ni'esloignerois pas de la proposition que le grand chancelier de Oxcnsterne vous a fait faire pour vous attacher à celle Cour là d'c-stre fait du Conseil d'Eslal, précepteur et bihliotecaire de ce jeune Prince. M'' Ruggerius, vostre oncle, qui esloit ambassadeur du grand Gustave en Hollande, vous monstre que ce service ne seroit pas une chose nouvelle dans vostre maison. . . Les mauvaises affaires de W de Thou et de M' de Monmor sont toi;sjoursauxmesmes termeset le dernier en a esté sur le point de mourir de désespoir. . . Mon ingrat [Ménage] a fait imprimer ses Oriijincs iliilieimes
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
CCCCXXIV.
À M. SCEFFERUS,
PROFESSEUR EN lIlllAMTtS, À IPSAI.E, E.N SUÈDE.
Monsieur, je plains exlreniement une personne de vostre sçavoir d'eslie comme relégué dans une des extrémités du monde où à peine estes vous connu et encores moins reconnu. Ce n'est pas qu autresfois celte terre n'ait porlé de grands hommes de lettres et que les histoires naturelles et morales d'Olaus Magnus^ et de Jean Magnus, son frère ^ ne leur ayent fait honneur aussi bien qu'à leur patrie et qu'elles n'ayenl justiflié ce climat du reprocheque les Hcrviens'^ liiy ontfait d'estre condanné parla nature et de ne produire que des esprits martiaux. Nous avons mesme veu de nostre temps un chancelier Oxensticrn ' comme im autre Anacharsis amoureux de la docti'ine et très docte iuy mesme faire cas des lettres et le^ employer aux grandes aflaires. Peut estre y a t'il encore entre ses successeurs quelques uns qui l'imitent. Je le souhaite du moins, car aux marques que vous avés données en ce genre il seroit mal aisé qu'ils jettasseut les yeux pour cela sur aucun autre que sur vous. Vous avés desjà publié des choses qui ont fait connoistre vostre grand mérite. Vous en avés encore à mettre au jour qui ne céderont en rien à vos autres productions ni à pas une de celles qui donnent le plus de réputation à vos rivaux. Cela servira à
vous élever au lieu que vous liabités ou à vous faire évoquer par les Estais des Provinces Unies pour y tenir le poste que vous mérités, car pour l'édition de ce qui vous reste, si vos imprimeurs d'Upsale ou de Stokliolm ne sont pas assés forts , les Hollandois ne vous manqueront pas et si vous en aurés [sic pour auiés) le choix, je vous conseillerois de preniire ceux cy, dont l'ancre, le papier, le caractère et en particulier la correction pour le grec et le latin sont les plus recherchés de l'Europe. M. Heinsius vous y serviroit de tout son crédit, bon, cordial et officieux comme il est.
Nous verrons ce cjue sera de cet historien des archevesques d'Upsal et si son stile se sentira du génie historique. Les figures qui doivent entrer dans vostre milice navale lilluslrei-ont beaucoup, surtout accompagnées de celles que désireront sans doute les Naumachiques de Bascle qui, n'ayant jamais paru, n'aideront pas peu à en patroniser le prix. Il sera nécessaire d'en emicbir vostre traitté De re vehicularia qui sera très cm-ieux surtout partant de vostre main qui ne laisse rien eschapper que d'accompli. Je feray mes diligences pour essayer d'y contribuer par les lumières de mes amis auliquaires et medalisles, puisque vous le désirés, et s'ils me fournissent quelque secours qui vous soit propre, je Irouveray les voyes de vous le faire (enir.
à ses despens. Les Florentins, à qui elles sont addressées, . . . n'en sont pas trop bien persuadés. Cecy entre nous, s'il vous plaist. Le Roy est à Saint- Germain et par conséquent M' le duc de Montauzier.n
' Olaûs Magnus, mort à Rome en 1.568, est i'auleur d'un ouvrage intitulé : Historia de gentibun septentrionalibus , etc. (Rome, i555 , in-fol.).
' Jean Magnus, né en iû88, mourut à Rome en mars i5ii. 11 fut archevêque d'Upsal. Il laissa
une histoire de Suède intitulée : Gothorum Sueonumque Hisloria ex probalissimis antiquorum monumenlis collecta (Rome, i5/i/i , in-fol.).
* Par quel étrange lapsus le mot Hervienx avait-il été écrit pour Anciens?
* Axel, comte d'Oxenstiern , ou plutôt d'Oxenstierna, né en i58.3, mort en i6bh, devint, en i6i 1, chancelier de Suède et principal ministre de Gustave-Adolphe, et dirigea la politique de la Suède jusqu'à l'avènement de la reine Christine.
LETTRES DE JEA^ GHAPELALN.
Vostre philosophie p\ thagoriqne doit cstre un travail exquis et où l'ancien système du monde ne manquera pas de faire un de ses principaux articles et du plus grand relief. Quand vos marchands en envoyèrent de deçà, je ne seray pas des derniers à m'en pourvoir. Si je ne puis vous les rendre utiles , j'en seray du moins la trompette et les releveray par ma voix comme celuy qui suis véritablement, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce ix' juin 1669.
À M. OTTAVIO FERR.4RI,
PBEMIEn PBOFESSErB Ey ÉLOQCESCE , À PADOLE.
Monsieur, vous m'avës bien resjouy par la vostre du 3i raay qui m'assure de la continuation de vostre santé et du renouvellement de vos doctes exercices. Vos taleus sont moins à vous qu'au public auquel ils sont affecte's et dont vous ne pouvés luy refuser l'usage tant que vous serés en estât de les employer. Le beau traitlë que vous luy avds donné De re vestiaria^ avant que Albert Rubans eut entrepris la mesme matière " vous oblige absolument à le deffendre de ses attaques et il ne peut rejallir de ce soufflet
que des lumières h esclaircir de plus en plus vostre commun objet \ La présomption est pour vous. 11 est malaisé à croire que le Batave né [ ] ' in patria crassoque
siib aère ^ auroit aussy bien pénétré et demeslé ce sujet que celuy qui a respiré en naissant l'air délié d'Italie et qui a la patrie commime avec le grand Alciat^. Suy vés pour cela, Monsieur, ce que vous avés si bien conimencé et mettes vostre honneur à couvert des imputations mal fondées.
Quant à la dissertation des lampes sépulchralles , si vous la joignes à vostre défense . elles tireront un avantage égal de leur accouplement '. Chacune d'elles serviront (sic) de relief à sa compagne: Après cela, il ne faudra penser à rien qu"à vostre histoire, car je suppose que vostre travail des Origines italiennes est ou fait ou fort avancé et qu'il pourroit eslre mis au jour sans beaucoup interrompre vostre entreprise principale \
Par la première occasion je vous 011voyeray la Relation particulière de la prison et de la liberté des trois princes. M" les princes de Coudé , de Conti et de Longueville qui est sensée et curieuse et qui servira d'un mémoire exquis pour ce notable événement de nos troubles *.
Le jugement que vous faites du stile du
'■ Rappelons que le De re vestiaria libri très avait paru, pour la première fois, à Padoue en i6i2 (in-S"), et pour lo seconde fois, dans la même ville, avec addition de quatre autres hvres, en i654 (in-4°).
^ Nous avons déjà vu que le De re vestiaria velerum du fils du grand Rubens avait été publié à Anvers en i655 (in-i°).
^ Ferrari combattit la critique de Rubens dans un ouvrage intitulé : Analecta de re vestiaria el lato clavo , ad Albei'ti Rubenii Commenlarium de re vestiaria (1G70, in -4°).
'■ Ici un mol omis et que je ne devine pas.
' Chapelain a voulu faire allusion au vers si
piquant d'Horace contre Alexandre le Grand dépourvu du sentiment exquis des arts {Ep. , lib. 1 , cap. I, vers, aiû) :
Oœotiim in crasso jurares acre Datum.
' André Alciat, le savant jurisconsulte, naquit à Milan le 8 mai 1^92 et mourut le 12 janvier
' La dissertation des lampes sépulcrales fut, en efl'et, jointe aux Analecta de re vestiaria, sous ce titre : Accedit dissertalio de lucernis sepula-alibus.
^ Les Origines linguœ italicœ parurent, nous l'avons dit, à Padoue en 1676 (in-fol.).
' Les relations de cet événement sont très
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
président de Grammont est digne de vous. Pour les cboses il les a prises sans aulre façon dans les Gazettes et je le sçay de luy niosme, lorsque m'ayant apporté son manuscrit sur la demande queje luy fis quels cabinets luy avoienl fourni ses notices, il me répondit ingénument qu'il en a voit creu le gazetier. Pensés là dessus quelle confiance vous y pouvés prencbe. Il acheva de se gasler auprès de moy en me disant qu'il avoit affecté la brièveté de Tacite, mais imité' son impureté et que je le Irouverois tout autrement net et intelligible.
L'abbate Siri n'a pas fait une histoire, mais im recueil fort bon pour ceux qui la feront-, cet escrivaia ne songeant à rien davantage qu'à n'y rien mettre que de fort attesté et tiré des originaux, lesquels il rechercha avec tous les soins imaginables. Prioleau veut faire passer sa malignité pour liberté et n'escrit que connue salyrique.
Je viens au point de l'infrequence^ des épisodes dans mon poëme et, en vous rendant nouvelles grâces de l'approbation que vous luy donnés en tout le reste, je vous diray que lorsque j'en fis le plan je consideray bien les épisodes comme nécessaires pour le divertissement du lecteur, mais je creus qu'il n'estoit pas moins nécessaire que ce divertissement sortist de la puissance de la matière et qu'encore qu'ils deussenl estre séparés du gros de l'aventure sans qu'elle en fust moins entière, il estoit néantmoins de l'essence qu'ils eussent un attachement naturel au gros du sujet pour
contribuer à sa vraysendilance et pour ne paroistre pas insérés hors de propos, songeant plus à contenter les maistres de l'art que le goust du commun qui d'un tout ne s'arreste qu'aux moindres parties proportionnement à sa médiocre capacité. Je négligeay de plaire à un si mauvais juge, ne croyant pas que la louange ou le blasme qui me viendroient de sa part me deust estre considérable, et pensant à me conformer à la raison qui est éternelle au lieu de suyvre le goust variable des siècles qui change à tous coups comme enfant du caprice et qui n'a de règle que le desreglement. Les bons anciens m'ont affermi dans cette résolution par leur exemple et si l'on y prend garde de près, on ne trouvera point chés eux de ces épisodes postiches et sans dépendance qui n'ont pour objet que le plaisir et qui tiennent bien plus de la poésie romanesque que de rhéroïquc. Ce qui en a infecté la moderne poésie a esté l'ignorance de l'art, laquelle a produit des narrations informes, à quoy les peuples grossiers se sont pleus comme aux grotesques de la renaissante peinture, pour n'estre point capables de sentir ce que l'art a de mieux. Cecy soit dit, Monsieur, sans esprit de contestation et seulement afin de vous rendre conte des motifs que j'ay eus pour en user de cette sorte.
Je ne m'estonne pas que la reyne Christine ait si bien receu vos respectueuses civilités , vous ayant Tobligation des beaux panégyriques où vous l'avés si excellemment célébrée. Elle respondra assurément à voslre lettre, puisqu'elle a bien eu l'humanité de m'hon-
nombreuses. J'en ai indiqué plusieurs dans Tin- Iroductioii à la Relation inédite de l'arrestation dea Princes (18 janvier i65o) écrite par le comte de Cominges (Paris, 1871, in-8\ p. 1.2 et i3).
' Ne faut-il pas substituer évité à imité?
' Il Mei-curio, déjà mentionné plus haut.
^ M. Littré, qui trouve ce mot dans le recueil
de Colgrave (xvi° siècle), ne le retrouve dans aucun écrivain du xvu° siècle et ne le signale, au x¥ni°, que dans les Confessions de J.-J. Rousseau. Infréquence ne figure pas dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie française. On le chercherait en vain dans le Dictionnaire de Pachelel et dans le Dictionnaire de Trévoux.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
norez* d'une des siennes, moy qui le niéritoit beaucoup moins que vous. Je veriay volontiers ce que vous luy aurés escrit de sa response.
Je solliciteray par escrit M" du Plessis de porter un de vos panegyricpies à M' d'Anibrun^ et de iny demander la copie de la lettre de feu M' le cardinal sur Aosfre sujet, ne pouvant l'aller chercher pour faire cet office à cause de l'infirmité qui m'osle l'nsage du carosse et de la chaise et qui me retient presque tousjours au logis.
Vous ferés bien de voir de vostre chef M' LAmbassadeur de France à Venise sans attendre de recommandation que celle de vostre propre me'rite.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xv juin iGGj ^
CCCCXXVL
A M"" LE DUC DE MOiMAUZlER,
COCTEnXBLB DE M=' LE DAIPDIN , À SAINT-GEniIAlN.
Monseigneur, j'estois en peine d'une voye assurée pour me donner Ihonneur de vous escrire et de vous rendre conte de ma commission touchant la 2° parti^^ des Supplemens de Tile-Live. lorsque M' l'abbe' Fle-
chier m'est venu demander de mes nouvelles et m'apprendre des vostres. Je loiie Bien qu'elles soient bonnes et j'en sens moins mes incommodités qui depuis long temps ne me laissent guères plus de jours serains ni d'intervalles assés bons où je puisse bien disposer de moy mesme. Ce qui m'en console aucunement, c'est qu'elles n'ont point encore attaqué le cœur ni monté jusqu'à la teste, en sorte que je suis capable de vous servir tousjours aux choses qui se peuvent exécuter dans le cabinet.
\ous trouvères, Monseigneur, avec ce billet la response que M' Boeder a tirée, à ma prière, du successeur de Freinsheiraius pour cette 2"^ partie des Supplemens [de] T[ile-Live]. Il n'y a point d'apparence que vous vous chargiés des exemplaires de la 1", mais vous pourries y engager Léonard* en luy donnant gratis le manuscrit h condition qu'il l'imprimast prontement et de mesme volume que l'autre.
Il ny auroit qu'à le mander et luy en faire la proposition que je luy estime avantageuse ou à charger l'un de vos secrétaires de traitter la chose avec luy. Vous en userés selon vostre prudence et d'une ou d'autre façon vous me ferés sçavoir vos résolutions afin que j'avance ou rompe la négotiation sans la tenir davanla;;e suspendue.
' L'arclievèqiie d'Embrun était alors Charles Brûlart de Gonlis, qui siégea de 1668 à 1716, mais peut-être Clmpelain veut-il parler de Tancien archevêque d'Embrun, Georges d'Aubusson de la Feuillade, (ransporlé sur le siège de Melz depuis quelques mois seulement {U septembre 1668).
' Le i5 juin. Chapelain écrit à Graziani (fol. 69 \°) : c J'approuve fort que vous achetés ce bel ouvrage [la tragédie de Cromwell], mais sans précipitation. La maturité fait les choses parfaittes. Au contraire, la cagna frattolosa fa suoi cagnuoli ciechi , et c'est une sotte vanité de se piquer comme d'une vertu de travailler ra-
pidement, ce qui n'est bon qu'à se faire faire cet ancien reproche que l'on s'en apperçoit aisément... 15 Le 28 juin. Chapelain dit à Boeder, au sujet des lettres de Bongars traduites par MM. de Port-Royal (P 71): rj'apprens que le petit volume de lettres du mesme autheur que les HoUandois ont imprimé avoit esté jugé digne d'estre traduit en françois par ceux de nos gens qui excellent en cet exercice pour l'instruction de la jeunesse à cause de la pureté et de l'élégance du stile.n
^ Léonard, nous l'avons déjà dit, était alors un des plus célèbres libraires de Paris.
LETTilES DE JEAN GlUPELAliN.
Je prie Dieu qu'il vous conserve et suis ù l'ordinaire , Monseigneur, voslre , etc.
De Paris, ce xxiii juin 1O69'.
CCCCXXVII.