À M, DU TOT FERRARI
CO:iSBULER AU FABLEMEKT DE ROCE:( , À ROUEN ^.
Monsieur, je ne vous dis point combien vostre souvenir m'a touché ni la joye d'en avoù- eu le tesmoignage par une lettre aussi
' Fortunio Liceti mourut octogénaire à Padoue en mai 1G57, après avoir longtemps professé la pliUosophie, puis la médecine en l'univei"sité do cette ville. Voir la liste de ses ouvrages dans les Mémoires de Niceron (t. XXVI).
- Le 1 1 janvier, Cliapelain exprime à Monlauzier (P 302) le regret de ne pouvoir aller lui présenter l'abbé Panciatichi, personnage dont il loue la noblesse, la vertu, l'érudition, etc. Il ajoute: «M"^ Fléchier, que j'ai prié de l'introduire auprès de vous, vous aura rendu conte du
obligeante que la vostre. Cela seroit inutile après les assurances que je vous ay données de n'estimer et, si je l'osois dù^e , de n'aimer personne plus que vous. Je vous diray seulement que je ne pouvois recevoh' une marque plus agréable ni plus solide de vostre bienveillance et de vostre excellence dans le beau sçavoir que parce que vous ra'avés fait l'honneur de m'escrire sur vostre dessein de la version de l'histoire d'Ethiopie composée par ce Père portugais qui vous est tombée entre les mains \ C'est là. Monsieur, une pensée digne do vous et de très grande utilité pour la géographie de cette partie de l'Affrique mal conniie jusqu'icy de ceux du mestier et dont Léon Affricain, Marniol ni le Nubiensis ne nous avoient donné que des connoissances fort obscures et fort imparfaittes. 11 a esté mesme fort judicieusement fait d'en avoir donné un essay in antecessum sur le grand problème de l'origine du Nil qui, depuis tant d'années , a esté la croix des historiens et que vous avés si admirablement expliqué par l'extrait que vous en avés mis en lumière \ Cette publication s'en va exciter plus puissamment que jamais l'esprit des sçavans curieux à désirer la description entière de ce fameux pais d'une plume aussi sage et aussi bien taillée que la vostre dont le vol passera les mers et portera vostre gloire aux extrémités du monde.
Pour l'interest que j'y prens , Monsieur, je vous exhorte de ne point laisser traisner
commencement de ma lecture des Supplémens de Freinshemius.»
' Charles de Ferrare du Tôt mourut le 6 août 169^. Voir dans le Moréri de 1769 (t. X, p. 258) un intéressant article sur ce savant magistrat.
" Ce Père portugais était Baithasar Tellez, né à Lisbonne en 1595, mort dans la mémo ville en 1675, auteur de VHistorin. da Elhiopa, etc. (Coïmbre, 1660, in-foi.).
' Extrait de l'histoire d'Ethiopie, éa'ite en
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
ce beau projet ni souffrir que le monde raisonnable languisse dans iattenfe d'une chose si souhaittabie . vous conGrmant encore que vous ne pouvie's vous divertir plus louablemenl ni plus utilement que dans ce travail , autant que mon petit suffrage peut mériter de créance auprès de vous, en quoy je ne doute point cpie je ne sois appuyé par tout ce que vous avés d'amis sincères et capables , car je m'attens qu'à proportion de vostre rare extrait le reste de l'histoire sera du mesme stile et gouverné avec la mesme finesse de jugement que vous avés fait paroistre en cet essay si plein de force et de grâce.
En attendant, je vous félicite d'avance de la réputation qu'elle adjoustera h vostre grand mérite et demeure avec une véritable passion, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xiii janvier 1671'.
CCCCLXXXIII.