‹ Lettres. PubliéesChapitre 196 sur 309 · À M. DE FERMAT · texte numérisé non relu

À M. DE FERMAT

A TOLOZe'.

Monsieur, je ne vous dis point la joye que j'eus, il y a quinze jours, à la réception de vostre lettre qui me sembla redonner un précieux ami que, par un si long temps de silence, je m'imaginois d'avoir perdu, car je le laisse à juger à un cœur aussi bien fait que le vostre qui sçait si bien aimer et qui est si sensible à l'amitié que l'on luy porte. Je vous diray seulement le ressentiment que j'ay eu d'avoir esté mis au nombre de ceux que vous avés honnoré du Diophanle de feu M' vostre père" et je croy que l'on pourroit dire du vostre pour le soin que vous avés pris de le mettre au jour. J'en ay esté touché au delà de ce que je vous puis exprioier pour cette solide marque de vostre souvenir et de la continuation de vostre estime et mon sentiment a esté accompagné d'une admiration exti'ême de l'excellence de l'ouvrage, lequel, en ce que ma foible lumière m'y a laissé voir d'incomparable, m'a fait aisément croire que ce qui y passoil mon intelligence ne méritoit pas moins d'estre admiré. Ce sera , Monsieur, aux niaislres de l'art de luy rendre entière justice sur cela et à ceux qui auront assés de génie pour en pénétrer les mystères et pour profiter de ces rares descouverles de luy en sçavoir le gré qu'il mérite, comme à vous de n'avoir pas souffert que ces beaux efforts d'esprit

demeurassent ensevelis dans l'oubli. J'entre dans cette obligation, de mon costé, selon que ma basse voix est capable de contribuer à sa gloire et je m'en aquitteray aussi fidellement que son amitié et la vostre ni'v engagent et que je vous dois par l'ancienne et sincère profession que je fais d'estre, Mon-

De Paris, ce v° février 1671.

CGCCLXXXV.

À M. OTTAVIO FERRARI

Monsieur, je respons à vostre dernière du 2 1 janvier et vous dis d'abord que, depuis le mois de May auquel j'en receus une (le vous où vous me rendiés conte de l'histoire de Viliotto, je n'en ay eu que deux de vous, l'une du 28 octobre, et l'autre du -2 1 janvier derniej'. A la première je respondis exactement le i5 décembre par M. Valenti, et le 1" du mesme mois, estant en inquiétude de n'avoir point eu de vos nouvelles, je vous escrivis et vous marquay rimpatience où j'estois que vous rompissiés un si long silence. Les trois autres lettres que vous me cottes ne sont pas venues jusqu'à moy et je ne m'en estonne pas , puisque vous me les aviés addi'essées par la voye de nostre ambassadeur à Venise avec le paquet de vos II exemplaires de Lato Clavo et les Progymnasmes du Gornelio et l'une de ces trois sous l'enveloppe de M' Colbert, estant un seignem' avec qui on en use moins familièrement que cela et qui ne reçoit de paquets que ceux qui sont pour luy. Quant à celle dont vous avés chargé le maistre de

' Samuel de Fermât, liKs de l'illustre Pierre de Fermai, fut, comme lui, conseiller au parlement de Toulouse. Né en i6.3o, il mourut en 1690.

- Diophanti Alcxandrini qncestionum arilhmelicarum libri VI, ciim comtnmtariis D. Bachet et observationibus D. P. Fermât. Toulouse, in-fol., 1G70.

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chambre de M' le cardinal Barberigo \ elle est encore à venir aussi.

Je suis très marri de toutes ces pertes et particulièrement de vos U exemplaires et des Progymnasmes du Gornelio dont j'avois une passion presque ëgale. Par ma précédente , je vous exhortois à faire diligence de les retirer de si mauvaises mains et de prendre pour m'en honnorer de plus seures Yoyes. Je veux croire que vous aure's receu l'une et l'autre de mes lettres, et que vous aurës suyvi mes conseils. Si vous les avés recouvrés, et qu'en me les envoyant vous y joignes vostre dernière prolusion\ de la constance vénitienne \ vous redoublerés le bienfait et je le joindray aux anciens qui parent ma petite biblioteque. Ostés-vous de l'esprit que le panégyrique dont vous n'avés pu lire plus de la moitié puisse entrer en nulle comparaison du vostre. L'opinion que vous en avés est celle de fous les intelligens , et celle qu'ont tous les intelligens du vostre, par toute l'Italie, et en cette Cour, est aussi avantageuse pour vous et aussi désavantageuse pour luy que vos amis peuvent désirer. C'est ce que je vous en puis dire confidemraent pour vostre consolation.

Je me doulois bien que la veiie des Origines italiennes de nostre François * ne vous feroient {sic) point de peur pour la publi-

cation des vostres et qu'au contraire elles vous serviroient d'encouragement. Poursuyvés-le, Monsieur, Jioris stibsecivis et en attendes un grand accroissement de gloire deçà et delà les Monts sans neantmoins quiter le dessein de l'histoire où vostre génie se signalera encore plus glorieusement, comme en une matière tout autrement proportionnée à vostre force et à vostre élévation. Le moyen d'avoir quelque goust des bonnes lettres et d'estre d'un sentiment divers touchant le livre du Viliotto ! Je suis honteux des excessives louanges dont le civil M' Gronovius m'a accablé dans ses notes sur Pline, et le pis est qu'il faut que j'en sois obligé à l'intempérance de sa plume à moins que de passer pour mesconoissant. Vous animés esté bien plus juste et plus modéré dans l'addresse qu'il vous a pieu de me faire de vostre Luccrne anliche^ pour vostre honeur et pour le mien, et je me consoleray par vostre sagesse de lexorbitance "^ de nostre ami.

Les Scaligerana et Perroniana estoient des pièces de cabinet de M' du Pu y, garde de la Bibliothèque du Roy, lesquelles Viquefort ' copia lorsqu'il estoit en France et qu'il a, depuis qu'on l'en chassa, vendiies aux avares libraires Hollandois qui font argent de tout impunément \ Je feray mes en- (juestes touchant celte nouvelle édition des

' Grégoire Barbarigo, né à Venise en 1626, fut successivement évèquc de Berjjainc el de Padoue, devint cardinal en 1660, et mourut en 1G97.

2 De proluaio, prélude, préambule. Le mot pruluslon -n'est en usage?;, disent les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux, «que pour quelques ouvrages que Ton fait avant un autre, comme des préludes. . . -n

3 Ferrari avait déjà publié, en 1668, un recueil intitulé: rProlusiones XXVI , epislolœ , formulœ ad capienda doctoris insignia, inscriptiones (Padoue, in-'j").

* Ménage.

^ Nous avons déjà vu que la dissertation De lucernia sepula-alibus avait paru en 1670 à la suite des Analecta de re vestiaria et lato clavo (in-'.").

** M. Lillré, dans son Dictionnaire , signale ce mot comme un néologisme et ne le cite que d'après les Mémoires du comte Mollicn et la Révolution sociale de Proudhon. Chapelain avait devancé ces deux écrivains de près de deux siècles.

' Voir sur Viqueforl la fin de la noie 1 de la page ^19 du présent volume.

* Chapelain n'était pas bien informé. D'après V Histoire des Scaligerana , rédigée par Des Maizeaux sous forme d'une letlre du 8 avril 17Û0,

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formules de Marcuiplie avec les notes de M' Bignon el vous en rendray conte '.

Aimés raoy tousjours un peu et me croye's , Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xviii février 1671.

CCCCLXXXVL À M. HEI^SIUS,

RESIDENT DES ESTAIS EN SUEDE , À STOKHOLM.

Monsieur, vous m'avés rendu la vie en me donnant enfin de vos nouvelles de vostre retour eu Suède et de vostre bien que foible santé. C'est tousjours un {jrand bienfait du Ciel et à moy une consolation très grande que vous ayés essuyé le froid insupportable de la Russie si long temps sans y succomber comme je l'avois justement appréhendé lorsque tout infirme que vous estiés vous fustes forcé par des ordres supérieurs de faire ce terrible voyage et de demeurer à Moschou des années entières contre ce que vous vous proposiés en partant. Dieu soit loiié de vous avoir donné de la vigueur suffisamment pour vous maintenir en ce maudit climat et pour vous en tirer sinon sain et sauve (sic), du moins en estât de

vous remettre sous un ciel un peu moins rigoureux pour vous!

J'ay appris de M' Roraph, qui ma apporté vosti'e lettre du 20 janvier, que vostre voyage et l'employ extraordinaire qui vous Ta fait entreprendre vous a voit réussi au gré de vos supérieurs, mesme avec éloge. C'est un nouveau mérite pour vous à leur égard et qui vous met en droit de prétendre à de plus grandes charges ou du moins à recouvrer la liberté de vaquer à votre santé et à gouverner vos interests domestiques, après avoir si bien géré les publics. Pour moy je vis encore, non pas avec la mesme bonne disposition où vous m'avés veu autresfois, mais du moins dans une sorte d'infirmité qui me laisse des intervales assés bons pour pouvoir conduire ma petite barcjue et n'estre pas tout à fait inutille aux besoins de mes amis en cetle cour. Le mal qui m'assujelit prescpie tousjours à la chambre est un mal habituel qui me travaille depuis quinze ans à titre de gravelle ou de pierre , bien que par mon expérience et mes observations je sois persuadé que les secousses que j'en reçois ne viennent pas de cette cause là , mais d'une bile ^ . . , à quoy contribue beaucoup l'entrée au neufiesme climacterique ^ qui tout seul

imprimée en tète du tome II du recueil : Scaligerana, Thuana, Perroniana, Pilhœana et Colomesiana (Amsterdam, 17/40, in-12), Jean el Nicolas de Vassan, neveux de Pierre et de François Pilhou, donnèrent le recueil manuscrit des Conversations de J. Scaliger à MM. Du Puy, qui le communiquèrent à Claude Sarrau, lequel le copia de sa propre main. La copie de ce savant magistrat fut confiée par son fils Isaac à Daillé le fils, qui dans sa transcription rangea les articles selon l'ordre de Talphabet. Ce fut Isaac Vossius qui fil imprimer celte dernière transcription à ia Haye (1666) sous ce litre : Scciligerana, sive excerpta ex ore Josephi Scaligeri, per F. F. P.P.(c'est-à-dire/>-a(res Puleanos). D'après Y Avertissement sur le Perroniana (p. 63 du

tome I du recueil qui vient d'être cité), les bons mois et remarques diverses du cardinal du Perron furent réunis par Christophe du Puy, frère aîné de M" du Puy. Claude San au fil de l'exemplaire des doctes frères une copie que son fils Isaac remit à Daillé , lequel en donna communication à Isaac Vossius, par les soins de qui le Perroniana tal i^abhé en Hollande (la Haye, 1669). ' Les bibliographes ne citent que les trois éditions que voici du recueil de Bignon : Marculji, monachi, formulée. (Paris, 161 3, in-lx". — Strasbourg, i656, in-Zi". — Paris, 1666, in-^").

2 Je supprime quelques détails déjà donnés.

3 Chapelain était entré dans sa soixante-seizième année depuis le h décembre 1670.

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esl une maladie à n'en jamais guérir. Cet estât, joint à ma foible complexion ne me faisant guère espérer de durer beaucoup encore ni de pouvoir servir mes chères amitiés par moy mesme en leurs affaires , ma pensée a esté d'y suppléer sui'tout auprès de M' Colbert par M' Perraut, mon ami, et qui m'est obligé de l'introduction dans son service, alin qu'ils ne demem-assent pas, lorsque je n'y serai plus, sans une personne qui tint ma place et à qui ils pussent avoir recours.

Je voy par vostre despescbe qu'en recevant celle où je vous donnois avis de la nouvelle gratification, vous en aviés remercié M' Colbert et .\P Perraut, mais le paquet doit eslre péri en chemin, faute de bonne addresse , car il ne m"a point esté rendu et vous serés encore à temps pour réitérer lolTlce eu excusant le retardement sur Téloignemcnt des lieux et sur vostre envoy en Moscovie qui porte son exemption avec soy.

Je seray bien aise qu'en mesme temps vous m'inforraiés du succès de vostre légation et, si vous croyés le pouvoir sans vous nuire, de la nature et des choses curieuses de la Moscovie pour voir si elles quadrent à ce (jue Herbeslin, Paule Jove et Possevin nous en ont laissé par escrit.

Vous m'avés donné une joie extrême par le compliment que j'ay receu par vous de M' le comte Tott qui, sans contredit, est la lleur do la noblesse suédoise, et il m'a esté fort doux d'apprendre que j'avois encore part à son souvenir. Obligés moy de luy faire sçavoir, en quelque part qu'il soit, combien ce que vous m'en avés [dit] m'a touché et le respect et la tendresse que j'ay lousjours conservé pour sa vertu extraoï'di-

naire. Vous ne me scauriés faire chose plus agréable. J'apprendray encore volontiers en quelle posture il est en Suède et si son mérite et sa fortune ne l'ont point encore porté à quelqu'une des dignités qui le distingueroient du commun des autres sénateurs.

Surtout informés moy de vostre santé et si M" vos gouverneurs n'ont point pensé h i-écompenser vos longs travaux par quelque establissement utile et honnorable qui vous mist en repos et en liberté d'exercer vos admirables talens à vostre grand honneur et à celuy de vostre patrie. Je le souhaitte de tout mon cœur et suis autant que jamais. Monsieur, vostre, etc.

l)i; Paris, ce xx février 11)71.

CCCCLXXXVII.

À M. AR-NAULD D'A^DILLY,

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