CO.NSEILLER D'ESTAT, À POMPONNE
J'appris, hier. Monsieur, de la bouche de M"" la Duchesse de Nemours', la perte de la Révérende Mère Agnès que vous venés de faire * et en fus extrêmement alïligé pour lintercst général des personnes saintes et vertueuses qui se trouvent privées d'un si grand exemple et pour le vostre et celuy de vostre famille en particulier à qui Dieu a retranché une des principales consolations que vous eussiés tous dans les traverses et les rudes espieuves dont vostre vertu si pure a esté depuis tant de temps exercée. Je ne m'ingère pourtant pas, Monsieur, de vous consoler en cette triste occasion. Vous avés préveu et anticipé tous les maux qui pouvoient troubler vostre tranquillité sainte et
' La fille du duc de Longnevillc. Il eu a été diïyîx plusieurs ibis question dans nolic premier volume.
- Cette sœur d'Arnauld d'Andilly était morte 1^ if> février 1(171, dans sa soixante-dix-huitiènie
année. Voir sur celle religieuse, dont les Lettres ont été publiées en i8ô8 par M. P. Faugère (2 vol. in-S"), le Port-Iiorjal de M. Sainte-Beuve {passim) et particulièrement, sur In moit de la mère Agnès, la note 1 de la page 10 du tome V.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
avésreceu du Ciel tous les secours qui vous estoient nécessaires pour ue vous en laisser pas abbatre ni accabler. Vous vous y serés desja appliqué les remèdes convenables et, vous résignant aux ordres de la Providence , vous la loiierés d'avoir entîn récompensé les travaux de Madame voslre sœur d'une couronne éternelle, et de l'avoir mise en estât de vous assister plus puissamment par ses prières qu'elle n'eust fait par ses soins, si elle esloit encore demeurée parmi nous.
M""' la Duchesse de Nemours m'a commandé de vous bien assurer de la part qu elle prend à vostre douleur et à vostre perte.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxv février 1671.
CCCCLXXXVIIT.
À 31" L'EVESQUE D'ANGERS
À ANGERS
Monseigneur, (piand vous ne recevi-iés point cette foible marque de la part que je prens très grande à la nouvelle espreuve que Dieu vous a donnée en la mort de vostre
sainte sœur la Piéverende Mère Agnès, vous ne laisseriés pas de le croire autant que do pas un de vos serviteurs , ne doutant point de l'attache inséparable que j'ay depuis si longtemps à tout ce qui vous regarde, dans les choses mesmes qui ne peuvent entrer en comparaison avec celle cy. Je ne sçaurois neantmoins manquer de vous tesmoigner en cette funeste occasion combien j'ay esté touché de cette perte avec tout ce qu'il y a de personnes sensibles à la souveraine vertu dont cette véritable sainte fille a esté un si grand exemple. Vous en estes vous mesme un si parfait que ce seroit vous faire tort de croire que vous eussiés besoin d'estrc consolé de vostre séparation qui ne vous la fait trouver à redire que pour estre élevée en la gloire et oii elle aspiroit il y a si longtemps. Je ne fais aussi que vous monstrer qu'en cela comme en toute autre chose vos biens et vos maux me sont communs et que je ne puis jamais avoir d'autres sentiraens que les voslres.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxvi février 1671'.
1 La lettre suivante (P 208) est Wagenseil avec la date du i 9 fe'vrier. Chapelain cherche à le détourner du projet de dédier à Louis XIV l'ouvrage intitulé Sota déjà mentionné plus haut : «Mais comme les choses sont en cette Cour, si vous perseveriés à destiner l'ouvrage au Prince que vous aviés regardé pour cela, au lieu de plaire, vous desplairiés, et ce que vous auriés conceu comme un hommage y seroit pris pour un attentat. Pour peu que vous sachiés l'estat de nos affaires, vous devinerés aisément le motif de mon sentiment et vous louerés de ma candeur philosophique de ne vous avoir pas laissé , sans vous avertir, heurter à un si dangereux écueil.. . On ne s'attend à rien guère de vous, depuis que la manne [c'est-à-dire la manne des gratifications] n'est point tombée pour vous." Le 16 du mois suivant. Chapelain parle ainsi do Louis XIV (fan) à un gentilhomme allemand
du nom d'Ackenhausen : «Pour l'alarme que vous dites que la puissance du Roy donne à tous ses voysins, je vous puis assurer que c'est une terreur panique et que S. M. est très éloignée de s'en servir à leur préjudice. Elle se prémunit seulement contre leur jalousie et leurs entreprises pour estre tousjours en estât de s'en défendre et de les repousser, afin de tenir son estât en seureté et l'honneur de sa couronne à couvert de tout insulte. Il fait ce que ses prédécesseurs devoienl faire pour le repos et l'avantage de ses peuples et est bien aise de les rendre heureux par euxmesmes, sans que leur commodité dépende du secours ou de l'industrie d'autruy. Toutes ses actions parlent de la modération de son esprit et de sa justice, mais c'est une matière qui ne se peul trailter en une lettre.» Le 19 ou 29 du même mois , Chapelain adresse à Wagenseil ces singuliers compliments de condoléance au sujet de son
CCCCLXXXIX.
À M. HORBIUS,
GEITIIBOSTOE ALLEMiND .