CONSEILLER DU ROT EN TOCS SES CONSEILS , A POMPONNF
Monsieur, à un homme aussi despouillé de tous les interests humains et qui regarde
comme on vous avoit oblifîé d'y aller et ce n'est pas peu d'avoir peu souffrir l'agitation de la mer à vostre retour de Stokbolm, sans y laisser, comme nous disons, les boites. L'importance est que vous obteniés de la justice de M" vos patrons de pouvoir désormais jouir de vostre air natal, capable seul de vous bien refaire, et que la disette des gens de vostre sorte ne les contraigne de vous n-nvoyer babiler, pour leurs besoins, ce climat barbare si contraire à vostre tempérament. Il n'y a rien que vous ne déviés employer pour parer à ce coup. . . M' Bigot m'a mandé que vous allés donner vostre Virgile et ensuilte un volume de vos observations qui seront très curieuses pièces et je vous en félicite dès cette heure, assuré qu'il ne vous en peut venir qu'un très grand honneur. . . La fortune de M' de Monmor est déplorable. Il y a un an qu'il ne vit que de lait
et pour sa douleur il ne peut sortir de la vie. . . M' sa femme s'aquile très sagement du soin qu'elle luy doit et sonstient courageusement ses niines. M' de Monlauzier est tousjours florissant el satisfait très dignement à son glorieux employ. Nous aurons ici M' de Vence dans quelques mois. Le pauvre M' Slenlel est mort, après avoir vendu sa biblioteque au Roy. J'ay esté malade tout l'esté et je le .suis encore. J'espère en riiiver qui pourtant est un mauvais médecin. :i
' Hugues de Lionne était mort le 1" septembre 167J. Ce fut le 5 du même mois que Louis XIV écrivit à Pomponne pour lui annoncer sa nomination de secrétaire d'Etat. Pomponne reçut la lettre du roi le 3/1 septembre, il quitta Slokholm le 3 décembre, arriva le la janvier 1(579 à Saint -Germain, prêta serment et entra au conseil le 1 5 du même mois.
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
le ciel pour unique objet de ses pensées, il suffiroit de nionslrer sa joye pour l'aug-uste choix que le Roy vient de faire de M' de Pomponne, vostre fils, pour secrétaire de ses commandemens en la place de M' de Lionne, parce que ce choix , fait du seul mouvement de S. M., sera très utile à son service et à la g-loire de Dieu dans les occasions fréquentes qu'il aura de voir son ministère employé. Trouvés bon pourtant, Monsieur, que j'adjousle à cette principale considération celle qu'enfin la Providence a permis que, malgré tous les obstacles que la malignité de vos ennemis ont apporté à l'exaltation de vostre vertu et de celle des vostres, il leur a esté enfin fait justice et qu'entre tant de rares qualités qui relèvent la grandeur de noslre monarque, on a veu en cette rencontre que la clarté de son jugement et l'équité de son ame se sont signalées et ont rendu au vray mérite ce qui luy estoit deu. La nature vous fera sentir dans vostre désintéressement une douce joye d'avoir veu durant vos jours, en celuy qui est sorty de vous, réparé le tort qu'on vous avoit fait de n'avoir pas sceu rendre utiles au public et à l'Estat les grands talens que Dieu avoit mis en vous pour le service de vostre Prince et pour le bien de vostre patrie. Je le prie de vous continuer longues années la santé dont vous joiiissés pour jouir saintement de la satisfaction que vous tirerés de la prudente conduite de M' vostre fils dans sa charge et vous conjure de croire qu'après vous en personne elle ne sera pareille qu'en celuy qui est, qui a esté et qui sera tousjours, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce vii septembre 1671.
DXIII.
À M«» LÉVESQUE DANGERS
À ANGERS
Monseigneur, vous aurés sans doute admiré avec raoy les miracles quil a pieu à Dieu de faire en la personne de ceux de vostre maison en récompense de la fermeté inesbranlable que vous et M" vos frères ont raonslrée poui- la défense de ses saintes vérités, vous ayant en particulier par la bonté du Roy tiré de l'oppression où la faction de vos ennemis vous alloit faire tomber, après tant d'années de persécution, et pour comble de grâce, ayant jette les yeux sur M' de Pomponne, vostie neveu, pour luy faire occuper la place de feu M"^ de Lionne, nostre cher ami , dont la perle n'estoil réparable que par le parti qu'a pris S. .M. en la luy donnant. J'en loïie de tout mon cœur sa divine Majesté et ne puis m'empescher d'interrompre vos saints exercices pour m'en resjoiïir saintement avec vous et vous tesmoigner la véritable part que je prens à ces heureux éveneniens comme s'ils m'estoient arrivés à moy mesme. J'y voy des suites conformes à vos saintes intentions pour l'avantage de ^P l'abbé Arnauld, vostre digne neveu ', que la disposition des précédentes années sembloit luy rendre inutiles. Pourveu qu'il vous imite dans la pratique do vostre sainte vie, je m'en resjoiiis par avance pour vous , pour luy et pour vostre diocèse, et vous supplie que ce que je vous dis sur ce sujet et sur celuy de AP son frère* soit commun avec vous , de qui comme de vous et de toute vostre maison je suis et seray éternellement, Monseigneiu-, très humble, etc.
De Paris, ce vu septembre 1671.
' L'abbé Antoine Arnauld, fils aîné d'Arnauld d'Andilly, né en 1616, mort en 1698, railleur des Mémoires.
- Ce frère élail Charles-Henri Arnauld d'Andilly de Luzancy, mort le 10 février iGSi.
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