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DXV

À M. DE BRIEUX

COSSEU-IER AD PABLEMBUT DE UIÎTI , À CAEN.

Monsieur, vostre souvenir m'est très cher

et les questions que vous me faites sur Testât de ma santé et sur celuy de mon ouvrage me tiennent lieu d'une obligation extrême. J'ay esté malade tout l'esté et je ne suis pas encore bien remis de ma maladie. Je vis poiu"lant et si j'ay quelques momens dont je puisse profiter, je les employé à la révision et à la correction de la seconde partie de ma Piicelle, qui n'est pas une petite tasche et que je suis contraint souvent de quiter pour n'y pas succomber. Mon âge fort avancé ne me promet plus guèie de vie et ce peu qui m'en reste doit estre ménagé pom- ne laisser pas ce travail informe tout à fait et en termes de justifier les censures qu'il attend de certaines gens que choquent les honnestes entreprises et qui ne le pardonneroient pas raesme à Homère et à Virgile . s'ils ressuscitoient et s ils osoient se présenter à noslre Cour. Ce qui me fait quelquefois penser à laisser à mes héritiers le soin de publier ce qui reste du poëme pour n'avoir pas de mon vivant le degoust de voir stapancr" un ouvrage innocent, si non bon, qui a fait la principale occupation de ma vie.

Vous ne coures pas ce risque. Monsieur, à l'égard des vostres qui ont le caractère de rimraortalitéet à quoy l'envie n'a pas trouvé à mordre. Le Traitté que vous estes prest à donner de l'origine des bannerels^ sera une pièce fort curieuse et qui vous fera honneur sans doute, et je ne croy pas que la bassesse de ces termes triviaux dont vous vous excusés dans vostre Epistre à M' le duc île Montauzier face rabbattre de son prix au|)rès des personnes raisonnables. Je veux pourtant, h la première veiie , en apprendre son sentiment pour vous le faire sçavoir. J'attens beaucoup

' Le pape Clémeat XI fit César d'Estrées cardinal dans la promotion du 26 avril 1671, mais il ne le déclara que l'année suivante, et il lui donna le titre de la Trinité du Mont le 1 0 mai 167Z1.

- Ce mol, qu'on peut lire stapasser ou, à la rigueur, stapaner, paraît tiré de l'italien stampanare, qu'on trouve dans Oudin avec le sens de déchirer, moudre de coups.

^ Le manuscrit porte bannarts , mais le sens

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de vos méditations moi-ales ', etc. , etl'addresse au lecteur, que vous av(^s jointe à i'épislre, m'en a laissé une avantageuse impression ". Je ne vous exhorte point à vous reposer, vous voyant tantde force et d'addresse à vostre âge pour continuel- heureusement une si belle carrière et vous ne sçauriés jamais trop vous faire de nouvelles matières d'honneur. N'avés-

vous plus de poésies latmes à adjouster à vos premières qui ont si bien réussi ^? Je ne connois point de veine en Europe qui coule plus agréablement ni plus pompeusement que la vostre ni qui vous le pust mesrae disputer. Vostre seul Gallus vaut une Iliade '. C'est le sentiment, Monsieur, de vostre, etc.

De Paris, ce xv septembre 1671 '.

n'est pas douteux. Chapelain veut évidemment parler des Origines de quelques coutumes anciennes, et de plusieurs Jaçons de parler triviales, avec un vieux manuscrit en vers, touchant l'origine des chevaliers bannerets de Bretagtie que Jacques Moisant de Brieux publia en 1672 (Caen, in-12).

^ La première partie des Méditations morales et chrétiennes avait été publiée en 1667 à Caen (petit in- lâ). C'est ia seule qui ait paru. On n'a de la seconde partie que la préface. Voir la note suivante.

- Celte adresse au lecteur a été insérée par Moisant de Brieux dans ses Diverlissemens , recueil qui vit le jour à Caen en 1678 (petit in-12).

^ Nous avons déjà vu que les Poemala de Moisant de Brieux parurent en i658, en i6(>3 et en 1669. Depuis celte dernière époque, le magistrat- poète ne publia pas un seul vers latin.

'' D'après Adrien Baillet, le poème sur le Coq fut fort estimé des connaisseurs, mais le compUment ne laisse pas d'être un peu fort.

^ Le 17 du même mois. Chapelain décrit ainsi à Heinsius le chagrin que lui a causé la mort de Lionne (f° 261 v") : «... A ces infirmités le desplaisir de voir tous les jours la mort m'enlever mes chers et principaux amis se joignant accroist mes peines et mes chagrins et me donne un grand degoust pour la vie. M" de Lionne dont la perte vous a esté mesme sensible cstoit l'un de mes plus cordiaux et à l'amilié généreuse duquel je me senlois le plus redevable. Elle m'a servi d'ornement et de consolation par l'espace de plus de 4o années et la mémoire m'en sera tousjours aussi précieuse que douloureuse. Cette lumière est esteinle pour la France et pour moy en particulier qui en suis demeuré dans les Icncbrcs comme si je l'avois suyvi dans le tombeau.

Son nom est heureux d'estre si bien placé dans vos escrils et je vous en rends très humbles grâces. Ne laissés pas lorsque vous publierés ce que vous lui destiniés d'en faire mention et croyés que ce que vous en dires ne vous fera point de honte, n Chapelain ajoute : « J'ay commun avec vous cette foiblesse de jambes du reste de mon mai . . . Je vous plains infiniment d'avoir à dévorer les amertumes des procès d'autant plus que j'y ay une aversion plus grande jusqu'à préférer de perdre une bonne partie de mon bien pluslost que d'en poui suyvre le recouvrement par une si désagréable voye. Il m'est très doux de vous voir dans la disposition de faire un tour en France à ce prochain renouveau et je feray ce que je pourray pour vivre au moins jusqu'alors pour ne pas partir de ce monde sans avoir gouslé une parfaite joye comme celle de vous embrasser et de vous entretenir.» Le même jour Chapelain eniretient Couringius (f° 263 v") d'.4onio Paleario et du diplomate Verjus. Il regrette que son correspondant n'ait pas trouvé un exemplaire du livre du premier, disant : crCet autheur n'estoit pas sans mérite entre les modernes et a esté entre les lettrés malheureux, aussi bien que Dolet, Bonfadius, et Nicolo Franco.» 11 parle ainsi du second: «Je me rcsjoùis pour M"^ Verjus qu'il aura encore une fois l'honneur de saluer M" vos Princes et de jouir de vostre entretien. C'est un très galant homme à qui il ne manquoit que d'avoir couru le Nord pour se rendre un des meilleurs négotiateurs de PEurope, qu'il a presque toute veuc. employé à diverses grandes atfaires pour le Roy.- Le 23 septembre. Chapelain annonce à Graziaui (P 263) que le Crotnwell a 6lé donné au maréchal de Gramont et au duc de Monlauzior, rceluy cy m'ayaut honnoré de sa visite à un petit tour qu'il fit à Paris, et l'ajant trouvé sur ma table, le re-

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