DXVIII
A M. LE FEBVRE
mOFESSEf R ALS BUMUITÉS , À SALMin.
Monsieur, au voyage que le jeune M' Gronovius fit, il y a un mois ou six semaines, vers vous pour profiter d'une conversation aussi sçavante que la vostre, je le chargeay de quelques imprimés de moy pour vous raffraischir le souvenir d'une personne qui a tant d'estime pour vous. A son retour, il m'a lesmoigné que vous les aviés eus agréables et m'a appris des nouvelles de vostre santé, lesquelles me donnèrent bien de la joye qui fut de beaucoup augmentée par l'espérance de vous voir bientost à Paris, pourquoy il vous avoit laissé in proctnctu de partii". Je souhaitte que nous vous y puissions avoir pour long temps.
Cependant j'ay receu par la poste une lettre de vous, accompagnée de quelques épigrarames latines imprimées, dont celle qui regarde M^' Colbert m"est addressée et qui sans doute est digne de luy et de vous. 11 est, comme vous sçavés, à Saint-Germain
^ Rabode Herman Schele, seigneur do Welberg et Veenbruge, mourut en 1662, âgé de quarante ans environ. Ce savant hollandais fut l'éditeur des ouvrages sur la castramétation composés par Ilygius et par Polybe (Amsterdam, 1660, m-l\°). L'ouvrage offert à Chapelain était intitulé : Nobilissimi atque illustrissimi Vh-i Rah. Uerm. Schelii, domini et Venebriiggw et Vell>ergii,elc. de jure im^erii liber, ediliis a Theu-
philo Hogersio (Amsterdam, 1671, in- 12). Hogersius mit à la télé de ce traité une épitre dédicatoire de 62 pages, qui est elle-même un petit traité sur le même sujet et où il l'ail (à la fin) l'éloge de l'auteur.
- liabodi Hei'inanni Schelii de libertate publica liber posthiimiis; accedit Tlieophili Hogersii o)atio, etc. (Amsterdam, 16G6, ia-ia).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
auprès du Roy, mais quand il seroil icy, il est si peu accessible que tout ce que je pourrois faire pour vous servir selon vostre intention seroit de luy envoyer cet imprime' et d'en appuyer la beauté par un billet de ma main. C'est, Monsieur, ce que je fis, dès liier, en recevant le paquet afin que s'il n'est pas aussi heureux que je le désire et qu'il le mérite, ce qui dépend de moy ne luy manquas! pas et que ni vous ni moy n'eussions point à me reprocher la diligence.
Je n'ay point ouy parler de ces trois derniers livres que vous avés publiés ' ni de la lettre qui les accompagnoit, et celuy que vous en aviés chargé n'a point paru et vous le pouvés bien juger par mon silence. Car je n'eusse pas laissé vostre libéralité sans un très pront remerciraent. Encore qu'elle ne soit pas veniie jusqu'à moy, je ne vous en suis pas moins obligé et ne vous en rens pas moins très humbles grâces.
Je souhaite d'estre surpris par quelque response de M' Colbert sur vostre sujet, mais je ne l'espère pas , car l'accablement de ses aflaires fait qu'il se dispense d'escrire à qui que ce soit, si ce n'est pour celles du Roy, encore n'est-ce souvent que par ses commis.
Je vous parle candidement , comme celuy qui suis passionné pour vostre vertu et sincèrement, Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce vu octobre 167 1 .