‹ Lettres. PubliéesChapitre 219 sur 309 · DXX · texte numérisé non relu

DXX

A M. 3IAGLIABECCHI,

CENTILHOUSIE PLORENTIS , À FLORENCE.

Monsieur, par les diverses obligations que je vous ay et dont je vous suis extrêmement ••edevable , je prens confiance de vous en avoir une nouvelle que j'espère que vous voudrés bien que je vous aye encore et dans laquelle vous pourrés trouver assés de salisfaction, car la grâce que je vous demande est de recevoir humainement la personne qui

vous rendra cette lettre et de luy faciliter la connoissance de M" vos doctes et l'entrée et la communication de la fameuse biblioteque Laurenziane par le secours de laquelle aussi bien que par leur entretien il puisse fortifier l'ardenle amour qu'il a pour les bonnes lettres dont il a desja tesmoigné le progrès qu'il y a fait par la nouvelle édition qu'il a donnée de Macrobe, qu'il a illustrée de ses notes, et celle de Polybe, avec déplus amples encore, l'une et l'autre fort estimées dans tout le Nort où elles sont dans les mains de toutes les Académies. C'est le jeune M' Gronovius\ fils de \r Gronovius, l'un des premiers professeurs de Leyde et bibliotequaire des Estats de Hollande, Vous le trouvères fort digne de voslre courtoisie et assistance, et la faveur que vous luy ferés, je la tiendray faille à moy mesme et la mettray sur le conte que je vous dois. Je vous supplie donc d'avoir agréable qu'il vous voye, qu'il prenne direction et protection de vous, et qu'il obtienne par vous une facile introduction auprès de vos habiles. Je i'attens de vostre bonté, je vous en conjure, et demeure passionnément , Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxv octobre 1671*.

* Dans ce mot, daté du 8 octobre, Chapelain entretient Rich de la future publication du travail de cet érudit sur h Stephanus , publication retardée par une autre édition du même auteur qui était sur le point d'être donnée.

^ Le 17 du même mois. Chapelain complimente ainsi (f 269) M. du Tôt Ferrare : «Je vous félicite de ce que vous avés tant avancé dans la traduction de l'histoire éthiopique , et je m'en promets beaucoup de divertissement et d'instruction et vous en augure beaucoup de gloire. Au nom de Dieu , dévorés tout le degoust que ce travail vous donne et ne le niesprisés point comme indigne de vous. Daris Phrygien et Dictis Cretensis ne sont connus que par les meilleures plumes latines, qui en ont fait les versions, et, de nostre temps, le Ramusio et l\r Thevenot s'en sont fait une grande

gloire. Achevés la prontement et la faites imprimer sous vos yeux à Rouen où les presses sont devenues bonnes, n

^ Jacques Gronovius était alors âgé de vingtsix ans. Son Macrobe avait paru à Leyde en 1670 (in-S"), et son Polybe à Amsterdam, la même année (3 vol. in-8°). M. Ernest Grégoire {Noitvelle biographie générale, t. XXII, p. i54) rappelle qu'à Paris le jeune Gronovius se lia intimement avec Chapelain et d'Herbelot, et qu'en 1672 il fut reçu à Florence avec grandes marques d'estime par le grand-duc Côme de Médicis. et qu'il fut nommé, sur la recommandation de Magliabecchi , professeur de grec à l'université de Pise.

'' Le aS du même mois. Chapelain donne à Heinsius (P 371) ces nouvelles de Bigot: «Je

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

DXXT.

A 31. LE CONTE GRAZIAM,

EECEÉTAIBE DES COMMàNDEMEKS DE S. 1. DE UODENE. À MODÈ.NE.

Monsieur, je ne pouvois recevoir une plus agréable nouvelle que celle que m'a annoncée vostre dernière lettre du [ ] octobre, par laquelle j'apprens l'heureux succès de vostre belle tragédie non seulement dans les principales villes d'Italie, jusqu'à l'avoir fait représenter plus d'une fois avec applaudissement, mais encore dans la capitale d'Espagne^usqu'à s'y devoir bientost exposer au public sur le théâtre royal, traduitte en langue castillanne, comme aulresfois l'ont esté YAminte du Tasse et le Pastor Fido de Guarini. Elle ne recevra pas en cette Cour cy la mesme favem- par ce que les dames n'y aiment point à pleurer, et que les dames en font la plus agréable partie et que nos poëtes, pour en atlirer l'approbation, ne s'appliquent volontiers qu'à les tenir gayes par de resjouissans divertissemens. Mais elle tiendra tousjours les hommes solides disposés à luy rendre la justice qu'elle mérite et se la représenteront eux-mesnie dans leurs cabinets pour l'admirer et en faire une digne paslure de leur esprit et de leur jugement.

Pour moy qui suis le moindre de mon sexe, entre les mains duquel vous avés bien voulu la faire tomber, je l'ay leiie et la

relis encore tous les jours avec une satisfaction tousjours nouvelle et y trouvant tousjours de nouvelles grâces qui m'avoient eschappé aux premières lectures, soit pour l'invention, soit pour l'œconomie, soit pour les beaux et forts sentiments, soit pour l'admirable versification qui, revestant pompeusement vostre sujet, ne m'y laisse rien désirer davantage. Jouisses, Monsieur, de la gloire que cette production vous apporte et n'ayés point regret aux six années qu'elle vous a cousté à mettre au jour puisqu'elle l'a veu si heureusement et (ju'elle vous a si bien récouipensé de vos peines. Le Tasse, dans la belle ambition d'exceller dans tous les genres de la belle poésie, composa son Torrismonde qui est très grave et dans Tobservalion des préceptes anciens, mais qui, pour eslre très grave, est plus propre à estre leu que représenté. Vostre Cromwel par l'événement a remporté l'avantage sur le Torrismondo que le monde l'a jugé également digne de l'un et de l'autre, et c'est de quoy je vous félicite icy du cœur.

Pour les livres dont vous me parlés, je ne les ay point encore receus, mais je n'en ay aucune impatience. Puisque vous les avés fait partir, je les tiens comme arrivés, vostre prudence estant trop grande pour ne les avoir pas confiés à des porteurs fidelles et diligens, et devant porter bonheur à leur paquet de ce que c'est vous qui les en avés chargés. . .Je vous en rends cependant et par avance les actions de grâces que je vous en

doute fort que nous l'ayons ni cet hyver ni l'eslé suivant à Paris. Il s'en est comme banni et de Rouen mesme chés un sien frère bénéficié à la campagne, d'oîi ses amis m'escriveni qu'il n'y a pas moyen de l'arracher.» Le même jour, il parle à Keck (f 279 ) de Tévêque de Paderborn trgrand poète à ce que j'apprens de M' Heinsius dans la dédicace qu'il luy a faille de son Prudences , et pour dissuader son correspondant d'envoyer à

Colbert des vers où il avait fait l'éloge du ministre, il luy dit que ce personnago «ne liait rien taulqueses propres éloges^ , ajoutant: ^les Muses anciennes et celles qui marchent sur leurs pas frigent en cette Cour, et tout ce que nous avons d'excellens poëtes latins meurent de faim auprès de leurs plus beaux vers. ^ Dans une lettre à Carlo Dali, le ag du même mois, Cecchi est surnommé (f 279 v°) «ce moderne Térence*'.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

dois comme très méritées et suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, cex novembre 1G71.

DXXH. À M. I1EL\S1LS,

BBSIDBRT DE M" LES ESTATS E.\ Sl'ÈDS, À LA U.VVE.

Monsieur, j'ay veu par vostre lettre <[ue le placard de l'interdiction de nos denrées avoit enGn esté affiché et qu'on se prépare à soustenir une g-uerre imag-inaire qui pourroit bien par ce procédé précipité en attirer une véritable, à quoy nous n'avions aucune disposition. Nostre illustre ami ' avoit bien raison de faire tous ses efforts pour empescher qu'on en vinst à une telle déclaration qui ne peut qu'estre ruineuse h tous les deux partis, mais visiblement plus à ceux qui l'ont fait résoudre et à leur patrie qu'ils pouvoient davantage ménager, si leur zèle eust esté plus judicieux. Je crains, s'il s'en ensuit une rupture, que vous ne puissiés pas, sans vous rendre suspect auprès de vos patrons, faire, cet esté, le voyage que vous médités, et je ne sçay mesme s'il vous seroit utile de deçà en cette conjoncture. ConsuUés

là dessus vos fidelles amis et sur tous celuy que vous avés raison de mettre à leur leste pour sa prudence et son expérience achevées. Si vous vous y résolves, vous ferés beaucoup de gens fort joyeux, moy plus qu'aucun autre, comme celuy qui croit avoir sujet et droit de prétendre une des premières places en vostre Cour.

Je vous suis très obligé de m'avoir recouvré les œuvres de Vier de la dernière impression* et vous l'aurois esté encore davantage si vous m'aviés remis à un plus court terme le moyen de vous en dédommager.

Si l'autheur de Terenlius Chrislianus a publié le troisième volume de ses Comédies saintes, vous me ferés faveur de me le faire aussi acheter. Ce doit estre un petit livre.

J'ay leu avec grand plaisir vostre indignation contre Rome, c'est-à-dire contre la personne méconnoissante qui vous donne tant d'occasion de vous en plaindi-e \ Je sçauray avec le temps si vous la luy aurés fait tenir. Elle le mérite bien et vous [avés esté] bien bon de vous estre laissé mener par une cervelle aussi démontée.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xix novembre 1G71*.

' Van Beuninjj.

- Joannis V ieri opéra omnia {\.mslerd;\m , i G60, in-A"). Jean Wier ou Weyer, médecin et démonologue, naquit en i5i5 à Grave, dans le Brabant, et mourut à Teckienbourg en i588. Le plus célèbre de ses ouvrages est le : De prcestiijiis dœmonum et incantalionibus ne venejiciis Itbri sex (Bâle, i56/i, in-S"). On en trouvera une analyse complète dans l'article Wier du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy.

' Christine de Suède.

* Le lendemain , Chapelain complimente ainsi Conringius (f° a^'i v°) : «Je vous félicite au reste de vostre inespuisable fécondité et de la vigueur que vous conservés à vostre âge pour enrichir le monde lellré de vos conlinuelies et excellentes

CHAPELAIN. II

productions en tout genre de littérature. Vous n'aviés guère d'émulé que le bon Reinesius. Maintenant qu'il n'est plus, vous portés seul le faix de la réputation sçavanle d'Allemagne. Dieu vous y maintienne encore long temps!?5 Ce même jour. Chapelain donne à Bœclerus (f 375) des nouvelles de la république des lettres et de la cour: «Pour l'édition des Posthumes du Macharite M' Freinsbemius, Léonard à qui nous la ferons faire la remet au printemps, afin que l'impression en soit plus élégante. C'est une maxime de la librairie dont l'expérience nous juslifie la vérité. Outre que W le duc do Monlauzior, de qui dépend principalement la chose, vient de (omber dans le malheur de la perle de M"" la Duchesse, sa femme, qui estoit dame d'honneur de

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