PROFESSEUR , ETC. , À ALTORF
Monsieur, depuis la lettre à laquelle vous me respoudie's en m'envoyant l'Aonius Palearius que je vous avois prié de me recou- \Ter, je me donnay l'honneur de vous en escrire une autre du 2i septembre dernier que je veux espérer que I\P Bœcler vous aura fait tenir. Celle à quoy je respons présentement est du mois d'aoust et est veniie dans le ballot de M' Bœclerus avec le livre d"Aonius Paleai-ius, plus de quatre mois après sa datte par la difficulté que noslre ami a eu de trouver une voye seure et de me le faire apporter seurenient. Je viens à ce détail afin de vous rendre raison du retardement de ma response et que vous ne me croyés pas négligent à m'aquiler de cette sorte de devoir auquel je satisfais lousjours si volontiers à l'égard de tout le monde et particulièrement à vostre égard. Recevés donc icy. Monsieur, mes actions de grâces de cet office agréable que vous m'avés fait
et plus grand mesme que je ne le vous avois demandé ; car il ne me manquoit des œuvres de cet excellent homme que les trois livres De immortalitate animorum, autresfois imprimé à Lion ' et devenu très rare par la suite des temps. Ou a obligation à ces M" de Brème de luv avoir rendu une nouvelle vie par sa publication avec ses autres compositions en prose- qui ont un si grand air de la bonne antiquité \ et bien luy a pris d'avoir eu pour amis ceux de la créance pour laquelle il fut immolé par une dureté excessive du Souverain Pontife de lors*, sans que la beauté de son esprit et la pureté de son stile eust servi de rien pour fléchir un cœur nourri dans une contraire opinion et assés puissant pour la maintenir par le feu^ à la grande mortification de tous les équitables gens de lettres. Je sçay bon gré à ces AP' qui ont pris ce soin de sa réputation et qui l'ont au moins gareulie des flammes et je vous remercie en vostre particulier du soin que vous avés bien voulu prendre de me faire posséder une espèce de trésor de ce prix. \'ous devés estre desja avancé dans lim-
la Rovne et ia plus parfaitte de son sexe, sans coniredil, dont il est inconsolable et incapable pour quelques mois d'avoir d'autre applicafion que sa douleur. Dieu vueille que ces préparatifs universels de guerre ne nous en produise point d'autres pires encore et que les Muses n'y participent point ! Mais omen avertanl DU et qu'il plaise au Ciel de destourner nos voysius des desseins qu'ils font voir de nous forcer à la faire ! n
^ M. A. Péricaud dit dans l'article Palcarius de la Biographie univeiselle : rSon poème sur V Immortalité de l'âme, en vers hexamètres (Lyon , i536, i55a, in-12) est un des principaux monuments de la poésie latine du xvi* siècle.'?
* M. A. Péricaud n'a pas cité l'édition de Brème. Il se contente de dire:wLes meilleures éditions des œuvres do Palearius sont celles de Bàle (sans
date); d'Amsterdam (1699), et de léna (1728); toutes trois in-8°-, la dernière est la plus complète.n Le Manuel du libraire ne mentionne pas non plus l'édition de Brème.
^ Les harangues latines de Palearius sont écrites avec une exquise élégance. La plus remarquable est celle que Palearius composa pour Sulpicius contre Muréna. Elle a été reproduite par l'abbé d'Olivet dans le cinquième volume de son Cicéron in-i°, et cet humaniste déclare qu'il est persuadé que le lecteur, s'il n'en eût pas été prévenu, aurait pu croire ce discours écrit du temps même de Cicéron.
* Pie V.
* Le 3 juillet 1070, Palearius fut pendu, et son coqis fut ensuite livré aux flammes, \oirsur sou supplice Aonio Palcario, par Jules Bonnet (Paris, i863, p. 3iG-32i).
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
jiression de vostre ouvrage selon que vous nie le mande's. J'en verray volontiers la première feuille quand vous aure's le moyen de rae la communiquer. Vous m'avés consolé de me mander le succès de vostre mariage et les fruits qu'ils vous a produits. Dieu les veuille bénir! Je le désire et je l'espère comme celuy qui est. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce m décembre 1671.
J'oubliois à vous rendre conte de ce que vous désiriés sçavoir de la secte' delosahnnbrados. Elle pourroit venir d'Espagne, mais bien long temps avant le règne de Philippe IV. C'est la mesme qui, parmi nous, a le nom à'Ulmnnés, de ces sortes d'hommes dont Cardan fait mention dans son livre De subtUilate, que son père avoit entendu conférer en l'air des plus hauts mystères de la philosophie. Je les ay ouy confondre avec ceux que l'on appelle communément Uose croix qui, dit-on, vaguent par le monde cl se rendentinvisiblesquand ils veulent, quoyque beaucoup de gens sensés traittent celte prétendue secte d'illusion et de chimère. C'est tout ce que je vous en puis dire pour cette heure. J'en feray une plus particulière perquisition.