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DE MADAME LA DUCHESSE DE MONTACZIEB

Sonnet.

Julie enGn n'est plus, et la Parque inhumaine Vient de trancher le Cl Je ses illustres jours. A nos vœux , à nos cris , les Cieux devenus sourds De toutes les vertus nous ont ravv la Bevne.

Une grâce adorable , un air de souveraine Eclaloit en son port , brilloil en fes discours ; Elle aima la sagesse, et des autres amours Contre son ferme cœur toute attaque fut vainc.

La bonté, i'équitë, l'esprit, le jugement.

Se pleurent en son sein comme en leur élément .

Et jamais rien de bas ne logea dans son âme.

Elle fut de la Conr le lumineux flambeau. Mais consumée enfin par son ardente flamme, Elle alla dans les cieux luire d'un feu plus beau-

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

vostre heureux retour a Florence, me l'a dissipe en grande partie, car il est vray que j'en suis notablement soulagé et qu'il n'est pas impossible que je demeure encore quelque année au monde en estât de joiiir des bontés que vous me tesmoignés. C'est une chose bien digne de vostre naissance et de vostre bonne institution que ce tendre souvenir que vous conservés pour vos véritables serviteurs et qui sont incapables de vous jamais manquer. J'ay leu dans vostre lettre avec beauccoup de plaisir lagreable chemin que vous avés fait par l'Allemagne, et, quoyque fort satisfait d'elle, l'avantage que vous donnés à la France sur elle m'a extrêmement plu, y ayant trouvé, durant le séjour que vous y avés fait, une conformité plus grande de leurs esprits avec ceux de la glorieuse Italie, cette mère des Arts et le flambeau qui nous a tous éclairés et débarbarizés '.

Enfin, Monsieur, vous voilà à la fin de vostre course, entre les bras de vos proches et de vos amis, en estât de monstrer vostre vertu accreiie de moitié à vos illustres princes et d'attirer d'eux les grâces que vous mérités. Cette raisonnable espérance m'em-^ pesche bien de croire que nous vous puissions jamais revoir parmi nous. Le désir pourtant que vostre civilité vous fait me tesraoigner d"y refaire un nouveau voyage ne laisse pas de flater agréablement la passion que vostre vertu m'a donnée, et qui m'est

commune avec tous nos compalriotes qui sont demeurés très imprimés de vostre grand et beau sçavoiretde cette admirable mémoire qui vous fait avoir tousjom's présentes les excellentes choses qui ont une fois occupé vos yeux dans l'inclination ancienne et moderne.

Vous avés adjousté une grande obligation à celles que je vous avois desja en vous appliquant à rassembler les escritures et livres que j'avois souhaité de vous, je veux dire de vos soins après la généreuse ofli'e que vous m'en aviés faitte. A tout événement, si vous aviés* mon mémoire, je vous le renvoyé copié cou qualide giiinta^ et avec quelque réduction aussy parcequej'ay recouvré l'Aonius Palearius' que vous eussiés recherché vainement chés vos libraires soit de Venise, soit de Toscane, estant livre de contrebande connue d'un homme bruslé par l'inquisition, suspect en son temps de luthéranisme. Cestoit un grand orateur, un grand poëte latin, et [il] escrivoit des lettres égales [à celles d']Ochin\ de Longolius^ et aimé des plus grands personnages de son siècle.

J'ay veu la liste des compositions qui sont ou sous la presse ou publiées depuis vostre arrivée chés vous. Il faudra voir ce que c'est que les vers de ce poète estimé dont je n'avois pas encor ouy parler. Je suis marri de la mauvaise réussite que vous me dites du Cromwel dont l'autheur est fort de mes amis et peut-estre luy fait-on tort.

Il n'a rien paru de considérable parmi

' M. Littré n'a cité, dans son Dictionnaire, sous le mot déharhariser, qu'une phrase d'une lettre de Voltaire (du 18 août 1762). Avecla présente lettre, nous remontons quatre-vingt-dix ans plus haut.

' Ici une abréviation, in aià, dont le sens ne paraît pas fort clair. On pourrait peut-être lire : «m anima-n et expliquer : «dans l'esprit, dans la mémoire, n

^ Il faut lire non pas qualide giunta, mais

bien qiialche giunta, ce qui veut dire quelque addition, quelque augmentation.

^ On lit dans le manuscrit : Palaerus.

^ On lit dans le manuscrit : Auken. Voirsur Bernadino Ochino la lettre CXIV du présent volume.

® On lit dans le manuscrit: Congolius. Longoiius était Christophe de Longueil, né en 1^90 à Matines, mort en i52 2 à Padoue, dont on possède un recueil de lettres très élégamment écrites {Epistolœ, i53^,in-4°).

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nous que quelques traitte's du Port-Royal et un de U' lE[vesque] de Gondon sur la matière de TEucharistie \

Le pauvre M Gronovius le père est à l'extrémité''. C'est grand dommage. Les bruits de guerre refroidissent les Muses et nous ne pouvons pas dire : Cédant arma togœ. Quand le tumulte sera passé, redibimus in gratiam du Parnasse et cependant nous nous servirons de ce qu'il nous a produit par le passé.

Je suis inûnimenl obligé à S. Em. M^' le cardinal de Médicis de Thonneur qu'il me fait de me conter tousjours pour un de ses plus respectueux et plus ])assionnés adorateurs et je vous supplie de luy en tesmoigner ma très bumble reconnaissance. Faites moy aussi la grâce de bien assurer AP le comte Bardi, IV Tabbé Mesneilli et M" May et R. Fuli de mon ardente passion pour leur mérite et de la manière très pleine de gratitude dont j'ay receu les marques obligeantes de leur souvenir. Je vous fais la mesme prière pour M' Magliabecbi auquel je souhaite et augure des succès de fortune dignes de ses rares qualités. Pour vous, contés sur moy en toutes choses dont je seray capable et me croyés tousjours bien

certainement et inviolablement. Monsieur, voslre, etc.

De Paris , ce i" janvier 1G72 '.

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