DXXIX
À M. HEL\SIUS,
À LA HAÏE
Monsieur, vous receustes de huit jours plus tard que de coustume ma response à vostre penultiesrae parce que mon homme la porta à AP R[omf] ; que le paquet de AP l'Ambassadeur estoit parti. Depuis, les bruits fascheux continuent qui enfin pourront causer rinterruption de nosfre commerce, quoyque très innocent et renfermé dans le seul interesl des belles lettres. Je le croirois aussi dangereux pour vous que pour moy, et comme nous avons bien esté des années sans nous entrescrire soit à cause de vos maladies, soit à cause de vos voyages au Nord, nous ne ferions rien de nouveau de suspendre ce commerce pour quelque temps jusqu'à ce que l'orage soit passé. Il y a pour-^ tant encore quelques joui-s libres pendant lesquels, jusqu'à Wclat, nous le pourrons continuer.
Je ne me puis consoler de la [)erte de
■' Exposition de la doctrine de l Eglise catholique. (Paris, Ciamoisy, 1671 , in-12).
^ Jean Frédéric Gronovius était déjà mort depuis huit jours (28 décembre 1671) au moment oîi Chapelain le croyait si malade.
^ Le 19 du même naois, Chapelain salue en ces termes l'abbé Gondi, résident de Toscane à Paris (f° 283) : ffJ'ay un ancien et particulier allachement à vostre illustre famille aussy bien qu'à la gloire de M^' le Grand-Duc et une singulière passion pour vostre spirituelle nation et pour son admirable langue, nourri dans ma jeunesse dans la profession d'honnorer la glorieuse maison des Gondi francois et me parant de la bienveillance dont me favorise M^' le cardinal de Retz comme l'un
des principaux ornemens de ma vie.i Le 20 du même mois, Chapelain annonce à Collellini (P 383 v") la mort de J. Frédéric Gronovius : «Le jeune M' Gronovius qui vous devoit aller visiter au Printemps a trouvé ses mesures rompues par le deceds de son vertueux père qui mourut avec l'année d'un mal dont il languissoit depuis deux ans, ce qui est une notable perte pour les bonnes lettres comme de l'un des plus fameux et des plus hal)iles de sa profession. Les Ilollandois auront de la peine à la réparer. Il esloit le premier de l'Académie de Leydc et bibliolecaire de M" les Estais. Il est mort sur la révision de Tacite qu'il destinoit au Roy, son bienfacleur. Son fils est retourné recueillir sa succession. «
LETTRES DE JEAN CHAPELAIN
nostre Macarite feu M Gronovius et il ne sera jour de ma vie que je ne le regrellc aussy bien que vous. J'ay obligation à sa mémoire comme il croioit l'avoir au tesmoignage que j'avois rendu de sa vertu. Nous tombons ainsi par pièces en vieillissant et nos jeunes amis nous pleureront connue nous le pleurons.
Vous m'avés fait un plaisir insigne de m'envoyer l'élégie pour le Roy et de m'annoncer un discours en prose à sa louange pour mettre à la teste de vos notes sur Virgile. 11 faudra essayer de s'en servir en voslre faveui' désormais que ce sera sans conséquence et que vous estes redevenu particulier. Songes seulement à vostre santé , et rébus te serca secimdis. La mienne est tousjours mauvaise et ne me promet rien de bon, mais nous sommes mortels et.
quand nous partirons, il le faudra faire en philosophe chrestien, sans regret et sans fanfare.
Vous m'avés expliqué l'affaire de M"^ l'Evesque de Paderborn. Puisque le présent de ses poésies nous vient de vous, nous nous contenterons de vous en rendre mille grâces. Je vous les rens aussv des oeuvres de VVier
et seray bien aise d'avoir l'obligation du port à la courtoisie du jeune M"^ Gronovius, auquel j'escrirois sur sa douleur sijen'estois pressé du courrier. Faites luy mille amitiés pour moy et le consolés pour tous deux.
Il y a apparence que le 3° volume du Te[rentius] Ghristian[us] n'a pas esté publié comme l'autheur le promettoit : il s'en faut mettre l'esprit en repos. L'imitation du vieux Térence y est très naturelle et les mœurs admirablement touchés pour un homme de collège.
A quoy vous résolvés-vous de vous appliquer dans vostre cabinet, à l'histoire de voslre pais ou à la revision des autlieurs classiques anciens?
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
De Paris, ce xxii janvier 1C79 '.