‹ Lettres. PubliéesChapitre 253 sur 309 · À M. FERMAT · texte numérisé non relu

À M. FERMAT

COSSEILLEn AL' PARLEMEM DE TOCLOfZE .

À TOCLOIZE.

Monsieur, jeslois mortifié de n'avoir rien veu des Muses latines sur la déplorable mort de Monseigneur le duc de Longueville, l'espérance dernière de cette très illustre maison à qui la France deutson salut, lorsque l'Angleterre y estoit maistresse, et quoyque sa mémoire eust esté célébrée par no>tre Parnasse françois \ je navois rien veu digne de

sa vertu souveraine qui pust adoucir mon extrême douleur et la seule perle que j'eusse peu faire au monde encore plus par les sen timens de mon cœur que par la considei'ation de ma fortune. Dans cette désolation, vostre bonté est venue à mon secours et comme si j'esfois cet Asterius, à qui vous addressés la belle ode que vousavés chantée sur son tombeau \ j'ay senti quelque soulagement à ma peine excessive, et la douceur majestueuse de vos vers latins s'est coulée insensiblement parmi mon amertume et ma fait regarder ces glorieuses cendres avec moins de larmes ou du moins moins amères. 11 n'y a rien, Monsieur, de si élevé, de si pur, ni de si pathétique, et je me sens bien obligé à l'inspiration qui vous est venue de joncher son cercueil de fleurs d'une si agréable odeur et d'en faire part à ma peine. Ce me sera un aiguillon bien puissant pour dissiper la léthargie où ce grand malheur m'a jette et m'exciler à suyvre vostre exemple , car je ne conte pour rien ce sonnet que. pour satisfaire à mon devoir en cette occasion funeste, mon petit génie accablé m'arracha dans le trouble le plus violent où mon âme avoit esté jettée par ce coup de foudre. Si vous le lises , il vous fera autant de pitié que moy mesme et par la comparaison de cette foiblesse avec voslre ode, vous connoistrés combien elle le surpasse en excellence et combien je vous en dois de-

' M. Lilhv a rcl.ouvé la familière expression dans Molière {Comtesse d'Escarbagnas, 1G71) el dans une lettre de d'Alembert (1769).

' On lit Lainliacini dans le manuscrit.

^ Le premier volume avait paru en i665, le second en 1669, le troisième en 1670, le quatrième en 1671,1e cinquième en 1672. Les trois derniers volumes virent le jour eu 1(173, 1674 et

* Dans la Bibliothèque historique de la France, on no mentionne aucun recueil de vers en l'honneur du duc de Longueville, mais seule-

ment deux oraisons funèbres prononcées. Tune par Gilbert de Clioiseul, évéque de Comminges (Paris, 1673, in-i"), l'autre par l'abbé Bauyn (Paris, 1672, in-i°). Dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale {Histoire de France), on signale, de plus, le Testament du duc de Longueville daté du 11 avril 1672 (s. 1. n. d. in-li").

^ Voir cette ode dans le recueil des vers latins el français de Samuel de Fermât publié à Toulouse en 1680 (in -8) : Variorum cartninum libn IV.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

ineuror obligé. Je le professa icy, Monsieur, et vous osseure que par aucune faveur vous ne pouviés mieux tesmoigner vostre amitié ni m'attacher à vous pour demeurer toute ma vie, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxx novembre 1672.

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