‹ Lettres. PubliéesChapitre 252 sur 309 · DLVII · texte numérisé non relu

DLVII

À M. WAGIIE.NSRIL,

PaOFESSBt'R E!( JURISPKUDESCE , À ALTDORPH.

Monsieur, je ne vous diray point combien la perte de M' Bœclerus m'a touché ni le desplaisir que j'en garderay toute ma vie. Vous connoissés mon cœur et combien je

suis [tendre] pour le moindre de mes amis. Il m'esloit cher pour toutes choses, surtout pour la bonté qu'il avoit de prendre le soin de nostre communication réciproque et de la fidélité avec laquelle il s'en aquitloit. Mais Dieu, qui ne veut pas qu'elle soit pour tousjours interrompue, ma suscité à Strasbourg un pareil secours dont je n"altens pas une consolation plus petite. M' Frischman, Résident pour le Roy en cette ville là, s'est oflert noblement de luy mesme à nous servir de moyen pour nous faire tenir réciproquement nos letires et, s'il y a quelques livres à nous envoyer, m'assurant qu'il a un correspondant fort officieux h Nuremberg, et ce sera par luy que vous recevrés cette lettre. Je suis d'avis que vous luy cscriviés par le mesme et luy en tesmoignés beaucoup d'obligation et de ressentiment aux termes les plus bonnestes et les plus civile; tjue vous pourrés.

' Le lendemain, Cliapelain écrit à Grœvius (f° 3/10): cfJ'ay sceu dans ma solitude que le Roy consideroit fort Utrechl et qu'il en avoit enchargé le bon IraiUement à ses Irouppes. Ainsi je ne doute point que S. M., après en avoir appris les misères, ne donne ordre à son soulagement et que !Vr le député en remporte bienlost ce qu'il désire. Je le souhaite de tout mon coeur, vos peines me comblant d'aiïliction plus que je ne vous sçaurois dire.i Le même jour, Chapelain s'adresse en ces termes à DclPAra (f ',\ào v°) : «Quant à la dissertation de M' Redi [on Ht dans le manuscrit Rabi] sur ces pierres qu'on Irouve dans la teste des serpens, en Orient, je n'ay pas eu part à l'honneur de la distribution que M. le cardinal de Medicis en peut avoir fait faire en celte Cour et je n'avois pas connoissance de ce nouvel ouvrage. M' Redi est un pliilosophe très soUde qui défère plus à l'expérience qu'au simple raisonnement souvent trompeur. Personne ne parle des choses nolurellcs avec un stjie plus pur, plus toscan et plus clair. Sa réputation me le donne pour un très Iionnesle homme et très iiommc de bien. Ce sont les motifs de l'estime et

de l'amitié que j'ay pour luy. . . Vostre application à la lecture me plaist fort surtout de ces Annales du Tassone que le conte Graziani m'avoit escrit do Modène qui avoient esté enlevés à sa succession par les Romains et qui esloient condannée à prison perpétuelle dans le Vatican. Je suis ravi qu'ils s'en soient eschappé et que vous en ayés des copies à Florence. Ce doit estre une excellente chose d'un si rare escrivain. Pleust à Dieu qu'ils fussent à vous en propre! En tout cas empeschcs qu'ils ne vous en soient oslés ei: les mettes en seureté de vos inquisiteurs. -j Le même jour encore, Chapelain parle à Frichman des maux de la guerre (P 3'ii v") : «Si vous estes intrigué et occupé extrêmement dans l'occasion de cette guerre, vous pouvés penser que nous ne demeurons pas icy les mains croisées. Je plains M" de Strasbourg de la nécessité qu'on a eue de rompre leur pont. C'est pourtant un bien pour eux que les trouppes allemandes ayent esté empeschées de passer le Rhin dessus; tout ce que la ville a de territoire deçà auroil esté ravagé et désolé par leur nombre et leur insolence. . . 7»

LETTRES DE JEA-\ CHAPELAIN

En nie l'esjjondant par la mesme voye, mandés uioy parliculièrement Pestât de vos affaires, de vostre ménage, de vos travaux. Faites raoy sçavoir aussi comment vostre République se ressent de ces armées qui remplissent l'Empire et qui ne nous menacent pas de poii'es molles, comme dit noslre peuple'.

J'apprendray aussi volontiers si Lambecius ' continue sa Bibliothèque impériale et si le k' et 5° volume sont publiés ^ et ce qu'ils coustent (AP Bœclerus m'avoit régalé des trois premiers), comme aussi quels autres livres de sciences et de réputation ont paru en Allemagne depuis 4 ou 5 ans, surtout à quoy vous en estes des vostres.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxiv novembre 167a.

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