‹ Lettres. PubliéesChapitre 255 sur 309 · DLX · texte numérisé non relu

DLX

À M. GR^VIUS,

PKEHIEB PBOrESSECR £!< ÉL0QCE5CE , À ITRECHT.

Monsieur, je viens de recevoir une seconde lettre de vous par M' Godin, vostre sage député en cette Cour, et, avec voslre lettre, le paquet pour M' le Duc de Montauzier et l'Epistre dédicaloire de vostre Suétone pour M^' le Dauphin. \ ostre lettre comprend une seconde copie de celle que vous me listes la grâce de m'escrire au mois d'Aousl et qiu ne m'avoit point esté rendiie. .l'y ny trouvé avec consolation les louanges que vous y donniés à la magnanimité et à l'humanité du Roy et, quoyque, depuis, le Mars destructeur de toutes choses, contre les ordres qu'il avoit establis, vous eust causé des pemes insupportables, que vous luy faisiés la justice de ne les pas imputer à S. M. et d'en espérer le soulagement de sa bénignité naturelle. Demeurés en persuadé, Monsieur, et, considérant comme in)possible que la guerre et la douceur puisse bien s'accorder, prenés une vertueuse patience dans vos travaux . en attendant que S. M. se soit mise en estât de vous rendre la tranquillité si nécessaire aux personnes de nostre j)rofession.

Je suis mortilîé d'apprendre que le soin qu'avoit eu M' le duc de Montauzier d'office et de son mouvement, avant que d'avoir eu de vos nouvelles, d'escrire à M' de Luxerabourg en vostre faveur, ne vous ait pas autant profité qu'il le souhaittoit et esperoil.

Je vais luy envoyer vostre despesche à Saint- Germain et l'Epistre à M^' le Dauphin, à laquelle je n'ay rien trouvé à redire, et qui ne fut digne du Prince à qui vous l'addressés. IL eust esté à désirer que le Suétone luy eust peu eslre présenté en mesme temps et que ceux que vous en aviés chargé se fussent plus fidellement acjuités de leur commission, quoyque possible ces troubles et la difficulté du transport les en rend excusables. Je ne doute point que ce seigneur, qui a pour vous très grande estime et qui est solide et sincère en ses amitiés, ne recharge et de bonne ancre envers M"^ de Luxemboiu'g en vostre recommandation. Nous verrons si vous serés plus heureux dans i'envoy des autres livres que vous me marqués et si M' Bernart vous y aura servi comme il s'y est engagé par sa courtoisie.

J'ay une extrême douleur de la mort de nos deux chers amis M" Gronovius et Bœclerus et le pauvre Tanneguy Faber est presqu'autant plaint de moy '. [C'estoit une] de nos lumières. Si quelque chose me l'adoucit, c'est que M' [Heinsius va bien], de la santé duquel j'estois fort en peine et qui ne m'est point rendiie douteuse par vostre lettre. Si vous luy escrivés.je vous conjure de l'assurer de ma constante amitié que nulle chose ne pourra jamais diminuer ni altérer. Ses divers voyages, à ce que je voy, luy auroient produit une ample moisson de matières curieuses [)Our enrichir ses desseins littéraires à sa gloire et au profit du peuple lettré. Je l'en félicite et m'en

pas que celle sorle de composition est iinn des plus graves et des plus dilBciies de la poésie et que l'on n'employé que dans de grands sujets, de manière que sa brièveté, quand il n'y a rien (|ui soil superflu ni défectueux, ne fait qu'en relever le prix, comme un diamant ou un rnliissans laclie qui est adroiltement enchâssé. L'importance est que celuy cy ait ce caractère et que vous

ne le jugiés pas indigne de voslre appiobation. Depuis les Tombeaux que je fis en ce genre de vers pour les cardinaux de Richelieu et Mazarin M" el yi' de Longueville, je ne m'y eslois engagé pour personne, ayant encore beaucoup de chemin à faire pour mon grand ouvrage. ..^

' Cet é. udit était mort à Saumur le la seplemlire iC-ra

LETTRES DE JEAN CHAPELAliN.

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lesjouis par vous avec liiy en attendant que je sois en liberté de le faire par moy mesnie.

Ne songes jwint, Monsieur, à quiter le poste d'Ltrecht pour Heidelberg ni pour aucun autre. Le Prince n'est pas en estât de soustenir un homme de vostre mérite et cette transmigration seroitpour vous tomber de lièvre en chaud mal. Dumte et vosinet rébus servate secundis' . Les médiateurs pourront calmer cette tempeste et nostre juste Prince ne refusera jamais d'entendre à des propositions raisonnables. C'est à vos M" des Provinces-Unies de ne se pas laisser conduire en cecy par les inferests ruse's de leui-s anciens et naturels ennemis contre la [

] et ceux de leurs anciens amis. Dieu, s'il luy plaist, regardera l'Europe en pitié et appaisera ces orages en faveiu- de la chrestiente' et pour réprimer le torrent de la puissance othomanne. C'est de quoy nous le devons tous prier.

M' Godin, dans un ample entretien que nous avons eu ensemble, m'a paru un très honneste et très habile homme et tel que vous me Faviés dépeint. Je me tiens heureux de sa connoissance et vous obligerés extrêmement de l'en assurer par vos premières, Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce ix décembre 1672.

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