‹ Lettres. PubliéesChapitre 256 sur 309 · DLXI · texte numérisé non relu

DLXI

À M. CORIiSGIUS,

PBOFESSECR ES MÉDECINE ET BISTOIBB .

À UELVSTAD.

Monsieur, dans le temps qui court depuis un an de tumulte et de guerre , il se faut attendre à n'avoir point de commerce réglé ni de seureté pour les lettres. J'ay réputé mesme [étonnant] que vous ayés receu les der-

nières que vous m'accuses par les vostres du 1 9 septembre que Monsieur [ ] a trouvé occasion de m'envoyer et qui a esté la première joye que j'ay senti depuis la perte de M' le duc de Longueville en Hollande et vous sçavés, je croy, l'obligation que j'ay à sa maison où j'ay trouvé un asyle utile et honnorable depuis quarente ans à ne la janiais oublier. Cette très sensible affliction n'a pas peu contribué à la mauvaise santé qui m'oste les forces , dès il y a plusieurs années, et me rend jiresque inutile à moy mesme et à mes amis. L'âge avancé de 77 ans accomplis est en soy une maladie incurable, qui me fait regarder la mort comme frappant a ma porte et me dispose à la recevoir philosophiquement, sans néantmoins que ses glaçons refroidissent en moy l'amour des lettres et des lettrés, à la teste desquels je mets avec tout le monde vostre très éminent mérite.

M' Verjus le jésuite m'a escrit que M' son frère et luy avoient receu de vos mains pour moy trois ou quatre de vos nouveaiLX ouvrages et qu'ils n'attendoient qu'une seure occasion de me les faire tenir. Je ne doute point qu'ils ne s'aquitent de leur promesse, mais il faut que cette occasion ne se soit pas encore offerte, car je ne les ay point encore receus, dont j'ay une grande impatience, rien ne partant de vostre plume que de rare entre les choses les plus exquises de cette nature.

Cette nefretique^ à quoy vous m'apprenés que vous estes sujet me donne peine et je vous en plains infiniment. Il est vray qu'estant un autre Esculape vous ne permetriés pas que vostre art vous abandonne au besoin et ne repoussés pas moins celte torture de vous que vous la sçavés bannir des autres.

Virgile, Enéide,!, 207.

Néphrétique a été employé comme substantif

par Fonteneiie et par d'Alemberl, que cite M. Littré. Trévoux donne ce substantif.

LETTRES DE JEAN CHAPELAIN

Quant aux louanges que M' Gravelli et Verjus ont dit de vous ou ont escrit en cette Cour, ils n'ont pas esté les premiers et vous connoissés un ami fidelle qui, dès il y a longtemps, les a prévenues et leur a frayé le chemin.

La guerre heureuse que le Roy a faitte, cet esté, aux Hoilandois a donné de l'estonnement et de l'admiration à ses amis et à ses ennemis. Si les médiateurs Suédois ne composent pas ce différent, il y a apparence qu'il n'en demeurera pas h ces conquesles et (]ue tels Estais s'en sentiront qui se mesient dans ce trouble pom-, en l'augmentant, s'en mettre à couvert. Son cœur est invincible . comme sa justice iri'éprochable. Vous en jugés. Monsieur, comme il faut et luy estes équitable. Ce n'est pas qu'il s'esloigne de la paix, quelque fortuné qu'il soit dans la guerre. Il a donné les mains à la proposition de la suspension des armes et ne s'y i-endra pas difficile, si ce n'est que cette attaque de Charles le Roy, suscitée par la maison d'Autriche pour destourner le tonnerre de son chef, ne luy en veuille faii-e prendre la vengeance. Dieu en rende vain [ ].

Nous avons perdu un précieux ami M' Bœclerus et, aussi bien que nous , la République des Lettres est privée de l'un de ses principaux soustiens, après Reinesius et Gro-

novius. Tenés bon et, vous conservant, réparés toutes nos perles. C'est la prière que vous fait. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xxii décembre 1672.

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