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À M" L'EVESQUE D'A>GERS, À M. CARREL DE SAINTE-GARDE

Voicy, Monseigneur, une dernière espreuve de vertu que Dieu vous a envoyée par l'ordre que M' voslre neveu a eu de se retirer à Verdun. Je ne murmure point contre sa Providence dans cette continuation de touches si rudes pour voslre famille. Elle sçait pourquoy elle les souffre et les semble proportionner à la vigueur d'esprit et à la résignation qu'elle y a respandues depuis si long temps pour vous rendre tous plus dignes de sa gloire. Je ne laisse pas , raoy qui suis bien plus foible que vous, d'en estre esbranlé et de sentir avec beaucoup de peine cette si fascheuse rencontre, quoyque je n'en aye pas esté surpris veu la disposition des choses. Pour m'en adoucir l'amertume, je ne demande à la bonté divine qu'une partie de la grâce qu'il vous accorde avec tant d'abondance et quelque moyen de contribuer par mes services à vostre soulagement.

C'est le plus ardent des souhaits de celuy qui est à vous par tant d'obligations et qui fait son trésor de vostre amitié.

De Paris , ce xv février 1662.

Monsieur, ce n'a point esté sur le simple récit de M' l'abbé de la Chambre ^ que j'ay conceu de l'estime pour vous. Ça esté encore plus par ce qu'il m'a fait voir de vous sur le système du monde de M' Descartes dans les lettres où vous espluchés ses principes et où, selon moy, vous leur donnés de si rudes atteintes et avec tant d'ordre et de clarté pour une matière si embrouillée et si obscure que je ne croy pas qu'aucuns de ses plus subtils partisans osast entreprendre de les repousser et pust espérer de les bien défendre ^. Il est à peu près de vostre critique sur les élémens de sa Physique comme de celle du célèbre M"^ Gassendi sur ses Méditations métaphysiques et si cet autheur a peu aquerir la réputation de fort ingénieux dans ces deux desseins là, vous luy avés l'un et l'autre fait bien perdre celle de fort solide, tout son fait après vos communes réflexions et discussions ne pouvant plus se produire que pour des imaginations riantes et pour un romant philosophique assés bien inventé et assés bien entendu.

La querelle qu'il a eiie avec M' Gassendi ,

^ Jacques Carel, sieur de Sainte-Garde, né à Rouen au commencement du x\n' siècle, mourut à une époque qui n'est pas connue d'une façon plus précise que celle de sa naissance, mais que l'on s'accorde à placer aux environs de i68i. Il était homme d'église, et il obtint les titres d'aumônier et de conseiller du roi. Il avait accompagné à Madrid, en i66i, Georges d'Aubusson delà Feuillade, archevêque d'Embrun, envoyé comme ambassadeur extraordinaire à la cour d'Espagne. Chapelain disait de lui en cette même année 1669 où nous le voyons lui écrire pour la première fois {Mélanges de littérature Aq Camusat , p. 2 06 et 2 07) : p C'est un bel esprit et un sçavant homme, poète, philosophe, orateur, qui a de l'élévation en ces

trois genres , et qu'on ne blâme que pour le trop grand amour qu'il a pour la liberté , et de quelque inconstance dans les travaux qu'il entreprend , et dont il est capable ; sa mauvaise fortune le réduit pourtant à dépendre d'autrui, et il est présentement en Espagne auprès de l'Ambassadeur de France, où il s'ennuie faute d'occupation. ^7

- Pierre Cureau de la Chambre , fils de l'académicien Marin Cureau de la Chambre, fut lui aussi membre de l'Académie française (26 mars 1670). H mourut le i5 avril 1698, curé de Saint-Barlhélemy, à Paris.

^ Encouragé sans doute par les éloges de Chapelain, l'abbé Carel pubUa, l'année suivante, ses Lettres contre la philosophie de Descartes, ouvrage a6.

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mon ami intime, m'ayant donné envie de repasser avec plus d'attention son Système , j'y trouvay un grand brillant, une grande nouveauté, un heureiLx employ de l'ancienne doctrine de Démocrite pour la multiplication des Mondes et des modernes expériences de laiman pour la constitution de sa machine, comme aussi de belles applications de la nature du mouvement qui ne pouvoient partir que d'un esprit fort inventif et fort adroit pour se sçavoir servir de tout à ses fins. Mais je fus arresté d'abord par ses postulata de la création de la matière qui est moins de physicien que de théologien et du mouvement qu'il luy faisoit donner sans admettre le moindre vuide, en quoy selon ses propres positions je trouvay de l'impossibilité et vis par conséquent que tout ce quil en déduisoit pour la formation des corps mondains et pour les générations particulières tomboit de luy et par sa cheute ruinoit toutes ses prétentions. Je jugeay de plus que ce qui luy avoit fait exclurre le vuide de son univers n'avoit esté que pour avoir moyen de rendre raison de la lumière et du flux et reflux de la mer, et que sans cette ambition en admettant le petit vuide dans le grand plan il eust peu faire procéder heureusement sa chimère et la rendre , sinon vraye , au moins belle et assés vraysemblable pour n'estie pas facilement convainciie de fausseté '. Dans cette persuasion où me vit M' l'abbé de la Chambre, il voulut me faire voir ce que vous aviés escrit sur ce mesme sujet. Je tus ravi de vous y avoir rencontré de mon sentiment partout et d'avoir veu surtout que l'une de mes objections invincibles vous

y estoit venue et que vous l'aviés conceiie presque aux mesmes termes que moy. C'est cela. Monsieur, qui m'a donné une grande impression de vostre manière de philosopher et qui m'a disposé à vous le faire sçavoir par l'obligation que tout homme de bien a de faire honneur à la vertu , et de la promouvoir de toute sa force où elle est par ses applaudissemens et par ses éloges. Croyés donc que si vous continués dans mie si noble carrière , vous am'és tousjours mon suffrage et, si vous voulés, mon amitié, d'autant plus que M' nostre abbé m'a respondu de vos mœurs aussi bien que de vostre habileté et que vous n'avés pas l'esprit plus beau que l'âme.

Il m'a communiqué aussi l'examen que vous avés fait de la comédie de machines de Psyché, et je n"ay point esté surpris de l'extravagance de celle pièce si peu digne de la cour d'un monarque des Espagnes. Il y a quarente ans que je suis éclairci que cette brave nation généralement parlant n'a pas le goust des belles lettres et que c'est un prodige lorsqu'elle produit un sçavanl entre mille avec quelque idée de la raison pour les compositions justes, quelque teinture des beaux-arts et quelque ombre de la sagesse des Anciens. Nous le voyons mesme dans les vieux poètes lalins qui en estoient originaires et dans les ouvrages desquels l'imagination estoufle partout le jugement. Enire tous leurs aulheurs je n'ay veu que le Doltor Pinciano* qui ait monstre avoir quelque connoissance de la théorie poétique et quelque commerce avec Arislole et ses commentateiu-s. Son livre, où il en trailte, s'appelle Philosophia antiqua ' et mérite que vous

depuis longtemps aussi oublié que le Childebrand du même auteur.

' Il faut rapprocher de celte appréciatiou ce que Vintime ami de Gasseudi disait de Descartes, en mai 1687, dans une lettre à Balzac (p. i53 de notre tonier").

- C'est le surnom qui fut donné à un des meilleurs critiques espagnols du xvi* siècle , Alonzo Lopez.

^ Filosophia antigua poetica del doctor Alonzo Lopez Pinciano , medico Cesareo (Madrid, lôgG, in-4°). Ticknor {Histoire de la litlérature esjla-

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le rechercliiés. Lope de Vega, sur ses vieux jours, avoit fait una arte poeùca en petits vers oii il tombe d'accord qu'il a péché contre toutes les règles dans ses comédies '. C'est un petit livret que vous me ferés plaisir de me recouvrer et de m'envoyer par vostre premier courier auquel je remettray le prix qu'il auracouslé. Jauregui, de qui nous avons une si belle traduction de ÏAminte-, a fait aussi un Discorso poëttco qui n'est pas à mespriser ^. Un autre licenciaclo , Cascales a publié certaines Carias philologicas '' où il examine quelques poésies du fameux Gougora ^ et tesmoigne avoir assés de familiarité avec les bons Anciens. Un Portugais Augustin, Manuel Vasconcelos, a escrit la vie de Don Juan 11 de Portugal en castillan, ad normam veterum , Taciti prœcipue et en vé-

rité fort excellemment \ Mariana a donné l'histoire générale d'Espagne et en a fait un chef d'œuvre'. Hors cela, je ne voy qu'enjouement ou que barbarie en leurs escritures. Car je ne parle point de la politique où ils pipent , ni de la théologie où ils sont des aigles.

J'ay esté bien aise, en vous respondant, de vous faire part de mes observations passées sur leur fort et sur leur foible, alin que vous alliés tout d'un coup aux bons et que vous ne perdiés point de temps à les desmesler. De vostre costé, vous nous ferés part de vos descouvertes et assurés, s'il vous plaist, M' l'Ambassadeur ** de mes respects: il n'aura pas ouhlié ce que je luv suis.

De Paris, ce xvi février iGGa '.

giiole, t. III de la traduction IVançaiso, p. 290) en parle ainsi : t^Alonzo Lopez, vulgairement appelé El Pinciano, le même qui composa un poème épique indigeste sur Pelage , El Pelago , publia la Filosophia antigua , où , sous la forme d'une correspondance entre deux amis, il donne avec autant d'érudition que de finesse, ses propres sentiments sur les opinions des anciens maîtres, en ce qui touche les formes diverses de la composition poétique. '5

' Il a été question de VArl poétique de Lope de Vega dans la lettre XXXI du présent volume, lettre datée du 10 septembre {pour 10 octobre) î65ç).

^ Don Juan de Jauregui, gentilhomme de Séville, descendant d'une vieille famille basque, ué vers 1670, fut doué, dit Ticknor (t. III, p. 75), «d'un talent remarquable tant pour la peinture que pour la poésie. En 1G07, pendant son séjour à Rome, il publia une traduction de VAminta du Tasse, et, depuis cette époque, il est compté parmi les poètes espagnols qui ont le plus de valeur, tant dans sa patrie qu'au dehors. n

^ Ticknor n'a fait que mentionner, d'après Nicolas Antonio et Flogel, cet opuscule, qu'il n'avait jamais vu , et dont voici le titre et la date : Discurso sobre el estilo cullo y oscuro, 1638.

* Francisco de Cascales attaqua , dit Ticknor (t. 111, p. 70), le style affecté de Gongora dans ses Tablas poeticas , imprimées en iGiC, et dans ses Letras Jilôlogicas , publiées plus tard. Ticknor reparle ainsi (p. 990) des Tablas poelica.i ciel licenciado Francisco Cascales : « Série de dialogues un peu plus familiei's que les lettres si graves d'Alonzo Lopez, où il s'appuya un peu plus sur les doctrines d'Horace, dont il édita un peu plus tard l'épître aux Pisons avec un commentaire écrit en excellent latin. n

"^ Sur Gongora, voir la lettre XXXIX, du 21 décembre 1669.

'^ Voir sur cet historien la même lettre XXXIX.

' Mariana a déjà été nommé et grandement loué dans la même lettre. Voir encore la lettre LXX, du 9 avril i6(3i.

' Georges d'Aubusson de la Feuilladc, né en 1O12, fut nommé archevêque d'Embrun en 16^9, ambassadeur à Venise en 1659, ambassadeur extraordinaire à Madrid en 1661, évêque de Metz en 1668. 11 mourut dans celte ville le 12 mai 1697.

® Le lendemain, Chapelain (P 28G) écrit à M. de Grentemesnil au sujft de la grave maladie de Gonrart : trCet excellent homme dont par avance vous avés si éloquemment déploré la ma-

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À M. IIUET,

GBMILHOSIJIB KOBMAND, À CAEN".

Monsieur, j"ay donc esté devin sur le sujet du livre dont vous me parias ' et sur le dessein que vous aviés formé de le réfuter et d'en rendre le poison inefficace". Ce sera un travail digne de vostre vertu et de voslre force et que je vous exhorte d'entreprendre aussitost que vous serés descbargé de celuy qui vous occupe maintenante II n'en sera que la suite et une confirmation de cet autheur vous tiendra lieu d'un autre Celse et vous d'un autre Origène à moy. Quant à l'amy qui eust peu s'appliquer à cette réfutation, ce n'est pas M' de la Molhe le Vayer. Son âge, ses infirmités et son humeur ne luy permettroient pas de s'engager dans une telle entreprise. Je vous le pourrois nommer que vous ne le connoislriés pas et cela mesme seroit inutile parce qu'ayant pour cela plus de zèle que de science , je ne l'y laisserois embarquer qu'au cas que vous n'en oussiés point la pensée et qu'encore mesme cpi'il vous valust, il ne seroit de plus d'un an en estât de s'y mettre, de sorte que cette considération ne vous doit aucunement arrester, et que , dès que vous serés délivré

de vostre présente tasche, il n'y a point à hésiter ni à reculer pour celle cy. Mais toutes vos bonnes intentions seroient vaines si vous n'aviés la pièce en vostre possession , soit en original, soit en copie, et non point par extraits, car pour bien examiner le fort et le foible d'un ouvrage, il en faut voir le plan et le tissu, les prémices (sic) et les conséquences, ce qui ne se fait qu'à tastons et souvent à faux quand on n'en voit que des parcelles, disjecti meinbra poetœ^, surtout quand ces extraits nont pas esté faits par celuy là mesme qui en doit faire lexamen, à cause de la diversité des génies et qu'il y a danger de s'en fier à la foy et au raisonnement d'autruy. Faites donc, s'il est possible , qu'on vous en fournisse au moins une copie bien exacte et bien fidelle, et, après cela, médités dessus et employés vostre jugement, vostre sçavoir, vostre piété et vostre éloquence poiu" purger la terre de cette peste, et luy enseigner les remèdes nécessaires pour s'en garantir à l'avenir. Vous ferés aisément vos diligences pour avoir cette copie pendant les trois mois qui vous restent à donner à vostre premier tome dOrigène, comme pendant que vous travaillerés à cette réfutation vous aurés le temps de recouvrer les matériaux qui doivent entrer en la construction de voslre second

iadie vit encore, puisqu'il plaist à Dieu, mais dans noslrc créance et dans la sienne plus près de la mort que jamais.- Chapelain, donnant les plus grands éloges au premier secrétaire de l'Académie française, ajoute : rNe pouvant perdre celte personne sans perdre le premier de mes amis et celuy auquel j'estois uni par des liens indissolubles et qui de deux que nous étions autrefois n'en avoit fait désormais qu'un. . . M' le marquis de Monlauzier luy mena, il y a six jours, W Valot , premier médecin du Roy, qui le contenta plus que n'avoient fait tous les autres jusqu'icy et le résultat de cette conférence fut qu'jl ne prendroit plus de médecine ni d'aliment que le lait de

vache, ce qu'il pratique depuis trois jours, sans qu'il y paroisse encore d'amendement. ..n Chapelain termine en remerciant Grentemesnil de l'envoi de son poème sur la naissance du Dauphin, poème qu'il vante beaucoup avec deux petites réserves toutefois.

' Le livre De tribus vnpostoribtts.

^ Celait comme futur auteur du Demonstrntio Evangelxca (1679, in-folio), que le docte Huet se proposait de réfuter le De tribus impostoribvs.

^ V Origène qui parut en iC63 (2 vol. infolio).

'* Que de f«is devaient être cités, après Chapelain, ces trois mots dits pour la première fois

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tome , et cet intérim ne sçauroit avoir un employ plus noble ou plus utile que celuy que je vous conseille et que vous vous proposés. Cependant de tout cecy je garderay un altum silentimn et je n'en feray conlidence à personne. De vostre coslé, je croy que vous en fere's de niesme et que je seray le seul à qui vous donnerés part de ce que vous obtiendre's par le moyen de vostre ami et de ce que vous ferés ensuitte.

Je l'aviray M"^ de Monnior lorsque je l'assureray du projet que vous aviës fait de couvrir le tombeau du R. P. Mambrun de vos fleurs et de vos larmes. En quelque estât que soit le recueil , on attendra volontiers vostre e'Iëgie, et l'on n'a garde de se priver par précipitation d'un de ses principaux ornemens.

Je feray auprès de M' Heinsius tout ce qu'il faudra pour satisfaire vos communes envies, car je ne dispose pas moins de luy que de vous.

Ce fut chés M' Ménage qu'on douta de celle élection de magistrat par les boites et je l'appris de l\r Bigot, son commensal.

Mais, vray ou non que cela soit, il suffit que sur les lieux on vous l'ait sérieusement acceiienë ', et vous avés assés par là de quoy garantir vostre relation, surtout en parlant comme poêle et non pas comme historien. La chose estoit trop singulière el trop plaisante pour l'oublier.

Je viens à vostre censeur du fauxbourg '. Si vous croyés que son escrit vous puisse nuire auprès du moindre des habiles, vous luy faites trop d'honneur el ne le connoissés guère. Ceux qui ne bougent de chés luy le bernent au sortir en toute rencontre, et vous Irouverés icy une épigramme de Furetière\ l'un de ses familiers, qui vous fera voir en quel prédicaraent ' il est parmi eux. Ce seroit un bon homme s'il n'estoil point si cupide de gloire et si jaloux de tous ceux qui en ont acquis par leurs ouvrages, surtout en fait de traductions. Celles de M' d'Ablancourt l'ont mis à la mort. 11 l'attaqua ridiculement et à sa mode sur César ^ et le combasl eust eu une fascheuse suite pour luy si M' de Laon *, qui l'ayme ou par accoustumance ou par pitié, n'y fust pas venu

au sujet d'Orphée mis en pièces par les Bacchantes !

^ Le Dictionnaire de Trévoux cite , sous Acertainer, rr vieux mot, n synonyme d'assurer, certifier, ces deux vers de Marot :

Quant au travail , bien je vous acertaine Qu'incessamment y serai exposée.

^ La tirade que l'on va lire, où la verve et l'esprit ne manquent pas, est dirigée contre un des hommes que le bon Chapelain détestait le plus au monde, Michel de MaroHes, dont nous avons déjà trouvé le nom dans la première des lettres du présent volume.

^ Antoine Furetière, abbé de Chalivoy, né à Paris le 28 décembre 1619, mourut le lU mai 1688. Il fut nommé membre de l'Académie française le i5 mai 16(12 et il en fut exclu vingt-huit ans plus tard, le 2a janvier i685. Je n'ai nulle part retrouvé l'épigramme de

Furetière dont Chapelain annonce l'envoi à sou correspondant. M. Sainte-Beuve {Causeries du lundi, t. XIV, p. i38, note -3) a cité un fragment d'un écrit de Furetière, Nouvelk allégorique, ou histoire des derniers troubles arrivés au Royautne d'Eloquence (1609), où Marolles est surnommé illustre et où il est comparé à un conquérant de l'ancienne Italie.

* C'est-à-dire en quelle catégorie. C'est en ce sens que le mot a été employé par Miciiel de Montaigne : nia laideur qui revesloit une âme très belle en la Boétie estoit de ce predicament. »

^ Voir le récit que l'abbé de Marolles fait de sa querelle avec Nicolas Perrot d'Ablancourl dans le Dénombrement qui suit ses Mémoires (t. III, p. 225).

^ César, cardinal d'Estrées, dont i) a été question dans la lettre XIII du présent volume.

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mettre les holas. Jamais homme n'a plus broiiillé de papier ' que iuy, ni fait perdre plus d'argent aux simples qui, prévenus de sa qualité et conseillés par leur foiblesse, s'imog-inent qu'il traduit bien parce qu'il traduit beaucoup. Cependant outre qu'il parle assés souvent mal françois , et qu'il n'a guère les fondemens de nostre langue, il est tout à fait aveugle dans les anciennes , et pour se jetter à tout comme il fait, il n'a que de la présomption et de la témérité, par lesquelles il duppe la canaille. Jamais homme n'envisagea moins la vérité, n'entendit moins les autheurs pour peu qu'ils soient difficiles, ne creul moins important de les rendre lidellement, ni ne distingua moins les termes pour les employer selon leur terminaison et leur corps ou selon leur âme et leur signification, tesmoin son amphore^ et d'autres semblables. Ce qu'il y a de pis, [c'est] qu'il ne conceut jamais moins la matière qu'il manie, n'eut moins de teinture des préceptes de l'éloquence et de la poésie , ni ne sceut moins les principes de la philosophie. Avec tout cela, aucun n'eut jamais plus cette démangeaison, ce scribendi cacoethes^ du satyrique * et ne pensa s'honnorer davantage en se deshonnnrant. Tenés h bonheur de n'estre pas à son goust; c'est pour vous le meilleur signe du monde. H y a avantage d'estre l'antipode de ces sortes de gens là.

Pour moy, je répulay à grande fortune lorsqu'il s'avisa de n'estre pas de mes amis et de payer d'ingratitude les avis salutaires qu'il m'avoit demandés sur sa version de Virgile. 11 se fascba de ma sincérité et se figura que mes notes estoient pour Iuy des notes d'infamie, estoient des effets de jalousie ou de présomption. 11 me mordit dans une de ses préfaces sur une traduction que je fis à l'âge de vingt ans sans nom et pour complaire à des personnes de qualité de mes amies \ Il entra depuis vilainement dans la conspiration de Menardière et de Linières et fut le promoteur du libelle du premier et son correcteur d'imprimerie. Et voilà qu'il s'est encore riié sur moy dans son risible Traitté de l'Epique" que je n'ay point veu, et que je suis certain qui n'est pas digne qu'on le voye, veu la profondeur de l'ignorance du compagnon et les espines du sujet et pour l'intelligence duquel les esprits les plus sensés et les plus éclairés ne seroient pas trop bons encore.

G'estoit assés que vous eussiés parlé des conditions requises à la bonne version pour vous le mettre à dos, et comme il esloit bien assuré qu'il ne trouveroit pas cbés vous de quoy llater sa vanité, il n'avoit garde qu'il ne vous attaquast combatant pour cela envers et contre tous, tanquam pro ans et focis. S'il concevoit mieux ce qu'il lit, il ne

1 Brouiller du papier, c'est barbouiller du papier, écrire des choses inutiles.

- Est-ce une allusion à la spirituelle plaisanterie d'Horace {Ad Pisones, vers 21,23):

Amphora cœpit Inslitui; currenle rota cur urceus exit?

M. Marly-Laveaux mesuggère une meilleure explication. La voici : Bouhours reproche vivement à Messieurs de Port-Royal de s'être servi d'amphore an lien de cruche. Ne serait-ce pas là aussi le tort de Marolles aux yeux de Chapelain?

^ Chapelain a, par distraction, écrit cacathes.

'' Je n'ai pas besoin de rappeler que ce satyrifjue est Juvénal (satire vu, vers Sa).

' (lette traduction de la Vie de Guzman d'Alfarache aurait donc été de 161 5 et aurait, par conséquent, précédé de huit ans la lettre sur le poème d'Adonis de Marino, qui est la première des pubhcations de Chapelain insérées dans le Catalogue des œuvres laissées par les académiciens. Voir ce qu'en a dit M. l\. Kerviler dans son Jean Chapelain {La Bretagne à l'Académie française, a*" édition, 1879, p. 89-93).

" Traité du poème épique pour l'intelligence de l'Enéide {iGQ -2).

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vous auroit peut eslre pas imposé si eflVontement dans ce qu'il allègue comme de vous. Son esprit a la jaunisse et ne vit jamais les choses comme elles sont '. Gela n'est pourtant point plaisant qu'il vous descrie ainsi en langue vulgaire auprès des jeunes Palatins , car auprès des habiles ce n'est que luy seul qu'il descrie. Encore si ces calomnies là ne tomboient qu'à vos secondes ou troisîesmes productions, vous dirie's qu'il vueille estouffer vostre gloire à sa naissance. Vous me mandere's en quelle disposition cet insulte vous a laissé.

Je ne vous puis rien dire de bon de M"^ Conrart et c'est vous dire qu'il empire de vous dire qu'il n'amande pas. La pire indi-

' C'est, sous une l'orme plus piltoresque, le mot que devait dire Fénelon : t-Un homme qui a ia jaunisse croit que tous ceux qu'il voit sont jaunes;» le mot que devait dire Voltaire : pO gens de parti , gens attaqués de la jaunisse, vous verrez toujours tout jaune!-; Déjà, bien avant Chapelain, Montaigne {Essais, livre II, chapitre xii) s'était exprimé ainsi : wCeux qui ont ia jaunisse ils voient toutes choses jaunastres.;i

- Verbe qui manque à tous nos dictionnaires.

' Le 9 2 février, Chapelain (P 289 v°) parle ainsi à Heinsius de la réponse faite par la reine Christine aux réclamations de l'érudit hollandais: crElle est sans doute civile cette responce. .. Mais, comme vous dites, tant qu'il ne luy en coustera que des paroles, elle vous en sera tousjours plustost prodigue que hbérale, et il y a si longtemps qu'elle vous paye de cette monnoye que je crains qu'elle ne s'imagine enfin qu'elle vous en a assés donné pour en demeurer quite envers vous. Il est vray que l'addrcsse de vostre Ovide à M" de Thou l'aura peu faire rentrer en Ellemesme. . . Vous estes lassé d'encenser une divinité si insensible et si ingrate. Il faut néantmoins garder des mesures avec elle... W de Lorraine a jette sa Duché à la teste au Roy en dépit de son frère, demandant en récompense des conditions de Prince du sang et de rang devant tous les autres à esiie mal soustenuos par luy et par

CnAl'EL\l.\. II.

cation de son mal, c'est l'abbattement de ses forces.

Je n'ay point eu d'occasion d'escrire à M" d'Ablancom*. A la première je luy feray vos conq)limens , mais je ne luy tesmoigneray point que vous voudriés qu'il eust mis dans sa préface ce qu'il y avoit destiné pour sa défense contre vous. Cela gasleroit la civilité et sembleroil estre un défi qu'il faut éviter entre deux aussi vertueuses personnes que vous estes et que je désire entreconcilier "^

Il ne faudra monstrer cette lettre à personne, s'il vous plaist.

Je suis à mon oi^inaire avec grande passion. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xvni février 1662 '.

les siens, quand Sa Majesté les luy accorderoit, tant il s'y rencontre d'obstacles. ..n Voulant encourager Heinsius en ses difficiles démarches à Stockholm, il lui dit : t^Les affaires chagrines et espineusos sont les fondemens de l'exaltation des négociateurs. Vous me ferés grâce de m'en escrire la suilte elle succès.» Chapelain donne ensuite à son ami des nouvelles du marquis et de la marquise de Montauzier : «Pour luy il se porte trèsbien. Pour elle, elle ne sçauroit bien revenir de sa maladie et d'espace en espace sa fièvre la reprend. Nous espérons pourtant que l'esté la restablira, et qu'il dissipera toutes nos craintes. i Chapelain traite enfin un petit point de critique littéraire : «Apulée est sans doute un bon autheur et sa jMétamorphose, qiioyque non originale, est une composition fort agréable. Comme c'est une espèce de poème, il a affecté le stile poétique et un peu plus guindé qi^e la prose narrative ne , voudroil. C'est ce qui eif peut excuser l'affectation. Pour en justifier la pureté on auroit besoin de bons manuscrits et bien antiques, car de l'entreprendre sur de simples conjectures, quand on renconireroitle vray, on n'en seroitpas creu.» Le 28 du même mois. Chapelain (f° 39a) adresse à M. de Merveilles une lettre qui est en partie la répétition de celle que l'on a déjà pu lire en ce volume. Voici les passages nouveaux : «Vos avis louchant les observations célestes, le cours

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A M. HUET

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