‹ Lettres. PubliéesChapitre 61 sur 309 · GENTILHOMME NORMAND · texte numérisé non relu

GENTILHOMME NORMAND

Monsieur, je vous le répète encore,

des comètes lorsqu'il en paroist en ces quartiers là, la pratique de leur médecine, les lumières de la chimie, leurs notices de rAmérique et j'y adjousterois la judiciaire sont exquis et tout à fait dignes de vous. Pour Cambalu je serois ravi qu'il le trouvast oîi Marc Pôle nous le désigne, et qu'il en vérifiasl les merveilles incroyables, et il y auroit plaisir de convaincre de faux par sa relation la moderne opinion du Hollandois Golius qui veut que ce Cambalu et ce Catai si fameux et si mal connu ne soient autre chose que la capitale de la partie septentrionale de la Chine qu'ils nomment Pequin. Insistes bien là dessus auprès de luy el luy faites bien comprendre quelle gloire ce seroit auprès des sçavans de l'Europe si par l'inspection des lieux il avoit résolu ce grand problème. 5) Chapelain termine en disant de la lettre de Bernier ces mots où se révèle toute la ferveur du collectionneur d'autographes : « Estant depropriopugno, c'estune espèce de relique qui mérite d'eslre précieusementgardée.» Le li mars, Chapelain revient en ces termes, dans une lettre à Grentomesnil (fagSv"), sur les observations qu'il avait déjà eu l'occasion de lui adresser au sujet de son poème sur la naissance du Dauphin : «Pour vostre plainte sur la gesne que nos modernes ont donnée à noslre versification, je la trouve la plus juste du monde et par les mesmes raisons que vous en allégués. Veiiim obtinuit pour le malheur de la poésie franroise qu'elle demeure assujettie à ces entraves et la coustume en cela comme en toutes choses l'a emporté sur la raison. Les transpositions el les enjambeniens n'esloient pas seulement roceus dans les langues mortes, mais elles en faisoient la principale force et les beaux orneniens, el c'esl un grand désavantage pour la noslre que les (Courtisans et les ignorans ayent fait prévaloir leur goust en ce particulier cy au goust des habiles el sensés et qu'elle soit par le nombre cl le crédit

vostre dessein sur le livre De T[nbus] l[mpostoribus] est semblable à ceiuy de mon ami , bien qu'il ne soit pas le mesme, mon ami feroit bien de s'en remettre à vous, puisque vos deux travaux reviendroient tout à un, et que le vostre seroit sans doute le meil-

des prenaiers en bien pire condition que les autres qui sont vivantes aussi bien qu'elle. Pour les enjambemens la chose est si résolue qu'il seroit inutile de réclamer dessus et à l'esgard de nos vers ils en ont une exclusion absolue. Il n'en va pas de mesme des transpositions quelques unes desquelles ne sont pas seulement souffertes, mais sont encore louées comme produisant de la grandeur dans les expressions. Le tout est de sçavoir distinguer les louables des blasmables et de ne se tromper pas dans le choix, à quoy l'oreille fine et esprouvée est fort nécessaire, et pour en fournir des préceptes, le papier est moins propre que la vive voix. Vostre ^lalherbe est celuy qui a donné le premier bransle à cette sévérité et son crédit vit encore chés nos poètes plus de trente ans après sa mort. Il n'y feroit pas seur pour moy si je voulois tenter de les délivrer de ces chaisnes et ce seroit s'opposer en vain au torrent. La question est si cette violence que nous nous faisons est aussi bien contre le génie de noslre langue que contre celle des autres et si en cela consiste ou non le plus haut point de sa perfection. « Le /i mai-s, Chapelain (f agS v") accuse réception à Huet de ses vers sur le P. Mambrun «à qui, dil-il, vous devés la meilleure partie de vostre institution,» el il vante beaucoup ses vers, no mêlant à ses éloges qu'une loule petite observalion. Il conlinueainsi : ?r Je vous escrivis amplement la dernière fois sur le chapitre de l'abbé de Marelles et sur les autres chefs de vostre précodenle. Ce que je vous puis dire des traductions du Tite Live de Malherbe et du Florus de Coeffeleau, c'est qu'elles n'ont paru que depuis l'année iGio. Je croy la mesme chose du Sénèque du premier, mais avec moins de certitude. Je m'en enquesteray et vous le manderay. Vous me manderés aussi le jugement que vous avés fait du Thucydide de M'd'Ablancour. » Chapelain , en finissant, parle de Conrarl qui «dispute tonsjours sa vie cl qu'il a

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leur, quoyque cette personne ne manque pas d'habileté et qu'il l'ait desja tesraoigne'e par la réfutation du livre des Préadamites qui n'aura pas eschappé à vostre curiosité'. A toutes fins néantmoins faites vos diligences pour avoir ces extraits amples et exacts de celuy des T[ribus] I[7npostoribus] , si vous n'en pouvés obtenir une copie enlière, ce qui à raon avis seroit bien mieux parce que ou vous ou mon ami prendriés tout autrement bien vos mesures pour le combattre, si vous Taviés reconnu de vostre chef, que si vous ne l'attaqués que sur le rapport et le jugement d'autruy. Une transition, une liaison, une induction , une conséquence se peuvent facilement prendre différemment par des

desja pris trois fois du vin hemetique sans qu'il iuy ait fait de mal. Il en eschappé de plus abbatus quoyqu'ii ne le puisse estre davantage. ..n Le 8 mars, Chapelain parle ainsi (f 296 v°) à Heinsius du marquis de Montauzier: ^ Vous sçavés d'ailleurs que pour un homme de Cour il n'y en eust jamais un qui fust moins Courtisan que Iuy, ni qui fust plus sincère et plus candide, surtout en trailtant avec des personnes sincères et candides comme vous. Il est en parfaitte santé. Pour M* la Marquise, sa femme, il n'en va pas de mesme. Elle ne peut sortir nettement de sa maladie, et lorsqu'on l'en croit délivrée, la fièvre la reprend et nous remet en inquiétude pour elle. Nous nous persuadons toutesfois que le printemps nous en fera raison et nous la rendra telle que nous le desirons et qu'elle mérite. Enfin le sieur Eizevir est arrivé à Paris et je iuy ay fait mettre entre les mains le dialogue de W Huet par M" Bigot qui s'est chargé de l'office... J'ay esté tout à fait surpris de l'extrait de la lettre de M'' Le Fèvre de Saumur à IVP Graevius et de l'offre qu'il fait de vous ayder de ses corrections sur Ovide, nonobstant ce qui s'est passé de si aigre entre vous. Je recevrois civilement ses offres si j'estois en vostre place et le Iuy ferois sçavoir soit par W Grœvius, soit par M' Gronovius, si vous ne croyés pas le devoir faire par vous mesme. Car, après tout , il a monstre en cela de la modération beaucoup, à quoy je ne

personnes ditTérentes et, selon cela, produire de bons ou mauvais raisonnemens , outre que, lorsqu'on entreprend de pareils examens , l'on n'est point assuré de son baston ^, quand on n'a pas fait l'analyse de la pièce soy mesme. Ce seroit, de plus, beaucoup de peine espargnée à celuy qui en devroit faire l'extrait , s'il en faisoit faire une copie que le plus ignorant clergeon ^ peut expédier en peu de temps et sans tout cet embarras et toute cette contention d'esprit.

Vous jugés de vostre grotesque juge* bien plus sainement qu'il ne fait de vous. C'est un juge de village et au dessous des pedaires ou pedanées qui n'opinoient pas seulement du bonnet \ Il donne de l'indignation à ceux

m'attendois pas veu sa naturelle pétulence. Mais vous estes trop sage pour avoir besoin en cette rencontre de mes avis. ..■>■>

1 Chapelain veut parler de Philippe Le Prieur, dont nous avons déjà trouvé le nom dans la lettre I de ce volume et dont nous avons cité (note 9 de cette lettre) les Animadversiones in librum Prœadamilarum (Paris, i656, in-8°).

^ L'expression proverbiale, s'assurer de son bâton, n'est ni dans le Dictionnaire de l'Académie, ni dans le Dictionnaire de M. Littré, et elle manque aussi*au recueil spécial de M. Le Roux de Lincy, mais on la trouve dans le Dictionnaire de Trévoux avec cette explication : et On dit qu'un homme est bien assuré de son bâton, lorsqu'il a de bons garants de ce qu'il dit, ou de ce qu'il fait, et lorsqu'il est sûr du succès de quelque entreprise. 5)

^ Petit clerc. Les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux disent sous le mot Clergeot : «Cotgrave écrit clergeau et clergeon. Ce dernier mot est aussi dans le Dictionnaire des Arts, où il est dit que c'est un apprenti qui commence, soit pour la cléricature, soit pour lu pratique. «Charles IX a «fait d'un petit clergeot des vivres, un Duc et "Maréchal de Rets, le frère duquel est pour le (t présent Évêque de Paris et Cardinal, riche de « cent mille livres de rente. . .v [Satire Ménippée.)'n

■* L'abbé de Marolles.

* Pédanée, lisons-nous dans le Dictionnaire de

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(jui ne l'ayment point et de la pitié à ceux qui laiinent. Il n'y eut jamais de cervelle moins sensée, ni qui eut moins de logique naturelle et d'acquise que colle là. Il ne soupçonne pas mesme qu'il y ait au monde et il n'en entend que le son sans entendi'e ce qu'elle siguiûe. Il est le maistre et iescolier de son eschole unique en son espèce et comme il n'a peu trouver d'université qui Tait voulu ' [ ] ni admettre

dans la licence, il s'est licentié tout seul et à la manière d'un autre Graziano de Budri taule d'autre s'e nddoUoralo da sestesso ', s'applaudissant dans sa solitude comme ce l'ou d'Argos qui , se figurant d'estre à la comédie , passoit les jours in vacuo helus sessor plausorque thealro^, la seule diversité qu'il y a entre eux estant que lun battoit des mains aux pièces imaginaires et l'autre en bat à son imaginaire capacité. C'est donc bien fait à vous de mespriser ces censures que vous ne pourries relever sans les mettre en quelque considération et faire penser aux simples qu'elles en valent la peine.

L'amendement de nostre cher W Conrart est très petit et son vin hémétique n'a encore rien opéré , sinon de l'empescher d'empirer. Peut eslre qu'en continuant ce re-

Trévoux, rrse dit d'un juge de village qui n'a point de siège pour tenir la justice, qui juge debout et sans tribunal , jiidex pcdaneus. Los juges supérieurs traitent les juges subalternes de juges pédanées ou de juges sous l'orme. !5 Suivant une addition à cet article, cce mot vient de slans in pedibus, parce que ces juges n'avoient aucune marque d'honneur et étoient assis sur de simples sièges fort bas qui ne les dislinguoient point de ceux qui sont sur leurs pies. . .71 Les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux ajoutent que Feslus emploie le mot pedtirius, au heu du mol pedaneiis qui est dans Aulu-Gelle, et que quelques-uns prétendent que pédarien est mieux qae pddanée. Chapelain, pour tout accommoder, emploie les deux ».'\pressions pt'daire (pour pédarien) et pédanée.

mède, nous en verrons de plus utiles elfets et aurons à nous en louer davantage.

J'atlens vostre élégie de la dernière revision pour la faire voir à W de Monmor et à nos autres habiles. Au premier jour j'escriray à M' d'Ablancour et feray l'office recommandé. On ne le tirera jamais du fort où il s'est retranché ni de sa hardie pratique, estant affermi dans la maxime que le traducteur qui veut eslre leu et estimé doit suyvre le génie de chaque langue, prendre le sens de son autheur et le refondre pour luy faire avou* la forme qui le peut rendre agréable sans rebuter le lecteur par une fidélité dégoûtante, verbum vcrbo reddendo '. qui fait perdre toutes lesgrikes de l'original pour n'y en avoir pas d'autres équivalantes , et il prétend n'estre despourveu d'authorités pour cela chés les anciens.

Trouvés bon que je vous renvoyé la lettre que vtus m'aviés renvoyée afin qu'elle puisse estre rendue seurement à M' de Grentemcsnil. Si j'eusse sceu sa demeure, je ne vous en eusse pas fait une seconde vexation. Vous m'obligerés par vos premières de me la mander exacte pour l'avenir.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

De Paris, ce xi mars 1G62.

' Le mot manque dans le manuscrit.

- C'est -à- dire : il s'est nomme docteur luimême. L'aimable critique qui a bien voulu m'aider à traduire celte citation et tant d'autres citations faites en une langue qu'il connaît si bien, M. Léonce Couture, ajoute ce mot spirituel: «Ces bons Italiens ont toujours aimé à faire da sc.r>

^ Horace (lib. II, Episl. 11, vers 127 cl ia8) m dit:

Fuit bauJ ignobilis Ar^s, Qui se criîJebal miros audire Iragœdos, In vacuo lactus sessor plausorque ihcairo.

* Allusion aux mots d'Horace :

r>cc verbura verbo curabis reddcre.

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