MADAME ROLAND
Nous n'avons, pour 1788, que 26 lettres, dont ai à Rose et 1 seulement à Holand. Cela s'explique dans une certaine mesure, si on considère que les tournées de l'inspecteur, encore actives en 1786, alors qu'il avait à faire connaissance avec son nouveau service, devenaient de plus en plus rares; il s'était mis, comme le lui conseillait sa femme en 178^, à «faire son métier en pantoufles "j. R consolidait ses relations à Lyon; il prolongeait ses séjours au Clos, qu'il administrait désormais et travaillait à remettre en bon état. D'ailleurs, il semble bien qu'à la veille de la Révolution, l'inspection des manufactures, très attaquée par les prtisans de la liberté du travail, bouleversée d'ailleurs par Rrienne, se sentant condamnée à disparaître, ne s'exerçait plus guère. Roland et sa femme, s'élanl'peu quittés, auront eu peu à s'écrire. Mais il faut bien admettre aussi qu'une partie de leur correspondance n'a pas été conservée.
On peut cependant, avec ces 9 G lettres, complétées et commentées par les lettres de Roland à Rose de la collection Morrison , qu'il nous a été permis de consulter, suivre l'évolution qui se fit, en cette année décisive pour la ruine de l'ancienne monarchie, chez Madame Roland et son mari. En 1787, il n'y avait qu'indifférence chez l'une, et résignation irritée chez l'autre; en 1788, au signal de l'insurrection du Parlement contre Rrienne, Madame Roland tressaille; elle est un moment parlementaire (lettres des 19 et 92 mai, et lettre 301 en juin); puis, dès que le Parlement a laissé voir qu'au lieu d'aller au peuple il songe à revenir en arrière, elle s'indigne, sans grand espoir cependant («Le bien à faire, qui ne s'exécutera jamais», lettre du 1" octobre),
LETTHES DK MiDlXE B0L1>D. — II. I
IMPimiklllS MriUKAkt.
mais elle dit nettement qu'elle ne veut ni d'un despote, ni d'une oligarchie (lettres des 8 octobre et g novembre), et déjà ses lettres respirent le combat.
Les allées et venues des Roland, dont il faut toujours se rendre compte pour bien suivre la correspondance, ne sont pas toujours, en 1788, faciles à préciser : Madame Roland était allée rejoindre son mari à Lyon le 3o décembre 1787; ils en partent, le 6 février 1788, pour Viilefranche ; le 20, ils sont au Clos, à surveiller des plantations; mais, dès le 2 mars, ils sont rentrés à Viilefranche, où Madame Roland reste jusqu'au i5 juin; puis ils retournent au Clos, où leur séjour semble s'être prolongé jusqu'au 26 octobre. Madame Roland revient alors à Viilefranche, où elle tombe malade et est obligée de demeurer deux ou trois semaines; à la fin de novembre et jusque bien avant en décembre, nous la retrouvons au Clos.
Quant à Roland, il n'avait cessé d'aller et de venir entre Viilefranche, le Clos et Lyon, Il venait de commencer (en septembre) l'impression du second volume de son Dictionnaire et s'était mis aussitôt à préparer le troisième.
16 janvier 1788, — de Lyon.
Lettre écrite au nom de son mari , qui devait faire une lecture à la Société d'Agriculture. Elle ne fait ni ne lit de romans, et, après avoir pleuré avec Richardson et Jean-Jacques, elle n'a plus de larmes à donner à mille autres, etc.
30 février (1780) 1788, — [du Clos].
Vous êtes prié, notre ami, de remettre le papier ci-joint à l'ex-docteur Lantlieuas pour explication nécessaire avec des personnes de sa connaissance.
Je voudrais bien ajouter à cela quelque chose qui pût vous être agréable, mais je n'ai présent que le ménage et des malades; or il est à parier que nos plantations de noyers, nos façons de basse-cour, nos aj)propriements d'écurie, nos soins de lessive et le reste ne vous amuseraient guère plus que les coliques de nos villageois; il faut donc se taire faute de mieux, en vous souhaitant le bonjour, et bonne fortune en latin.
Adieu, salut et amitié.
'"' L. A., signée D. L. P., k pages pi. in- 'i'. — Nous transcrivons l'analyse du catalogue.
'*' Collection Aifi-ed Morrison. — D y a /7S0 dans l'original; c'est une distraction trop évidente pour (|ue nous ayons à la démontrer. 11 nous a paru, en considérant les rapports de cette lettre avec celles de novembre 1787, qu'il fallait la placeren 1788.
On a vu que Madame Roland avait quitté le Clos pour aller rejoindre son mari à Lyon, le 3o décembre 1787. Mais elle n'y resta que jusqu'au 6 février suivant (lettre de Roland à Dose du a février 1788, inéd. , coll. Morrison), et dut retourner alors au Clos pour continuer les arrangements commencés à l'automne, depuis que Roland l'administrait. (Voir lettres 283, 286 et 287.)
a mars 1788, — de Villefranche.
En arrrivant ici hier au soir, j'ai trouvé le fameux arrêt '^' et votre lettre amicale; j'ai eu le temps de méditer l'un et l'autre jusqu'à ce matin que mon bon ami est venu me joindre; nous en avons causé philosophiquement, mettant les choses au pis et attendant le résultat dans la paix du sage. L'effet que j'éprouve de tout ce qui ressemble à une injustice envers mon mari, c'est que je l'en aime davantage et désire toujours lui procurer un bonheur auquel personne ne puisse porter atteinte.
Il est clair que cette réforme de noms n'a pas le sens commun, et que Desmarest a concouru à la rédaction de l'arrêt; s'il n'arrive rien de plus, grand bien lui fasse! Il fallait qu'il lui revînt quelque chose d'être né dans les terres de Brienne, d'avoir été gouverneur d'un Larochefoucauld et d'avoir intrigué toute sa vie. A jugerpar les fonctions attribuées à ces nouveaux dénommés, on se propose sans doute quelque réforme; c'est ce qu'il faut attendre.
Quant au mot que vous me proposez de mettre à la suite de vos points, je ne vois que le respect, à moins que vous n'aimiez mieux l'oubli, car, à mon âge et avec mon honneur, il n'y a d'alternative entre ces choses que l'amitié, et l'on ne met jamais de points à la place de celle-ci. Mais Monsieur le Parisien veut plaisanter de mon silence sur les arrangements économiques et se réserve le même privilège sur ce que je pourrais lui en mander. Devenez digne, par plus de simplicité, d'entendre tout ce que peut exprimer ma bonhomie. Au reste, pour vous parler de la campagne, que j'ai toujours aimée et à laquelle je m'attache encore plus par l'intérêt qu'y prend votre ami et le bien que j'espère qu'elle lui fera, il faut attendre que j'y retourne, ce qui n'arrivera
'"' Publié par le Carnet, n° du i5 mai consistait principalement dans la siipprcs-
1899, comme tiré de la collection de siou des rr inspecteurs généraux des manu-
M"' L. de Cernay. factures et du commerce n, remplacés par
''' L'arrêt du 10 février 1788 (Isambert, deux Inspecteurs généraux directeurs, l'un
2443), par lequel Brienne croyait réaliser du commerce et l'autre des manufactures,
la réforme de l'inspection des manufactures Desmarels était l'un des deux, et on a pu voir
(voirlettresdesaSmaietaynovembreiySy), que Roland ne l'aimait pas.
pas de quatre mois d'ici ; nous destinons cet intervalle à la suite du travail encyclopédique, remis sur le chantier.
Adieu, soyez toujours bon enfant, s'il est possible, dans votre tourbillon. Nous vous embrassons cordialement.
[À BOSC, À PARIS C^
6 avrii 1788, — [de Villefranche ].
En vérité, mon cher, peu s'en faut que je ne m'adresse à un tiers' pour demander de vos nouvelles; il y a si longtemps que vous ne nous en avez donné avec quelques détails, avec ce ton de confiance qui nourrit celle de ses amis, que je douterais presque d'être bienvenue à continuer sur le même pied.
A'aurions-nous point une nouvelle connaissance à faire? Et vous, qui me mandiez autrefois que vous changiez chaque année, ressemblez-vous encore à vous d'il y a trois ans? Il est bien besoin que vous me mettiez au fait, car, telle longue qu'on suppose la lunette, la mienne ne me fait pas voir à cent lieues : je ne juge que par approximation. Par exemple, je me rappelle de vous avoir connu une âme excellente, un cœur aimant; et comme ces choses ne se dénaturent pas aisément, je vous les crois toujours et je vous aime en conséquence. Mais il me semble ainsi que vous êtes parfois, dans l'expression ou le style, le contraire de doux, ou à peu près;puis, que vous n'endurez pas volontiers qu'on vous le dise; puis, je me souviens de vous avoir rendu votre revanche quand ce contraire m'impatientait; et je me demande : où en est-il maintenant? La teinte s'est-elle renforcée ou adoucie? Je suis pour la dernière partie de l'alternative, lorsque je me représente les effets de l'étude, de la méditation, des affections heureuses; je suis pour la première, quand j'apprécie l'influence du monde, la connaissance des sots, le sentiment de l'injustice, la Iiaine du préjugé et de la tyrannie. Ainsi je flotterai dans cette incertitude jusqu'à ce que vous m'en ayez tirée. Mais, afin que vous n'en ayez pas sur mon compte, je vais vous donner mon baromètre calculé sur les lieux que j'habite. A la campagne, je pardonne tout : lorsque vous me. saurez là, il vous sera
c Bosf, IV, 119; Dauban, II, 56i.
permis de vous montrer tout ce que vous vous trouverez être au moment où vous m'écrirez : original, sermonneur, bourru s'il le faut; j'y suis en fonds d'indulgence, mon amilié sait y tolérer toutes les apparences et s'accommoder de tous les tons. A Lyon, je me moque de tout; la société m'y met en gaieté, mon imagination s'y avive, et si vous venez l'exciter, il faut s'attendre à ses incartades; elle ne vous laisserait point échapper une plaisanterie sans vous la renvoyer, après l'avoir aflilée. A Villefranche , je pèse tout et j'y sermonne quelquefois à mon tour. Grave et occupée , les choses font sur moi une impression propre, et je la laisse voir sans déguisement; je m'y mêle de raisonner, en sentant aussi vivement qu'ailleurs.
Convenez maintenant que je vous fais de grands avantages dans notre partie; vous avez toutes mes données avant que je connaisse les vôtres.
Dans tout cela , j'entrevois vos dissertations qui ne sont pas en ma faveur; elles vous prennent beaucoup de temps, gourmandent votre imagination et ne fournissent pas le plus petit mot pour l'amitié. Je ne sais plus si vous faites des arguments en baroco ou enfriscons; et moi qui ai oublié les catégories d'Aristote, qui ne connais d'insecte que la bête à Dieu, et ne sais plus de Linné qu'une vingtaine de phrases pour le service de la cuisine ou des lavements, j'ai grand'peur que notre vieille amitié ne trouve plus de rapports. Mais pour la réveiller, je vous parlerai de ma fille, que vous aimez parce qu'elle me fait enrager. D'abord elle mérite toujours votre attachement à ce titre, quoiqu'elle me donne beaucoup plus d'espérance qu'il n'en sera pas toujours ainsi; elle commence à craindre la honte du blâme à peu près autant que le pain sec; elle est sensible à l'approbation d'avoir bien fait, peut-être plus qu'au plaisir de manger un morceau de sucre; et elle aime encore mieux recevoir des caresses que de jouer avec sa poupée. Voilà déjà bien de la dégénération , direz-vous. Voyez le chemin que nous avons fait! Elle aime beaucoup à écrire et à danser, attendu que ce sont des exercices qui ne fatiguent pas sa tête , et elle réussira bien dans ces deux genres. La lecture l'amuse quand elle ne sait mieux faire, ce qui n'est pas très fréquent, et elle ne supporte que les histoires qui ne demandent pas plus d'une demi-heure pour en voir la fin ; elle est encore à cent lieues de Robinson. Le clavecin la fait bâiller quelquefois; il faut que la tête y travaille, et ce n'est pas son fort; cependant il y a des sons qui lui plaisent, et quand elle a écorché des deux mains un petit air des Trois Fermiers^^\
''' Les trois Fermiers, comédie en deux actes, mêlée d'ariettes, musique de Dezèdr-, paroles de Monvel, 1777, un des grands succès de l'époque.
elle ne laisse pas que d'être contente de sa personne et de répéter cinq à six fois trois ou quatre notes qui lui font plaisir. Elle aime une robe bien blanche, parce qu'elle en est plus jolie et que cela doit la faire paraître plus agréable; elle ne se doute point qu'il y ait des habits riches qui fassent croire plus considérable la personne qui les porte, et elle aime mieux un soulier de cuir bordé de rubans roses qu'une chaussure de soie en couleur sombre. Mais elle préférerait encore courir et sauter dans la campagne à se voir bien blanche et bien droite en compagnie. Elle a une forte tendance à dire et faire tout le contraire de ce qu'on lui dit, parce qu'elle trouve plaisant d'agir à sa mode, et cela se pousse quelquefois très loin. Mais , comme il arrive qu'on le lui rend toujours avec usure, elle commence à juger que ce n'est pas le mieux, et elle s'applaudit d'une obéissance comme nous ferions d'un effort sublime. Ses cheveux blonds prennent chaque jour une teinte plus foncée de châtain ; elle est un peu pâle quand elle n'est point fortement en action. Elle rougit quelquefois d'embarras, et n'a rien de plus pressé que de me confier une sottise quand elle l'a faite. Elle est très forte, et son tempérament a de l'analogie avec celui de son père; elle a six ans, six mois et deux jours; elle révère son père, quoiqu'elle joue beaucoup avec lui, jusqu'à me demander comme la grande grâce de lui cacher ses sottises; elle me craint moins et me parle quelquefois légèrement; mais je suis sa confidente en toutes choses, et elle est fort embarrassée de sa petite personne lorsque nous sommes brouillées, car elle ne sait plus à qui demander ses plaisirs et raconter ses folies. Nous sommes à nous décider pour la faire inoculer ou non, c'est une véritable affaire qui me préoccupe et m'affecte. Je me déciderais aisément pour des indifférents, car il y a beaucoup de probabilités en faveur; mais je me reprocherais toute ma vie d'avoir exposé mon enfant aux exceptions à ce bien, s'il arrivait qu'il fût la victime, et j'aimerais mieux que la nature l'eût tué que s'il venait à l'être par moi. D'ailleurs, je crains les vices d'un sang étranger qui peuvent se communiquer par l'inoculation, et je n'ai pas encore entendu de réponse satisfaisante à cette objection.
Trouvez-moi donc, si vous le pouvez, de bonnes raisons pour me déterminer.
Adieu, je vais reprendre mon travail; apprenez-moi si j'ai bien fait d'interrompre le vôtre. Je vous souhaite la paix du cœur, et tout ce qui peut l'assaisonner pour votre entière satisfaction; et si vous êtes toujours notre bon ami, comme je l'espère, je vous embrasse de tout mon cœur.
[1 BOSG, À paris'''.]
Lundi, 7 avril [1788, — de Viilefranche].
Vous jugerez aisément, mon ami, que je n'avais pas reçu votre petit mot du h , lorsque je vous ai écrit la ci-jointe. N'y prenez donc que ce qui est bon dans tous les moments, et glissez sur les demi-plaisanteries dont je cherchais à vous agacer pour vous faire rompre le silence.
J'ai été on ne peut plus sensible à votre signe d'amitié, et il m'a fait juger que je vous conservais plus d'attachement que je ne vous disais et que je ne le croyais. Dites-nous donc quels sont vos sujets de chagrins; personne ne les partagera mieux que nous. J'ai bien pris mon parti actuellement sur les inquiétudes de la place; dès que la santé de mon mari m'en donne, je sens qu'en comparaison de cet objet, tout autre n'est rien.
11 est mieux depuis qu'il est à Lyon; mais l'estomac s'affaiblit du moment 011 il se tient avec quelque assiduité au cabinet. Ainsi tous mes soins se dirigent à rendre le travail encyclopédique le plus long possible, à force de modération et d'intervalles, et à en partager tout ce que je puis.
[À BOSG, À PARIS (''.]
31 avril [1788, — de Villefrancbcj.
Nous avons reçu votre causerie avec le plus grand plaisir et l'attendrissement de l'amitié; je n'ai pas eu besoin d'être au Clos pour la goûter, vous l'avez dictée dans un moment oii vous n'aviez pas besoin de l'indulgence de vos amis, et où ils vous reconnaissent tel qu'ils aiment à vous trouver. Vous voyez des malheureux, vous travaillez à les consoler, c'est un des moyens les plus efticaces de conserver et d'augmenter la bonté native.
•'' Bosc, IV, i33; Dauban, II, 564. prëcédcnte et a élé envoyée parle même Gomme on le voit par les premières lignes , courrier, celte lettre n'est qu'un post-scriplum de la <'' Bosc. IV, 12.3; Dauban, II, 564.
J'ai aussi ce douloureux avantage : ma plus proche voisine a perdu un excellent mari qu'elle aimait comme j'aime le mien; celte femme, commune par l'esprit, est devenue sublime par la douleur, tant un sentiment vif et profond nous élève au-dessus de nous-mêmes! Elle a beaucoup de connaissances; toutes cherchent à la distraire ; il n'y a que moi peut-être qui ne la console jamais, et qui pleure de bonne foi avec elle; ses pleurs en sont moins amers et sa tristesse s'en adoucit.
Notre aîné"' est parti ce matin à cinq heures, examinez-le lavatériquement. Je crois que son nez pointu vous intéressera et que sa bouche vous fera quel(|ue peine; du moins me semble-t-clle exclusive de tout ce qui est du ressort du goût et de la finesse. Quant au front, je sais bien qu'en dire et je ne veux pas vous prévenir. Vous savez ce que je mandais à Lanthenas du triomphe que je lui offrais sur l'aînesse'^'; soyez de la partie, et que les éloges du cadet et le soin de relever tout ce qui est en sa faveur fassent connaître à un aîné qu'on puisse jouir de beaucoup de considération en dépit de la primogéniture.
Vous êtes bien heureux de pouvoir vous livrer à une science aussi aimable que l'histoire naturelle; je n'imagine pas d'étude qui s'accorde mieux que celle-là avec la paix de l'âme, et qui éloigne davantage des passions capables de la troubler.
Adieu; recevez nos embrassements.
[À BOSC, À PARIS (''
19 mai 1788, — [de Villefranche].
Il faut bien, toute maléficiée que je suis, vous dire un mot pour obtenir signe de vie de quelques-uns de vous tous^. Je ne sais si nous avons des lettres de perdues, mais je n'ai rien reçu depuis un temps
''' Le chanoine Dominique Roland. Il se liisions aux uinés et aux cadets qui vont
rendait à Paris et y était encore au com- suivre, mencement de juillet. (Voir lettre 30.3.) '*' Ms. 63i29, fol. 978.
''■ Nous avons déjà parlé ( voir lettre 208) '*' Roland disait à Rose, le 1 a mai 1 788
de l'ouvrage Sur les inconvénienls du droit (coll. Morrison) : ftNous n'apprenons de
d'aînesse que Lanthonas préparait depuis Lantlienas, et de personne antre, qu'à Ira-
1780 et qu'il publia en 1789. De là les al- vers les branches, ce que vous jetez en l'air.
infini, pas même du chanoine. Je crois bien que ses yeux et ses jambes, ont terriblement à s'exercer; mais encore ne doit-on pas laisser mourir les gens sans confession. Il y a un mois que je me porte assez mal; voilà quinze jours que je n'ai pas quitté le coin de mon feu et que j'ai renouvelé connaissance avec les émétiques, médecines et autres gentillesses de la pharmacie. Mais peut-on parler de ses misères particulières, quand il y en a de publiques f^'? Distribuez nos amitiés, rap-. pelez-nous au souvenir des vivants et aimons-nous toujours; car il n'y a plus que cela dans ce monde pour les honnêtes gens.
À MADAME DE LANDINE, À L'HÔTEL DE YILLE, À PARIS <'l
[?iiiai 1788, — du Clos.]
lettre, Madame, m'a fait le plus grand plaisir, à un article près, et c'est de celui-là dont je me propose de vous entretenir, car je ne veux rien avoir sur le cœur avec vous ou les vôtres. Qu'un secret demi-gardé soit
Je n'ai pas ie temps d'écrire à Lan-
tbenas; point d'autre nouvelle du frère. Ma
moitid est malade, et cela m'inquiète
Le sec ddsole nos campagnes et la misère nous talonne.»
''' La Révolution commençait. Le PaHement de Paris avait engagé la lutte contre Brienne; l'arrestation de d'Eprémesnil et de Goislard est du 6 mai; le lit de justice créant les grands bailliages , mutilant ie Parlement et transférant l'enregistrement des édits à une cour piénière est du 8 mai.
<') Ms. 9533, foL 196-197. —La lettre étant coupée par le haut, il en manque quelques lignes, dont la date. Mais cette date nous est donnée approximativement par la lettre suivante : irllne femme de Lyon m'a trahie, cet. . . ».
Sur M"'" de Landine ou Delandine, voir la lettre du 1 3 janvier 1787.
Comme on le verra par la lettre suivante. Madame Roland avait communiqué à Delandine la relation de son Voyage en Suisse, et Delandine s'était avisé de l'imprimer dans le Conservateur, sorte de petit magazine qu'il avait fondé à Lyon et qui n'eut que deux années d'existence.
A la juste plainte de Madame Roland, M"' Delandine répondit par une lettre qui se trouve aux Papiers Roland (ms. 6961, fol. Q93-994, s. d.), en promettant rrun carton qui supprimera noms et indices».
Delandine tint parole, et il n'y a rien, au tome 11 du Conservateur de 1 788 (p. 1 4-95, contenant la première partie de la relation), qui puisse déceler l'auteur.
beaucoup pour un homme, je m'en rapporte à ce que vous dites à cet «%arcl; mais que M. de Landine m'ait traitée en femme qui fait des façons et meurt d'envie qu'on publie ce dont elle prie de se taire, c'est ce que je vois avec quelque peine. Cette idée s'accorde mal avec mon allure franche et ronde.
J'ai été flattée, sans doute, qu'un bon connaisseur ait jugé ma relation digne d'entrer
je mets une grande différence à ce que cela se dise par cent bouches, ou soit imprimé dans un seul livre; car, dans le premier cas, c'est toujours sans conséquence, et je puis nier quand il me plaît, ou en rire s'il convient; au lieu que, dans le second, je me publie moi-mêûie, et je suis annoncée pour avoir consenti à paraître et à m'exposer à tout ce qui en peut résulter.
Je n'ai jamais rien redouté autant que cela, et, depuis que je raisonne , j'ai toujours dit que s'il me^ venait jamais la fantaisie d'imprimer quoi que ce fut, ce serait sous un autre nom, ou du moins sans le mien.
J'ai mille bonnes raisons pour cela, qui dérivent également et de mes principes et de mon goût; je serais
D'après tout cela et le reste , je demande la suppression des
lettres initiales, et je le demande avec toute la gravité nécessaire pour assurer M. de Landine que ce n'est point demande de femme, raine, façon, ni rien de semblable, mais effet d'une volonté distincte, raisonnée, inébranlable.
Je voudrais bien vous demander aussi la permission de faire les frais d'un carton qu'exige mon originalité, et cela serait tout simple; en tout cas, venez m'en quereller à Villefranche et ici : je vous y attends et vous désire, parce que je me flatte qu'une plus parfaite connaissance nous liera plus encore.
Recevez, Madame, l'hommage respectueux de M. de Laplatière; faites agréera M. de Landine mille civilités et affectueux compliments; permettez-moi de finir en vous embrassant avec tout le sans-façon de
[À BOSC, À PARLSW ]
a a mai [1788, — de Viliefranche].
Grand merci de vos nouvelles; elles nous remettent un peu au monde dont nous étions à cent lieues. Je suis fort de votre avis, et sur les principes, et sur la besogne , et sur le résultat qu'on peut en souhaiter.
Nous n'avons que des bulletins falsifiés; on met des cartons aux journaux; c'est une pitié. Ma santé n'est pas encore merveilleuse; je suis menacée d'une autre médecine : une once de dureté de cœur et autant d'insouciance pourraient faire grand bien à mon physique; mais cette drogue, toute commune qu'elle soit, n'est pas marchande, et l'usage m'en répugnerait.
Envoyez-moi donc votre journal, s'il n'est pas latin; quant aux poulardes, je ne pourrais les promettre en échange, mais bien du joli quartz sur des pierres jaunes dont notre Clos abonde. Est-ce que cela n'est pas encore meilleur pour un savant, sans être aussi digestible? Donnez-nous de bonnes receltes contre les chenilles, et vous pourrez venir manger de nos pommes. De bonne foi, est-ce que vous ne saurez jamais faire un pèlerinage dans ces cantons? Nous vous promènerons dans nos bois et nos montagnes; vous verrez, de notre terrasse, la crête du Mont-Blanc, que nos paysans appellent, je ne sais pourquoi, le Mont-du-(]hat '2), et nous irons visiter de compagnie le Mont- Pila. Soulevez un peu vos chaînes, et accourez dans nos réduits; vous y trouverez avec nous la franche amitié et la douce bonhomie. Une femme de Lyon m'a trahie'^', son mari a fait pis encore et ils ont imprimé la moitié de mon petit voyage de Suisse; j'ai demandé, exigé un carton qui supprimât nom et indices; il a été fait; mais il y a tant de fautes, et un abbé censeur m'a si bien rognée, que j'en suis toute bête et toute étourdie.
'"' Bosc. IV, ia4; Dauban, II, 565. ignorons le nom, la coupui-e la plus signi-
'*> On aperçoit en effet fort bien , des ficative qu'il ait faite est celle d'une phrase
collines de Theizé , par les vents du midi , sur Rousseau et sur l'oppression de Genève
et le Mont-Blanc et le Mont-du-Chat, que après les évënements de 178a.
Madame Roland confond ici. Le Mont-Piiat Champagneux, en imprimant le Voyage
est au sud-ouest de Lyon. en Suisse dans son édition de «800 et en
'•''' Voir la lettre précédente. rétablissant les passages retranchés en 1 788,
Quant à (tl'abbé censeur», dont nous en a supprimé d'autres.
[À BOSC, À PARIS (•)
2 juin 1788, — [de Villefranche].
Vous, habitant de la capitale et au courant de ce qu'on y pense, dites-nous ce que c'est que M. Carra '^', l'auteur de la brochure intitulée: M. de Calonne tout entier, etc.; l'auteur du Petit mot, àc plusieurs ouvrages de littérature que je ne connais pas, et qui se dit employé à la Bibliothèque du Roi? Quelle espèce d'homme est-ce? Que sont ses talents? De ([uelle réputation jouit-il? Quelle sensation a produit son écrit sur le Calonne et qu'est-ce qu'on en dit? J'ai besoin de savoir toutes ces choses.
Tout ce que je connais de lui est ce Calonne tout entier, écrit d'un style ferme, dur cl méchant; d'une tournure si déclamatoire, qu'en voulant m'amuser à le lire haut, avec l'accent qui paraît convenir aux expressions, je me trouvais fort ressemblante à une énergumène ; il y a de quoi enfler une poitrine de stentor et faire sauter tous les plafonds.
''^ Lettre publiée pour la première fois en i8ao par Barrit^re (I, 334), qui devait la tenir de Bosc; reproduite par M. Dauban (II, 566). Nous donnons le texte d'après une copie que M"' Cl. Bader a prise sur l'original, trouvé dans les papiers de Barrière, copie qu'elle a bien voulu mettre à notre disposition. — L'original (L. a. s., 4 p. in-4°) a été vendu par M. No«il Charavay le 17 dérembre iSgS, n° ag.
''' Carra (1749-1753), le conventionnel bien connu , était , h cette époque , employé à la Bibliothèque du Roi.
Dans sa polémique avec Galonné, pour le compte de Brienne qui le protégeait, un seul point intéressait les Roland : d'après Carra, les machines anglaises à carder et filer le coton auraient été inventées ou apportée» en France par les sieurs Miln (voir lettre du 19 novembre 1786), et si-
gnalées par lui. Carra, h M. de Calonne, qui en aurait signé l'acquisition en sa présence par un traité du 19 octobre 178.5.
C'était enlever à MM. Martin et Flesselles, les véritables introducteurs du Mull-Jennij, pour lequel ils avaient obtenu des letti-es patentes de privilège par l'arrêt du 18 mai 1784, l'honneur qui leur revenait, et Roland prenait feu pour la cause de ses amis, qui était aussi la sienne. (Voir au Dictionnaire des manufactures, t. Il, q' partie, p. 187, ses revendications pour Flesselles contre Miln et Carra.)
Voici les titres complets des deux pamphlets de Carra : Un petit mot de réponse à M. de Calonne sur sa requête au Rot. Amsterdam, 1787, in-8°; — M. de Calonne tout entier, tel qu'il s'est comporté dans l'administration des Finances , dans son commissariat en Brela/rne. Bruxelles, 1788, in-8°.
Mais ce qui nous a paru le plus plaisant, est une histoire sur laquelle roule l'indignation de l'auteur contre l'ex-ministre : un établissement de mécaniques, prétendues nouvelles, dont nous connaissons mieux l'origine et la marche que M. Carra qui se mêle d'en parler et se donne pour avoir concouru à leur acquisition. Vous saurez mieux un jour ce qu'est cette histoire. Instruisez-vous, en attendant, ce qu'est Carra; au reste, son compte est fait et le coup de patte est lâché, d'après la connaissance et le sentiment de la vérité, sur cet article : cependant il faut connaître son homme.
Je monte à cheval cet après-midi pour mieux courir après mes forces. Donnez-nous des nouvelles de nos frères Laplatière et Lanthenas et faites-leur nos amitiés '''.
Vous avez tort de dire que je n'ai pas voulu vous envoyer le Vmjage de Suisse; c'était dans le temps du remuement des postes'^' que j'avais achevé de le mettre au net et que je vous demandai s'il n'y avait aucun risque à vous envoyer un paquet assez gros; vous ne me répondîtes jamais à cette question, trois fois répétée; je ne vous ai point fait passer mon manuscrit, et il est survenu mille épisodes. Patience ! Il y faut maintenant des notes, et je ne suis pas prête.
Adieu, nous sommes toujours de braves gens et nous vous aimons bien.
Nota au Carra d'observer si c'est un personnage en quelque crédit, comme il paraîtrait n'être pas fâché qu'on le crût, quoiqu'il n'ose le dire. U semblerait à ses façons vouloir passer pour un champion du principal ministre, comme si celui-ci en avait besoin !
[À BOSC, À paris'''.]
Le 11 juin 1788, — [de Villefraiiche].
Je donne à mon frère quelques commissions que vous pourrez, mieux que personne, l'aider à remplir. Celle particulièrement dont il
''' Le chanoine Dominique, parti pour 1787 (Isambert, 9868), qui avait réuni la
Paris le ai avril précèdent, y était encore. poste aux chevaux à la poste aux lettres cl
'^' M. Dauban a imprimé : «le remuement défait ainsi i'édit de décembre 1 786. des portesi; il s'agit de I'édit du 10 août ''' Ms. 6289, fol. aSi-aSa.
me faut prompte réponse concerne la botanique, etc. Il s'agit de savoir quelle est la meilleure collection de plantes gravées et enluminées, de celles que publient maintenant Biiillard ou Buch'hoz*'' et je ne sais quel autre , quel est le prix de la souscription , ce qu'il en coûterait pour ce qui est déjà publié, et ce qu'il en coûte à cbaque livraison. Peut-être, suivant ce qu'il en sera, pourrait-on, en se décidant, charger le chanoine d'apporter l'une ou l'autre; mais il me faut auparavant les indications que je demande, le tout concernant un tiers.
Puis indiquez, si vous le savez, quelle est l'espèce d'huile empyreiimatique d'usage comme contre-vers, administrée intérieurement. Il faut que le chanoine en achète deux bouteilles pour l'hôpital de cette ville; on ne sait pas la dénomination particulière de l'huile empyreuraatique à employer ainsi, et il s'agit de ne pas faire d'école.
Enfin, où se vend la pommade de Grand- Jean?
Obligez-moi, en envoyant ma lettre au chanoine, de l'instruire sur ces deux derniers articles et de m'écrire tout de suite sur le premier.
Vous nous feriez plaisir si vous pouviez nous donner quelque notice, renseignement, etc. sur l'ouvrage intitulé : Essai sur les privilèges exclusifs et sur la liberté du commerce et de l'industrie, par M, le président Bigot de Sainte-Croix'^).
''' Pierre Bulliard (1743-1793) publiait à cette époque son Herbier de la France ou dollectioH des pliintes indigènes de ce royaume, Paris, 1780 à 1793, i5o caliiers in-fol.
Pierre -Joseph Buc'hoz (1731-1807), infalig-able compilateur d'histoire naturelle. L'ouvrag-e auquel Madame Roland fait allusion est sans doute son Nouveau traité physique et économique , par formes de dissertations, de toutes les plantes qui croissent sur la surface du globe, 1786 à 1788, 9 vol. in-fol.; reddition partielle d'un dictionnaire plus étendu (a '4 vol. in-fol.) qui avait paru en 1773.
''' Louis-Claude Bigot de Sainte-Croix
(1744-1803), qui fut depuis ministre des Affaires étrangères du 1" au 10 août 1799. Nous ignorons de quel corps il était président avant la Révolution, et Madame Roland doit se tromper sur ce point , car Bigot de Sainte-Croix n'est connu que comme militaire et diplomate (voir Masson, passim). Son Essai sur le commerce, traduit de Beccaria, avait été publié dans les Hphémérides dit citoyen,- dirigées par Bandeau, Dupont de Nemours, etc., de 1766 à 1776, et qui reparurent quelque temps en 1788 (Hatin, p. 70-71). C'est évidemment pour le Dictionnaire des manufactures que Madame Roland demande ce renseignement.
Si ce n'était qu'une brochure, achetez-la et nous l'envoyez par le chanoine. Si c'est un objet plus considérable, n'achetez pas , par raison de finance, et nous dites seulement ce que c'est.
Adieu, salut. Je suis pressée, j'attends de vos nouvelles. Nous vous embrassons loyalement et de bon cœur.
• 301 [À BOSC, À paris'"'.]
[Juin î 1788], — de Villefranche.
Bonjour donc et guère plus, car je suis pressée.
On dit ici que la réponse du Necker'^' est toute prête, mais que, pour la publier, il faudrait qu'il quittât le royaume. Qu'en dit-on dans votre monde? Nous autres qui, malgré son caractère, le croyons passablement charlatan, nous doutons fort de l'existence de cette réponse, et de sa bonté si elle est vraie.
Carra a tout le ton de ce que vous dites qu'il est, et je serai bien aise de le savoir plus en détail.
Dites à notre frère, ce que je n'ai pu lui écrire ci-joint, que l'Intendant est venu ici faire faire l'enregistrement, après lequel notre bailliage, fort aise de cette petite violence, a pourtant voulu ne pas paraître se presser d'ygir en conséquence'^'. Est arrivée une lettre de l'Intendant à son subdélégué, pour savoir
f Ms. 6939, fol. 285-286. — Ce n'est probablement qu'une fin de lettre. Le contenu indique cju'il faut la placer entre le lit de justice du 8 mai instituant les grands bailliages et le renvoi de Brienne (aS août). Bosc a eu la singulière idée de souder ce fragment à une autre lettre du 1 " octobre 1788 (ms. 6289, fol. 260-261) et d'imprimer le tout (IV, 127) comme ne formant qu'une seule et même lettre. Dauban (II, 570) n'a pu que le suivre. Mais le simple examen de leur texte suflit à montrer que ce sont des morceaux de dates différentes. De plus, après le mot amusards» qui ter-
mine la lettre du 1" octobre 1788, on voit au manuscrit une espèce de parapbe indiquant que Madame Roland pose la plume.
Enfin, les deux papiers ne sont pas de la même teinte. Nous avons donc dû détacher de la lelli-e du 1" octobre 1788 ce fragment qui y avait été arbitrairement rapporté, et le replacer à sa date approximative.
'■■' Réponse h M. de Calonne, qui faisait publier brochm-es sur brochures pour rejeter sur Necker le déficit qui avait amené sa chute.
''' L'enregistrement des édits imposés par Brienne dans le lit de justice du 8 mai.
si le siège était entré en fonctions, annonçant que, s'il y avait des diflicuités, il faudrait en instruire la cour, etc. La cloche du palais sonne, et nos magistrats s'assemblent probablement comme présidial.
Le grand bailliage de Lyon a tenu vendredi sa première séance, sur menace de transférer le grand bailliage à Màcon, s'il y avait des difficultés.
Mais Mâcon refuse de ressortir de Lyon.
Néanmoins, et en total, tous les petits tribunaux sont contents de la révolution.
Il n'y a que nous autres plébéiens à qui l'on mettra la main dans la poche, sans qu'il y ait personne pour dire gare, qui ne trouvions pas bonne cette histoire d'enregistrement et cette formation d'une cour plénière vendue au roi.
Puis, les attributions des sièges inférieurs nous semblent trop fortes. Dans les petits endroits où le commérage et les préventions ont tant d'influence, la fortune de presque tous les particuliers se trouve à la discrétion de juges très faciles à s'abuser et à tromper.
Attendons et voyons; bénissons l'Amérique, et pleurons sur les rives du lleuve de Babylone.
Adieu, nous vous aimons toujours.
[À BOSC, À PARIS '".J
i8 juin [1788], — (lu Clos.
[Je vous luis passer un trc^sor de naturaliste, mais une désolation de nos polagers. Vous trouverez, dans la boite ci-jointe, plusieurs indi-
Rappelons que ces éciiLs : 1° instituaient des jj;i-an<l.s bailliages enU-e les parlements et les trilninaux inférieurs (présidiaux, bailliages, sénéchaussées), tous confoiidus à l'avenir sous le nom uniforme de présidinux ; 9° mutilaient le parlement de Paris; 3° créaient à Paris une cour plénière, à laquelle on transférait l'enregislreraent des édits et ordonnances et qui pourrait enregisU-er de nou-
veaux édit» d'impAts provisoirement, en attendant la réunion des États généraux.
''' Bosc, IV, 195; Dauban, II, 667; — ms. ()93<|, fol. •Î79-980.
Hokud écrit de Lyon, à Bosc, le 3o juin (coll. Mnrrison) : cJ'ai reçu ici... \otre épiU'B du 93; je la fais repasser à Villefranche, pour être envoyée de là à la campagne, où la ménagère est claquemurée
LCTTneS OK MADAME «OIAKD.
IHMIIHKIIIL KiriONALC
vidus d'une espèce d'insectes qui attaque les artichauts. Ces vilains petits animaux noirs, de forme peut-être approchante de celle des chenilles, portent au bout de leur queue une sorte de manteau écailleux qu'ils se mettent sur le dos en repliant leur queue, et ils bravent ainsi tous les dangers. Dès qu'une fois ils se mettent aux artichauts, ils dévorent le parenchyme des feuilles ; toute la plante blanchit et se dessèche, cesse de rapporter, et quelquefois meurt absolument. On ignore dans ce pays et le nom de l'insecte et la manière de le détruire; il ne se montre pas fréquemment; et, si j'en juge par cette année, la première où il ait paru depuis que je suis dans ces cantons, il ne paraît qu'après de grandes sécheresses.
S'il vous est inconnu, c'est un présent que je vous fais, et je vous demande, en revanche, une recette pour nous en défaire; si vous pouvez nous la procurer , ce sera un service que vous rendrez à la province. Vous trouverez deux individus que j'ai surpris dans une nouvelle métamorphose; ils sont plus gros et ressemblent, sous cet habit, à des cloportes.]
Vous devez avoir reçu le Voyage de Suisse; dites-moi s'il vous est parvenu.
Je suis ici du i5; j'y ai gardé le lit les premières vingt-quatre
heures après mon arrivée, malade et harassée plus que je saurais
dire.
Quand est-ce que vous nous renvoyez notre frère? Faites-lui nos
amitiés ainsi qu'à l'ami Lanthenas.
Adieu, mon estomac travaille et ne souffre pas volontiers que je fasse autre chose.
[Vous jugerez, par l'état où vous trouverez quelques brins de feuilles
poiir tout l'été et l'automne ... Je u'entends Puis Roland ajoute : ffNous sommes entoui-és
plus parler de mon frère , ne sais quand et pressés ici de la nouvelle qu'on va encore
reviendra; je serais fort aise de voir cet une fois reloiu'ner l'omelette. J'ai peur
essai, beaucoup vanté, du président Bigot qu'elle ne soit enfin desséchée. On parie
de Sainte-Croix. . . » Suit une discussion sur aussi de guerre de tous les côtés. Tapage et
la Cassida viiidis, qui ravage les articbauts. caiiUon. Adieu.»
d'artichaut renfermés dans la boîte, de celui où ces petites bêtes noires réduisent le meilleur de nos herbages.]
Nous vous embrassons, toto corde et animo,
[Je viens de rouvrir ma boîte, et je n'ai déjà plus trouvé qu'une peau blanche verdâtre du soiniisant cloporte; la bête noire en est sortie, et court comme les autres avec ce manteau qui leur donne l'air de petites boules hérissées.]
[À BOSC, À PARIS W
4 juillet 1788, — [du Clos].
Honneur à la science et surtout aux savants pour des expédients si bien trouvés! Ne voilà-t-ii pas mes artichauts bien préservés? Et n'ai-je pas notablement augmenté la somme de mes connaissances en apprenant à donner le nom de larve a ce que je désignais fort bien par celui de hête noire ?
Vous ne me dites seulement pas à quoi ressemblent ces deux insectes parfaits échs en route; tandis que moi, je vous avais prévenu que vous trouveriez dans la boîte deux individus en nouvel habit. Mais j'en ai vu dans mon jardin, sous une troisième apparence, avec une belle cuirasse verte , courant fort lestement, et ne me faisant plus mal au cœur avec leur vilenie, quoiqu'ils s'adressent directement aux artichauts mêmes et ne tiennent plus compte des feuilles de la plante.
Arrangez-vous avec notre frère *'" pour les deux bouteilles d'huile ; en attendant, j'apprendrai à votre science qu'elles sont uniquement pour l'usage des humains, et que c'est le dernier, le plus puissant spécifique contre les vers. On le donne, à la dose de quelques gouttes, dans une cuillerée de sirop quelconque. Par ce moyen , on a retiré des portes de la mort des adultes sur lesquels l'action de tout autre remède avait été insuflisante, et qui périssaient dans les convulsions. Eudora en a pris une fois dans une maladie grave et a
'■' Bosc, IV, ia5; Daubaii, III, 568. le chanoine Dominique Roland, qui n'était
'"' 11 y a voire dans le texte de Bosc; mais pas encore revenu de Paiùs. (Voir lettre du il faut évidemment lire noire, cesl-à-dire 18 juin 1788.)
rendu peu à peu un très gros ver, le premier qu'elle eût fait de sa vie, et dont ia sortie a été l'époque d'un mieux sensible.
Peut-être cette connaissance sera-t-ellc nouvelle pour quelques-uns de vos docteurs, et leur servira-t-elle plus que vos préservatifs contre la Cassida vtridis ne me seront utiles; voilà comme je veux me venger du défaut de votre savoir.
J'attends votre sévère critique ; mais suspendez-la sur l'article Lavaler, attendu que j'ai du nouveau à fournir '''.
Vous ne me dites plus rien de vos savants, ou prétendus tels, intrigants et autres. Que fait cette petite nation tandis que la grande république est en désordre, et que l'argent est aussi rare dans les coffres que l'eau l'a été dans notre citerne en avril et mai?
Maintenant j'ai de quoi vous baptiser, si vous voulez venir nous voir, et je puis défier tout ce que vous avez de répréhensible , avec un élément si pur, un air si excellent et une solitude si profonde. Mon bon ami est toujours à Lyon : je ne sais pas bien encore quand il reviendra. Ma santé est passable quand je puis ne m'inquiéter ni ne m'affecter de rien ; mais mon estomac n'est plus de force à supporter sans altération les mouvements de mon cœur ou les agitations de mon cerveau; et quand ceux-ci s'exercent un peu trop, l'autre se repose tout uniment et ne veut pas digérer. Il faut bien prendre patience avec ces anciens serviteurs qui s'avisent de gouverner!
Adieu, j'ai du travail et je m'amuse à babiller. Il me semble que vous n'écrivez plus depuis que je suis en retraite; je n'ai reçu qu'une fois de vos nouvelles ici, où je suis du i5 du mois dernier.
Salut et bonne amitié.