À MONSIEUR H. BANCAL, RUE DU PETIT-BOURBON
[À PARIS t'I]
Vendredi malin, 19 août 1791, — [de Paris].
Je suis bien aise de voils signifier que vous êtes condamné à venir dîner avec nous : Brissot sort d'ici, il doit revenir, et mon ami observe que c'est le moment où, plus que jamais, les bons citoyens doivent s'unir et s'entendre. Cette doctrine de bonne intelligence est fort de mon goût, et j'espère qu'elle ne contrarie pas le vôtre. Adieu, mon ami , jusqu'au plaisir de vous revoir dans la paix et les douces affections.
'"' (fLa revision de la Constitution est '^' Ms. 9534, fol. 167-168. — Nous
achevée; il ne reste plus que quelques ar- avons vu que Bancal était revenu de Cler-
ticles renvoyés, dont le rapport sera fait mont à Paris, en août , apportant une péti-
jeudiT). (^Patriote français du 17 août 1791.) lion contre l'ajournement des éiections.
À MONSIEUR BANCAL, RLE DL PETIÏ-BOURBON, MAISON DU NOTAIRE, [À PARIS t'I]
Mercredi matin [(?) août 1791, — de Paris].
Votre bon ami Garran doit venir dîner avec nous; n'oubliez pas l'en- <|agement,
[À BANCAL, À CLERMONT'^I
ag août 1791. — de Paris.
Nous''' attendons, mon clier ami, avec empressement de vos nouvelles. Madanfe Roland est giK^rie, et elle dispose son de'part pour samedi prochain. Nous resterons seuls et vous manderons ce qui se passera ici de la chose publique. Nous souhaitons que vous nous appi-eiiiez quelque chose de fait et favorable à notre chose particulière que nous avions envie d't'tahlir dans votre département. J'attends toujours d'en avoir quelque nouvelle pour cliercher à employer les fonds que j'ai, si je ne pouvais les disposer de cette manière'*'.
J'ai fait partir d'ici , le 1" août courant, une caisse, A. L., n° 1, pesant 160 — par Desvig^nes frères, voituriers de Nîmes, à l'adresse de Lanthenas'*', négociant au Puy-en-Velay. — Ce voitiu-ier a dû aller directement à Clermont, d'où il aurait dû faire passer sans délai cette caisse. Mon frère me mande, le a. 3 courant, qu'il n'en a aucune nouvelle. Comme elle
'"' i\Is. 9536,fol.iG5-i66.— Cebilletse place nécessairement dans un des deux courts st^ours que Bancal fit à Paris en 1791 , car, en 179a , Garran n'était déjà plus dos amis de la maison.
<*' Lettres à Bancal, p. .3 1 3 ; — ms. 9534, fol. 160-1 (h.
''' Ce début est de Lanthenas. — ]><i deuxième partie de la lettre, datée du mardi 3o, est de Madame Roland.
'*' Comme on le voit pr cette lettre, le
projet d'acheter en commun quelque bien national n'était pas abandonné. Mais Bancal, depuis un mois, avait acquis pour son compte seul (37 juillet'*') le domaine de Bonneval, possédé auparavant par l'abbaye de Bonnaiffue en Limousin. C'est là qu'il se relira plus lard , quand il sortit de la vie publique. Li propriété appartient encore à ses héritiers (Mège, p. 36-27).
''' Le frère aîné de Lanthenas. (Voir Appendice L.)
"' Celle date du 37 juillet est donnée par M. Moge. Remarquons toutefois (|ue, ce jour-là. Bancal n'a pu si|;ner un acte à Clermont, paisque, le 38, il était à la barre de l'Assemblée constituante (et, le 3i, aux Jacobins, Aulard, 111, 63).
contient de mon écrit sur la presse et de celui sur l'inégalité entre les enfants''*, qui doivent me rendre présent aux électeurs, si toutefois cela est possible, au milieu de la chaleui- des intéi'êts qui les mouvront, je vous prie de faire quelque recherche dans les principaux dépôts de chargement de votre ville, pour savoir si cette caisse est passée, et accélérer son expédition par le carrosse s'il le faut ou autrement.
J'imagine que votre Société a fait la distribution des 3oo exemplaires de l'écrit sur la presse que vous lui aviez laissés.
Vous aurez trouvé chez Monsieur votre frère (^' le paquet qui renfermait mes deux manuscrits, l'un un projet d'adresse à l'Assemblée nationale, et l'autre une opinion que je voulais Ih'e aux Jacobins oii, alors , je ne pus jamais obtenir la parole. Je vous serais obligé d'en faire ce dont je vous priais alors , qui était de m'en faire tirer une copie et de l'adresser à la Société du Puy en lui disant la cause qui a fait que cela a été arrêté chez vous.
L'Assemblée nationale va de pis en pis. Petion était, hier, désolé, non de l'insolence des méchants qui ont eu l'impudence de dire à la tribune que ses discours et ceux de Robespierre dans la tribune étaient cause de l'insubordination des soldats, non des mauvais décrets mêmes , mais de la mort qui a été portée à l'opinion publique par toute cette affaire du Champ de Mars. Elle ne se manifeste par aucune chaleur de patriotisme. Il semble que le despotisme ait repris ici tout son empire.
Cependant on annonce la sortie des pétitionnaires du Champ de Mars des prisons, pour le premier jour. Mais Morande répand en plus d'abondance encore ses poisons. Le corps électoral d'ici se montre mal. Lacépède''' le préside. Les patriotes y sont désignés sous le titre de mauvaises têtes, hommes daiigereux; jugez. Si les départements, encore une fois, n'aspirent maintenant à sauver la France , tout est perdu.
On lut hier à la tribune des Jacobins une opinion vigoureuse sur la nécessité de continuer de garder le Roi dans la capitale. Elle fut très applaudie. Le mouvement oratoire qui y était ne plut pas à quelques modérés'*'. Je ne sais quel parti on va prendre. C'est ce matin que l'on propose un mode pour faire accepter la Constitution à ce sire. Salut.
F. Lanthenas.
Mardi 3o"'.
Nous avions dû vous écrire par le courrier de samedi dernier; nous en
'"' Sur ces écrits de Lanthenas, voir Appendice L.
'*' L'aîné des frères de Rancal, qui était demeuré à Clermont, où il continuait l'industrie du père.
''' Le naturaliste Lacépède (lySG-iSaS), ou plutôt, comme on écrivait alors, ftM. le comte de La Cépède» [Alm. rotj. de 1789, p. 553), avait succédé ii Daubenton jeune, en 1786, comme garde et sous-démonstra-
tem' des cabinets d'histoire natiu-elle au Jardin du Roi. Il était entré dans le mouvement de 1789 et avait été élu parmi les administrateurs du département de Paris , mais il était tiède.
'*> Voir, sur cette séance du 38 août, Aulard , t. III , p. 1 o3-i o5. Le compte rendu ne mentionne pas l'incident dont parle Lanthenas.
'*' Ce (jui suit est de Madame Roland.
avons été empêchés par celle préoccupalion si ordinaire dans la capilaie au milieu des événements publrcs et des affaires de chacun. J'espère qu'il arrivera ce matin de vos nouvelles, mais peut-être ne les recevrons-nous que demain, car B' [Bosc] est absent depuis deux jours, et c'est notre raison de vous expédier celle-ci directement. La marche de la législature est toujours conséquente à son extrême corruption, c'est un véritable renversement de la Constitution, une ironie de la Déclaration des droits. Nous voici avec des princes, citoyens non éligifales; avec un roi inviolable, environné d'assassins militaires à ses ordres; avec des électeurs à argent, etc., etc. Les papiers publics vous rendent toutes ces odieuses lois, vrais poisons de la liberté. Je commence à applaudir aux derniers excès de l'Assemblée, à désirer les plus grands comme le seul moyen de réveiller l'opinion publique dont le sommeil me tue.
On commence à sentir et l'on a dit hautement hier aux Jacobins qu'il fallait que la prochaine législature fût constituante"'. Je ne voudrais pas qu'on révélât cette vérité dans la capitale, l'Assemblée présente ne voudra plus s'en aller.
Ma santé ne m'a pas permis de partir aussitôt que je me l'étais proposé; je crois pouvoir actuellement compter sur elle et je pars samedi pour être à Villefr[anche] le jeudi 8 septembre.
Nous attendons impatiemment l'assurance de quelque acquisition que vous aurez faite pour notre société, car les finances sont dans un état horrible. Avertissez les patriotes acquéreurs d'exiger qu'on estampille les assignats prix de leur vente; cela ne se fait pas toujours ici, et. ce désordre, joint à tant d'autres, peut amener un bouleversement épouvantable. La nouvelle monnaie, dont on fabrique beaucoup, est toujours invisible pour le peuple; les petils billets de section disparaissent, les denrées enchérissent, et il se pratique sûrement encore quelque diablerie.
J'espère peu des élections de Paris; on parle cependant du brave Garran, mais comme il est aussi question de Pastoret*-', je crains que l'honnête homme ne soit mis en avant pour cacher l'autre et amuser les patriotes. On redouble d'efforts et d'horreurs contre Brissot.
'■' Et qu'elle p<lt, dès lors, reviser la syndic du département de Paris, élu, lo
r.oMslilulion. (Voir Aulard, t. III, p. lofi- 3 septembre 1791 < député de Paris h l'As-