‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 19 sur 103 · semblée iéjfislative, où il fut un des chefs · texte numérisé non relu

semblée iéjfislative, où il fut un des chefs

''* Glaude-Emmannel-Joseph-Pierro i\p de la droite constitulionnellc On connaît la

Pasloret ( 1 765-1 84o), procureur-général- suite de son rôle politique.

Je vous enverrai jeudi un Ami des ministérieh'-^\ jolie petite feuille qui en fait les honneurs à merveille et qui les peint au vrai.

Les Sociétés populaires de Lyon sont affiliées aux Jacobins'^'. Les élections de ce département ont dû commencer dimanche dernier; l'intrigue les travaille vigoureusement.

Adieu, travaillez là-bas comme ici, faites de bonne besogne et n'oubliez pas vos bons amis, car. en vérité, si la chose publique ne se relève, il ne reste aux bons citoyens que de bien s'aimer!

Je n'ai trouvé qu'hier la musique anglaise que vous avez bien voulu me laisser; je vous enverrais bien, en échange de l'aimable Lass of Rtclunond's hiU^^\ d'assez jolis couplets, mais ils ne sont pas assez graves pour les circonstances, et j'ai quelque honte de vous parler de chansons.

Rien ne se vendra avant un mois dans le district de Gonesse; soins et demandes ne m'ont point encore valu tous les renseignements désirés sur Sainte- Radegonde; le receveur n'était pas bien instruit; j'en attends d'un second voyage qu'il vient faire à Paris'*'.

[À BANCAL, À CLERMONT''

3i aoi'it 1791, — de Paris.

Nous'"' vous avons écrit, mon cher ami, le courrier passé. Nous avons reçu vos deux Jetires. Vous aurez vu que voire adresse est venue trop tard ; d'ailleurs , des adresses sont

'"' Voir sur ce journal , dirige' contre les ministériels, Hatin, p. 901.

'^' <T L'affiliation est accordée aux sociétés populaires de Lyon. . . » (Séance des Jacobins du 98 août. Aulard, t. III, p. loi.)

'^' trLa fille de la colline de Richmond. n

<*' Bancal finit par acheter, au commencement de 1799 (A. Rey, Le naturaliste Bosc et les Girondins à Saint-Prix, p. i3-ii), ce petit prieuré de Sainte-Radegonde , situé au milieu de la forêt de Montmorency, que Bosc lui avait indiqué. M. Rey a raconté avec un

grand charme l'histoire de ce rustique domaine, qui abrita pendant la Terreur d'illustres proscrits.

C'est sans doute sur les indications de ce même receveur que Roland acheta plus tard à Villeron, district de Gonesse, une propriété que Bosc lit restituer à sa fille en 1795. (Voir Appendice K.)

'^' Lettres à Bancal ,ç.?i\(^; — ms. 968/4 , fol. 169-164. — Bancal a écrit en mai'go : (tReçu le 9 septembre, rép. le 90.1

'"' Ce début est de Lanthenas.

mainlenant pour l'Assemblée ce que sont les vésicatoires pour un corps mort. Chasset disait à notre ami qu'il n'avait jamais craint qu'à présent; le tiers du côté patriote, les faux patriotes de 89 sont plus dangereux aujourd'hui que les aristocrates. Il croit que septembre ne se passera pas sans crises violentes.

Je vous envoie ci-joinl quelques lettres, c'est plus court, pour que vous ju^ez de ce qu'elles inspirent, que de vous le dire. — Les frères Richard'"', commissionnaires, rue des Fripiers, quartier Saint-Nizier, à Lyon, sont d'excellents patriotes, qui ont de la tenue et sur qui vous pouvez compter. Je crois que votre Société devrait y établir correspondance.

Il y a des divisions au Puy entre les citoyens. 11 en est un grand nombre qui sont, je crois, patriotes et qui ne se soulèvent que contre le gouvernement de quelques hommes durs qui se sont élevés par la faveur de la classe aigrie par la misère. — Je crois qu'il serait digne de votre Société de prêcher autour d'elle l'union et la paix. Je crois que les Sociétés de nos départements devraient se visiter pour resserrer les nœuds de la frateruité,efc. Nous devions, aux Jacobins, dans le Comité de correspondance'*', délibérer sur la proposition des courriers extraordinaires entre les Sociétés , en cas de nouveaux malheurs ; Pction et d'autres qui devaient. y venir pour cela ne s'y sont pas trouvés. — Cette mesure me parait bien difficile avec aussi peu de tenue qu'on a montré.

V^oilà donc notre acquisition manquée; nous sommes toujours dans les mêmes intentions de réaliser d'une manière ou d'autre, et nous vous laissons mailre du tout.

Compte de M. Roland, de 4o à 60 M.'''.

De moi, de 3o à 3o, — et puis voyez ce que vous pourrez fournir. — Quelque chose de bàli serait plus agréable, plus utile même, car, si nous avons la paix, je pourrais y faire la médecine, pour cela je demande de l'eau et bon air.

Ainsi voyez ce qui se présente de convenable dans les biens nationaux ou autres, en ayant égard pour ceux-ci h toutes les autres conditions qu'ils donnent. Je vous réitère ce que je votis ai dit dans ma dernière pour me retrouver une caisse qu'un mauvais génie, je crois, me relient; — mon frère se désole de ne pas la recevoir.

Je'*' prends la plume à mon tour pour vous transmettre les observations de notre ami sur l'objet des acquisitions.

Premièrement, l'état des choses et la manière dont nous l'envisageons nous font croire prudent et nécessaire de placer nos fonds; en second lieu, nos circonstances particulières nous rendent ce placement très instant, puisque,

'"' liy a, aums. 9534, fol. 958-361, deux de correspondance des Jacobins dès juillet

longues lettres des frère» Richard à Lanthe- 1791 (Aulard, t. 111, j). 9/1); il venait, en

nas, du 92 et du tn août 1791. Nous re- outre, d'être nommé secrétaire, le 99 août,

trouvons ce nom parmi ceux des mendires avec le duc d'Orléans et Collol-d'Hcrhois.

de la Commission populaire qui dirigea l'in- [Ibid., 106.) surrection de Lyon en 1798. '■'' C'est-à-dire de 4o, 000 à 60,000 livres.

''' Lanthcnas était membre du Comité '*' Ici commence Madame Roland.

d'une part, les fonds de L' [Lanthenas] sont à dormir en portefeuille, et que, de l'autre, nous touchons pour les nôtres à des époques de renouvellement de billets qu'il faut prévenir ou qui vont nous arrêter ensuite plus que nous ne le voudrions. Les rapports qui nous lient tous trois nous ont fait croire possible et agréable un placement en commun; l'idée des bons fonds d'Auvergne est venue se joindre aux premières considérations et l'opération nous a paru désirable. Si la connaissance que vous avez des affaires vous fait entrevoir quelque diflîculté, soyez franc comme nous et nous éclairez; s'il n'y en a pas, procédez sans délai, les choses et le moment le requièrent. Quant au domaine de Grand- Pré'^', l'objection du trop d'eau dans un pré ne nous avait point effrayés, car il y a des moyens de remédier à cet inconvénient, et l'on sait que les biens du clergé ont souffert des détériorations que l'intelligence de nouveaux propriétaires doit et peut réparer. La question de savoir si l'acquéreur veut le céder et quel prix il y met ne peut être résolue que par vous, après vous être assuré de la valeur du domaine et du taux auquel des gens sages doivent se fixer. A défaut de cet objet, le choix d'un autre est également remis à vos soins et vous voyez, en conséquence des sommes que nous pourrions fournir et de celles que vous pourriez ajouter, si nous pouvons aller à la totalité de 5o,ooo écus; le necplus ultra pour nous est 60,000 livres. Si l'acquisition se portait sur un bien de particulier, il faudrait qu'il fit d'avance et à l'amiable le rachat des droits seigneuriaux pour profiter du bénéfice de la loi nouvelle et éviter les lods. Ce soin, ainsi que tous ceux relatifs au choix, à la résolution et à l'exécution, est absolument remis à votre sagesse et à votre amitié. D'après cela voyez et jugez, puis agissez ou nous parlez, le tout avec l'ouverture et la franchise qui nous conviennent à tous, le tout avec l'espèce de célérité que demandent les considérations ci-dessus énoncées. J'arriverai à Villefranche jeudi 8 septembre. Donnez-y-rnoi de vos nouvelles et de celles de celte affaire si vous voyez des moyens de la traiter, parce que cela guidera ma marche sur les arrangements particuliers de nos fonds.

Biauzat est allé hier aux Jacobins '^' ; les hommes de parti, je n'en doute pas, y retourneront tous, quand cela conviendra à leurs vues, afin d'intriguer de nouveau. Aussi j'ai beaucoup regretté la mesure, molle et lâche à mes

'■' Nous ne savons où était ce domaine. paru à celte séance. 1 Les Jacobins, siforte-

Hien probablement eu Auvcrg-ue. ment ébranlés après l'afFaii-e du Champ de

'■' Voir Aulard, t. lil, p. 109, séance Mars et la scission des Feuillants, se ressaisis-

du 3i août : sMM. .., Biauzat, ... ont saient et les transfuges rentraient.

yeux, d'inviter les Feuillants en masse, lesquels ont répondu à cette proposition par un ajournement à quinzaine.

Enfin , si l'autre législature se forme vigoureusement , ce sera à elle d'aviser aux moyens d'épurement avant de s'unir aux Jacobins ou de faire un nouveau foyer de patriotisme.

Votre idée des courriers extraordinaires est excellente, mais il faut que l'usage en soit dirigé avec sagesse, car, s'il était une seule fois appliqué à la propagation d'une nouvelle fausse ou mal présentée, il en résulterait quelque mouvement qu'on se hâterait de saisir pour achever de décrier et pour anéantir les clubs que haïssent les dominateurs.

L'élection de Chartres est faite, elle ne présente qu'un patriote'". Le corps électoral de Paris se travaille terriblement; il s'était formé un club dans lequel on a d'abord discuté Brissot. D'honnêtes citoyens l'ont défendu avec chaleur, et il fut décidé qu'on le présenterait dans le premier scrutin , en opposition à Lacépède et à Pastoret que portent les modérés et les Noirs, ou à peu près; ses ennemis ont senti qu'il fallait diviser pour l'écarter; ils ont employé pour dernière arme la sensation désolante de l'affaire du Champ de Mars, sa liaison avec la chaleur de Brissot, et, en profitant du faible de certains esprits à cet égard, ils ont proposé Garran.

Nul doute que les modérés ne préfèrent encore celui-ci à Brissot, d'oii l'on peut présumer que, si la division des patriotes ne les sert pas à pousser Lacépède ou Pastoret, du moins elle parviendra à écarter Brissot. Je me suis rappelé, à ce sujet, la manière peu exacte, pour ne pas dire baroque, dont Garran voit l'affaire du Champ de Mars, et je me suis affligée de tout ce mélange.

L'agitation est grande à Lvon ; je ne crois pas possible d'en prévoir le résultat; il faut attendre l'événement.

J'ai lu, hier, dans le Paquel}ot^^\ que vous seriez, un des premiers, porté au Puy-de-Dôme.

Je ne vous parle plus des opérations de l'Assemblée; elles sont dignes de l'esprit infernal qui y règne. Dans une importante discussion de ces derniers jours, il fut impossible à nos trois patriotes d'obtenir la |)arole, quoique d'André la prît quatre fois dans cette même discussion.

'■' Il est probable que Madame Rolaad veut parler ici de Delacroix. — '*' Le Paquebot, janvier-août 1791- — Voir Hatin, p. ai4, et Tourneux, 1061a.

On vient de mettre les conventions^" à des conditions fort singulières; cependant, en dépit de la coalition, le mode prête au corps législatif une prépondérance qu'elle n'aurait pas voulu lui accorder. On croit bien que le Roi ne manquera pas d'accepter, en demandant toutefois à pouvoir choisir ses ministres parmi ceux des représentants du peuple qui auront mérité l'estime publique. — - L'heure me presse, les affaires me talonnent; je ne puis vous entretenir comme je le voudrais. Adieu, notre bon ami.

Paris, le ,3 septembre 1791

Ma femme part aujourd'hui, notre ami; elle est, comme vous pouvez croire, siujjulièro menl occupée, mais non moins à ceux qui nous altaciient comme vous. Au reçu de ma lettre, écrivez-lui à Villefranciie, département de Rliône-el-Loire , si toutefois il ne faut pas que vos lettres viennent passer par Paris pour aller à Lyon , car elle apprendi-ait vos deslinc'es aussitôt que par nous-mêmes , à qui sans doute vous en ferez part sans délai.

L'on parle beaucoup de moi à Lyon; par toutes les lettres que j'en reçois, l'on m'apprend que je suis porté des premiers sur presque toutes les listes et qu'il y a tout lieu d'espérer, quoiqu'il y ait une cabale infernale'^'. Au reste, si la chose a dû avoir lieu, elle doit être faite en ce moment, quant à moi du moins. Si je ne passe pas des premiers, j'en désespère; ainsi j'attends la nouvelle décisive de mon sort par le courrier de mardi ou au plus Uird celui de mercredi prochain.

Brissot est terriblement ballotté; s'il ne passe pas aujourd'hui, je tremble pour lui'*' : la cabale des enragés s'est tournée en perfides astuces. Ce ne sont plus ces grands moyens de brigands; ce sont de basses et astucieuses scélératesses, des espérances, des promesses, des aveux de talents, de mérite, etc.; mais, à cause de l'opinion publique, des égards, des ménagements, il faut d'abord faire passer celui-ci, celui-là. C'est aiasi que Garran a été nommé, puis Lacépède; aujourd'hui on veut encore Pastoret, demain un autre.

Le temps coule, les nominations se font; le zèle s'amortit; on se lasse d'une lutte qui d'abord a été vigoureuse; il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais parmi les patriotes de ligue soutenue avec la constance, l'acharnement et l'emploi de tous les moyens de cette bande d'abominables scélérats , dont voici un trait à peu près public en ce moment et qui les peint d'après nature : Barn[ave]', causant des événements confidemment avec sa clique et voyant

'') Madame Roland entend par là les assemblées électorales des départements.

'^' A la suite de la lettre de Madame Roland du 3i août, l'éditeur de 1 835 a doimé les deux lettres suivantes de Roland , des 3 et G septembre , dont les autographes sont au ms. 9534, fol. 169-172. Nous croyons devoir les donner aussi.

'^' Roland s'abusait. Il ne fut pas élu.

L'élection, qui se fit du 3o août au 4 se|)tembre, fut dominée par le souci ir moins de faire un choix entre les nuances d'opinion que d'assui'er à chaque partie du dépai'tement sa pai't de représentation-. (VVahl,

p. llSiO.)

''' Brissot, malgré l'ardente campagne faite contre lui, à Paris, le i3 septembre, le 1 1° sur a8.

que le terrible effet de leurs libelles s'amortissait insensiblement, s'écria, dans un moment (le rage et avec le ton et un mouvement de de'sespoir : irJe vous l'avais bien dit, nous l'avons calomnié trop tôt. Il fallait attendre ce moment." On frémit d'horreur quand on songe que le poignard et le poison sont moins dangereux , et ceux qui les administrent, moins atroces. C'est cet abominable homme qui a osé dire en pleine Assemblée (je l'ai entendu) que ^la paix était le souverain bien du peuple, et que la liberté pour lui n'était qu'un superflu» , que l'idée en était si fine , qu'elle était au-dessus de ses conceptions , et qu'il fallait même se garder de lui en parler, que cela ne servirait qu'à troubler son repos et l'entraîner dans les plus grands malheurs , l'anarchie , le meurtre, le pillage, l'incendie , etc., etc. ; et les tribunes et le peuple d'applaudir à tout rompre. Que voulez-vous espérer de gens qui chantent la servitude et baisent les mains à leurs bourreaux! Adieu.

Paris, le 6 septembre 1791.

Ma moitié, notre ami, est partie samedi au soir par la diligence de Lyon; elle ne se portait pas 1res bien, et je n'ai pu encore en recevoir des nouvelles. Je suis triste : il se passe ici des choses alTreuses, des horreurs aux élections : ce sont tous les joui-s de nouvelles infumies répandues dans l'assemblée des électeurs et affichées contre les murs. On en est venu h dire tout haut que les talents, le savoir, la diction, les connaissances, l'éducation, etc., n'étaient point ce rpù était nécessaire; que le plus souvent, au contraire, cela ne servait qu'à prolonger les discussions, embrouiller les aff'aires et les terminer par des sottises. Et l'on agit vraiment d'apràs ces grands princips; ainsi Brissot est éloigné à Paris, d'autres le sont à Lyon, à Rouen, à Amiens, car j'apprends que c'est partout de même. Je suis mécontent de votre ami Garrau; il a une trop forte dose d'amour-propre et d'i'goïsme ([ui percent à travers un ton de fermeté et de droiture que je ne conteste pas, mais que je ne juge pas tout à fait con)me avant telles époques; il a manqué, selon moi, à son ami Brissot au point (pie je puis bien alleslcr, à part moi et dans ma conscience , que cet ami n'est point son ami , et que les gens de sa trempe n'en ont qu'un qui l'emporte sur tous les autres , c'est euxmêmes. Lanthenas apprend du Puy, ce (|ue j'apprends d'ailleui-s et ce (pii se passe ici : il faut changer ses batteries, ses idées, ses projets, et, comme je persiste dans les résolutions que les circonstances me forcent de prendre, n'ayant point à me mêler de la chose publique à laquelle je me serais livré tout entier, je dévierai mon imagination et l'attacherai à tout autre chose.

Vous nous avez envoyé une lettre pour remettre à Bris.sot; nous allons lui faire passer; je ne sais quel parti il en tirera, mais il me semble que cda est vague, peu motivé, et me fait penser que vous auriez bien dû faire l'article.

Faisons-nous quelque acquisition? Je regrette que la première n'ait pas eu lieu, soit par la nature du terrain, sa proximité du grand chemin, de Clermont, les moyens d'amélioration et d'alTermer sans y être; car, pour rien, je ne veux de vignes. Adieu. Nous vous embrassons, le temps presse; je vais courir, c'est ici mon métier; j'en suis excédé.

LETTIIES Ot MIDAIIF, 110LA>D. — M. sh

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