OFFICIER MUNICIPAL, A LYON, PLACE DE LA BALEINE
Vendredi, 9 septembre 1791, — de Villefranche.
Je suis arrivée hier après-midi, plus fatiguée que je ne saurais dire; j'ai trouvé votre lettre et je prends le premier courrier pour vous faire passer signe de vie et de reconnaissance.
Je ne suis nullement étonnée du choix ('); l'aristocratie a toujours dominé à Lyon, et les moyens qu'elle ne craint pas d'employer ont dû lui procurer toutes les facilités imaginables d'abuser les électeurs des campagnes.
Il faut espérer que tous les départements ne ressembleront pas au nôtre et que la chose publique aura des défenseurs; mais croyez que nous n'aurons pas de législature sans un parti de l'opposition, qui sera toujours celui des honnêtes gens et de la minorité.
''' Probahleiririil los billcLs ou obligations >'' Ms. 6a4i,fol. i.39-i33. — Voir flé-
rcpréienlant les capitaux, 4o,ooo iivi-es volulionfiancai.se du lU août. 18^^. environ, dont disposait Roland; voir lettres <'' Des députa de Rbôue-et-Loire. Nous
du 3 1 août et du 1 a octobre. en donnons la liste un peu plus loin.
Je désirerais bien aller à Lyon; j'y ai à faire pour divers objets, mais je n'ai devancé notre ami qu'à cause de la campagne et tout y presse. On va vendanger autour de cette ville la semaine prochaine; il faut que j'en fasse autant sous douze jours, et je n'ai rien de préparé. Le raisin est misérable partout et le vin très cher; la sécheresse a tout grillé dans notre domaine; il n'y a pas plu depuis la Saint -Jean; l'eau manque et la verdure n'est plus que de la paille séchée; je n'ai pas même une salade à manger. Si l'on ne cueille le raisin incessamment, les premières pluies le feront pourrir et tomber.
Je n'ai pas un moment à moi, je suis excédée et il me faut plus d'activité que jamais. Jugez de ce qui me commande, puisqu'il me faudrait faire habiller ma fille , ce que je ne puis exécuter qu'à Lyon , et que cependant j'ignore quand je pourrai m'y rendre.
Vous, homme, si vous pouviez, dans la semaine prochaine, me donner quelques instants dans mon ermitage, vous me feriez un giand plaisir. J'ai avec moi une femme de Paris, de mes amies, qui m'a accompagnée à cent lieues pour me faire une petite visite.
Veuillez dire pour moi mille bonnes choses à M. Servan; je vais lui adresser la même prière.
J'honore, je salue, j'aime et j'embrasse votre tant aimable moitié; je voudrais la voir dans ma solitude et j'enrage d'être si loin que je n'ose pas même presser une mère de famille de venir me voir; il y aurait une sorte de présomption , quand le loisir et les circonstances ne sont pas telles [sic) qu'on puisse me donner quinze ou du moins huit jours.
Recevez mille amitiés et les nouvelles assurances d'un attachement plus inviolable qu'un député. Soyez assez complaisant pour m'écrire; je suis tombée du ciel et accablée de soins.