‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 36 sur 103 · À MONSIEUR DULAURE · texte numérisé non relu

À MONSIEUR DULAURE

RÉDACTEUR DU THERMOMÈTRE VV JOUR, [À PARlS^'^l]

1 8 mai [1793], — de Paris.

J'ai reçu. Monsieur, avec reconnaissance le journal que vous avez bien voulu m'envoyer; je l'ai lu avec intérêt, et je n'ai jamais besoin d'appliquer l'indulgence à l'égard du patriotisme dirigé par les lumières.

Agréez mes remerciements et veuillez vous ressouvenir que M. Roland dîne toujours chez lui le lundi, lorsqu'il entrera dans vos arrangements d'augmenter le nombre des bons citoyens dont il aime à s'environner.

Roland, née Phlipon.

dans Y Avertissement de 179a, que le renouvellement du directoire des Postes, et par suite l'élévation de Bosc à l'importante fonction d'administrateur, est bien du 1 1 mai. Bosc écrit à Bancal (collection Beljame, lettre déjà publiée par M. A. Rey), le i4 mai 1792 : itVous avez appris, mon cher, l'aventure qui m'est arrivée. Il s'agit actuellement d'en profiter pour le plus grand bien de la nation et des patriotes qui la

composent. H s'agit de désaristocratiser la Poste et de lui rendre la confiance dont elle doit jouii' . . . »> Ainsi l'événement est tout récent , ce qui permet de le fixer au 1 \ mai et explique ce billet du 10.

'"' Lettre donnée par M. Dauban, La démagogie en ijgS à Paris (Pion. 1868, 1 vol. in-8°), p. i5o.

<*' Lettre publiée en 1 864 par M. Faugère, dans son édition des Mémoires (I,

[À BANCAL, À paris'''.]

[7 juillet 1792, — de Paris.]

Votre avis était nécessaire , car je vous attendais tous ; notre ami ira certainement vous joindre.

Les olTiciers de i'état-major de Paris s'étaient permis de se rendre aujourd'hui, en habit bourgeois, dans les tribunes pour y applaudir le Roi.

Tâchez de lire les Annales de Carra d'aujourd'hui sur les projets; elles les développent assez bien'^'.

353), et par M. Marcellin Boudet, dans son étude sur Dulaure {Mémoires de l'Académie de Ctermoiit-Ferrand , t. XIV, 187a, p. 995). — M. Faugère la date du ir 1 8 mai an Un. Mais M. Marcellin Boudet, qui avait eu main les papiers de Dulaure et qui avait communiqué la lettre à M. Faugère , la date du 1 8 mai / 753. H est probable que lautograj)he portait iran nr» (ce qui correspond bien 31799 dans le style du temps'), et que M. Faugère aura mal lu. S'il fallait arce|ilor an II et le traduire eu style républicain . cela nous porterait au 18 mai 179^, plus de six mois après la mort îles Roland!

Jean-Antoine Dulaure (i755-i835), d<.'puté du Puy-de-Dôme à la Convention , est bien connu par ses nombi-euses et très diverses publications. Son journal, le Thermomètre du jour (11 août 1791-35 août 1798), fut soutenu par Roland. — Voir nis. 62^3, fol. 1 56 et 1 08 ; cf. compte rendu par Roland des 100,000 livres mises à sa dis])osition , n°' 98, 69. k'j (Barrière, II, 499-436): cf. Hatin, p. 917-918. p| Tourneux. 10699.

A l'Assemblée, Dulaure marcha le |>lus souvent avec les Girondins, mais sans s'enchaîner à eux. Oublié sur la liste des proscrits du 3 octobre , mais décrété d'accusa-

tion le 90, il put gagner la Suisse et ftit rappelé à la Convention le 8 décembre

Sur l'appui courageux (pi'il donna à Madame Roland en 1798, on trouvera des détails dans nos notes de la lettre 531 .

''' Lettres àBancal, y. '^ho; — ms. 9534, fol. 187-188. — Ce billet n'est pas daté, mais il est postérieur au 3o mai 1799, puisque Bancal est à Paris , où Roland l'a rappelé par sa lettre de ce jour-là , et antérieur au 1 o août , puisque Louis XVI est encore roi.

On ne peut songer à le placer en 1791, cai', dans le rapide séjour que Bancal lit alors à Paris (premiers jours de juin), Vergniaud n'y était pas encore.

Dès lors . il est certain qu'il doit être du 7 juillet 1 799 , le dernier jour oîi Louis XVI ait paru en roi à l'Assemblée , à la suite de la célèbre séance où l'appel de Lamourette avait, pour quelques heures, réconcilié les partis. L'amère et injuste parole de la fin, à l'adresse de Vergniand , vise l'éloquent discours prononcé par lui le 3 juillet et dont la modération satisfait mal les ressentiments de Madame Roland.

<*' Les Annales patriotiques et littéraires fie Mercier et Carra, du 7 juillet, ne con-

Vcrgniaux scra-t-il chez Madame Dodun'"? Dans le cas de i'afBrmalive , ne craignez pas de lui dire qu'il a beaucoup à faire pour se rétablir dans l'opinion, si tant est qu'il y tienne encore en honnête homme, ce dont je doute.

A BRISSOT, A PARIS

3j juillet 1799 , — de Paris.

Cette lettre, perdue aujourd'hui, se trouvait en t835 entre .les mains de M. de Montrol, qui la communiqua à Sainte-Beuve, lequel l'analysa longuement dans son Introdiiction aux Lettres à Bancal, p. xxxvi-xl. Bien que nous ne puissions la donner, nous avons cru utile de la mentionner ici, avec son numéro d'ordre, en raison de sa date et de son importance, que nous révèle l'analyse de Sainte-Beuve. Nous en avons déjà usé ainsi pour les lettres

tiennent rien qui ressemble ë des trprojetss. Mais on trouve, au n° du 9 juillet, sous la siffuature de Carra , tout un plan d'insurrection légale en dix articles. C'est très probablement ce qu'annonce ici Madame Roland. 11 faudrait en conclure qu'elle avait connaissance, dès le 6 au plus tai'd, de ce programme et qu'elle comptait le voir paraître dans le numéro du 7.

'"' Nous avons parlé, dans Y Avertissement, des réunions qui se tenaient chez M°" Dodun, place Vendôme, n° 5. Nous avons peu de renseignements sur elle et sur son mari. Ce dernier était-il de la famille du Dodun qui fut contrôleur général de 179^ à 1736? Il semble que les Dodun fussent une famille de riches financiers. L'un d'eux était directeur des fermes à Lorient et administrateur de la Compagnie des Indes {Alm. royal de 1789, p. 557-559 et 57a). Nous trouvons aussi des Dodun en Languedoc au xvni' siècle. (]elui qui habitait place

Vendôme prenait la simple qualité de ^bourgeois de Paris» (Tuetey, II, 9078), mais possédait en 1789 la chai'ge de premier lieutenant des chasses royales {Alm. royal de 1789 , p. ^55), charge oii il avait pour collègues des hommes riches , tels que Beaumarchais, de Vin de Galande, etc. . . — Etienne Dumont , dans ses Souvenirs sur Mirabeau , donne de précieux détails sur les déjeuners et les réunions de cette maison. Madame Roland , sans nommer M"' Dodun, la désigne ainsi [Métn., 1, iha) : fUne femme bonnète, opulente, qui pouvait, sans se gêner, leur prêter [aux amis de Vergniaud] un appartement commode, dont ils étaient hbres de se servir même en son absence.»

Ducos demeurait aussi avec Vergniaud chez M"'° Doduu. Mais pourquoi Madame Roland demande-t-elle si Vergniaud Tsera chez M"" Dodun»? L'indolent orateur manquait donc parfois à ces réunions?

342 et 358, et nous ferons de même pour la lettre 502 (à Pache, i i novemJjre 1792), non pour la puérile satisfaction de grossir de tpielques unités notre moisson, déjà assez riche, de lettres inédites, mais parce que des lettres comme les n" 491 et 502 sont véritablement des anneaux d'une chaîne. On en jugera ici par l'analyse de Sainte-Beuve :

«Dans une lettre inédite à Brissot (3i juillet 1792), très importante historiquement, elle [Madame Roland] devient, il faut le dire, injurieuse, insultante , et s'échappe à qualifier le vertueux général du même terme dont Voltaire irrité n'a pas craint de qualifier Rousseau . . . Aux approches de la crise imminente du 10 août, elle ne réclamait déjà plus, comme après Varennes, des mesures brusques , absolues ; elle désirait que les sections réunies demandassent non la déchéance, difficile à prononcer sans déchirer l'acte constitutionnel, mais la suspension provisoire, qu'il serait possible, quoique avec peine, écrivait-elle à Brissot, d'accrocher pour ainsi dire à l'un des articles de la Constitution . . . Elle se plaignait du silence à l'Assemblée et de l'attitude incertaine de Brissot en des circonstances si menaçantes. . . Sa lettre, ayant pour objet de prémunir Brissot contre les facilités de caractère et de jugement auxquelles il était enclin , présente des indications très particulières sur les principaax de ce groupe illlustre et fraternel que de loin une seule auréole environne. Chacun y est touché et marqué en quelques lignes; ils passent tous l'un après l'autre devant nous dans leurs physionomies différentes, et le bon Sers (depuis sénateur), aimable philosophe, habitué aux jouissances honnêtes, mais lent, timide et, par là même, insuffisant en révolution, et Gensonné, à la fois incertain de caractère et formaliste d'allures, et Guadet, au contraire trop prompt, trop vite prévenu ou dédaigneux. . . Quant à \ergniaud, qu'elle n'aime décidément pas, trop épicurien, on le sait, pour cette âme de Cornélie, elle était, avant l'i-preiive dernière, souverainement injuste à son égard. Les temporisations de l'insouciant et sublime orateur ne s'expliquent pas pour elle, aussi naturellement que pour nous , en simples caprices et négligences de génie. Elle va jusqu'à s'inquiéter de sa mise et en veut presque à ce regard voilé, qui pourtant s'éclairait si bien dans la magie de la parole . . . Elle cherche vainement un grand caractère propre à rassurer dans cette crise et à rallier le bon parti par ses conseils. . . Tout en excitant Brii-sot à être ce grand caractère, on voit assez qu'elle y compte peu et qu'elle; le connaît excessivement confiant, naturellement serein, même ingénu. . . n

19 août an iv* (179a), — [de Paris].

11 faut que vous vous arrangiez pour que votre administration donne à Le Maire '^' un congé d'un mois; nous avons besoin de ce temps-là pour le faire endoctriner les soldats. Son style est bon, et voilà le moment de bien l'employer. J'allais le prendre pour m'en exprimer; mais cela ne coule pas chez moi. Adieu, faites cela vite pour la patrie. Je vous embrasse de tout mon cœur.

''' GoUection Alfred Morrison, '*' ff Antoine Lemaire , commisaux Postes, rue Guénégaud, n° 90; Sa ans , électeur de la section des Quatre -Nations (depuis de V Unité) it,Alm. na(. deiygS, p. 874. Membre du club des Jacobins dès dc'cembre 1790 : (t Lemaire, rue Guénégaud, n° ao (Aulard,I, Lx). H resta l'ami de Bosc, qui écrivait à (jlianipagneux , de Bordeaux, en 1796, au moment de s'embarquer pour les Etats-Unis : wTout le monde m'abandonne. Je n'ai encore reçu que deux lettres de Lemaire» (ms. Gaii , fol. Sog-Sio).

C'est lui qui inaugura dans le journalisme le type du irpère Duchéne» , dans des séries de pamphlets de 1789 à 179a, dont M. Tourneux (n°' 11 486 et suiv.) donne la liste : «Los vitres cassées par le véritable père Ducliénei. — (tLettres bougi-enient patriotiques du véritable père Ducliéne. » — [f L'ami des soldats, par l'auteur des Lettres bougrement patriotiques'^ , etc. Cf. Hatin , p. 1 90-1 9a. — D'après Quérard {France littéraire), il serait né à Montargis,

le 3o novembre 1768 (ce qui lui donnerait, eu 1798 , 34 ans et non Sa), et aurait été, après la Terreur, archiviste du Directoire.

C'est le 16 août 179a que Lemaire avait commencé la publication d'un journal , «le Courrier de l' Égalité, j)ar l'auteur des Lettres du père Duchénen (voir Tourneux, 10796), et, comme on le voit, c'est aussitôt alors que Madame Rolaud le met en réquisition. U faut sans doute rapporter au même moment l'rr Adresse à la Jeunesse française , etc. 1 , appel aux armes , signé : (T Lemaire, commis aux Postes, auteur de la Trompette du vrai père Duchène et rédacteur du Courrier de l'Egalité^ (Tourneux, 8676).

Lemaire , ami de Bosc et de Louvet , et qui, sous le Directoire, reparaît comme imprimeur et journaliste, mériterait une notice plus étendue. H suffit ici de montrer son rôle en 1799, ses rapports avec les Roland, et de constater l'intervention de Madame Roland pour mettre la presse populaire en mouvement.

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