‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 37 sur 103 · INTENDANT DU JARDIN NATIONAL DES PLANTES , BUE DE LA REINE-BLANCHE · texte numérisé non relu

INTENDANT DU JARDIN NATIONAL DES PLANTES , BUE DE LA REINE-BLANCHE

Jeudi 23 août an it" (179a), — [de Paris].

M. Roland, Monsieur, sera très empressé de vous entretenir samedi prochain entre trois et quatre. Chargée par lui de vous prier de choisir cette heure pour le rendez-vous, je dois ajouter que le désir de vous arrêter à dîner est le motif de cette prière.

J'aimerais à saisir l'occasion de manifester à l'ami de la nature et de Jean-Jacques les sentiments que lui ont voués tous les cœurs honnêtes.

Roland, née Phlipon.

[k BANCAL, À CLERMONT'"'.]

3o aoiit an iv' (1799), — de Paris.

Le temps me dévore comme il fait de lui-même; je veux tous les jours vous écrire, je n'en trouve pas l'instant. Nos affaires vont mal.

FiOngwy a été livré, Tliionvilie est bloqué, Verdun insulté; tout cela doit être sous peu au pouvoir des Prussiens. Ils veulent arriver à Paris, et je ne sais pas ce qui pourra les en empêcher, à moins que les départements n'accourent sur la route. C'est pour les appeler que l'Assemhlée a rendu un décret'''. Prêchez les patriotes ardents et envoyez-nous-les si vous voulez nous

''* Ms. 9533, fol. ai 9-220. — Bernardin de Saint-Pierre était Intendant du Jardin des Plantes depui» le mois de juillet pn-cédenl. Ra|)j)elolis (jne Bancal , dans son sejonr à Paris avant la Révolution , avait eu avec lui des relations d'affaires et en même temps d'amitié (Mège, p. 7-8; collection Picot).

■'' Lettres à Bancal , p. 3^9; — ms. 953&, fol. 17g. — Bancal, répondant à l'appel que lui avait adressé Roland le 3o mai, était ari-ivé à Paris le 6 juin (Mège,. p. 54). 11 eu était reparti le 90 août (ibid., p. 57).

'■'' Di'-cret du 97 août mettant en vé<[msition les gardes nationales de Paris et des

conserver; il n'y a pas un moment à perdre. Nous serions puissants, si nous avions des armes; c'est parce qu'elles nous manquent qu'il nous faut des hommes tout équipés.

On annule Luckner en l'appelant à Châlons; c'est encore un ménagement que je n'aurais pas eu, j'aurais voulu le renvoyer à l'Empereur. On vous avait nommé dans le Conseil pour l'Angleterre '^' ; les députés sont venus mettre leur nez à travers l'opération : on lanterne, et je ne sais ce que cela deviendra. Je ne crains point les ennemis, parce que j'ai fait mon calcul sur la vie et que je méprise la mort; mais je suis en enfer quand on ne marche pas vite, ferme, et qu'on ne frappe point juste et fort.

[À BANCAL, À CLERMONT f'^.]

9 septembre an iï' (1799), — [de Paris].

Je vous ai écrit à Clermont avant de savoir que vous fussiez passé à Riom'^'; je vous disais que plus de 80,000 Prussiens sont entrés en France et que Longwy leur avait été indignement livré. Ils s'avancent à grands pas, Verdun est investi et ne peut tenir longtemps; leur projet est d'avancer sur Paris, et ils peuvent l'exécuter. Je ne vous parlerai pas de toutes les mesures que nous prenons; mais nous avons beau ne pas dormir et déployer une activité plus

départements voisins pour fournir trente mille hommes armés, destinés à renforcer l'armée de Luckner. Un autre décret récpiisitionuait, pour les citoyens allant aux frontières, les fusils distribnés anx déparlements de l'Intérieur.

''' Le Conseil exécutif avait eu l'idée, surtout après le rappel de l'ambassadeur anglais (28 août), d'envoyer une mission en Angleterre pour rrconnaître l'impression produite sin- les libéraux anglais par les derniers événements accomplis en France n et (rinfluencer l'opinion de l'autre côté de la MancliC! (Mège, p. 57). Bancal, ^dont les relations h Londres étaient connues-! , fut choisi , avec l'abbé Noël , jjour cette mission

(voir, dans Mège, la lettre du ministre Lebrun à Bancal, datée du 96 août). Mais Bancal jiréjiarait son élection à la Convention, où il fut élu le 7 septembre; Noël partit seul (voir Fmléric Masson , Le Déparlement des Affaires éirnngères pendant la P.évolutioii, Paris, Pion, i877,in-8°; Danton émigré, par le docteur Robinet, Paris, Lesoudier, i887,in-i8). ,

''' Lettres à Bancal , p. 343; — ms. 9684, fol. 180-181.

''' Bancal s'était rendu à Riom pour l'assemblée électorale du Puy-de-Dôme (élections à la Convention). Il on fut nommé secrétaire, puis, le 7 septembre, élu député, le septième sur douze (Mège, p. 58).

qu'humaine, il est impossible de réparer en peu d'heures l'effet de quatre années de trahison. Les ennemis ont l'avance sur nous, et nous ne pouvons nous sauver que par une sorte de miracle qu'il faut espérer pour le favoriser. Envoyez-nous des hommes tout armés, comme il en sortit autrefois de la terre et faites-les courir à grands pas. Ce qui désespère, c'est la lâcheté des municipnlités; Clermont (en Argonne) vient encore d'en donner un exemple qui anéantit. Ce qui entrave tout, c'est notre folle Commune; elle lutte avec le Corps législatif, elle dérange toutes les combinaisons du pouvoir exécutif; si cela continue, nous ne pouvons manquer de finir bientôt, et ce sera peut-être par le peuple de Paris, plutôt encore que par les Prussiens.

Au moment où je vous parle, le canon d'alarme est tiré, la générale est battue, le tocsin a sonné, chacun a couru dans sa section. Quels sont les ordres? Personne n'en a donné. Mais la Commune a dit qu'il fallait se rassembler ce soir au Champ de Mars, et que 5o,ooo hommes devaient sortir demain de Paris, sans réfléchir qu'on ne peut seulement en faire marcher deux cents sans leur avoir assuré le logement et des vivres. Cependant des détachements du peuple ému accourent ici, demandent des armes et se croient trahis parce que le ministre n'est pas chez lui au moment où ils imaginent d'y venir'".

L'Assemblée rend des décrets qui sentent la peur; la foule se porte à l'Abbaye, elle y massacre quinze personnes et parle d'aller à toutes les prisons. Le pouvoir exécutif a convo(|ué tous les commissaires de sections pour les raisonner, les éclairer s'il est possible, et leur dévoiler tous les maux de l'anarchie à laquelle il faudra les abandonner en se retirant, s'ils traversent ainsi ceux qui doivent faire agir. On enlève tous les chevaux, et comme cette opération est populaire, ainsi que toutes les autres, c'est le moyen d'en perdre beaucoup par le défaut d'ordre ou de soins. On a refermé les barrières, (jui avaient enfin été ouvertes hier et dont la clôture retarde toutes les opérations, car les courriers mêmes du pouvoir exécutif sont souvent retenus à la Commune, malgré les passeports des ministres. Adieu. Je sens mon âme inaccessible à la crainte, et je serais très capable de suivre jusqu'au dernier instant la marche et les mesures d'une défense régulière ; mon digne ami est aussi actif et plus ferme que jamais. Mais qui pourrait n'être pas contrislé du chaos rembruni par des agitateurs?

'' Voir dans les Mémoires, I, loo-loa, le rtril de cK incident.

LETTIIES DE mDAVF. BOLAKD. II. -j8

lurniHcnic HATiOHtLK.

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Adieu; peu de jours encore jetteront de grandes lumières sur le sort de la capitale, à'où la sagesse voudrait peut-être qu'on sortit le Gouvernement; mais il est dc^jà trop tard pour cela même. Washington fit bien déplacer le Congrès, et ce n'était point par peur'''.

[À BAISCAL, À CLERMOINT''.]

.5 septembre 1793, an iv', — [de Paris].

Nous sommes sous le couteau de Robespierre et de Marat ; ces gens-là s'efforcent d'agiter le peuple et de le tourner contre l'Assemblée nationale et le Conseil. Ils ont fait une Chambre ardente; ils ont une petite armée qu'ils soudoient à l'aide de ce qu'ils ont trouvé ou volé dans le château et ailleurs, ou de ce que leur donne Danton qui, sous main, est le chef de cette horde. Croiriez-vous qu'ils avaient lancé un mandat d'arrêt contre Roland et Brissot, comme suspects d'intelligence avec Brunswick '•''', et qu'ils n'ont été retenus que par une sorte de crainte? Ils s'en sont tenus à vouloir mettre les scellés sur leurs papiers , mais, dans leur recherche inquisitoriale parmi ceux de Brissot, ils ont été honteux de ne rien trouver que de contraire à leurs prétentions. Ils n'ont osé apposer les scellés, ni se rendre chez Roland et Guadet'^'; ils se sont contentés d'emporter les lettres en anglais qu'ils n'avaient pu entendre. S'ils eussent exécuté leur mandat d'arrêt, ces deux excellents citoyens auraient été

'*' Voir, sur ce pi'ojel de transférer le gouvernement hors de Paris, tous les historiens de la Rëvolution, et en outre le discours de Falire d'Eglantine aux Jacobins , du 5 novembre 1 7 9 2 ( Aidard , t. IV, p. 4 0 2 ; cf. Bûchez, XX, 938).

''' Lettres à Bancal, p. 346; — ms. gSSi , foi. i8i iis-189.

'^' Sur ce mandat d'arrêt lancé contre Roland, le 4 septembre semble-l-il, par le Comité de surveillance de la Commune de Paris, les ténioig'nages sm-aboudenl. C'est Danton qui le fit déchirer.

Le mandat d'arrêt contre Brissot est fort vraisemblable, mais il y a moins de témoignages. Nous avons du moins celui de Brissot {Mém. t. IV, p. 299) : trUn mandat d'arrêt ce jour même du 91 [lire 9] septembre, mandat réduit ensuite à un simple examen de papiers. . .n.

'*' C'est la première fois que nous renconli'oiis le nom de Guadet, député à la Législative, puisa la Convention, guillotiné à Bordeaux le 19 juin 179'!. Dès son arrivée à Paris, il s'était fait recevoir à la Société des Jacobins (Aulard, t. III, séance

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conduits àl'Abbave et massacrés avec les autres. Nous ne sommes point sauvés, et si les départements n'envoient une garde à l'Assemblée et au Conseil, vous perdrez l'une et l'autre'".

Travaillez donc rapidement à nous l'envoyer, sous le prétexte des ennemis extérieurs, au-devant desquels on fait aller les Parisiens capables de défense, et pour que toute la France concoure à la conservation des deux pouvoirs qui lui appartiennent et qui lui sont chers.

Ne perdez pas un instant si vous voulez les retrouver; adieu.

/»97 [À , À PARIS ("'l]

8 septembre an it" (179a), — [de Paris].

M. Holaiid, Monsieur, m'a exprimé qu'il croyait devoir faire comprendre, dans l'état des frais, les objets qui tiennent à l'Hôtel (^', fort indépendamment de la personne, et dont la dépense est indispensable pour le local. Je vous fais passer en conséquence l'état ci-joint, et je vous prie d'y ajouter cent livres par mois pour le portier du grand Hôtel.

Agréez, je vous prie, mes salutations.

Roland, née Piicipon.

N. B. C'est le concierge, M. Perrin, qui m'a fourni ces mémoires.

du 9 octobre «791: il y a Girndet, mais il faut évidemment lire Giimlet) et n'avait pas tanlé à y prendre un grande influence. Mais nous avons vu que, dès le a5 avril 179a , il y avait eu rupture éciatiinte entre Robespierre et lui, et c'est Robespierre qui était demeuré le maître aux Jacobins.

"' Nous voyous apparaître ici cette idée de la garde départementale, qui acheva de brouiller les Girondins avec Paris. Di'-s le a3 septembre, Itoland temiinera un rapport à la Convention en lui demandant "de s'environner d'une force armée et imposiintei fournie par les 83 départemeuts.

Buzot, le lendemain, fera voter le principe, et, le 8 octobre, lira son rapport sur cette question. Elle n'aboutit pas.

'*' Ms. 9533, fol. aia, copie. — Une note, de la main de M. Faugère, dit : irCopié sur l'original appartenant à M. Sensier». — L'original, après avoir appartenu à la collection Lucas de Montigny (vente du 3o avril i86o et jours suiv., n° aSi.a), avait passé, en effet, à M. A. Scnsier (catalogue de sa vente, n° 336, 11-1 3 février 1876), et, de là, dans la collection Alfred Bovet (n'Sio).

''' L'Hôtel (lu ministère.

[À BANCAL, À CLERMONT'')

9 septembre an soir, 1792, — [de Paris].

Robespierre, Danton, Collot-d'Herbois, Billaut do Varennes et Marat, voilà les députés de Paris aclucllnment nommés.

On avait fait conduire à Versailles les prisonniers d'Orléans, pour éviter leur massacre à Paris, n'ayant pu obtenir leur translation à Saumur; des commissaires allés au-devant d'eux s'étaient efforcés de rappeler les lois de la justice. Ce matin, ils arrivent à Versailles; leur escorte fait arrêler les chariots qui les portaient, dans une grande rue; ils barrent les routes et massacrent tout, sur les voilures mêmes. «Ce n'est pas, ajoutent froidement les tueurs, le dernier coup ([ue nous ayons à faire. 75

Cependant Marat signe et affiche tous les jours les plus affreuses dénonciations contre l'Assemblée et le Conseil : vous verrez qu'on immolera l'une et l'autre. Vous ne croirez cela possible qu'après l'action, et vous en gémirez en vain.

Mon ami D'"" [Danton] conduit tout; Robp. [Robespierre] est son mannequin, M°' [Marat] tient sa torche et son poignard; ce farouche tribun règne et nous ne sommes que des opprimés, en attendant que nous tombions ses victimes.

Si vous connaissiez les affreux détails des expéditions ! Les femmes brutalement violées avant d'être déchirées par ces tigres, les boyaux coupés, portés en rubans, des chairs humaines mangées sanglantes!... \ ous connaissez mon enthousiasme pour la Révolution, eh bien, j'en ai honte! Elle est ternie

par des scélérats, elle est devenue hideuse! Dans huit jours que sais-je?

Il est avilissant de rester en place, et il n'est pas permis de sortir de Paris; on nous ferme pour nous égorger à l'instant le plus propice. Adieu, faites comme Louvet à la Convention, faites-y comme mon mari, si ce peut être encore un honorable moyen de salut; s'il est trop tard pour nous, du moins sauvez le reste de l'Empire des crimes de ces furieux.

^''i Lelties à Baiical , p. 8/17; — ins. gSSi, fol. i8'i.

[À BANCAL, À CLERMONTCI]

ti septembre au soir, an iï° (179a), — de Paris.

Ce que je vous envoie ci-joint vous dira tout. Cependant les bons choix des départements nous raniment, et il est évident que si les scélérats commettent ici quel([ue excès, ils accéléreront leur perte. Ils en préméditent encore; cependant leur trône s'ébranle; le corps électoral s'avilit et Rbp. [Robespierre] se dévoile. B*"' [Brissot] m'a fort grondée des recherches de nomination*^*; il prétend que la sortie de notre ami du ministère serait une calamité publique ; mais sa santé me fait craindre la continuité de ce terrible travail, en supposant qu'il sorte de la tempête qui gronde toujours sur nos tètes.

Paine est nommé encore dans un autre département'". Vos missives partent.

Adieu, je n'ai pas le temps de vivre, mais j'ai toujours celui d'aimer.

''' Lettreu à Bancal, p. BSg ; — nis. 9684 , fol. i84. — Bancal venait d'être «ilu député à la Convenlion, le 7 seplembro, par ses concitoyens du Puy-de-Dôme, et Thomas Paine avait e'ié élu le 8. Ln autre ami de Madame Roland, Buzol, avait été élu dans l'Eure le q septembre, et elle lui avait écrit, probablement dans le ton des lettres qti'on vient de lire, tr L'incivisme marqué de Buzot date du t3 septembre, — dit Duroy h la Convention, le i3 juin i/f)."?: — à cette époque, il reçut une lettre de la femme Roland {on rit); il m'en donna lecture; la femme Roland se plaignait que la Commune révolutionnaire avait lancé un mandat d'arrêt contre le vertueux Roland. 1 {Moniteur du 1 5 juin 1798.)

'' Roland allait être élu dans la Somme, à la suite d'incidents compliqués. Ixîs élec-

teurs, ayant à remplacer deux députés démissionnaires, en avaient eu même temps révoqué deux autres à peine élus, et les avaient remplaaîs par Héraut-Séchelles et Roland. Héraut-Séchelles opta d'ailleurs pour un autre département, et Roland, après avoir écrit à la Convention , le q5 septembre, qu'il acceptait ce mandat et donnait sa démission de ministre, — ce qui provoqua l'orageu.'ie séance du 39 septembre, oij Danton mit en cause Madame Roland, — se ravisa et écrivit à l'Assemblée, le 80 : nie reste au ministère. . . J'y reste, parce qu'il y a des dangers. . . 1 La Convenlion se décida alors à valider, le 1 " octobre , les deux députés si singulièrement déposés par leurs électeurs.

''' Par le Pas-de-Calais, pour lequel il opta.

[À BANCAL, À PARIS W

\h octobre Tan i" (1792), — [de Paris].

Voyez donc Couthon'^' et le raisonnez; il est incroyable qu'un aussi bon esprit se soit laissé prévenir d'une manière étrange contre les meilleurs citoyens. Il parle absolument dans le sens de la faction, et la soutient aux Jacobins du poids de son intégrité.

Quelle étrange manie dans cette perpétuelle accusation d'intrigue et d'ambition contre des hommes qui n'ont jamais employé leur âme et leurs talents qu'avec le plus grand dévouement à la chose publique et pour la servir uniquement !

Je ne sais si vous remarquez assez que la faction travaille et s'agite, et que les hommes purs restent épars.

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