À LA SECTION DE BEAUREPAIREW
Citoyens,
h juin 1793, — [de l'Abbaye].
J'apprends par les papiers publics que vous aviez mis sous la sauvegarde de votre section Roland et son épouse'^'; je l'ignorais lorsque j'ai été enlevée de chez moi, et le porteur des ordres de la commune m'a présenté au contraire la force armée dont il était accompagné comme celle de la section qu'il avait requise; c'est ainsi qu'il l'a exprimé dans son procès-verbal. Du moment où j'ai été fermée à l'Abbaye , j'ai écrit à la Convention et je me suis adressée au ministre de l'Intérieur pour qu'il lui fît passer mes réclamations. Je sais qu'il a obtempén- à ma demande et que ma lettre a été remise; mais elle n'a point été lue. J'ai l'honneur de vous en adresser une copie certifiée. Si la section croit digne d'elle de servir d'interprète à l'innocence opprimée, elle pourrait députer à la barre de la Convention pour y faire entendre mes justes plaintes et ma demande*''. Je soumets cette question à sa sagesse; je n'y joins aucune j^nVre;
'"' Bosc ,1, ai; Faugère, I, 87. — Ms. (les Mémoires, BiU. nat., 18736, fol. ai. — La section de Beaurepaire, dont faisait partie la maison iial>it(!c par Bolaud , dtait an cœur du quartier latin. Elle formait, depuis la Seine jusqu'aux jardins des Feuillants, au delà de la rue de l'Estrapade, un long rectangle limité siu- les autres côtés par la rue Saint-Jacques et la rue de La Harpe. Elle siégeait aux Mathurins. Roland y était populaii'c et y avait do l'influence. Il y était -bien vu» [Mém., I, 8). Loi-sque, dans la niatinAî du 11 novembre 1798, on releva son cada\Te dans l'avenue du château de Radeponl, on trouva sur lui des cailes de sa section.
<"' La section Beaurepaire avait en effet, dans la soirée du 3i mai, irpris sous sa sauvegarder Roland et sa femme (Tourneux,
Procès-verbaux de la commune, p. i5o). — Cf. , dans le Moniteur du 4 juin , le compte rendu de la sëance de la commune du i" juin, signalant l'attitude de la section; voir aussi la Chronique de Paris (n" i55) : itLfi section de Beaurepaire avait pris la citoyenne Roland sous sa protection. . . ". L'arrestation n'en avait pas moins eu lieu ; mais, le 3 juin, la section avait pris des arrêtés contre les détentions arbitraires (A/«n., 43-44 et 395-397).
*'' La section Beaurepaire, sous la pression des di^putations des sections voisines , contre laquelle elle réclama en vain auprès du Comité de Salut public (Anlard, IV, 48a), finit par plier et ne députa pas à la Convention. — Voir cependant ms. 9533, fol. 389, une pièce curieuse d'où il résulte que, le 1 1 juin, la section résistait encore.
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la rérilé n'a qu'un langage, c'est l'exposé des faits; les citoyens qui veulent y?»tice n'aiment pas qu'on leur adresse des supplications, et l'innocence n'en sait point faire.
7'. S. Voici le quati'ième jour de ma détention, et je n'ai pas été interrogée"'. J'observe que l'ordre d'arrestation ne portait aucun motif, mais qu'il exprimait que je serais interrogée le lendemain.
k DUPERRET,
BÉPUTÉ DES BOUCHES-DU-RHÔ\E [\ PARIs'"'].
6 juin [1798], — de l'Abbaye.
Je vous adresse, brave citoyen'", la copie d'une lettre que j'ai écrite à la Convention, qui lui a été adressée officiellement par le ministre de l'Intérieur,
'"' Madame Roland se réclame ici de la règle salutaire qui prescritun premier interrogatoire dans les vingt-quatre heures qui suivent l'arrestation ( Constitution de 1 7 9 1 , cliap. V, art. 11 ; Loi des 16-39 septembre 1791, 2' pai'tie, titre VI, art. 10).
<'' Ghampagneux (III, iag) a, le premier, publié celte lettre. M. Faugère l'a reproiluite (I, Sali). L'original est au dossier du procès de Madame Roland, aux Archives nationales (W 297, dossier 227, cote 6). De Perret répondit , sur l'autre pli du papier :
S'il ne faut, vertueuse citoyenne , que delà bonne volonté et le plus intrépide courage pour seconder tous vos amis, qui sont tous les gens de bien, afin devons délivrer de l'affreuse oppression dans laquelle vous ont réduite vos lâches persécuteurs, comptez sur moi. Je ferai, n'en doutez pas, tout ce que votre âme généreuse ferait pour moi, si, me trouvant à votre place , je réclamais vos bons offices.
L'audace du crime voudrait vous immoler à sa rage; mais quand on a, comme vous, ie bouclier'
de la vertu à lui opposer, on ne craint rien; l'écaillé va bientôt sortir des yeiu du bon peuple qu'on égi-re et il saura bien vous dédommager des maux que des scélérats vous font souffrir. Je suis plus que jamais tout à vous, ô respectable citoyenne.
Votre ami,