‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 81 sur 103 · LES LETTRES DE NOBLESSE · texte numérisé non relu

LES LETTRES DE NOBLESSE

L'id<fe de demander des Lettres de noblesse p.nralt être venue de la mère et du frère aîné de Roland. On avait toujours laissé espérer à l'inspecteur, le seul des cinq frères qui ne fût pas engagé dans l'Eglise, que, le jour oii il se marierait, la propriété du Clos lui serait attribuée pour son établissement (Lettres d'Italie, t. VI, p. iSg). Toutefois, à son contrat de mariage, signé le ayjanvier 1780 (ms. gSSa, fol. i33-i36), sa mère et le chanoine, propriétaires du Clos, se bornent à lui assurer en nue propriété 60,000 livres, hypothéquées sur le domaine. Mais il semble que, lorsqu'il conduisit sa jeune femme en Beaujolais, en septembre 1780, il ait obtenu qu'on revint aux anciennes promesses, et qu'on ait arrêté le plan de demander des Lettres de reconnaissance [de noblesse], le Clos devant être érigé en fief pour l'enfant qu'on espérait. Au premier indice de paternité, que Roland annonce d'ailleurs avec une hâle singulière (ms. ôa^o, fol. 84-85, lettre du 6 février 1781), on se met à l'œuvre; avec des notes du chanoine (on les trouvera, écrites de sa main, au ms. 6a43 , fol. 1-58), Madame Roland rédige un (rmémoire d'extraction», rappelant tous les titres que la famille de son mari peut avoir à la noblesse, et ce mémoire, tout entier de son écriture (ms. 6243, fol. i4-i8), est envoyé au chanoine, qui le fait certifier par la noblesse du Beaujolais, la sénéchaussée et la municipalité de V illefranche ; les signatures et les cachets se succèdent au bas de la pièce, du a 2 mars au 28 juillet 1781.

. L'enfant naît, le h octobre 1781 , mais rtce n'est qu'une fille!» (lettre 16.) Roland n'en va pas moins à Paris sonder le terrain (ibid.), mais perd vite courage. "11 n'y a rien à faire pour le cas de la reconnaissance; il faut des titres plus clairs que le jour. Je vais voir pour l'autre cas [des Lettres d'anoblissement], pour lequel faut-il encore de très grandes protections, et, au bout de tout, une dépense de deux mille écus au moins, pour marc d'or, frais de sceau, rédaction, vérification, enregistrement, etc. . . C'est un peu refroidissant. Nous verrons cependant. . .1 (Lettre du 16 novembre 1781, ms. 6a4o, fol. 91.)

D'un autre côté, l'enfant n'étant pas un garçon, la famille de Villefranche hésitait, on le voit par des allusions d'une autre lettre de Roland, du 3i décembre 1781 {ibid., fol. 119- 120). C'est sans doute pour la l'amener à des dispositions plus favorables que le méuage fit, probablement avec l'enfant, en septembre 1 78a , ce voyage en Beaujolais dont la lettre 53 nous apporte la preuve.

Vere la fin de 1783, le projet revient sur l'eau; Roland adresse sa demande à M. de Vergennes. qui avait, dans les attributions de son département, les «Lettres patentes d'anoblissement ou de confirmation de noblesse" {Alm.royalàe i784,p. a46),etM. de Vergennes écrit à l'Intendant de Lyon {Bibl.de Lyon,jonds Coste, J. 17^19) : rVersailles , 10 décembi-e 1783. — Je vous renvoie. Monsieur, un mémoire par lequel le sieur Roland de

La Platière demande des Lettres de noblesse. Je vous prie de me donner en ce qui le concerne ainsi que sa famille tous les Maircissements que vous pourrez vous procurer, avec les observations que vous jugerez à propos d'y joindre. J'ai l'honneur,» etc. . . L'Intendant communique l'affaire, le 17, à M. Micollier, son subdélégué à Villefranche. M. MicoHier était de ceux qui, en 1781 (il était alors maire de la ville), avaient certifié le trmémoire d'extraction 1. Sa réponse (du 10 janvier 1784), que nous avons (Bibl. de Lyon, fonds Cosie, J. 14719), n'est pas cependant bien chaude; il déclare bien que -cette famille est une des plus anciennes de notre province. . . ; qu'elle a soutenu, par son ancienneté et par sa fortune, un rang assez distingué. . . »; il rappelle bien les principaux titres énumérés par Roland, mais pour conclure assez mollement : fr ... Je crois ajjercevoir que le sieur Roland de La Platière, dont il est ici question, a été assez exact sur son extraction... ji. Puis, ce qui est pins grave, quand il en vient anx services administratifs du postulant, il renvoie le ministre à un des adversaires de Roland 1 rrA l'égard de ses talents particuliers et de l'usage qu'il en a fait dans la partie du commerce à laquelle il est attaché comme de ses recherches en bien des genres, outre les attestations satisfaisantes qu'il rapporte en sa faveur, je crois que jjei-sonne ne peut vous donnei' en cette partie des éclaircissements plus positifs que M. Brisson , inspecteur de nos manufactures [de la généralité de Lyon] . qui est, m'assnret-on, instruit de tontes les opérations dont le sieur Roland de La Platière tire avantage, et qui, sur ce qu'il vous en dira, mérite la confiance dont vous l'honorez en d'autres occasions. Je suis,- etc. . .

Si on considère qu'en 178a et 1788 Roland avait été en polémique avec Brisson'''. et si on remarque que Madame Roland , tant dans sa correspondance que dans ses Mémoires , ne parie jamais de ce collègue de son mari qu'avec un manque de sympathie (pi suppose la réciproque, cette conclusion paraîtra ou bien perfide ou bien malavisée.

Quoi (|u'il en soit, l'affaire est définitivement engagée: Madame Roland se décide à aller la suivre à Paris. Sa grand'mère, Marie-Geneviève Rolisset, venait d'y mourir (10 mars 1784; cf. lettre du ai mars), et peut-être avait-elle, de ce chef, quelques affaires ii régler; mais avant tout elle espérait, par des protections que nous indiquerons en leur lieu, réussir où son mari avait échoué trois ans au|)aravant.

Nous n'avons, dans ces recherches essentiellement objectives, ni à justifier ni à blâmer les Roland d'avoir sollicité des Lettres de noblesse. Il nous suffira de rappeler que l'entreprise n'avait rien de chimérique. Holker, l'inspecteur manufacturier de Rouen, avait obtenu, en novembre 1774, "•des Lettres de reconnaissance de noblesse et en tant (pie de besoin d'anoblissement"; un des commis de M. de Vergennes, Pétigny de Saint-Romain, auquel ■Madame Roland va précisément avoir affaire, avait eu des letti-es de noblesse en 1781 (/nveni. des Arch. de la Somme, C. 1718, fol. 35); Montgolller, pour son invention, venait de recevoir une distinction pareille : tM. de Montgolfier a eu des Lettres de noblesse pour son ]>ère elle cordon de Saint-Michel pour luis. (Mém. secreli, 92 décembre 1788.)

[iC plan de Madame Roland (on lo verra par la Correspondance, mais il paraît utile d'en dégager ici les lignes essentielles) était d'abord le suivant : ne pas négliger les démarches

") Voir au m.». fia'iS, fol. toi et i3i-i3a.

(i()/i LETTRES DE MADAME ROLAND.

commencées auprès de M. de Vcrgennes, — mais ohleoii- avnni Innl qu'une pro])osition femtc fût adressée à M. de Verjjennes par le contrôleur généi'al, chef suprême de lïuspecleur d'Amiens (depuis le 3 novembre 1783, c'était M. de Galonné), — et que le contrôleur général la fît d'office, sans que la demande eût à passer d'abord par les Intendants du commerce, intermédiaires hiérarchiques entre Roland et lui. C'était hardi, compliqué et peu réalisable; on verra qu'elle dut bientôt se rabattre sur les Intendants.

Elle quitta Amiens le 18 mars (lettre de Roland, ms. 62^0, fol. 92-98), accompagnée de sa fidèle bonne . Marie-Marguerite Fleury, laissant son mari et son enfant aux soins de la cuisinière Louison. Elle s'installa , comme d'usage . à l'hôtel de Lyon , où elle prit deux chambres au second (lettres des 21 et ai mars). Elle trouva là, logé à l'étage supérieur, Lanthenas, sur le point d'achever sa médecine. Dès son arrivée, elle commença ses démarches, mettant en mouvement la cousine de Roland, M"* de La Relouze, M. et M"' d'Arbouville et leur familier l'abbé Gloutier (voir lettre 98), auxquels elle était adressée par Cousin-Despréaux, utilisant les relations que lui procurait le manufacturier Flesselles, courant chez les Intendants du commerce , chez leurs secrétaires, frappant à toutes les portes avec l'intrépidité des solliciteurs novices. Nous ne la suivrons pas dans toutes ces coui-ses, durant ces deiu mois de fiévreuses poursuites. Le dénouement fut imprévu : le 20 mai, elle apprend qu'un remaniement administratif, la création des inspecteurs ambulants des manufactures , sorte de degré entre l'inspection provinciale et l'inspection générale , peut rendre vacante l'inspection de Lyon. Aussitôt elle la demande pour Roland, et, le a 3 mai, c'était chose faite. Sa gréce vaillante lui avait conquis les bureaux des Intendants et les Intendants eux-mêmes. Quant aux Lettres de noblesse , elle en fit aisément son deuil , ainsi que Roland. En poursuivant l'ombre, ils avaient rencontré mieux. Pourtant l'affaire n'avait pas tout à fait pris fin en juillet 1786 (lettre 198). C'est peut-être quelque tentative faite alors qui aura donné naissance aux commérages des prétendus Souvenirs de la marquise de Créqui (t. VII, p. 192-200 de l'édition de i8'io). Ne les mentionnons que pour mémoire, cai' on ne discute pas avec un menteur de profession comme Causen de Courchamps.

Les lettres écrites par Madame Roland au cours de cette affaire trouveraient un complément intéressant dans celles qu'échangeaient au même moment Rose et son mari. Elles sont éparses aux ms. 6289 et ôaio. Nous ne pouvons qu'y renvoyer, en en tirant seulement quelques lignes. Nous avons vu que, quinze jours après l'arrivée de Madame Roland à Paris, Rose avait perdu son père et qu'elle lui avait témoigné, ainsi qu'à sa jeune sœur Sophie d'Antic , une sollicitude touchante. Rose écrit à Roland , trois jours après son malheur, le 7 avril (ms. 62/10, fol. i34) : trMon ami, je dis seulement que si l'attachement que j'avais pour vous n'eût pas été à son dernier terme , la manière dont voti'e femme se conduit h notre égard ne nous eût pas permis de lui donner des bornes. . . ». Puis, le li avril : (t . . . Je ne puis reconnaître ses marques d'amitié cpie par mon attachement. H est vif. . . Je vous le dis dans la sincérité de mon cœur. . . J'ai assisté hier à l'ouverture de la letti-e que vous. lui avez adressée, et nous nous sommes embrassés à votre intention avec toute la vivacité de nos attachements mutuels. Les larmes se sont fait sentir sur ma paupière et je me suis dit : Tout l'univers ne m'abandonne donc pas dans mon malheur ! 1

Il est clair que le pauvre garçon aimait Madame Roland , eu toute honnêteté. Le mari le

vovail liicii, Irouvail quolcjiirlois qu'on s'embrassail trop, mais finissait par en rirr pacili- ([uenienl. lue lettre du i" mai (ras. 6a4o, fol. aao) donne bien la note de sa gaieté confiante et de sa bonhomie un peu lourde. Après avoir plaisanté son jeune ami au sujet des courses à pied qu'il faisait avec sa femme, — entre deux audiences des Intendants, — aux environs de Paris, à Vincennes, à Auteuil, au bois de Boulogne, à Aifort, etc . . , il ajoute : (tMais cette pauvre femme déjà si faible, me mande-t-elie, vous l'avez donc mise sur le grabat? Cependant elle a encore bien à courir. Je ne vous dirai pas quand vous en serez las. mais, le plus tôt possible, renvoyez-la-moi. Vous me ferez grand plaisir. Elle a doucement arcoutumé à elle le bonhomme , qui à présent s'en passe difficilement ...■', Cette simple ligne dit beaucoup.

Non moins instnicli\e est la lettre suivante, adressée à Roland, le 18 mai, pai* sa cousine, M"' del^ Belouze, qui, du fond de son couvent, avait dirigé et suivi les démarohes de la solliciteuse. C'est comme un résumé de toute la campagne : -rVotre chère moitié vous a l'endn compte de l'état des choses, mon cher cousin, sur lequel on pourrait fonder des espérances réelles, si l'objet de la demande n'était pas en lui-même si difficile à obtenir. A présent, ce n'est plus que chose de faveur pour quoi il faudrait protection puissante et vives sollicitations. Je désirerais avoir des moyens de ce genre à mettre en activité pour seconder le zèle aussi éclairé (pi'infatigable de Madame Roland. On ne peut avoir un meilleur chancelier. Tous ces Messieurs de l'Administration trouvent que vous ne pouviez le mieux choisir. En effet, elle est étonnante . . . r.

LPPENDICE

BOSC D'ANTIC (1759-1828).

La vie de cet liomme de bien, de ce savant distingué, de cet ami fidèle des Roland et, pour mieux dire, de ce vaillant Girondin, devrait être écrite. Nous l'avons entreprise et nous espérons bien la mener à bonne fin'*'. Mais elle ne saurait trouver place ici, où nous n'avons à donner que ce qui peut éclairer la Correspondance. Nous allons donc nous borner à en extraire la partie qui va jusqu'à 1798, en la resserrant d'ailleurs le plus possible. Quant aux trente-cin(j années pendant lesquelles Bosc survécut aux Roland , nous n'y toucherons que pour raconter, plus brièvement encore , avec quelle piété il servit leur mémoire.

S 1". La famille de Bosc.

Son père, Paul Bosc, était né, le 8 juillet 1726, au hameau de Pierre-Ségade , aujourd'hui chef-lieu de la commune de Viane, canton de La Canne, arrondissement de Castres. Il était fils de Pierre Bosc, maître chinirgien de Pierre-Ségade. Bien que de famille calviniste ( Pierre-Ségade était un foyer de religionnaires , où se tint une des premières assemblées protestantes qui eurent lieu après la Saint-Bartliélemy), il fut baptisé catholique '*', condition alors nécessaire pour avoir un état civil.

Le fils du chirurgien cévennol se destina à la médecine. Mais il dut, comme protestant, aller prendre ses grades à l'étranger, à l'Université deHardenwyck, en Gueldre. Laborieux, instruit, d'esprit curieux, il parvint, malgré les difficultés de ses débuts ''', à percer dans le monde. Suivant un usage courant au xviii' siècle , il allongea son nom et se fit appeler Bosc d'Antic, apposition dont nous n'avons pu trouver l'origine. Il épousa une femme aussi

"' M. Auguste Rey, dans deux opuscules d'un vif intérêt. Le naturaliale Bosc et let Girondint à Saint-Prir (1882), Le naturaliste Bosc, uii Girondin herborisant (1901), a déjà étudié cette belle figure. Nous lui avons communiqué, pour son second travail, ainsi qu'il le déclare avec une parfaite bonne grâce , un assez grand nombre de renseignements. Nous allons, à notre tour, le mettre plus d'une fois à contribution.

''' Extrait des rejpstres paroissiaux , communiqué par M. Séguier, instiluteiir de Viane. f^e nom de Bosc est encore fréquent dans la commune.

Eloge historique de M. Bosc, par Cuvier [Mémoires de l'Académie des Sciences, t. X. i83i).

Notice biographique sur M. Bosc, par le baron de Silvestre, Paris, 1829.

'■^' «Mon pèi-e est sorti de son village sans le sol», écrivait Louis Bosc le 21 décembre l'jHIt. (Collection Beljame.)

Les plus nombreux et les plus intéressants des documents utilisés ici nous viennent de cette collection, mise obligeamment à notre disposition par le petit-fils de Louis Bosc, M. Alexandre Beljame, professeur à l'Université de Paris.

APPENDICE K. 6(i7

pauvre que lui'' ; mais appartenant à une illustre famille protestante du Laonnais (voir Haag-, France protestante). Marie-Angéiique Lamy d'Hangest élail tille et sœur de deux officiers généraux d'artillerie. Nous connaissons surtout le second , Louis-Auguste Laïay d'Hangest (1731-1819), lieutenant général du 7 septembre 179a, au moment où il avait l'honneur, entre le départ de Lafayette et l'arrivée de Dumouriez , de commander en chef sur la frontière.

De ce premier mariage naquirent une fille et un fils. La filie épousa un M. de Boinville , dont nous ne savons à peu près rien. Le fils, né à Paris le 39 janvier 1759, est Louis-Augustin-Guillaume, auquel cette notice est consacrée. La jeune mère mourut peu de temps api-ès.

En 1763, Paul Bosc était déjà remarié et, tourné vers l'industrie par ses recherches scientifiques ''\ allait prendre l;i direction de la verrerie de Servin , au village d'Aprey, dans le voisinage de Langres. C'est là que lui naquirent deux enfants, Joseph- Antoine , né le ao septembre 1764, et Sophie, devenue plus tard M"' Dehérain.

I^ manufticture de Servin parait avoir prospéré, puisque on voit plus tard les enfants de Paul Bosc conserver des attaches et des intérêts dans ce pays. Toutefois le verrier, d'humeur inquiète, la quitta en 1769 pour aller fonder une autre manufacture wprès de Saint-Flour, tians la Mnrgeride". Il y passa sept ou huit ans et finit par s'y ruiner'^'. Il se détermina alors à venir à Paris exercer la médecine. Mais il ne put le faire, — toujours pour cause de religion. — qu'en achetant, avec les débris de .son avoir, une charge de ^médecin du Koi par quarlier». C'est en 1776 qu'il faut placer ce retour à Paris, car Bosc d'Antic ne ligure il \'Almanaclt roya/ qu'à partir de 1777.

Il vérut là enrore huit années, recherché pour son savoir et l'agrément de son commerce. I<]n 1776, nous trouvons sou nom sur la liste des souscripteurs à la traduction de Shakespeare par Letourneur. Eu 1780, il publia le recueU de ses mémoires, sur les recherches dont il s'était occupé toute sa vie'*'. En 178a, il fut nommé membre correspondant de l'Académie des Sciences. Il recevait chez lui, rue Mesit- jus<ju'en 1781, rue du Jardinet- Saint-André ensuite, 'd'illustres savants : Rouelle, Parmenlier, BufTon, Daubenton, Thouin, Brisson, Adanson-i , etc. (Silvestre, l'éloge.)

Il mourut le 4 avril 178^ (lettre de l>antheuas à Roland, ms. ôaii. fol. a64). En sentant venir sa fin, il avait fait venir un confesseur (Correspondance, lettre 105). Ce huguenot peu opiniâtre crut bon de sortir de ce monde comme il y était entré. Sa seconde femme devait être morte ou vivre sépart'e de lui (Correspondance, lettre 103); sa fille aînée était marié<> et son fils Joseph était déjà employé aux forges du Creusot, ce qui explique que la Correspondance de 1784 ne les mentionne nulle part. Il n'avait donc à son lit de mort que Louis el Sophie, qui tenait la maison (lettre 98).

'•' irElle ne lui avait pas apporti» un soi en '*' Lettre citée plus liant.

mariage.ii (Bosc, niérae lettre.) <*' Œuvrei de Bote d'Antic, cnnienant plu-

'*' L'Académie des Sciences avait couronné , »ie«r» mémuirei >uv l'art de la verrerie, tur la

en 1760, un uiéiiioirc de lui sur les verreries, faïencerie, tn poterie, ta miiiéralnfrie , l'électricité

qui parut on 1761. ((inérard, France lilt.) et ta médecine. Paris, 1780, a vol. in-ia.

Il nfi laissait d'ailleurs aucune fortune, puisqu'il fallut vendre sa charge et même, probablement par suite de formalités judiciaires exigées par M"" de Boinville, "ses effets^ (lettres 127 et 134). L'iimour du l'étude, le désintéressement, l'insouciance, voilà tout ce que Louis Bosc trouva dans l'héritage paternel.

§ 2. Son enfance.

Il avait perdu sa mère peu aj)rès sa naissance. Il passa les cinq premières années de sa vie (i 769-1 yfî'i) auprès de son aïeule maternelle, M"' d'Hangest, à la campagne, aux environs de Laon (Silvesli'e, l'éloge), probablement vers Vissignicourt ''', car c'est de ce village que sont datées les lettres écrites à Bosc, en 1796, par son oncle, le général d'Hangest, retraité au pays natal '^'. Lorsque son père alla s'installer à Servin, il y fit venir l'enfant, qui vécut là cinq autres années (1766-1769), au milieu des grandes forêts du Bassigny. Cette vie libre dans les champs contribua assurément, non moins que l'exemple de son père, à faire de lui un naturaliste. Mais lorsque le verrier quitta Servin pour la Margei-ide, l'enfant dut entrer au collège des Godrans'"', à Dijon. On le destinait à l'artillerie, où la protection des d'Hangest lui promettait de l'avancement. Durant les huit années qu'il passa dans cette maison (1769-1777), il y eut pour condisciples et amis les deux fils d'un médecin naturaliste alors célèbre dans sa ville, Hugues Maret, et qui devinrent plus lard, l'un, Jean- Philibert , préfet et conseiller d'État de Napoléon "', l'autre , Bernard , le duc de Bassano. Nous croyons aussi qu'il y connut le conventionnel Masuyer. 11 ne semble pas d'ailleurs avoir été un brillant écolier. Dans les trois palmarès (1770, 1776, 1777) du collège Godran qui subsistent pour cette période, nous rencontrons bien les noms des deux Maret, mais non celui de Bosc '''. Le dégoût dut croître lorsqu'il lui fallut , après ses humanités , suivre les cours de mathématiques. Heureusement qu'il obtint, dans les deux dernières années, la permission d'aller suivre les cours de botanique que professait depuis 1778, sous les auspices de l'Académie de Dijon, le médecin Durande, rrqui avait alors à Dijon quelque célébrité", dit Cuvier. On peut voii', dans la Correspondance (lettre 163), que Bosc, après sa sortie du collège , resta en relations non seulement avec Durande , mais aussi avec deux des autres savants qui professaient à côté de lui , Guyton de Morveau et Hugues Maret ^'\ le père de ses amis.

Quand le docteur Bosc d'Antic fut rentré à Paris et y eut acheté sa charge de médecin du Roi , il rappela auprès de lui son fils Louis et , renonçant à le faire entrer dans l'artillerie, lui obtint un petit emploi d'abord dans les bureaux du contrôleur général (i 777 ) , puis dans ceux de la Poste (1778).

'') Canton d'Anizy-le-Château , à 20 kilo- très intéressante lettre de Jean-Philibert Maret

mètres de Laon. à Bosc, du a6 messidor an iv.

^^'' Collection Beljame. ''' Renseignements dus à l'obligeance de

/ W Ou plus exactement collège Godran (du M. Kleinclausz, professeur à l'Université deDijon.

nom du fondateur), tenu par les Jésuites jus- <•' Le cours de chimie de Guyton de Morveau

qu'en 1 768 , municipal ensuite. et le cours de matière médicale de Hugues Ma-

'■'' Il y a, dans la collection Beljame, une ret ne s'étaient ouverts qu'en 1776.

§ 3. Sa jeunesse.

Quel emploi, ou plutôt quels emplois Louis Bosc d'Antic''' occupa-t-il successivement, de 1778 à 179a, dans radministralion royale des Postes? Le mieux renseigné de ses biographes, Cuvier, dit que l'Intendant des Postes, M. d'Ogny, tle trouva si exact et si intelligent qu'après quelques aimées il i'éleva à l'emploi de secre'taire de l'Intendance, ce que maintenant l'on décorerait du titre de secrétaire général , et lui promit la place encore mieux r.'tribuée de premier commis». Et c'est en effet Ta M. d'Antic, secrétaire de l'Intendance des Postes' , que sont adressées, dès 1782, les ieltres de Roland et de Madame Roland (Papiers Roland, passim). Plusieurs allusions de la Correspondance indiquent d'ailleurs que , de 1 780 à 1799, la situation de Bosc fut pins d'une fois modifiée par suite des remaniements incessants de son administration.

Le jeune Louis Bosc, assuré d"nn gagne-pain, -de quelque aisance", dit Cuvier, eut toutes facilités pour se livrer à son goût pour l'histoire naturelle. Nous avons nommé les savants tpi'il rencontrait chez son père. Silvestre nous apprend qu'il éludia la chimie avec Sage, qui depuis 1778 professait la chimie expérimentale à la Monnaie (il aurait pu mieux choisir), et la minéralogie avec Borné de l'isle, dont les cours publics avaient un succès mérité; que Broussonet, revenu d'Angleterre, lui lit connaître les ouvrages de Fabricius, puis de Linné. Cuvier ajoute un détiiil curieux, à siivoir, que la franchise des postes, dont il jouissait pour sa correspondance, lui facilita beaucoup ses relations avec le monde savant. On va voir combien les Roland la mirent à profit. Ces libertés avec la Poste étaient dans les moeurs du temps "'.

Bosc n'avait pas seulement des amis d'étude. Maintes allusions des lettres de Madame Roland et divers traits des lettres inédites de la collection Beijame laissent entendre qu'il avait aussi des compagnons de pLiisir et qu'il vécut quelque temps dans une société assez dissipée.

S A. Sa liaison avec les Roland.

C'est au Jardin du Roi, en 1780, au cours de botanique d'Anloine-Laurent de Jussieu, que Bosc se lia avec Roland et sa femme ; Barrière, II, 1 '11 : Faugère, II, 1 'i5). L'inspecteur, qui allait entreprendre son Dictionnaire , avait tout profil il pratiquer ce jeune savant, qui connaissait tant de monde et tant de choses; Bosc. de son côté, avec la sensibilité de SCS vingt et un ans, se prit au cliarnie de celte jeune femme, si instruite, si intelligente, si liabile à gouverner ses amis. Aussi , loi-sque les Rohmd furent retournés à Amiens , demeurat-il avec eux en correspondance suivie, -presque journalière'-, nous dit-il lui-même''^'. C'est d'abord Roland qui demande sans cesse des renseignements; souvent sa femme écrit poiu- lui. i'uis les letti-es prennent bien vite un tour personnel, affectueux, d'ime entière

>'' Ou plutôt (l'Antir tout court, et méiui' bureaux du vinjjtionii'. — Cf. une jolie ancc-

Dantic, jus(|n'à lii loi du 19 juin 1790. dote dos Ménioiret de BcuguoI, 11, 36o.

'-' On sait |p> services dans re genre rendus ''■'' ItwfiMeMwit de s'jn édition des MeiHoires,

à Voltaire par Damilaville, premier ronimis de-! '7y5-

'k \ confiance. II nous en reste un très grand nombre : d'abord celles de Madame Roland que nous publions ici; puis celles de Roland et les réponses de Bosc, dispersées tant dans les

Ideux jji-ands recueils des Papiers Roland que possède la Bibliotlièque nationale (N. A. fr. , ms. 6a38-69 43 et gôSa-gôSi) que dans la collection Morrison, où nous avons pu les con- I sulter, sans parler de celles qui figurent auv catalogues de ventes d'autographes. Mais ce j ne sont là évidemment que les débris dune correspondance ininterrompue de treize années. La première lettre que nous ayons est de Roland à Bosc, du ao mai 178a (ms. 62 io, fol. (jy), mais elle fait allusion à des lettres antérieures et c'est déjà une lettre d'ami. Vient ensuite une lettre de Madame Roland du a 3 août, qui dénote une entière communauté d'idées et une confiance absolue (lettre 58). Mais la preuve que l'intimité date de la première heure, c'est que , dès 1781, presque toutes les lettres échangées entre la femme et le mari sont envoyées sous le couvert de Bosc (nov'ls avons dit pourquoi), non pas sous doidile enveloppe close , mais tout ouvertes , même quand elles sont singulièrement confidentielles. On prend seulement la précaution d'indiquer au haut de la lettre, dans im coin, le véritable destinataire ( tr M"* de Lap. [Laplatière]', 1" avril 178'!, nis. 6a '10, fol. 170; "M. de Laplatière», ao mai 1788, ms. 6a38, fol. 9^5). Puis, à chaque instant, ce sont des ;)o«lscripttim , tantôt de Roland pour Bosc (ai mars 178 A, ms. 62/10, fol. 162), tantôt de Bosc pour Roland (3i janvier 1783, ms. fiaSS, fol. 139). D'autres fois, Bosc joint aux lettres qu'il transmet des billets distincts. Les manuscrits en renferment un assez grand nombre, que nous avons donnés en notes lorsqu'Us avaient quelque intérêt.

§ 5. Naissance de son fils et mort de son père.

Nous avons dit que l'histoire naturelle et l'amitié ne remplissaient pas seules l'âme du jeune homme. Lorsque plus tard, en 1796, il partit pour les Etats-Unis, son [)a.sse|>ort (ms. 69Û1, fol. 3ii) dit rravec son fils, âgé de quatorze ans". Ce fils naturel était donc né vers 178a. Nous nous sommes demandé si la mère ne serait pas M"' Bexon, sœur de cet abbé, "petit bossu plein d'esprit 1 , auteur d'une Histoire de Lorravie et un des collaborateui"s anonymes de Buflfon, chanoine et chantre de la Sainte-Chapelle, que Madame Roland avait connu en 1778 chez sa cousine Trude, où il logeait, et chez qui Bosc fréquentait ;ssidùment. lin passage des Mémoires (II, aïo-aii), rapproché des lettres où Madame Roland taquine Rose au sujet de M"' Bexon (3 février, 93 avril, j" mai, 5 mai 1783), pourrait prêter à cette conjecture. Le pauvre abbé Bexon mourut le t3 février 1784, et nous ne savons ce que devint sa rgrande sœin- aux yeux noirs et aux belles épaules^.

],e romau (si roman il y eut) se dénoua sans doute comme tant d'autres. Peut-être, cependant, durait-il encore en 1786 (voir lettre 243). Sans l'approfondir davantage, disons (jue Bosc éleva de son mieux ce fils, appelé Louis comme lui, dont nous avons pu suivre la carrière, et qui mourut inspecteur de la marine à Cherbourg, à un âge assez avancé.

Cette jeunesse insouciante de Bosc eut bientôt à compter avec de cmels soucis. La mort de son père (4 avril 1784) laissait sa jeune soeiu", Sophie, la seule dont il eut à s'occuper, sans autres ressources (|ue le produit de la vente de la charge paternelle, tr Bientôt la demoiselle,écrivaitMadame ISolaud le 97 mars, à quelques dilférences près, sera comme M"' Bexon»

(cf. lettre 112). L'embarras était d'autant plus grand que la sœur aînée. M"* de Boinville, intervenait aigrement pour réclamer sa part de la pauvre succession. Finalement, Bosc paraît avoir anieu(' ses deux sœurs et son frère à renoncer à un héritage onéreux, mais en prenant pour lui la plus grosse part des sacrifices : «Je devrais, je crois, plutôt me plaindre que toi, écrivait-il à M"" de Boinville le ao décembre lyS't, puisque tu as une existence assiu-ée et que je n'ai qu'un hôpital pom* ressource , si je viens à perdre mes mains ou ma téter'. (Coll. Beljame. )

Il ne s'en considéra pas moins , dès le premier jour, comme le tuteur de Sophie. Sa première idée fut de la placer dans un de ces couvents oii s'abi-itaient des personnes du monde peu aisées, et nous voyons Madame Roland l'aider dans cette recherche (lettres 112 et 113). Mais il eût mieux aimé la marier, et il demandait à son amie de s'entremettre (lettre 138). Sophie d'Antic reparait encore de loin en loin dans la Correspondance (lettres 165, 178). En 1 787, elle était à Dijon , au|)rès de son frère Joseph , qui avait quitté le Creusot pour un emploi dans l'administration des mines et manufactures de la province (Biogr. Rabbe). Elle se maria en 179'!, h Langres, avec M. Dehérain, et Bosc, alors réduit à se cacher comme suspect, écrivait à son nouveau beau-frère (coll. Beljame) :

l'ari-i, »7 messidor an n {= i5 juillet 179A).

Je pourrais, citoxen, répondre longuement à votre gracieuse lettre. Le sujet prête beaucoup au sentiment. Je prcfèrc cependant d'eu remettre l'expression au moment où ii me sera permis de vous emhrasser. La bonne opinion que jai de ma so'ur suHit pour mon donner une avantjigeuse des moyens que vous avez pour la rendre heureuse. Je me borne donc à faire des vœux pour qu'aucune cause étrangère ne nuise à votre prospérité commune et à désirer d'être, le plus promptement possible, témoin des douceurs de votre union.

Je vous salue cl vous embrasse fraternellement. — B.

8 6. Madame Rolanu à Pahis, mars-mai 178/1.

C'est an milieu des malheurs domestiques de Bosc que Madame Roland ari-iva à Paris, vers le milieu de mars 178'!, pour y suivre elle-même l'affaire des Lettres de noblesse que sollicitait son mari. Durant ce long séjour, qui se pi'olongea jusqu'à la (in de mai, Bosc, après les premiers jours donnés à son deuil , se mit tout entier au service de la jeune femme ; il l'accompagne dans ses courses d'affaires, la conduit chez Rome de l'isle, la mène promener au Jardin du Roi, au bois de Boulogne, où ils vont avec Lanthenas manger des œufs frais et "chanterles bonnes gens»; à Chaillot, pour voir la pompe k feu, la nouveauté du jour: à Vincennes, chez le chanoine Bimont, oncle de Madame Roland; à Alfort, chez les savants piofesseurs de l'Ecole \ étérinaire , etc . . . Nous ne pouvons que renvoyer à la Correspondance pour qu'on voie Bosc dans tous les détails de ce rôle de cavalier servant, qu'il partage avec Lanthenas et dont Rrdand plaisante lui-même avec autant de lourdeur que de sécurité. Singidiers rapports, que nos mœurs contemporaines susj)ecteraient ou ne comprendraient pas, mais dont ces âmes simples s'accommoilaient sans embarras. C'est, chez Madame Roland, une amitié franche, sans coquelterii', mais non sans libre allure: chez Bosc, un niéhinge amusant d'affection loyale, il'amour qui n'ose, de familiarités, de bouderies; tel il apparaît

à ce moment, tel il restera jusqu'au bout. Il se sentait enchaîné , n'esps'railrien, et, à travers quelques accès d'humeur, se résignait.

Il y avait cependant quelques petites crises. Nous en devinons une (voir lettre 148), à propos d'une excursion à Ermenonville oii Bosc aurait voulu entraîner Madame Roland, et qu'elle finit par faire sans lui, avec son mari qui vint la chercher malade à Paris et la ramena à Amiens à petites journées. Une autre crise plus sérieuse éclata en sejitembre. Holand, nommé à l'inspection des manufactures de Lyon, quitte Amiens; on s'arrête longtemps à Paris, on y revoit Bosc assidûment. Mais Madame (lofand a la malencontreuse idée d'aller consulter, pour la santé de son mari, le médecin Alphonse Le Roy, alors très en vue dans le monde scientifique. Soit que Bosc détestât Alphonse lie Roy, soit que sa piété filiale s'irrililt de voir Madame Roland ne plus avoir foi dans le régime que son père avait prescrit les années précédentes h l'inspecteur valétudinaii'e , soit plus simplement qu'il s'offusquât du mystère de la démarche, il fit à ses amis une véritable scène; à Longpont, chez le curé Pierre Roland, oià il les avait accompagnés sur le chemin de Lyon, il les quitta brusquement, en pleurant, sans vouloir leur dire adieu (voir lettre du 9,3 septembre); il follut plusieurs lettres de Roland et de sa femme pour le ramener, et cela ne prit (in qu'au commencement de 1785.

De 1785 à 1789 , entre les Roland, établis en Beaujolais, et Bosc, de plus en plus répandu dans le monde savant, la correspondance se poursuit, amicale, enjouée, régulière. Peu d'incidents dans la vie de Bosc: en 1786 , nous le voyons sur le point de s'embarquer avec l'expédition de Lapérouse (voir lettre 193). Ses amis, le naturaliste Jean-Andiié Mongez , et le chevalier de Lamanon , dont l'exemple le tentait, n'eurent j)as , comme lui , le bonheur de se l'aviser. On peut suivre aussi, dans la Correspondance, mais d'une façon assez obscure , les diverses phases de sa carrière administrative ; il semble d'aboi-d qu'il ait eu un avancement assez sérieux (lettre du 17 avril 1788); puis vinrent les contre-coups des remaniements essayés par la l'oyauté en ce temps de continuelles réformes , — de ré<lit de décembre 1785 (lettre du ai janvier 1786), — de l'édit d'août 1787 (letlres des 18 novembre 1787 et 9 juin 1788). A travers tous ces (rremuements des postes' , comme dit Madame Roland, il sendjle que la situation de Rose, en définitive, soit allée se consolidant et s'atnéhorant.

Bosc tient ses amis au courant des nouvelles de Paris; mais surtout il envoie à Roland notes sur notes (histoire naturelle, matières premières, etc.) pour le Dicliomwire. Madame Roland stimule son zèle, lui raconte la vie paisible du logis et l'entretient, avec une insistance enjouée, de sa fille Eudora.

L'enfant était née en 1781, à Amiens, et Bosc, même avant de l'avoir vue, reportail sur elle en sollicitude l'attachement qu'il avait pour ses parents; on voit à chaque instant, dans la Correspondance, qu'il ti-emble pour sa santé, qu'il se l'éjouit de ses progrès. Madame Roland part de là pour lui insinuer plaisamment que, puisqu'il ne doit pas songer à la mère, il pourra un jour aimer la fille; que c'est une éjmuse qu'elle lui prépare. Ce badiuage maternel devait un jour être pris au sérieux par l'excellonl \]ox. Ce fut là le grand drame de sa vie.

§ 8. Les amis uk Bosc.

La Correspondance, complélëe par nos documents, nous fait connaître les amis particuliers de Bosc. Uemarquons dès à présent que presque tous entrèrent avec lui dans la Hévolutiun. Unis parle goût de l'étude, par les mêmes idées philosophiques, ils se préparaient dès lors au griind combat.

C'est d'abord Lanthenas, le jeune ami des Roland. Dès 1780, nous le voyons installé à Paris, étudiant la médecine, logé à l'hôtel de Lyon, rue Saint-Jacques; là même où descendaient les Roland lors([H'ds venaient dans la capitale. Il fut donc bien vite lié avec Bosc. Madame Roland l'appelait Tinon frères; pour Bosc aussi, il fut un frère, jusqu'au jour où, devenu député à la Convention , il se sépara de ses malheureux amis. Il y a , dans la collection Morrison, toute une série de lettres inédites de Lanthenas à Bosc, de 1784 h 1790, qui attestent combien l'intimité était grande.

Puis nous rencontrons un bon vieillard, Parraud, rêveur swedenborgien , qui vivait en traduisant les livres du maître et en élevant des jeunes gens, et que Lanthenas avait probablement introduit dans le cercle. Son nom revient sans cesse dans la correspondance des amis (voir lettre 98). Roland , en 1792 , emploiera sa plume au service de la Révolution..

Nous avons déjà mentionné Rome de L'IsIe (1736-1790), qui venait de publier sa Crislullofp-aphie (1 78.3 , 4 vol. in-8°) , et dont Bosc, fils du verrier de Servin et de Saint-FIour, s'était fait l'élève et l'admirateur. II lui conduit iMadame Roland (voir lettre 1 32). Le 6 mars 1790, il écrivait à Faujas de Saint-Fond : nJ'ai l'âme navrée. Notre ami de L'Isle est à la mort. J'ai passé la nuit dernière au pied de son lit et je crains que la prochaine soit la dernière de sa viei (ms. 9533, fol. 1 18-1 19). Rome de L'Isle mourut en effet le lendemain, et un article très ému du Patriote français , du 16 mars, semble bien être de Bosc, devenu un des collaborateurs habituels de Brissot.

Le géologue Faujas de Saint-Fond, auquel cette lettre est adressée, était déjà en 1784 en relations d'amitié avec Bosc (voir lettre 98). Cette lettre de 1790 citée plus haut, par laquelle Bosc recommande Lanthenas "à Monsieur Faujas de Saint-Fond, inspecteur des milices nationales à Monlélimartr , montre que cette amitié avait duré et s'affermissait dans leur adhésion commune à la Révolution.

Un autre ami, Broussonet, était déjà dans tout l'éclat de sa jeune gloire. Après un séjour de trois années à Londres (1779-1 78a), où il avait été nommé membre de la Société royale, il venait d'être choisi par Daubenlon pour le suppléer au Collège de France (histoire naturelle, 1783), puis à l'École d'Aifort (économie rurale, 1786). Bosc lui conduit aussi Madame Roland, à Alfort, en mai 178/1. Ce jeune savant, — il n'avait alors que a3 ans, et était de deux années le cadet de Bosc , — fut peut-être son plus cher ami ; ensemble ils entrèrent à la Société des Jacobins en 1790, ensemble ils luttèrent contre la Terreur et furent persécutés par elle. En mars 1796, Broussonet sera un de ceux auxquels Bosc confiera les secrets de son Qoeur.

Nous avons déjà parlé (Appendice H) des deut naturalistes provençaux, les frères de Limanon, qui avaient été probablement pour lui des compagnons de jeunessç et qui res* tèrent des correspondants de recherches scientifiques.

LETTRES DE MADAME nOf.ASD. II. . 43

D'autres amis, que Bosc devait aux Roland, sont M. et M"' d'Eu et M. de Vin, d'Amiens, dont nous avons paHé avec détail à i'ApjJendice E. C'est le 17 avril 178.3 que Madame Roland lui adresse M. de Vin. La lettre du ai mars 1786 nous le montre déjà en correspondance réglée avec M. d'Eu, sur des questions d'histoire naturelle. Mais la liaison aboutit bientôt à une intimité dont Madame Roland sourit quelque peu : il semble que Bosc ait été, lui aussi, pendant les fréquents et longs séjours que M'"" d'Eu faisait à l'aris, un des cavaliers servants de la dame. Nous avons signalé, dans cet Appendice E, l'intéressante correspondance écbangée, du 9 juillet 1786 au 27 décembre 1789, entre Bosc et le groupe amiénois.

N'oublions pas l'astronome Dezacli, que Broussonet, (jui l'avait connu en Angleterre, mit en rapports avec Bosc et, par celui-ci, avec les Roland. Ces bonnétes gens ne se lassaient pas de faire échange de leurs amis.

Mais les amis les plus particuliers de Bosc paraissent avoir été Creuzé-Latouche , Bancal . des Issarts et Garran de Coulon, trois futurs conventionnels, comme Linlhenas.

Creuzé de Laloucbe (17/49-1800), originaire de Cbàtellerault , était depuis 1776 avocat à Paris et demeurait rue des Lavandières-Sainte-Opportune; Rose logeait rue des Prouvaires, tout à côté de l'Hôtel des Postes, où il avait son bureau. Nous verrions volontiers dans ce voisinage, en un temps où les diflicultés de lu circulation dans Paris y faisaient de cliaque quartier comme une petite ville, l'origine de leur liaison, qui existait peut-être déjà en 1783 (lettre 82). En tout cas, elle est bien établie en 178^ (lettres 134-139). Ce n'est que plus tard que l'avocat poitevin quitta Paris pour retourner acheter à Cbàtellerault la charge de lieutenant général de la sénéchaussée, en attendant que la Révolution le ramenât, d'abord à la Constituante, puis à la Convention. Toujoui-s ami de Bosc, entraîné par lui dans le parti de Roland (voir au ms. gSSa, fol. a25-aa6, une lettre qu'il adresfe le i8juin 1792 au ministre congédié), Creuzé-Latouche resta fidèle au malheur. C'est chez lui que Bosc, le 1" juin 1793, alors que Roland était en fuite et que sa femme venait d'être conduite à l'Abbaye , conduisit leur fille Eudora , dont il devint alors , et pour plusieurs années , un dévoué protecteur.

Bancal des Issarts (1700-1836), auquel nous consacrerons l'Appendice Q, était notaire à Paris depuis le 1 1 septembre 1788 et habitait alors rue du Four, près Saint-Enstachc ; il était donc, lui aussi, voisin de Bosc. Il avait étudié le droit à l'Université d'Orléans, et c'était là qu'il s'était lié avec Garran de Coulon (1749-1816), originaire de cette ville, avocat à Paris depuis 1776.

Dès 1787, cette société d'amis, Bosc, Creuzé, Bancal et Garran, était étroitement unie, car Paul de Lanianon écrit à Bosc, de Salon, le i3 mars 1787 (coll. Beljame) : «ie vous prie de me rappeler dans le souvenir de M. de Coulon et de son épouse, et de MM. Desissart et Creuzet. . . ». Toutefois la première lettre que nous ayons de Bosc à Bancal est du 20 décembre 1788 (ms. 9533, fol. iia-ii3).

Il y avait entre eux tous un lien charmant , le goût de la botanique , l'étude chère à Rousseau. On partait le dimanche, jour de liberté pour le secrétaire des Postes, et on allait herboriser à pied dans les environs de Paris , surtout dans la forêt de Montmorency, agitant en chemin ces problèmes de philosophie et de politique pour lesijuels on allait faire une ré-

volution. Lorsque, en 1798, Bancal converti publiera un ouvrage tout imprégné de démocratie religieuse, Bosc lui écrira'"' : irJ'ai lu ton livre et j'y ai reconnu ton ardent amour pour la Réj)ublique, mais non les principes que nous discutions jadis dans nos promenades philosophiques des dimanches'!. — TDites-moi quelque chose , écrit à Bosc Paul de Lamanon en avril 1788, de votre santé et de celle des personnes de la société promeneuse, à laquelle je me recommande. . .^ (coll. Beljame). Cuvier raconte que ces excursions botaniques, faites en troupe, inquie'taient les paysans. Le savant et aimable historiographe de Saint-PrLx, M. Auguste Rey '*', nous apprend qu'une de ces herborisations avait pour but Saint-Gratien et Saint-Prix. Bosc se familiarisait ainsi de bonne heure avec les abords de cette forêt qui devait l'abriter pendant la Terreiu-.

§ 9. Les débuts dk la Rkvolution.

C'est dans ce milieu de savants et de légistes que Bosc assista à l'explosion de 1789. Mais, alors même qu'il c'eût pas été entraîné par eux, l'impulsion des Roland aurait surti. Toutes les lettres qu'il reçoit de Madame Roland sont pressantes, impératives, enflammées; celles du mari (collection Morrison) respirent la même fièvre. Par eux et par Lanthenas, il se lie avec Brissot, collabore au Patriolc français , et, lorsqu'il a reçu de son impétueuse amie quelqu'une de ces lettres où frémit le génie de la Bévolution, il la porte au journaliste, qui l'arrange et l'insère. Tout semble d'ailleui-s commun entre Lanthenas, Bancal et lui. Ils sont, comme les appelle à chaque instant Madame Roland, ffle triumvirati.

C'est à ce moment que naquit, entre eux et les Roland, un projet où se reconnaît bien l'esprit du temps, et (pie nous exposerons avec détail dans les Appendices réservés à Lanthenas et h Bancal. 11 s'agissait d'acheter en commun quelqu'un de ces domaines ecclésiastifjues que la nation venait de mettre en vente et d'y aller vivre tous ensemble dans une philosophique reti-aite. Ce projet d'un granil établissement , pris , abandonné et repris pendant plus d'une année, finit par tomber.

Mis eu rapports par Lanthenas avec Gilbert Romme, qui venait de fonder (lojauvier 1790), avec Théroigne de Méricourt, le Club des Amii de la toi, Bosc fut un des premiers adhérents de ce gi'oupe, qui se réunissait chez Théroigne, à l'hôtel de Grenoble, rue du Bouloi. M. Marcellin Pellet ''' possède et signale une feuille d'émargement, du 10 mars, oii ligure son nom. Dès le 18 février (lettre 341 ), Madame Roland taquine son ami sur ses relations avec ifl'élrangèrei. Le ao juin, le club alla célébrer l'anniversaire du sennent du Jeu de paume à Versailles et la fête se termina par un dîner au Ranelagh du bois de Boulogne (voù- au Patriote français du 93 juin le compte rendu de Lanthenas; cf. Correspondance, lettre 355, et ms. 9034, fol. 237 et 261). On voit par là que Lanthenas était du groupe; Bernard Maret également. (Marc. Pellet, loc. cit.)

('"était l'heui-e souriante de la Révolution. On associait dans un même culte la Liberté et

' De Cbarleston, 7 mars 1798, collection W Ibid., p. i3.

Iti'ljiimc. Lettre di'jà publiée en partie par "' Yariétét révolulionnairtt , troisième série,

M. Aujjuste Rey, Le naturalitle Bote, page 54. Alcan, 1890, p. 89.

la Nature. Sur la liste des souscripteurs pour l'érection d'une statue à Rousseau (Révolutions de Paris, n° .54, juillet 1790), nous trouvons réunis les noms de frM. Bosc, secrétaire de l'Intendance des Postes, 3 livres; M. Rolland, inspecteur général des manufactures à Lyon, et Madame son épouse, 6 livresi. Le 28 août, Bosc, nommé président de la Société des naturalistes français , inaugure le buste de Linné au Jardin des Plantes , sous le cèdi'e planté un demi-siècle auparavant par le naturaliste suédois. Un mois après, le 2 5 septembre, à la léte de la Société des Amis de la Constitution de Montmorency, autre inauguration, à l'entrée de sa chère forêt, d'un buste de Jean- Jacques Rousseau : la fête oîi Daunou et lui prononcèrent des discours , où l'on vit défiler un chœur de jeunes femmes , des mères de famille portant le buste de Rousseau, des vieillards portant une pierre de la Bastille, et qui se termina par des danses et une illumination dans les arbres''', eut l'honneur d'une relation dans le Patriote français du 28, ainsi que dans les Révolutions de Paris (n° 116).

§ 10. Soi'inK Grandchamp.

A ce moment-là, nous trouvons Bosc lié avec une femme d'un rai-e mérite, Sophie Grandchamp, dont il semble avoir fait la connaissance dans la société de Brissot (voir lettre ^58). Y avait-il entre eux plus que de l'amitié? En tout cas, cette amitié avalises orages, ses brouilles irritées, ses tendres réconciliations. Les souvenirs de Sophie Grandchamp, que nous avons publiés dans la Révolution française (juillet-août 1899), rapprochés de diverses lettres de la Correspondance (septembre 1791, mars-avril 1792), nous apprennent comment Bosc, en août 1791, présenta Sophie Grandchamp à Madame Roland, comment les deux femmes se lièrent au point de faii-e ensemble, le mois suivant, le voyage du Beaujolais et combien Bosc fut froissé de n'en avoir été prévenu qu'à la dernière heure. Ces lettres nous montrent aussi que la rupture durait encore à la fin de mars 1792, à moins qu'il n'y eût eu réconciliation, puis ruptiu-e nouvelle, et comment Madame Roland, même au milieu des embarras de son installation au ministère , s'entremettait activement pour réconcdier Bosc avec son amie. Nous sommes forcé, pour abréger, de supprimer tous les détails de cette histoire et de renvoyer le lecteur à nos articles de la Révolution française. Disons seulement que, en 1798, il n'y a plus trace d'intimité entre Bosc et Sophie Grandchamp. Elle habitait alors avec Grandpré, l'inspeeleur des prisons, l'homme de bien que les Mémoires nous font connaître. Mais on n'avait pas cessé de se voir : c'est en allant chez son ancienne amie que Bosc apprit, le 8 novembre, l'exécution de Madame Roland, qui venait d'avoir lieu.

§11. Bosc AUX Jacobins.

Engagé, comme il l'était, parmi les rr patriotes» , Bosc ne pouvait pas ne pas faire partie, dès la première heure , de la Société des Jacobins. Sur la liste des membres de la Société au 91 décembre 1790 qu'a publiée M. Aulard {Jacobins, t. I, Introduction, p. xxxvni). son

A. Rpy, p. 17-18.

nom figure d^jà : rrBosc, rue des Prouvaires, n° 52 [lisez 82 Ji'''. Bancal des Issarts et Broussonet sont aussi sur la liste.

Pendant toute l'année 1791, Bosc prend une part active aux travaux de la Société, où dominait alors rintluence de Hrissot et des honmies que les événements allaient grouper, sous le nom de Girondins, dans ime communauté de luttes et d'infortune. Le 3i août 1791, il est nommé, — avec Fabre d'Églantine, — membre du comité de correspondance (Aulard, m, 109. Là aussi il y a Boi(i, mais l'Index rectide). Le 7 octobre {ih'til., 111 ,172), nous le trouvons encore, avec son nom bien ortliograpliié cette fois, — et à côté de celui de Lantbenas , — parmi les membres du comité de correspondance. — De même le 1 6 novembre ( l'èirf. , III, a53). Le 3o décembre [ibid., 3o3), il est nommé commissaire de la Société , avec Toumon , le journaliste lyonnais qui avait passé des Révolutions de Paris au Mercure universel, Bancal et Lantbenas, pour organiser, dans la salle des Jacobins, des lectures et conférences patriotiques, idée chère à Lantbenas et à tous les idéalistes de la Révolution. Louvet nous dit, dans ses Mémoires (éd. Aulard, I, 3o) : <t J'avais pour collaborateurs assidus [au comité de correspondance des Jacobins, vers la fin de 1791 ou le commencement de 1792 I le bon Bosc, bien digne île l'amilié que lui portait Roland, — Lantbenas qui paraissait la mériter alors'*'... ».

Les Roland venaient de rentrer définitivement à Paris (i5 décembre 1791). Bosc introduit aussitôt Roland aux Jacobins. Le i5 février 1792, Roland, Lantbenas et Rose sont du comité de correspondance, et Bosc en est secrétaire (Aulard, III, 38 1). Le qo février {ibid., 4o8), Bosc et Roland sont secrétaires ensemble. — Même situation le 27 février et le 2 mars (ibid., li\-], h^'i). — Le \h mars [ibid., /|34), le nom de Roland a disparu, mais Bosc est toujours secrétaire.

Le moment approchait oîi les Girondins allaient s'emparer du ministère et porter Roland à riuff-rieiu" ( 28 mar-s). On voit que Bosc ('tait aux premiers rangs de l'assaut.

''' L.a liste imprimée porte liote, mais l'Index de M. .\ulard a fait la reclification nécessaire. Toutes les lettres de la collertion Beljame adressées à Bosc donnent «rue des Pronvaires, n" .S'il (quelques-unes disent 3i). Les lettres de .Madame Itolaiid à Bosc, de 1793, portent également rrue des Pronvaires». Bosc écrivant à M'"* Gnadet, le 1 3 février l'jga (Valel, Girondint, III, 770-771), la prie de lui répondre f rue des Prouvaires, au magasin de bougies».

"■' Cf. le Patriote franraii du 3l mai 179a. Robespierre, qui élait alors loin de dominer aux Jacobins, av.iit, dans la séance du 37 mai, attaqué le comité de correspondance de cette Société. Un des membres de ce comité, I)ucbusal, dans une lettre du a 8 insérée au Patriote du 3i, lui répond et ajoute : «Quand je parle du comité de correspondance, je ne dé-

signe ni M. Panis, qui n'est venu qu'une fois pour le dénoncer, ni M. (.'aniille Desmoulins, qui n'emportait des lettres que pour les perdre. Je parle seulement des travailleurs de ce Comité , tels que M.M. Lanthenat, Gaillard, Bote, Bois- Guyon, Sonthonax, Doppet, Béai, Mécbin et Audouin»,

Déjà , le 5 avril , le Patriote avait annoncé la fondation d'une Société économique , ayant pour président Hell [ancien Constituant], pour secrétaire Roiand-Laplatière [il élait ministre de l'inlérienr depuis treize jours], et comptant parmi ses membres Audran, Boncerf, Bote, Descemet, Lanthenoi, Lequinio, Mnrtillac, Reynier, Homme, Thouin, Vandermînde, etc. Bosc nous apparaît bien là au milieu de ses amis. — Voir aussi une annonce plus étendue au Moniteur du aA avril.

§ 12. BOSC, ADMINISTRATEUR DES PoSTES.

Il ne s'en trouvait pas moins alors dans une Irè* grande gêne pécuniaire. Celte Révolution, qu'il servait avec une ardeur si désintéressée, avait commencé par le ruiner. frA la réorganisation des Postes, dit Cuvier, M. d'Ogny avait élé éloigné et on avait fait redescendre Bosc.» Autrement dit, l'Intendance des Postes avait été supprimée comme toutes les autres et, dans la nouvelle organisation , qui devait fonctionner à partir du i" janvier 179^ ''*, Bosc n'avait pu se maintenir ([u'en prenant un emploi inférieur et moins rélribué. Le bon naturaliste, avec son insouciance de cigale, se trouvait donc fort au dépourvu quand la fortune de ses amis vint lui faire espérer un autre sort.

Mais, ainsi que nous l'avons expliqué dans l'Avertissement de l'année 1792 , les nouveaux ministres ne purent agir tout de suite. Aussi les billets écrits alors à Bosc par Madame Roland sont-ils fort curieux. Après ceux de la fin de mars , où elle cherche à le réconcilier avec Sophie Grandchamp, vient, en avril et aux premiers jours de mai, une suite de petites lettres, amicales, pressantes, oîi elle se plaint de son sdence, de son éloignement. On devine que Bosc, soit qu'il se croie laissé de côté, soit plutôt qu'il ail la pudeur des hommes malheureux et fiers, se tient à distance. Enfin, le 10 mai, arrive un mot bref et significatif: tfQuellfi heure qu'il soil quand vous recevrez ce billet, venez me voir aujourd'huin. Ce que Madame Boland avait liâle d'iinnoncer au plus fidèle de ses amis, c'est que Clavière avait enfin obtenu du Roi les changements réclamés dans la Direction des Postes et qu'il était au nombre des quatre nouveaux administrateurs , au traitement de i5,ooo livres, avec le logement dans l'hôtel de l'adminislralion.

Cuvier dit que Bosc fut nonmié à cet emploi le 1 1 mars 1792. C'est un lapsus évident. Il faut lire 1 1 mai. A la date du 1 1 mars, Roland n'était pas encore ministre et n'aurait rien pu pour son ami '"'. Voici, du reste, ce que Rose écrivait à Rancal trois jours après ''' :

Paris, tk mai 1799.

Vous avez appris, mon cher, l'aventure qui m'est arrivée. Il s'agit actuellement d'en profiler pour lo plus jjiand bien de la nation cl des particuliers qui la composent. H s'agit de désaristocratiser la poste et de lui rendre la confiance dont elle doit jouir.

Nous travaillerons, nous nous priverons de tout plaisir pour parvenir à notre bul, et reries le dial>le s'en mêlera si nous n'y parvenons pas.

. . . J'ai oublié de vous acheter les travaux de Mirabeau. Je réparerai cet oubli aussitôt que j'aurai de l'argent. J'ai élé fait administrateur lorsque j'avais pour toute fortune 60 livres en assignats. H faut que j'emprunte quelques écus pour attendre la fin du mois. . .

C Décrets : du 1 9 juin 1790, qui résilie la secrétaire de l'Intendance des Postes». Là comme

ferme des Postes; du 9 juillet, qui supprime, ailleurs, en attendant la réorganisation cora-

entre autres dépenses, celles tr relatives aux em- plèle, on conservait provisoirement l'ancienne

ployés et bureaux de l'Intendance»; du a6 août, machine.

qui fixe au 1" janvier 179a l'entrée en fonction (') Cf. d'ailleurs le Patriote du i5 mai et le

de la nouvelle administration. — Cependant Moniteur du a3.

les billets écrits à Bosc par Madame Roland en W Coll. Beijame. Letli-e citée par M. A. lîcy,

mars 1792 portent encore ità Monsieur Bosc, p. aS.

Bosc eut pour collègue , comme administrateur des Postes , un autre vieil ami des Roland , — et aussi dePache, — Gibert, bien des fois mentionné dans les Mémoires (l\, 210-91 3) et dans la Correspondance {passim, et surtout dans les Lettres Cannet). Ils furent là, dans un service qui avait une si grande importance, à ce moment-là surtout, — à cause de la correspondance patriotique avec les départements que Roland se hâtait d'organiser, — les hommes de confiance du ministre. On peut voir au ms. 6a'13,fol. ii5, ii6, i5i-iî)a, i56, 167, quelques spécimens des notes que Roland leur faisait passer dans les moments d'urgence. C'est d'ailleurs au sein de leur simple et franche amitié que le ministre et sa femme allaient se reposer, dans les courts répits que leur laissait la fièvre des affaires. H y a dans Barrière (11, 11), qui écrivail en 1890 avec les souvenirs de Bosc, une jolie anecdote sur un dîner offert par lui, au bois de Boulogne, à Roland et à sa femme (six convives en tout, dont trois minislres), el qui coûta quinze francs! De même, c'est chez Gibert, dans sa rustique maison de Monceau, que nous voyons Madame Roland, à la Cn de septembre 1793''', aller chercher quelques moments de paix, après ces massacres qui lui avaient arraché, dans ses lettres à Bancal , de si nobles cris d'indignation et de pitié.

§ 13. Sainte-Radegondk.

Nous avons déjà parlé du projet agité en 1790 et 1791, entre Bancal, Lanthenas, Bosc et les Roland , pour acheter ensemble un domaine ecclésiastique vendu comme bien national et aller y vivre en commun. Plus d'un de leurs amis parla d'y j)artieiper : Chanipagneux , à Lyon, devait en être; un Anglais, quaker et fpythagoricieui , qui voyageait alors en France, Robert Pigott, parlait d'y mettre des fonds considérables; Brissot, qui songeait à y entrer, avait préparé les statuts (voir Appendice L). Buzol lui-môme, lorsqu'il se lia avec les Roland en 1791, parut s'y intéresser. Mais oîi s'établir? Le Beaujolais ou le Lyonnais, où on cherclia d'abord, furent linalement écartés; Bancal penchait naturellement pour l'Auvergne. Lanthenas avait en vue la riche abbaye de Mortemer, en Normandie. Au bout du compte, chacun s'arrangea de son côté. Dès juillet 1791, Rancal avait acheté le domaine de Bonneval, en Auvergne; Roland acquit (cn mars 1798!) un domaine à Villeron, au district de Gonesse. Mais Bosc avait réussi à faire acheter par Bancal, — en dehors du grand projet, — le modeste prieuré de Notre-Dame-du-Bois-Saint-Père, dit Sainte-Radegonde, dans sa chère forèl de Montmorency''*. L'actjuisition , entamée dès le mois d'août 1791, ne fut définitivement conclue que le là février 179a , au prix de 8,iao livres. Bancal étant alors en Auvergne, par l'intermédiaire de Bosc. Dès lors, on le voit administrer le petit domaine pour le compte de son ami , y aller en toute occasion. Il n'est pas certain , dit M. Auguste Rey, ([ue le vrai maître (Bancal) y ait fait plus d'une visite pendant toute sa vie : "C'est à croire qu'il avait acheté ce coin de foriH pom' la seule joie du botaniste".

Bosc, (pii avait passé sa première enfance'dans les forêts de Bassigny, trouvait là de quoi

") Voir le rapport de Brival, en avril 1798, a été lacontée, avec beaucoup de charme, par sur les irPapiers trouvés cliez Roiand». M. Au(;uste Rey, dans ses études sur Bosc. Nous

'*' Toute cette liistoire de Sainle-Radejjonde ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur.

satisfaire ses g-oùls de naturaliste et son amour de la vie rustique. Une lettre à Bancal du 12 avril 179a (A. Rey, p. 92) nous le montre taisant des réparations au prieuré. Dans une autre lettre du i4 mai, déjà mentionnée, il dit : kU faudra bien que je trouve quelques moments pour aller à Sainte-Radegonde, car l'exercice, l'air de la campagne est nécessaire à mon existence» [ibid., p. ih). Puis, le 26 mai (ihid.) : wJ'étais invité à aller dîner chez Roland pour causer de votre personne; mais ma tête a besoin de repos, et je préfère aller coucher à votre ermitagei.

L'ermitage, situé au cœur de la forêt, dans une clairière, à 600 mètres environ du château de La Cliass?, près de la croisée de la roule des Fonds avec le chemin qui mène de Saint-Prix à Bouffémont, a été trop bien décrit par M. Auguste Rey pour que nous puissions rien ajouter au tableau. D'ailleurs , une jolie phototypie , dans son livre (p. 82) , représente bien l'état actuel. 11 n'y manque que la petite chapelle et son clocher, mentionnés dans l'acte de vente ainsi que dans les Mémoires de La Revellière-Lépeaux (I, 166); ils ont été démolis en 18^2. Une vieille paysanne, logée dans ime chambre de la maison, servait de gardienne.

C'est là que Bosc passa les mauvais jours de la Terreur et abrita ses amis proscrits.

§1/1. Les MAUVAIS JOUBs.

Car les temps allaient vite. Roland quittait le ministère le aS janvier 1798. Désireux d'aller chercher au Clos la retraite et l'oubli , mais ne pouvant quitter Paris sans avoir obtenu l'apurement de ses comptes, il le sollicitait en vain. La Convention avait bien d'autres affaires! L'ajournement laissait d'ailleurs l'ancien ministre sous sa main, comme en otage. En attendant, les dénonciations, les menaces de mort se succédaient autour de cet humble iogis de la rue de la Harpe oii il s'était retiré. Déjà, dans les deux derniers mois de son ministère, il avait diî trois fois, avec les siens, aller passer la nuit chez des amis. H fallut recommencer. Les deux billets suivants '*' nous apprennent que, pendant quelques jours an moins, il conduisit sa femme et sa fille dans quelque village de la banlieue de Paris :

Vous êtes ailé à ta maison; votre amitié, vos soins, vos sollicitudes ont continué, ot vous ignorez sûrement toute l'étendue des nôtres. Mon ami, nous sommes liors des murs depuis liuit ou dii jours; je vais cependant y rentrer sous peu; la crainte de la mort deviendrait cnGn pire que la mort même; et c'est là le moindre de mes chagrins '^'. Brûlez ce billet. Je \ous donnerai avis de ma réintégration dans mon domicile, que j'abandonnerai, ainsi que Paris, ie plus tôt que je pourrai.

Obligez-moi de faire passer la lettre ci-jointe à son adresse ; je l'ignore entièrement.

Donnez-nous de vos nouvelles et de celles de la chose pubUque, ce que vous en voyez, ce que vous

'■' Collection Morrison. Le premier de ces leur teneur indique assez qu'ils sont de la pé-

deux billets, dont nous avons déjà cité quelques riode dont nous parlons, et qu'ils sont pour

lignes dans l'Avertissement de l'année 1798, a Bosc, puisqu'ils proviennent de ses papiers, été publié par M. A. Rey (p. ap), à qui <^' Roland fait évidemment allusion à ses cha-

M. El. Charavay l'avait communiqué. Les deux grins domestiques, aux cruels aveux de sa

autographes ne portent ni date ni adresse. Mais femme. Cf. Mèm., II, aAA.

en savez, ce que vous en présumez. Remettez ou envoyez votre lettre à notre domirile. Je vous embrasse de tout mon cœur, quoique très tristement.

J'arrive; je passerai la journée ici; ne pourriei-vous pas me venir voir ce soir entre 8 et y heures? Nous causerions. Demain matin, je vais chercher la famille et je ia ramène dîner ici.

Je vous envoie plusieurs lettres qui ne me regardent en façon quelconque. J'en ai déjà décacheté plusieurs et l'on en viendrait à me ruiner; faites-moi décharger de ces ports, et, si l'on veut, qu'on garde les lettres ^''.

Je vous adresse le plus honnête homme qui ait partagé mon administration, M. Heurtier'"'; si vous pouvez l'obliger, vous m'obligerez beaucoup. Salut de tout mon cœur.

J'ignore l'adresse de Saint-Aubin'". Obligez-moi de lui faire passer tout de suite le billet ci-joint.

Survint le 3 1 mai , rinsiirrection de ia Commune de Paris. Dès le matin , Bosc eut une alerte pour son propre compte. ^Le 3i mai 1798, dit Cuvier, M. Bosc fut arrêté dans son domirile [rue des Prouvaires], et nous le disons avec honle, par un homme qui, sous prétexte d'histoire naturelle, s'était depuis longtemps insinué dans sa familiarité. On le conduisit à la Poste, où on le rendit témoin de la première violation du secret des lettres qui ait eu lieu depuis qu'il en étitit administrateur. A la vérité, la Convention, non encore subjuguée, le rendit pour lors à ses fondions, et comme son déparlement personnel n'embrassait que les messageries , il put encore y vaquer sans déshonneur ...»

Mais ces inquiétudes personnelles n'étaient pas pour le détourner de veiller sur ses amis. Ce même jour, dans la soirée, des émissaires du Comité insurrectionnel se présentent chez Roland pour l'arrêter. 11 parvient à leur échapper, et c'est chez Bosc qu'il va chercher un asile, dit une tradition de famille que M. Rey a recueillie et que les circonstances relatées par Madame Roland dans ses Mémoires (I, i3) rendent fort vraisemblable. Pendant ce temps, .Madame Roland était arrêtée dans la nuit et conduite, le 1"' juin, à 7 heures du matin, à l'Abbaye. A peine écrouée, c'est à Bosc qu'elle songe, et elle lui adresse le billet si souvent publié et cité (n" Sûh de la Correspondance), qui se termine par ces mots : -Je vous embrasse cordialement; k la vie el à la mort, estime et amitié".

La prisonnière avait raison de compter sur Bosc. Déjà, en a])prenanl l'arrestation, il était accouru au logis, où la petite Eudora était restée avec les deux domestiques, et l'avait conduite chez les Creuzé-Lalouche, qui demeuraient alors ii deux pas de là, rue Hautefeuille, n" 1 1, el qui la reçurent au nombre de leurs propres enfants (Mémoires, 1, 43). Creuzé avait un rôle assez elTacé à la Convention pour n'être pas compromis avec ses amis de la Gironde. Il s'agissait ensuite de faire sortir Roland de Paris. Le a juin, — tandis que les canonniers d'Henriot arrachaient à la Convention l'arrestation des Vingt-deux, — Bosc lit franchir à son ami la ligne des barrières et le conduisit à Sainte-Radegonde (A. Rey, p. 26).

"i Ce détail sufTirait à prouver que ce billet avec Roland à l'ouverture de l'Armoire de fer.

suit de très peu la sortie du ministère. W Commissaire à la comptabilité, employé à

'" Architecte des Tuileries, qui avait assisté vérifier les comptes de Roland. Cf. Mém., I, 3oo.

Roland y passa \a première quinzaine de juin, el parvint ensuite à gag'ner Rouen, ofi ses vieilles amies, les demoiselles Malortie, l'abnlèrenf jusqu'au jour où il sortit de chez elles pour se tuer (voir Appendice D, 8 5). La retraite de Roland à Sainte-Radegonde est attestée par Barrière {Notice, pr xLvm), par La Revellièrc-Lépeaux (I, i63-i64), par Cuvier [Notice sur Bouc), el par Rose lui-même, dans une lettre à Broussonet du .99 mars 1796, citi'e par M. Uey (p. 26).

Ainsi, vers le milieu de juin, le père et l'enfant étant en sûreté, Bosc n'avait plus à s'occuper que de la mère. Déjà, il l'était allé voir à l'Abbaye (AfewiOiVes, I, 'ii-/i,3). Après qu'elle eut été, le ih juin, transférée à Sainte-Pélagie, il resta un de ses visiteurs assidus, lui apportant des fleurs du Jardin des Plantes, dont son ami André Thouin était jardinier en chef (iWémoire.s, I, a 18).

Mais il dut bientôt ralentir ses visites. Madame Roland écrit en août [Mémoires, I, 926) : «J'invite Bosc, qui déjà a donné sa démission, de ne pas courir les risques de la détention en me faisant des visites ; et je le vois une fois par semaine , pour ainsi dire à la flérobée . . . ^ .

Selon Cuvier, Bosc n'aurait quitté l'administration des Postes qu'un peu plus tard. trLe i4 septembre lygS fut le jour de sa destitution. 1 11 semble que les faits puissent se rétablir ainsi : un décret du 24 juillet 1798 avait prescrit de procéder incessamment à la formation d'une nouvelle administration des postes el messageries , celle que Clavière avait organisée en mai 1792 étant nécessairement suspecte. Le décret décidait (art. 2) qu'il y aurait T neuf administrateurs , élus par la Convention nationale, sur la présentation du Conseil exécutifs. Nous lisons ensuite, dans le Procès-verbal du Conseil executif pnvisoire , séance du 6 août (Aulard, Salut public, V, 487) : "Le Conseil exécutif provisoire, en conformité du décret du a 3 et 2 4 juillet dernier, qui charge le Conseil de désignera la Convention nationale neuf citoyens pour composer la nouvelle administration des Postes et Messageries . , . , présente les neuf citoyens dont les noms suivent. . . -. Suit la liste, sur laquelle Bosc ne figure pas. C'est vraisemblablement alors qu'il avait donné sa démission, mais en continuant [)rovisoirement son service. Les nouveaux administrateurs ne furent nommés que les G et 10 septembre (voir Procès-verbaux de la Convention), et cela explique (ju'il n'ait été définitivement remplacé que le i4.

Use retira alors à Sainte-Badegonde, tant pour assurer sa sûreté personnelle (jue par raison d'économie, puisqu'il perdait, avec sa place, son unique gagne-pain. Aussi, à partir du h septembre, n'est-ce plus à lui que Madame Boland fait passer les itcaliiersji de ses M*ïmoires qu'elle rédigeait dans sa prison et dont il avait été jusque-là le dépositaire : c'est an géographe Mentelle, ami de Brissot, mis en relation avec elle par une circonstance fortuite, et moins surveillé que Bosc, qu'elle adresse dès lors ses communications'' . Mais les visites de Bosc, pour être moins régulières, ne cessèrent pas encore. «Jusqu'au milieu d'octobre, dit-il dans une note rédigée plus tard pour Barrière'*', j'avais pu voir deux ou trois fois

C Voir nos reclierches là-dessus, dans la W Elle se trouve en copie au ms. oSS.*?, fol.

fieWH(ion/ifl«ffli»p de janvier 1896 et de mars- ?,hi. — M"' Cl. Bader, quia eu rautonjraphe

avril 1897 «Elude critique sur les manuscrits de entre les mains, l'a publié dans le Cnrre^fondnnl

Madame Roland?). du 10 juillet 189a.

APPE\DICE K. 68H

par semaine Madame Roland dans sa prison , par la protection de l'excellente M" Bouchot [lisez Bouchaud], femme du concierge, mais alors on mit un espion dans le guichet et il me devint impossible de pi'nélrer dorénavant jusqu'à elle ...»

Le baron de Silvestre nous apprend comment Bosc, suspect et signalé, s'introduisait dans Paris : «Il osait, sous divers déguisements, entrer dans la ville, pénétrer dans les prisons, consoler les malheureux prisonniers; habillé souvent en paysan, il portait sur son dos, dans une hotte, les provisions qu'il avait pu se procurer'-.

C'est ainsi qu'il visita Servan, le ministre de la Guerre de 179a, non pas à la Conciergerie, comme le dit Cuvier, mais à l'Abbaye, où Servan, après avoir été destitué eu juillet 179.3 de son commandement de l'armée des Pyrénées orientales, avait été incarcéré et fut heureusement ouidié.

Une des lettres, les plus intéressantes delà Collection Beljame nous le montre aussi assistant de son amitié la famille de Brissot, pendant que l'infortuné se débattait devant le tribunal révolutiounaire et marchait au supplice ". Le t6 novembre 1790, ,M"" Dupont, la vaillante belle-mère de Brissot, retirée dans le Boidonnais, son pays, et pleine des souvenirs de la catastrophe dont elle venait de franchir le second anniversaire, écrivait à Bosc : . . ."Je viens de passer des jours pénibles et do compagnie avec vous. Car c'était le sensible, le complaisant Bosc, qui vint partager ma douleur le 3o et le 3 1 de cet horrible mois d'octobre. Sûrement nos pensées étaient réunies, ces malheui-eux jours, sur les mêmes objets, hélas! hélas I ... - .

En même temps, il restait en communication avec la prisonnière de Sainte-Pélagie, par l'intermédiaire do M°" (îrandchamp et de Mentelle. Lorsqu'elle forma le dessein de prévenir |)ar le poison l'écliafaud auquel elle se savait destinée, c'est à Bosc qu'elle s'adressa. ffEUe me demanda , — dit Bosc dans la note dont nous avons donne plus haut les premières lignes, — par une longue lettre motivée, que j'ai trop bien cachée puisqu'il m'a été impossible de la retrouver lors de l'impression de la première édition des Mémoires, une suffisante quantité d'opium pour pouvoir s'empoisonner. Je lui répondis négativement en chei'chant à lui prouver qu'il était aussi utile à la cause de la liberté qu'à sa gloire future qu'elle se résolût à monter sur l'écliafaud. C'est à celte lettre, la ping pénible que j'aie écrite de ma vie, qu'elle répond parcelle du a6 octobre 1793.-'

Cette réponse de .Madame Roland du a6 [lisez ay] octobre .se tenninait ainsi : trJevous embrasse tendrement. . . Jany [r. à d. Mentelle] vous dira ce qu'il est possible de tenter un matin: mais prenez garde à ne pas vous exposer». Il s'agit évidenmient d'une dernière \ isite que Bosc voulait faire à celle qui allait mourir.

I>e 8 novembre, dans l'après-midi, Madame Roland fut conduite au supplice. Quelques heures après, Bosc, arrivant de Sainte-Radegonde , entrait chez M"" Grandchamp , où Men-

'*) Brissot, quelques jours avant sa mort, le du jour où il fut condamné, il écrivait à sa

a3 octobre, écrivait à M"" Dupont (A/e'm. , IV, ferarae (ibid., lia']) : «Souviens-loi qu'avant ce

b'Ai) : «Je connais le brave citoyen qui vous dernier moment je veux te voir, ainsi que mon

rend d'aussi grands services, son nom se ^ra- ami». Tout semble indiquer, si l'on rapproche

vcra dans mon âme, e'. je lui voue une éler- ces deux passages de la lettre que nous allons

nelle reconnaissance». Le 3n octobre, le malin citer, qu'il s'agit de Bosc.

telle se trouvait déjà. Leurs sanglots lui apprirent la faLile nouvelle. Ce re'cit de M"" Grandchamp met donc à ndant l'anpcdote, rapportée par M. Dauban [Eiude, p. xci) et souvent reproduite après lui, qui montré Bosc suivant déguisé la fatale charrette.

(tJe n'ai jamais eu de bijoux, disait Madame Roland dans ses Dernières pensées , écrites entre le 5 et le 8 octobre; mais je possède deux bagues de très médiocre valeur qui me viennent de mon père; je les destine, comme souvenir, l'émeraude au père adoplif de ma fille [Creuzé-Latouche] , et l'autre à mon ami Bosc.i [Mém., 11 , 268.)

Elle lui avait aussi envoyé un autre souvenir. Barrière dit, dans son édition de i8ao (t. I, Notice, p.xi,; cf. t. 11, p. 3ii) : crM. liosc possède un dessin achevé par Madame Roland douze jours avant sa mort'''. Le dessin représente une tète de vierge; en bas, sont écrits ces mots, de la main de Madame Roland : wJe sais que mon ami Bosc sera bien aise rd'avoir ce mauvais dessin , crayonné des mains du courage et de l'innocence persécutés. Mon itamitié le lui destine. 1

§ 1 5. Epilogue.

Nous devrions terminer ici cet Appendice, au moment où s'arrête la Correspondance. Mais la vie de Bosc a été trop étroitement mêlée à celle des Roland , il a veillé avec trop de sollicitude sur leur fdle et de fidélité sur leur mi'moire pour que nous puissions le quitter, sans marquer rapidement les traits essentiels des trente-cinq années pendant lesquelles il leur survécut.

Rose passa à Sainte-Radegondc, caché, vêtu en paysan, se risquant quelquefois dans Paris, toute la période de la Terreur. Il donna asile dans l'ermitage à La Revellière-Lépeaux pendant trois semaines (mars 1796), puis au malheureux Masuyer qui, pourn'avoir pas su y rester, se fit arrêter el fut exécuté le jour même. C'est dans ce logis rustique, -rau-dessus de la poutre de la porte charretièrci (A. Rey, p. 45), qu'il avait caché les cahiers manuscrits des Mémoires de Madame Roland , tant ceux dont il avait reçu le dépôt direct que ceux qui lui avaient été remis ensuite par Mentelle.

Dans les derniers jours de la vie de Madame Roland, il avait confié Eudora, que les Creuzé-Latouche ne pouvaient plus garder, à une maîtresse de pension, appelée M'" Godefroid. Dès qu'il put, après la Terreur, se montrer et agir, il se fit nommer tuteur de l'enfaiil (décembre 179'j) et commença les procédures pour lui faire rendre l'héritage de ses parents, en partie confisqué, en partie sous séquestre. En décembre 1796, Eudora Roland se trouvait remise en possession de la maison de Villefranche , du Clos, du domaine de Villeron et de l'héritage de sa cousine Trude, à Vaux, près Meulan. Mais il avait fallu la faire vivre pendant celte longue année de démarches : Bosc publia, chez Louvet, qui s'était établi libraire et éditeur tout en se faisant réintégrer à la Convention, les Mémoires de Madame Roland , sous le titre de Appel à l'impartiale Postérité. L'ouvrage parut en quatre parties .

"' C'est-à-dire prcciséniPiit le 97 octoltre, a un exemplaire au ms. gSSS, fol. 290. L'oil-

jour où elle lui écrit sa dernière lettre. Elle dut ginal est au château de Rosière, près ISourgoin ,

lui envoyer le tout en même temps. — Harrière chez M'"* Eudora Taillel, arrière-petile-fdle des

avait publié un fac-similé de ce dessin. 11 y en Roland.

du 9 avril aa 8 juin 1795. Il s'en vendit 13,000 exemplaires. D'après le compte de tutelle reudu h Eudora Roland (ms. 9533, fol. i35-i38 ), le produit aurait été de 98,570 francs, mais en assignais! Aussi les papiers delà collection lleijame uous montrent-ils le tuteur et la pupille manquant presque de pain à l'automne de 1796. Bosc était sans emploi, malgré le triomphe de ses anciens amis et le bon vouloir de La Revellière-Lépeaux , devenu membre du Directoire. Il avait refusé de redevenir administrateur des Postes, parce qu'il aurait eu pour collègue un de ceux qui l'avaient fait destituer deux ans auparavant.

En même temps , son àine était étrangement ti'oubiée : il venait de découvrir qu'il aimait sa pupille et il songeait à l'épouser! Il avait près de 37 ans et elle venait d'en avoir i/j! Etait-ce la mère qu'il continuait à aimer dans la lille? Sans nous arrêter à ce problème de psychologie , constatons qu'il fit aussitôt son devoir d'honnête homme. Eudora Roland ne pouvait plus demeurer auprès de lui : M"° Aimée Malortie, mandée par lui, ai'riva de Rouen à la fin de novembre 1790 et emmena la jeune (ille dans cette maison qui avait déjà servi d'asile à sou père proscrit. Bosc prenait ainsi le temps d'aviser.

Au début de 1796, il se croyait payé de retour (lettre à Broussonet, du 99 mars, citée par M. A. Rey, p. a6 et ^7). Mais deux mois après il était détrompé et demandait à La Revellière-Lépeaux de le faire nommer consul aux États-Unis , pour s'éloigner de la cause de .ses tourments. On lui promit le premier consulat qui viendrait à y vaquer, et il se mit en route, laissant sa pujiille à la gaitle de Greuzé-Latouche et de Champagneux. Son passeport (ms. 624 1, fol. 3i 1) est du 3 juillet. Il emmenait avec lui son fils Louis. Ils firent à pied le trajet de Paris à Bordeaux, -faute de moyens de voyager autrementi , dit Cuvier. Arrivé à Bordeaux vere le 18 juillet, Bosc mit à la voile exactement un mois après, et débarqua à Charleston lo i4 octobre. Son ami, le naturaliste André Michaux, qu'il croyait y trouver, venait d'en partir. Bosc s'installa dans son jardin botanique , lit de nombreuses recherches d'histoire naturelle, correspondit avec ses amis de France (nous avons lu des lettres de lui à Brongniart, à Bancal, à M'"' Louvet), et s'apaisa peu à peu. Le mariage d'Eudora Roland avec un des fils de Champagneux, le i3 décembre 171)6, mettait d'ailleurs fin à son rêve.

Nommé vice-consul à Wilmington le 6 juillet 1797, puis consul à New-York le 3o juin 1798, mais ne pouvant obtenir Vcxequatur à cause des graves difllîcultes alors pendantes entre les Etats-Unis et la France, il se décida h revenir. Le aS septembre, il débarquait à la Corogne, le 18 novembre il arrivait à Bordeaux et le 3o à Paris. Le natiu-aliste avait fait avec la lenteur d'un curieux le ti-ajet de la Corogne à Bordeaux, mais, entre Bordeaux et Paris, il ne s'était arrêté que pour aller voir M"" Guadet h Saint-Émilion, pieux pèlerinage à la recherche des traces de ses infortunés amis, Guadet, Barbaroux, Pétion et Buzot.

C'est là , en effet , un des traits les plus marquants de sa vie , la fidélité , la fidélité aux morts , à leurs veuves et à leurs enfants. Dès le i3 février 1795, nous le trouvons en correspondance avec M"' Guadet;à Bordeaux, c'est chez M"" Gensonné qn'ila soin de descendre; deCharleston , il envoie ses consolations à M"" Louvet, désespérée de la mort de son mari ; c'est à lui que la belle-mère, la veuve, les belles-sœurs de Brissot s'adressent dans leurs embarras de tout genre. Recherchant avec persistance , avant son départ pour l'Amérique comme après son retour, les écrits qu'ont pu laisser les Girondins fugitifs et qui ont été saisis dans leurs dépouilles , il obtient la restitution des Métnoires de Barbaroux , et les remet à son fils en 1 8 1 o ,

lorsque l'enfant est devenu jeune homme et peut les recevoir. Plus tard, sous le Consulat, il use du peu de cr<^dit qui lui reste pour faire accorder des bourses dans les lycées à ce même fils de Barbaroux et au fils de Guadet. Il s'occupe du fils de Louvet. La collection Beljame,ies Papiers Roland (ms. 953a-()5.3'i) contiennent de nombreuses marques do celte incessante activité au service des familles de ses illustres amis , et complètent les renseignements divers recueillis déjà par M. Vatel et dispersés dans le livre si curieux , mais si confiis que cet érudit a publié sur CÀarlolte de Cordriy et les Girondins.

Rentré à Paris , Bosc liquida un passé douloureux en faisant remettre à Eudora Roland , devenue M°" Pierre-Léon Cliampagneux , le manuscrit des Mémoires de sa mère , puis se maria avec sa cousine Suzanne Bosc, de Pierre-Ségfade , le 9 avril 1799. D'autre part, après avoir vécu quelques années de modestes et obsciu-s emplois administratifs , la protection de Cuvier et de Gliaptai le fit nommer inspecteur des pépinières , situation qui lui permit, avec l'appoint, longtemps nécessaire , de divers travaux de librairie , d'élever honorablement sa nombreuse famille (il eut six enfants). Alors commença pourlui une vie paisible, tout entière consacrée à sou intérieui', à ses fonctions, à son labeur scientifique que couronna, le 11 août 180G, son élection à l'Institut. Sur ce fond tranquille et monotone, nous ne voyons se détacher que deux incidents :

ffEn 181/1, dit la Biographie Rabbe, pendant le séjour des souverains alliés à Paris , l'empereur Alexandre voulut entrelenirun homme dont la vie avait été consacrée à l'étude d'une science qui, en fécondant les terres, enrichit les Etats. ï\ passi une soirée entière chez M. Bosc. L'empereur d'Autriche, François II, eut à la môme époque une conversation de plusieurs heures avec lui sur les sciences naturelles et désira lui laisser un honorable témoignage de son estime.» Si le savant ne put refuser l'honneur embarrassant de ces visites, que dut penser, en remontant dans ses lointains souvenirs, le Jacobin enthousiaste de 1 791 , le collaborateur de Brissot?

Quatre ans après, Monge, radié de l'Institut par la seconde Restauration, mourait le 98 juillet 1818. Une autorité ombrageuse avait refusé toute pompe officielle à ses obsèques: mais deux membres de l'Académie des sciences, Huzard et Bosc, ffeignirent d'oublier que Monge avait été destitué, qu'il n'était plus leur confrère, et se joignirent au cortège en costume de membre de l'Institnt» (Arago, Biographie de. Monge, p. i5i). Le ministère Ûecazes n'en tint pas rigueur au courageux savant , puisque précisément l'année suivante il le décora et le fit inspecteur général. Mais Bosc avait prouvé qu'il ne reniait rien de son passé.

Quelques lettres de la collection Beljame nous le montrent resté en correspondance avec Bancal, Dulaure, La Revellière, et le ton d'aflectueuse confiance qui règne dans ces lettres fait assez voir qu'entre ces hommes qui avaient été soulevés par les mêmes espérances , mis à l'épreuve des mêmes périls , subsistait la religion des souvenirs. Parmi ces souvenirs , les plus chers au cœur de Bosc c'étaient l'ermitage de Sainte-Radegonde et la mémoire de Madame Roland. Lorsqu'il perdit en 1801 son premier enfant , il voulut que Bancal lui vendit deux arpents de son coin de forêt pour y déposer ses restes, et il y a là un funèbre enclos qui est encore le cimetière de la famille. Quand Barrière entreprit, en 1820, de donner une édition des Mémoires de Madame Roland , c'est auprès de Rose qu'il alla se documenter.

Bosc lui confia les frag-meuts des rcahiers'i de Madame Roland qu'il n'avait pas cru devoir faire entrer dans son édition de 1796 , notamment les portraits de Chénier, Mercier et Dussaulx, et les deux cahiers intitules lirissol et Dmiioii, que Barrière d'ailleurs ne publia pas et qui sont entrés en i8tja à la Bibliothèque nationale (n. A. fr., ms. Ji&^). Il y joignit seize des lettres que Madame Roland lui avait adressées, y compris le billet du 1" juin 1 7 9 3 et, en outre, les cinq lettres à Jany (Mentelle), tout en ne l'autorisant à en publier ([ue deux (celles des a8 septembre et 8 octobre 1798), à cause des révélations sur Buzot que contenaient les autres. Mais il garda par devers, lui (peut-être en donna-t-il quelques courts extraits) les cahiers des confessions intimes, "le dernier Supplément adressé uominémeiii à Junij-^ (voir lettre 553),qu'il tenait de Mentelle, et qu'il n'avait voulu ni publier en 1790, ni insérerau manuscrit rendu depuis à M"" Champagoeux. Ces cahiers ne se retrouvent plus. 11 retint aussi un nombre considérable des lettres de Madame Roland, dont il n'avait publié qu'une [«rlie en 1790 (avec des coupures). Dix-huit de ces autographes sont revenus ensuite à M"" Ghampagneux et figurent aujourd'hui aux Papiers Roland. \'° série (ms. 6a38-6a43), de la Bibliothèque nationale; deux autres , recueillis par M. Faugère, sont dans la 9' série (ms. 9539-953^1). Un bien plus grand nombre (80) est parvenu, nous ne saurions dire comment, après la mort de Bosc, à M. Jules Desnoyers, bibliothécaire du Muséum, et a passé de là dans la collection Alfred Morrison. Quelques autres, donnés par Bosc à des amis . ont circulé ensuite dans les ventes d'autographes.

Bosc mourut le 10 juillet 1898 et fut inhumé à Sainte-Radegonde.

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