FLESSELLES
II y avait à Amiens, au temps où Roland y fut inspecteur, un jjroupc de manufacturiers intelligents cl hardis, avec lesquels il eut d'étroites relations d'affaires et d'amitié. L'inspecteur, toujours à la recherche de procédés in<lustriels et de métiers nouveaux , trouvait en eux des praticiens prêts aux essais et aux entreprises que ces essais pouvaient suggérer.
Les principaux sont Pierre Flessellcs, Dcluinorlière et Martin.
Flesselles et Roland se lièrent dès l'arrivée de celui-ci à Amiens, en 1 766 '"'.
En 1773, nous voyons Flesselles occupé à introduire une industrie nouvelle à Amiens : ff L'apprêt anglais était inconnu en France en 1778, lorsque le sieur Price, anglais, apprèteur de Londres , l'apporta à Amiens , où il est encore le seul qui l'exerce ; et c'est, sans doute , le seul en France, si ce n'est le sieur Flesselles, son associé, en train de l'y exercer''''».
Voici , d'ailleurs, le long passage où Roland rappelle les services rendus par Flesselles dans celte hranche d'industrie :
... On voit, par ce relevé, qu'il s'est apprête, dans ccl atelier, plus de 20,000 pièces d'étoffes année commune : sur quoi il est à observer que l'appnH aiijjlais a donné lien à la fabiication de toules les Tamises, de tous les Durais, de tous les Sngatis et Malbourougs , de tous les Châloiis et Anacotles abandonnés depuis longtemps; de beaucoup de Blicnurts et de la plupart des Bazins à cotes, des Croisés, etc.; qu'il a singulièrement concouru à soulenir les objets anciennement connus, même ceux qui n'ont été assujettis qu'à l'apprêt ordinaire, par la raison que cet apprêt-l.'i, même dans cet atelier, se fait avec beaucoup plus de soins et de beaucoup meilleurs cartons qu'il ue se fait et ne peut se faire nulle part. Personne, d'ailleurs, n'est bien instruit en ce genre; personne n'a de fourneaux, de plaques, de presses, de mécaniques à les ferrer, semblables à celles-ci.
Justice et vérité sont les premiers devoirs de l'bomme; il m'est doux de les remplir surtout lorsque ma reconnaissance, partagée avec le genre humain, ajoute encore à leurs charmes : c'est c€ que me font éprouver ces âmes franches , ces houunes à cœurs ouverts qui me rendent sensibles et palpables les plus profonds secrets des Arts qu'ils cultivent, et qui me mettent à même d'en enrichir le public; c'est dans l'abondance de ce sentiment, dont je suis encore pénétré, que j'écrivis la deuxième note de la première page de VArl. de préparer et d'imprimer les étoffes en laine, publié en 1780 ; note que je rapporterai ici avec d'autant plus de plaisir, ([u'cllo est, pour la même personne, également applicable à l'Art que je viens de décrire :
(tM. Flesselles est celui qui en a le plus étendu la pratique (de l'impre.ssion des étoffes eu laines). Cet artiste, plein de hardiesse, d'un zèle très actif et d'une confiance sans bornes dans les entro-
(') fc Depuis dix-huit ans que je le connais n, '*' Ibid., p. 386. On voit, dans ce mênn' ou-
écrit Roland en 1784. {Dict. des manu/., t. l, droit, que Price refusa d'ouvrir ses ateliers à p. ici.) Holker. (Cf. Appendice (j., S a.)
prises, l'sl le seul pcut-iHre qui mette autant et plus d'ardeur à répandre tes connaissances utiles et à voir Oeurir les Arts mêmes <[u"il cullive, qu'à recueillir les justes fruits de ses iiifatifjahles travaux. C'est lui qui a rectifié et fixé mes idées sur les procédés de cet Art, et il en a confirmé l'instruction par tous les détails de pratique qu'il m'a" mis à portée d'observer.»
On sait si je connais l'influence du commerce sur l'esprit , le caractère et les mœurs des hommes : je renvoie ceux des lecteurs, qui pourraient l'ignorer, au mot Inspecleur det manufactures et du commerce dans ce Dictionnaire, où j'en donnerai quelques idées; et je préviens que depuis quarante ans que j'obsene les con)inerçanls, depuis trente que, placé au point le plus favorable pour les bien voir, et d'où je les considère sous toutes les faces et dans tous leurs rapports, M. Flesselles, depuis dix-huit ans que je le connais, me présente l'exception la plus confiante, la plus complète, et à la fois la plus honorable, des très générales inilucnces du commerce, aussi nuisibles, aussi destructives, plus dégradantes de l'homme moral, que ne le sont de l'homme physique celles de la peste '".
Flesselles s'occupa ensuite, avec Martin, un autre manufacturier d'Amiens, son allié, d'introduire en France deux mécaniques à filer le coton, toutes deux d'importation anglaise: Rolimd collai)ora avec eux pour les construire et les perfectionner. Voici ce qu'il en dit, au tome II, p. 3o9-3ii, de son Dictionnaire :
Dans quelques endroits de cet ouvrage, notamment au traité de la filature, j'ai parlé de deux mécaniques à filer, toutes deux tirées d'Angleterre. L'une, dont j'ignore l'auteur, est en usage dans quelques manufactures à Ellicuf, à Abbeville et ailleurs. A Amiens, sur les dessins que j'en ai fournis, on vient de l'appliquer à la filature du coton. L'autre, de l'invention du sieur ArckrigbtC', admirée en Angleterre où on l'emploie avec le plus grand succès, est celle qui a été apportée en France par le sieur Martin.
On est sur la voie de perfectionner la première, d'après des idées anglaises; et ce sera encore à M. Martin qu'on devra de nous les avoir transmises. En attendant ces additions, soustractions, variations ou changements ingénieux et utiles, que d'autres peuvent également opérer, pour mettre à portée chacim de le faire, je crois devoir pubUer cette mécaniqui' telle (|u'elle est connue et mise en usage en France . . .
. . . L'autre mécaniqur ilunt j'ai parlé ci-devant, ou plutôt la suite des mécaniques pour carder le coton, le filer en gros, le filer eu fin cl le retordre; celle de l'invention du sieur Arckright, qui a fait une révolution dans les fabri(|u(>s d'Angleterre, qu'a apportée en Franci- le sieur Martin, que j'ai annoncée et présenU-e à l'Administration , dont M. Vandermonde a fait le rapport ; mécanique bien désignée de son effet par le nom de fdalure perpétuelle , dont le fil, toujours parfaitement égal, ]«'ut être porté à la plus grande finesse et au degré de tors qu'on veut; celte mécanique enfin, sur le rapport de gens instruits, a été jugée ce qu'elle est par l'Administration même. — Je ne saurais donner une idée plus positive de ce jugement qu'en transcrivant l'arrc't du Conseil, revêtu de lettres patentes enregistrées, rendu en conséquence.
Extrait des Registres du Conseil d'Iùal.
-Sur la requête présentée au Roi en sou Conseil, pai les «leurs Martin et Flesselles, rontenantque lis fabriques anglaises de bas, l'iilc et velours de coton, ne doivent la supériorité qu'elles ont sur
"1 Dict. de* manif., L 1, p. 4oi et suiv. — O Sic. C'est Arkwright (1733-1799), l'inventeur du MuH-JeiiitiJ.
LETTlmS or. «ADAMi; I10LA.>D. — II. ''-i
iMi'linii.uii: >*rtu>ALI.
658 L?:TTRES de madame ROLA^D.
celles de France qu'à la perfection de la 61alurc opérée par une machine que l'eau fait mouvoir; que jusqu'à présent cette machine n'avait point été connue en France, et que ce n'est qu'à force de dépenses, de voyages, et même de dangers, que le sieur Martin est enfin parvenu à en découvrir le mécanisme, et d'en avoir les plans; qu'il est en étal d'en établir une pareille en France, et de la perfectionner tant pour la filature du coton que pour celle de la laine; que cettii machine présente des avantages précieux pour tout ie royaume, en ce qu'elle tend à perfectionner la qualité des marchandises de manière à entrer en concurrence avec celles d'Angleterre et de l'Inde; mais qu'il fallait, pour l'établir et l'entrenir, des dépenses au-dessus des facultés des sieurs Martin et Flessclles; requéraient à ces causes les supjtliants qu'il plût à Sa Majesté autoriser l'établissement d'une manufacture de fdature continue, fabrique de mousseline, et autres étoffes de coton, sous le titre de Manufacture royale de Poix; accorder aux suppliants pendant l'espace de douze ans le privilège exclusif pour la construction et l'usage de la machine qu'ils ont introduite eu France, et quia pour objet la filature continue du colon et de la laine, y compris les macliines à préparer, carder en ruban, tirer, filer en gros, filer en lin, doubler et retordre en même temps; ordonner qu'il leur soit payé, à titre de gratification sur les fonds à ce destinés, la somme de trente mille livres; faire défense à tous particuliers de contrefaire et imiter pendant ledit temps de douze années ladite raacliine , sous peine de confiscation des machines et filatures, et de cinquante mille livres de dommages et intérêts au profit des suppliants; ordonner que les engagements qui seront contractés entre iesdits entrepreneurs et leurs ouvriers seront exécutés selon leur forme et teneur; accorder l'exemption de mifice et de logement de gens de guerre aux entrepreneurs, au directeur, et aux quatre principaux ouvriers de ladite manufacture; et que, sur l'arrêt à intervenir, toutes lettres à ce nécessaires seront expédiées ; vu ladite requête, ouï le rapport du sieur de Calonne , conseiller ordinaire au Conseil royal , contrôleur général des finances. Le Roi, en son Conseil», etc.
Copie de l'arrêt accordé aux sieurs Flesselles, Martin et Lamy, le 18 mai tj8i.
Sur la requête , etc. , ouï le rapport , etc . . . Le Roi , en son Conseil , a autorisé et autorise l'établissement d'une manufacture de filature-fabrique de mousseline et autres étoffes en coton^ a accordé et accorde auxdits sieurs Flesselles , Martin et Lamy, pendant l'espace de douze années, un privilège exclusif pour la construction et l'usage de la machine qu'ils ont introduite en France, elqui a pour objet la filature du coton et de la laine, y compris les machines à préparer, carder en ruban, tirer, filer en gros, filer en fin, doubler et retordre en même temps; à la charge toutefois de ne pouvoir, en raison dudit privilège, inquiéter ni rechercher les élablissemeuts du même genre qui auraient été formés précédemment, si aucuns se trouvaient; ordonne qu'il sera payé, à titre de gratilicjlion sur les fonds à ce deslinés , une somme de 3o,ooo fivres pendant lesdites cinq {tic) années, en cinq payements égaux d'année on année. Fait Sa Majesté défense à Ions particuliers de contrefaire ou imiter pendant ledit espace de douze années ladite machine, sous peine de confiscation des machines et filatures, et de telles autres peines qu'il appartiendra. Accorde aux entrepreneurs, au directeur et aux deux principaux ouvriers de ladite manufacture, l'exemption de milice et celle du logcmeul de gens de guerre pour rintérieur de l'élablisseuient seulement; et seront, si besoin est, sur le présent arrêt, toutes lettres expédiées. Fait au Conseil d'État du Roi, tenu à Versailles le 18 mai 178a. Collaliomié. Signé: Leinaître, avec parafe.
Les lettres patentes ont été obtenues, et sont passées au sceau le neuf juin 178^.
On comprend par là ce que Flesselles venait faii-e à Paris, en mars-mai lySi, lorsqu'il s'y trouva en même temps que Miuljinic Roland : solliciler pour lui et ses deux associés, -Martin et l.aniy, un privilège royal pour l'exploitation du MuU-Jenny.
APPENDICE l. 659
Il réiissil pleinement, puisqu'il obtiul un privilège de douze ans et 30,000 livres de gratilication. Seulement, la manufacture, au lieu d'être dtablie à Poix en Picardie, fut installée à l'Épine , [)i'ès d'Arpajon, dans un antre domaine du commanditaire, le mai'éclial de Monchy. Le passage suivant, écrit par Roland en 1788 , donne à ce sujet d'intéressants détails {Dict., l. H, 137):
J"ai vil avec étoniiement, dans l'ouvrage de M. Carra (intitulé M. de Calonne tout entier, etc. Bruxelles, 1788), une anecdote que je ne puis me dispenser de relever. . .
...M. Carra dit avoir proctu-c au gouvernement, en 1780, l'acquisition des fameuses raacliines anglaises à carder el filer le coton; il observe qu'il s'était agité durant dix-huit mois pour cet olijel: qu'il avait lail vingt mémoires pour en faire comprendre l'importaiin" au minislère; que le Iraitc d'acquisition fut fait en sa présence, le 19 octobre 1780, par M. de Calonne, avec tes sieurs Miln (|ui en étaient les inventeurt. . .
Roland, apri"» avoir réfuté les assertions de Carra, ajoute :
Les fameuses mécaniques à carder el fder le coton, par milliers de (ils à la fois, l'eau servant de moteur, ont été inventées en Angleterre, par le nommé Arckrigbt, plus de vingt ans avant qu'il ne fût question des sieurs Aliln en France. J'ai annoncé l'existence de ces mécaniques au mois de décembre 178a, et l'espoir que j'avais qu'elles nous seraient bientôt apportées en France. Elles le furent en effet, (rois mois après, par le sieur Martin; j'en pris alors connaissance , et je les adressai â TAdministratiou. Klles lurent placides à l'aris, où l'on ensuivit à loisir tontes les expériences; le savant M. de \andermon(lc en lit le rapport; et le gouvernement, parfaitement éclairé sur les avantages de leur établissement, el de l'avis de M. de Calonne, devenu contrôleur général', autorisa cet établissement, par un arrêt du Conseil du 18 mai 1784, et des lettres-patentes du 9 juin suivanl. L'établissi'ment qui, d'abord, avait dû se faire à Poix, a été formé dans une autre terre du maréchal de Noaillc»''', à l'Epine, près d'Arpajon, où il se trouvait une plu» grande chute d'eau et plus de facilités dans le local. (Tesl là (|u'il (leurit; c'est ainsi qu'il s'est élevé, avant les soins de M. (îarra, les sollicitations des sieurs Miln et leur traité d'octobre 1780. Si l'arrêt du Conseil et les lettres patentes eu <(mséquence ne prouvaient pas évidemment ce que j'avance, indépendanuuent de ce que j'en ai publié avant de connaitre les prétentions de M. Carra, je citerais, pour garant, M. de Vandermoude, employé à t'exameo de ces mécaniques et chargé d'en faire un nouveau rapport en 1788; je citerais M. le prince de l'oix, ipii alla les visiter dans un atelier où elles furent déposées, ,i Paris, porte Saint-Martin; tons les Intendants du commerce de ce temps-là , qui allèreni également les voir, ainsi que le contrôleur général, M. de Calonne lui-même; plusieurs Intendants de province, entre autres M. Bertier, M. d'Agay, M. de Flesselles; divers conseillers d'Etat; des savants, des marhirnstes, des ouvriers, des inspecteurs, etc. . .
Toute la Ciures|i()ndaiice. aussi bien que ces pages écrites de 178^ à 1788, montre que les relations continnèn'iil enliv Fless<dles et Roland, raônie après que ce dernier eût quitté Amiens.
' Ou, pour parler plus exactement, du France (1715-179/1). Il avait épousé la dernière
marérjial de Moucbv, r'esl-à-dire de Philippe héritière de la maison d'Arpajon. — Guillotiné de Noailles. duc de .Moucliv, niaréilial de
Le 3o septembre 1785. Rolaud, éciivant à Bosc (coll. Morrison, inëdit), le charge de faire passer une lettre à «M. Flesselles, entrepreneur de manufactures, à Amiens i.
En juin 1786, Roland retourne à Amiens pour y voir Flesselles et Delainorlièrc (ms. Gaio, fol. 956-961, lettre de Roland à sa femme).
En 1790, nous trouvons deux lettres de Roland h Bosc (i5 mai et 99 août, inédites, coll. .Morrison), le priant de faire passer à Flesselles, sous le couvert adminisli'atif de M. d'Eu, des billets, avec imprimés et échantillons. Les amis d'Amiens continuaient évidemment à contribuer au Dictionnaire.
La RiWolution, à Amiens, fit passer le pouvoir municipal des négociants aux fabricants : Flesselles devint électeur, puis notable et administratem- de l'Hôtel-Dieu (Alm. hist. elfféogr. du département de la Somme, 1792, p. 16, 69 et 80). Nous le verrons plus loin administrateur du département.
Il se servit alors de ses relations avec Lantlienas, qu'il avait dû connaître par les Roland, ])our se faire soutenir par le Patriote français dans ses luttes rx)ntre ses adversaires politiques d'Amiens; voir Patriote du A janvier 1799 , article de Lantlienas sur lui: du 9'j mars 1799, autre article deLanthcnas sur «P. Flesselles, citoyen d'Amiens», contre Chambosse, receveur du district de cette ville.
Le directoire et le conseil général de la Somme, ayant prolesté contre les événements du 90 juin 1799, furent dissous par un décret de la Législative (17 août) et renouvelés jiar élection (95-98 septembre). Flesselles fit partie du nouveau directoire. Nul doute qu'il n'ait travaillé alors à faire élire Roland député de la Somme (on sait que celui-ci finit par ne pas accepter) et qu'il n'ait été en toute occasion un rrUolandiste" déclaré. Nous voyons du moins, à partir de ce moment et pendant toute la durée de la lutle , Amiens se pi-ononcer pour Roland.
Le 94 novembre, une adresse des citoyens d'Amiens à la Convention exprimait leur confiance dans le ministre de l'Intérieur (Patriote français , du 1" décembre). A la séance de la Convention du 9^ mars 179^, André Dumonl dénonçait une autre adresse de la Société populaire d'Amiens , réclamant . en treize articles . la création d'une force départementale auprès de l'Assemblée, la poursuite des assassins de septembre, la destitution de la Commune de Paris, etc. . ., en un mot tout le programme de Roland, et enfin 1;^ rappel de Roland au ministère. Enfin , après le 3 1 mai , les membres du Directoire , dans une séance du 10 juin, parurent s'associer à la prolcsUition lancée par huit députés de la Somme contre l'attentat à la représentation nationale. Mais, dès le i4, la Convention, sur le rapport de Jeanbon-Saint-André, décréta leiu" suspension, leur arrestation et lem- comparu lion à sa barre. Flesselles était du nombre. Devant la (Convention, où ils comparm-ent le 19. leur vaillance ne se soutint pas. Puis, le 97, ils vinrent faire amende honorable devant la redoutable Assemblée qui, prenant acte de leur soumission, les renvoya à leurs fonctions (P. V.C., 97 juin). Mais ce fut pour peu de temps: le 9 septembre, Dumont et Lebon, envoyés en mission dans la Somme, rendaient un arri^té par lequel ils dissolvaient l'administration départementale et ordonnaient contre Flesselles et six de ses collègues la destitution, l'arrestation , avec apposition des scellés sur leurs papiers. (Voir le texte de l'arrêté dans Darsy , Amiens et le département de la Somme pendant la Révolution. Amiens. 1878, p. i3I5.)
Flesselles se cacha d'abord pendant plus de deux mois, puis se livra, mais resta très peu
(1r lenips en prison : la liste des personnes emprisonnées h Amiens pendant la Terreur, qu'a publiée M. Darsy''', porte : rr Pierre Flcsselles, négociant à Amiens, ex-adminislrateur; se constiino prisonnier à la Providence le la novembre 1798, pour obéir à un ai-rété d'André Dumont et de Joseph Lebon, du 2 septembre. — Sorti le a m. Nous le perdons ensuite de vue.
Nous avons, sur Delamorlière , un article des plus intéressants dans la Biographie des hommes célèbres, des savants, des artistes et des littérateurs du département de ta Somme (Amiens, i83.5-i838, 3 vol. in-8°). En voici un résumé:
Jean-Baptiste-Jacques Delamorlière, né à Amiens, le 11 novembre 17^0, fils d'un teinturier. 11 fit de bonnes éludes; rentré à la maison paternelle à quinze ans (son père étant déjà mort et sa mère remariée), il alla ensuite parcourir, pour s'instruire, les principales villes du Midi. Ayant perdu son beau-père, il prit la direction de la teinturerie, fse livra à l'élude de la chimie, se mit en rapports avec des savants distingués, avec Roland de La Platièi-e. . . l'éclairé par la théorie et la pratique, il agrandit son état et la fortune couronna ses efforts . . . 1 .
La Biographie nous apprend, — ce que la Correspondance indique aussi, — qu'il était beaii-frère de Flesselles (sans nous faire connaître lequel avait épousé la sœur de l'autre), et qu'il s'était associé à lui rrpour l'importation des apprêts anglais qui firent faire un pas de plus à l'industrie d'Amiens. . . - .
Elle ajoute tqu'il mit des fonds dans l'entreprise fondée à l'Epine, près d'Arpajon, par Jacques-François Martin . son frère utérin , qui , le premier, importa en France les machines |)erfectionnées d'Arkwright pour la filature continue du coton tors par chaîne ... 1 . (Ici, un renvoi aux passages du Dictionimire de Roland , que nous avons déjà cités. )
Nous retrouvons le nom de Delamorlière en 1789. parmi les 83 citoyens dévoués qui se constituèrent, le i5 juin, en Soàété civique pour assurer la subsistance en grains de la ville d'Amiens jusqu'au 1" septembre suivant, c'est-à-dire jusqu'à ce que la récolte de l'année fût effectuée. (Darsy, op. cit., p. 87.)
En 1792, Delamorlière était devenu non seulement notable, comme son beau-frère Flesseiles. mais officier municipal; il était, en outre, administrateur de l'hôpital et du bureau de charité; il était même entré à l'Académie d'Amiens (c'est la première fois, croyons-nous, <pie celle compagnie aristocratique admettait un teinturier parmi ses membres). — Voir Alm.de la Somme, 179a, p. 69, 78, 80 et 10a.
La Biographie parle ^du courage héroïque que Delamorlière montra pendant la Révolution " , et ajoute qu'il fut incarcéré sous la Terreur. Nous ne trouvons pas cependant son nom sur la liste de M. Darsy.
Il mounit le a.i novembre 1813, laissant dix enfants (sur vingt et un qu'il avait eus de deux mariages).
De Jacques-François Martin, nous ne savons rien de plus que ce qui vient d'être dit à propos de Flesseiles et de Delamorlière.
" Lei doléanee$ du peuple et lei mclimet, snuvenin de la Bérululiim en Picardie, Amiens, 1887, t vol. iii-8°. p. i3(J fl suiv.
LPPENDICE