‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 85 sur 103 · mars 1790. sion de procureur de la commune on septembre · texte numérisé non relu

mars 1790. sion de procureur de la commune on septembre

-'■' Le» premièreu années de la Révolution à 1793-

lut du procureur de la commune, puis, trois mois mois après, le ^4 février 179^2, sm' la démission de Brel et le refus de Roland, procnreiu- de la conirauno (Wahl, p. 44()-45i).

Nous le trouvons alors engagé dans une lutte nouvelle : depuis l'affaire de Varennes , il y avait partout scission entre les patriotes de la première heure : les uns résolus à maintenir (|uand même la Constitution de 1791 et une royauté sans prestige, les autres à aller à toutes les consécpiences de la Révolution. Les autorités dé|)arlemeiitales étaient pour la plupart constitutionnelles , tandis (pie les municipalités étaient aux mains du parti avancé. A Lyon, il en fut de même: d'une partie département et le district, de l'autre, la municipalité conduite par le maire Ailet, mais principalement par Champagneux et Chalier. furent en continuels conllits, dans lesquels la municipalité aurait succombé si l'entrée de Roland au ministère (aS mars 1799) n'était venue lui apporter l'appui décisif du pouvoir central. Là encore, nous ne pouvons que renvoyer an livre de M. Wahl (livre III, et siuiout [t. 478, 483, etc. . .), en remarquant seulement que Champagneux, pour en finir, se lit déléguer par ses collègues pour aller demander ftpromple justice à l'Assemblée et au Pouvoir exécutif" — on ne disait déjà plus le Roi. — C'était le 10 mai 179s, c'est-à-dire au moment où le ministère girondin prenait l'offensive vis-à-vis du souverain (\oir Avertissement de l'année 1 79!! ). La lutte se termina par un coup d'autorité : le 1 4 août , quatre jours après sa rentrée au ministère, Roland faisait suspendre les dii'ectoires du département et du district, et un décret de l'Assemblée transformait le lendemain la suppression en une destitution.

Champagneux avait eu pour compagnon d'armes, dans cette bataille de six mois, un autre officier munici|ial, Joseph Chalier, qui allait devenir, en 1793, le chef du parti montagnard à Lyon, et qui, après que les sections révoltées contre la Convention l'eurent envoyé à l'échafaud. devait partager avec Marat les apothéoses révolutionnaires. C'est un souvenir que Champagneux. loi-scpi'il eut été incarcéré en août 1798 comme f l'âme damnée de Roland"!, ne cessa d'invoquer, avec plus d'habileté que de courage, dans ses mémoires justificatifs (voir surtout fol. 167-170).

S 3. Al ministkke.

Nous avons vu qu'il s'était rendu à Paris en mai 179a , avec une mi.s8ioii de la ville de Lyon. Il semble avoir profité de ce séjour pour devenir un des collaborateurs de Roland dès sou premier ministère: -Je vins h Paris et je secondai ses travaux autant qu'il me fut possible 1 (Disc. préliiH. , p. xwi). Mais c'est seulement après le 10 août que Roland, libre de remanier ses bureaux , lui fit une place eu rapport avec son mérite '''. 11 lui confia la première di\ision [ou 1" bureau), la plus importante de toutes, qui avait dans ses attributions -la correspondance avec les 83 départements de la République, etc.. . « {Abn. mit. de lyQ'i, p. 1 39). L'em|)loi était considéi'able; il comportai) , outre le logement au j)elil hôtel de l'Intérieur. 8.000 livres d'appointenieuts (voir Patriote du a juin 1793).

'' (i'esl iilors que Champagneux einoya à Lyon sa dcinission de procureur dr la coiiiiHunc, lo .'1 septembre (ms. Ga'ii, fol. 171); cf. Walil, p. ticl.

Ce que fut ce sei-vice, organisé sur les indications de Pache, Champagneux nous le raconte dans son mémoire justificatif de i'ji^k (ms. ôa^i, fol. lya). Nous avons publié ce moi-ceau dans la Revue historique (janvier-avril 1887, p. 87). Il suffira d'en donner ici quelques lignes: irje passais à les lire [les lettres arrivant pour le ministère] et à méditer sur les réponses à faire depuis cinq lieures du matin jusqu'à dix. Depuis cette lieure jusqu'à midi , je conférais avec le minisire ; je prenais ses décisions et ses signatui'es. A midi , je revenais dans mon bureau , oii le public était admis jusqu'à quatre lieures. Le reste de la journée , sauf le moment du i-epas et quelquefois d'une promenade, je l'employais à l'examen des lettres destinées pour la signature du lendemain ... ».

C'est avec de tels travailleurs que s'est organisée la France nouvelle.

Aussi Champagneux était-il vraiment le bras di-oit de Roland , et lorsque la lutte fut devenue implacable entre le ministre et les clubs jacobins , fut-il dénoncé avec la même violence que son chef. Il ne le suivit pus pourtant dans sa retraite, à la lin de janvier 1798. Garât, qui prit le ministère de l'Intérieur, d'abord par intérim, puis en titre à partir du i4 mars, avait trop besoin des services d'un commis si laborieux et si expérimenté.

Il est évident ipie le maintien de Champagneux impliquait dans une large mesure la continuation des traditions administratives de Roland, et particulièrement du service de l'Esprii public. Il y avait eu , sous Roland , un bureau institué sous ce titre, à la tête duquel on avait placé un commis appelé A. -F. Leteliier''', mais dont Champagneux avait véritablement la haute direction , puisqu'il s'agissait d'envoyer aux autorités et aux sociétés populaires des départements (fies bons écrits'', c'est-à-dire les brochui-es, journaux, etc., qui défendaient la politi(|ue du ministère. Le parti montagnard, à l'Assemblée, aux Jacobins, dans la presse, attaquait ardemment cette institution, dont Madame Roland, dans ses MéiHoires (I, i-!-i- 1 a 5) s'efforce habilement d'atténuer le caractère combatil'. Roland parti, on pouvait d'autant moins continuer, que la Convention , le 91 janvier, avait supprimé les fonds affectés à ce service. Mais Champagneux pei-suada à Garât , en avril , de réorganiser le bureau , en lui donnant la direction d'une police politique secrète, faite par des tr observateurs de l'esprit public- (Ad. Schmidt, Tubleaiuc, I, p. i3i et suiv.). Il s'agissait avant tout de surveiller la commune de Paris, plus ardente que jamais à mettre la main sur l'Assemblée et le gouvernement. Cham[)agneux a raconté , dans un fragment de ses Mémoires que nous avons publié {Revue historique, loc. cit.), les objurgations incessantes qu'il adressait là-dessus au timide Garai.

Il usait aussi de son influence auprès de son nouveau chef, après l'arrestation de Madame Roland au 1" juin , pour la servir dans la mesure du possible. 11 se concertait avec Grandpré, l'inspecteur des prisons, pour transmettre aux ministres les réclamations hautaines de la piisonnière, non sans les avoir fait ailoucir quelque peu. Il l'allait voir à l'Abbaye (A/éwofVes, I, Si-ia), à Sainte-Pélagie [ibid., a 18). U recevait le dépôt des premiers caliiers de ses noires.

<') A.-F. Leteiiior était un ami de Bosc, ainsi la Vendée. En 1797 et 1799, il est membre du

qu'il résulli! de deux lettres de la Collection Hureau central qui administrait la ville et le

Beijamc. En 1796, nous le retrouvons commis- canton de Paris. (Ad. Schmidt, Tableaux de la

saire du Directoire dans la Loire-Inférieure et Révolution françaiu.)

La saisie des |)apiers deLauze de Perret, décrétée le la juillet, acheva de coiuproiuettre Ghampgneux. On y trouva en effet une lettre où Barbaroux, écrivant d'Evreux, le 1 3 juin, à de Perret, le chargeait de transmettre à Madame Roland des nouvelles des députes fugitifs et ajoutait: 'Pour cela, tu pourrais voir. . . Champagneux, l'un des chefs de bureaux du ministère de l'Intérieur. . . ' '".

Lorage était donc sur sa tête. Il éclata le i" août. Ce jour-là. Coiiot-d'Herbois , l'ennemi pei'soiinei de Roland et même de Garât, — il avait été candidat ati ministèi'e de l'Intérieur en mars 179a , — et peut-être encore à la fin de janvier 1793 '''. — vint faire, sous nn vain prétexte, une scène furieuse à Champagneux dans son bureau, et le qiiitla en annonçant qu'il allait au Comité de sûreté générale demander son arrestation. Champagneux de s'évader aussitôt, tandis que Collol-d'Herbois allait trouver, non pas le Comité de sùi-eté générale, mais le ministre et se |)laindi-e à lui de son commis. Garât chercha à couvrir Champagneux , rappela combien il lui était nécessiire : Ton ne pouvait le i-emplacer. parce qu'il écrit sejit cents lettres par inois''. Collot lui répondit alors qu'il démmcerait à la Convention et Champagneux et lui.

Il tint parole et, le lendemain, -j août, il obtint de la Convention un décret ordonnant l'ari-estation du ministre et de son commis, et leur comparution séparément à la barre'"'. Garât comparut seul . s'excusa comme il put , et , grâce à l'intervenlion de Danton , obtint que ce décret fût rapporté en ce qui le concernait. Quant ii Champagneux , qui avait , dès la veille au soir, envoyé sa démission au ministre'*', il se décida, au bout de deux jours, à sortir de son asile et, le à août, se présenta pour être admis à la baiTe de l'Assemblée, espérant sans doute être absous comme son chef. Mais la Convention Tie renvoya au Comité de sûreté générale et décida qu'il serait en iirreslation juseprapi-ès le rapport du dit (ioniité'''»!.

Il faut lire, dans le propre récit de Champagneux (Disc, prèlim. , p. iix-txi, et t. H. p. 390-393) les circonstimces curieuses de son arrestation : c'est lui-même qui , aussiUU le décret rendu, alla le porter au Comité de sûreté générale, en forç;i la porte, s'expliqua avec Bazire. Alquier et Amar qui s'y trouvaient, mais sans rien obtenir que cette réponse , d'ailleui-s assez naturelle, irque le Comit('î ne pouvait pas voir sans inquiétude l'ami de Roland dans les bureaux du ministère de l'Intérieur'. Après (juoi. deux gendarmes, qu'AnacharsisCloots, nu dii-e de Champagneux, siîcait allé chercher, conduisirent à La Force l'ami de Roland, et le (^mité charij^ea Ingrand de faire le rapport demandé par la Convention , rapjwrt qui ne fut jamais fait , heureusement pour le prisonnier.

") Lettre publiée par Chanipa|7neux , III, &)5, et pr Mortimer-Tornaux , VllI, 466.

"' ^onvelle» poliliquei, imtionnle» et élrangèrt$, 27 janvior 179S.

'"' Moniteur du 4 août 1798 et autres journaux du temps, dont les récits sont identiques.

<'' Garât, croyant encore conjurer l'orage, ne l'avait pas acceptée, et a«ait répondu : r Je vous en conjure, citoyen, revenez prendre un poste dont je vous ai toujours vu si digne. Nous met-

trons notre conduite sous les yeux de la Oonvention nationale, et les représentants du peuple seront justes». Cf. , sur le Ix'soin que Garât avait de Champagneux, les MétHoire» de Madame Itnland , 1 , 4a, ^ 1 4 el peumn.

'*' Pr<icè$-verbal île la OmveiUiun , 4 août 1 798. L'écrou est ainsi libellé : irpour être détenu par voie de police de sûreté générale jusqu'à ce que son affaire soit éclaircie». {Papier$ Roland, ins. ù'iii, fol. 161.)

C'esl à ce momenl-là , soit dans les deux jours d'alarmes qui précédèrent son arrestation , soit immédiatement après, que Champagneux l)rùla ou fit brûler, par prudence, les cahiers des Métnoires de Madame Roland qu'il avait chez lui '''.

S 4. La prison.

Il resta délonii pendant plus d'une année, à La Force jusqu'au i '» juillet 179/4 , au\ MadelonriPtles jusqu'au 1 1 août suivant. Il .nous a laissé, sur cette longue captivité, qu'il partagea avec les Soixante-treize, et où il vit de près Adam Lux, Miranda, Achille du Ghastellet, Valazé et Vergniaud, des souvenirs intéressants '*', auxquels nous ne pouvons que renvoyer le lecteur. Notons seulement que, même alors, il resta en communication avec la prisonnière de Sainte-Pélagie (voir lettre 552).

Un homme si laborieux ne pouvait manquer d'nlilispr le loisir que venait de lui faire (]ollot-d'Herbois. 11 composa dans sa prison nue Hkloive de France, — nn drame! — des Mémoires personnels (probablement perdns), — des Mémoires historicités, dont nous avons retrouvé quelques pages aux Papiers Jioland ''"'. Alais il écrivait aussi i-equétes sur requêtes aux autorités révolutionnaires pour réclamer sa liberté , rappeler ses ser\ ices et réfuter les dénonciations portées contre lui. (Tout ce dossier existe au ms. 6a4i, fol. itio-igô.) Une de ces dénonciations était plus i-edoutable poui- lui que toutes les autres. C'était celle d'Amar, dans son teirible rapport du 3 octobre , le signalant comme ayant associé sa plume, en faveur du ministèi'e Roland , ii celles de Brissot et de Louvet. Nous n'essayerons pas d'analyser la défense de Champagneux; elle est plus adroite que fièi-e; |)artout il atténue, il esquive les points embarrassants, il s'efface. Sur la (juestiou de t Esprit public, il renvoie à VAlmanach national de JygS, ou Letellier est indiqué comme chef de ce service. Il nie avoir eu irancune relation, quelle qu'on la puisse concevoir, avec Brissot, Louvet, ni avec aucun des députés décrétés d'accusation ou d'arrestations. Il n'a jamais eu tni relation ni correspondance avec Barbarouxji. Il n'a jamais de sa vie parlé à de Perret. En même temps, il envoie au Comité d'instruction publique de la Convention une longue notice sur Chalier, où il se réclame d'avoir été son compagnon de luttes h Lyon en 1791 et 179a. Mais si les plaidoyers de Champagneux n'ont rien d'héroïque, ils restent honnêtes: nulle part, il ne renie Roland et, même en se déclarant étranger au Bureau d'esprit public, irsans relations avec ceux qui en étaient chargés», il ajoute : fEn donnant ces éclaircissements , je suis bien éloigné de me rendre accusateur et de conjurer l'orage snr eux. Mais je dois la \ érité tout entière . et ou trouvera sans doute bien extraordinaire que, les coopérateurs de Roland dans le Bureau d'esprit public jouissant de leur liberté et de leurs places . moi étranger k leurs opérations et à eux, je sois puni pour ce qu'on leur impute... 1.

A .sa captivité s'ajoutaient de cruels soucis de famille. Son fils aîné, Benoît-An.selme .

C Voir notre Elude critique sur les vianu- des Œuvres de Madame Roland, sous le litre de

scrits de Madame Roland, dans la Révolution Notices de l'éditeur, etc. . . française dp mars et avril 1897. ''' Nous les avons publiées dans la Revue liis-

'-' Au lomc H, p. 38i)-44o, de son cdilioii torique de janvier-avril 1897.

d'abord employé dans les bureaux du ministère, s'était engagé en mars 1798, à 19 ans, pour aller combattre à l'armée du Nord, et venait, après la capitulation de Valenciennes , d'être envoyé à l'armée qui marchait sur Lyon. Quant à M°" Ghampagneux , restée d'abonl à Lyon avec deux de ses filles , elle en était sortie prudemment dès le 3 juillet , après l'insurrection déclarée de la ville , et s'était retirée à Bourgoin , oti elle avait donné asile dans sa maison aux patriotes de Lyon persécutés et fugitifs '''. En août, en apprenant l'arrestation de son mari, elle accourut à Paris, mais pour tomber aussitôt malade rr d'une maladie grave qui la tint plus de trois mois aux portes du toinbeaun (ms. Ca'ti, fol. i65).

Sa famille dispersée, sa fortune compromise (on avait mis ses meubles de Lyon sous les scellés), ses illustres amis frappés les uns après les autres, sa captivité prolongée indéfiniment, tout semblait se réunir poui' accabler Ghampagneux. 11 supporta cependant ces revers avec assez de philosophie. Enfin , quinze jours après le 9 thermidor, la liberté lui fut rendue.

S 5. Retour à Bourgoin.

11 se retira aussitôt avec tous les siens à Boui-goin, où sa prt'sence était bien nécessaire. «J'y passai, dit-il, quinze mois, uniquement occupé des soucis de l'agriculture.» I^ 8 novembre «790, il était élu agent munifiptd de Jaliieu''', et membre, en celle qualité, de la municipalité du canton de Bourgoin (Fochier, p. 3a5-397). Mais déjà il était reparti pour Paris, »oti j'étiiis appelé, dit-il, par les pressantes sollicitations de quelques amis' , c'est-àdire où il voulait voir si le Directoii-e, en s'installant et en organisant ses ministères et ses bureaux, n'avait rien à lui offrir. D'après son récit, le Directoii-e aurait hésité un instant, pour le ministère de l'Inttîrieur, entre Benezeeh et lui. En tout cas ,. Benezech , une fois nommé, lui offrit de reprendre au ministère la direction du premier bui'eau, comme aux temps de lloland et d»; Garât. Il accepta, et envoya à Jallieu sa démission d'agent municipal (Fochier, p. 333).

8 6. Retour ao MiiiiSTiBE. — Novkmbbe i^qS-Septembre 1797.

Il ne panill pas que Ghampagneux, au sortir de sa prison, pressé de courir en Dauphiné mettre ordre à ses affaires, se fût occupé de la fille de Roland. G'est Bosc qui avait veillé sur l'orpheline. Mais lorsque le bon naturaliste, épris de sa pupille, commençant h comprendre qu'il n'était pas payé de i-etour, songea à s'expatrier, nous vovons apparaître (Ihampagneux avec sa froide raison. Bosc avait quitté Paris dans les premiers jours dejuillet 1796, laissant Eudora Roland à Rouen, chez les demoiselles Malortie. Ghampagneux, auquel il semble avoir dès lors transféré, en même temps qu'à Grenzé-Litouche, la tutelle de la jeune liile, lui avait promis de le tenir au courant de ce qu'elle pourrait vouloir ou

<■' Elle écrivait i «on mari, de Bourgoin, le O Jallieu pst une commune limitrophe de

i.'{ juillnt : rOn a dû jujjcr hier le piivre Cba- Bourgoin, et les deux ohofs-lieux sont lollemciil

lier. Dieu veuille ijuc l'on mette celte ville [Lyon] juxtaposes, qu'il n'y a en réalité qu'une rue qui

à la raisonin (ras. Ba/ij, fol. 171-174). les siéparc.

LITTkES DE MADAME lOLAND. — II. 46

IMfKIHKIlIE WATIOaiLE.

faire. Quatre de ses lettres à Bosc (97, ag juillet, 3, h août), qui se trouvent dans la collection Beljauie, sont infiniment curieuses. Rapprend à l'exilé que la jeune fille a été ramenée de Rouen à Paris par une des demoiselles Malortie, qu'elle est installée chez Creuiti;- Latouche, mais que, de concert avec sa femme, Creuzé et M"' Malortie, il va la mettre en pension rrchez la citoyenne Moreau, qui a succédé à M"" Leprince de Beaumonti , irla pension la plus convenai)le de Parisn. Il y a, dans ces lettres, un rare talent dégradation. Champagneux dit dans la première : «je crains bien que voire absence soit fatale à cette enfanti. Dans la seconde, il laisse espérer à Bosc que, s'il revient dans dix-huit mois, «il trouvera le cœur d'Eudora libre». Mais, dès la troisième, il ne lui dissimule plus que fsa préférence» devenait trun fardeau» pour la jeune fille, il prend acte de sa résignation «à la voii' mariée à un autre» , il l'en loue, et lui fait déjà pressentir qu'il songe en effet à la marier <ten la confiant à de dignes mains...». Enfin, dans la dernière, il parle plus net encore : tr Je vous réponds que je serai obéi à l'égal d'un père ... Je ne crains plus d'étendre mes droits». Ainsi, en huit joiu's, le nouveau tuteur a doucement disposé Bosc au dénouement que déjà peut-être il préparait.

Cinq mois ne s'étaient pas écoulés que Gliampagneux mariait Eudora Roland avec son fils Pierre-Léon, âgé de vingt ans (elle venait d'en avoir quinze). Le mariage fut célébré dans l'Isère, à Jallieu, le i3 décembre 1796.

C'est Champagneux qui en informa Bosc , dans des lettres qui nous sont signalées par un catalogue de ventes d'autographes (Vente du 21 juillet i85C, Laverdet, expert, n° 1089) : «7 lettres a. s. de Champagneux, directeur de la première division au ministère de l'Intérieur, à Bosc, Paris, an iv-an vu, 18 p. in-4°. Il lui donne de longs détails sur le mariage de son second fils Léon avec M"° Eudora Roland, sa fille adoptive».

La disgrâce de Benczech , destitué par le Directoire aux approches du 1 8 fructidor, entraîna celle de Champagneux. Il retoui-na de nouveau cultiver ses champs.

§7. Dernières ANNÉKs.

Il profita de sa retraite pour jirépai'cr une édition des œuvres de Madame Roland. Bosc avait dû, avant son départ pour l'Amérique, lui remettre le manuscrit des Mémoires sur lequel il avait donné son édition de 1796. Mais Champagneux ne recourut au manuscrit que pour restituer quelques traits au portrait de Lanthenas , qui venait de mourir ( 2 janviei- 1799) et qu'il n'était plus nécessaire de ménager. Partout ailleurs , il s'en tint au texte imprimé de Bosc , approuvant ainsi ses retranchements et ses retouches, et aggravant ces libertés tantôt par d'autres suppressions, tantôt par des transpositions ai'bitraires. Par contre, il inséra, soit dans son Discours préliminaire, soit dans ses notes, un certain nombre de documents utiles. Il ne se borna pas d'ailleurs aux Mémoires. U donna eu outre plusieurs opuscules [Avis à ma fille , Voyage en Angleterre, Voyage eii Suisse, Morceaux détachés, etc . . .), el y joignit, outi-c le récit de sa propre captivité à la fin du deuxième volume (p. 389-440), une quinzaine de pièces importantes pour l'histoire des Roland (t. IIl. p. 387-434), pièces que sa situation au ministère lui avait pei-mis de se faire communiquer aux Archives nationales. C'est par là surtout qu'il a rendu service à l'histoire.

Son Discours préliminaire, qu'il dérivait en juillet 1798, est d'ailleurs utile à consulter.

Au commencement de 1800, l'édition dtait prête, et Champagneux envoyait à Paris, pour PU siu-veiller la publication, son fils Pierre-Léon. C'est à cette occasion (]u'il reçut d'; Mentello la lettre datée du h germinal an vni (aô mars 1800), où le vieux géographe se révélait conime ayant été, en septembre et octobre 1798, le mystérieux correspondant de Madame Roland '''.

Au cours de ce voyage, le fds de Champagneux alla voir Portails, un des vaincus de fructidor (comme son père), que le «8 brumaire venait de ramener au pouvoir. Portails écrivit alors au chef de division disgracié (aS germinal an viii, 10 avril 1800) : irje viens d'enibrasser votre fils. . . Je connais vos principes et vos sentiments. 11 était inijwssible que vous pussiez rester en place quand on détruisait la liberté pour établir la plus dé;;oùtanle tyrannie . . . Venez vous joindre et concourir aux vues d'un gouvernement qui veut la paix et le bonheur, etc.. 1 (Ms. ôsii, fol. i58-i5g).

Champagneux ne se laissa pas tenter par ses ouvertures. Il préféra être nommé juge à la Coiu- d'appel de Grenoble.

Il mourut à Jallieu le 7 août 1807 et fut enterré, selon sa volonté, n-dans sa propriété do Champagneux, sur la pente d'un coteau qui domine la riante vallée de Rosière souvent parcounie par Jean-Jacques» '*'.

Sa femme lui survécut quinze années, et mourut à Paiis, le a6 janvier i8aa.

Son (ils aine, Benoît- Anselme, après avoir fait vaillament son devoir de soldat eu 1793 (voir ms. 6a4i, fol. 171 et suiv.), était entré en 1790 dans l'administration des ponts et chaussées, à Paris. Revenu ensuite à Lyon, il y a laissé un nom comme botaniste.

Madame Champagneux (Eudora Roland) vécut jusqu'en i858, et sou mari, Pierre- Léon , jusqu'en i864.

Une de leurs filles avait épousé NL Joseph Chaley, ingénieur civil des plus distingués. C'est de ce mariage que sont issues trois filles, encore vivantes. M"* veuve Taillet, M"' veuve Marillier et M"' Marie Chaiey.

Ces détails sommaires sur les descendants de Champagneux sont nécessaires pour se rendre compte de la transmission des manuscrits de Roland, jusqu'au joiu- de leur entrée à la liil)liothè((ue Nationale. C'est pourquoi nous avons cru [wuvoir les consigner ici.

<" Voir, ci-après, rAp|»'ndireS. "'L. KocliiiT, Séjour de J.-J. /(oKMcaurt Bniii/;"!/!, 18G0, p. i5.

LPPENDICE

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