‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 84 sur 103 · A BOURGOIN · texte numérisé non relu

A BOURGOIN

Luc-Antoine Donin de Rosière-Charn|)agneux, né le ai juin 1744''', à Bourgoin, appartenait à une famille considérable dans cette petite ville du Daupbiué. Son oncle , Louis Donin de Rosière, secrétaire du Roi (titre qui conférait la noblesse), greffier en chef au Parlement de Grenoble, capitaine-châtelain royal et delphinal de Rourgoin, avait été maire en 1746; son père, Antoine Donin de Rosière, en 1700.

Il n'avait que 9 a ans et exerçait déjà la profession d'avocat à Grenoble , lorsque la mort de son père, en 1766, le rappela à Bourgoin. Il avait six frères et sœurs à élever, des biens ruraux à gouverner. U s'installa donc à Bourgoin, se fit nommer châtelain (avec dispense d'âge) à la place de son oncle démissionnaire en sa faveur (ai août 1767), puis maire ancien, j»i-()'(emia/ de Rourgoin , Jallieu et Ruy pour neuf ans (aS septembre 1767).

L'année suivante, il recevait Jean-Jacques Rousseau à Bourgoin, et lui servait de témoin pour son mariage avec Thérèse Levasseur. (tCet honnête et saint engagement, dit Rousseau'*', a été contracté dans toute la simplicité, mais aussi dans toute la vérité de la nature, en présence de deux hommes de mérite et d'honneur, officiers d'artillerie, et l'un, fils d'un de mes anciens amis du bon temps, c'est-à-dire avant que j'eusse aucun nom dans le monde; et l'autre, maire de cette ville et proche parent du premier. Devant cet acte si court et si

!') Souvenirs hitlnyique» tur Bourgoin, par Louis Fochier, Vienne, Paris, 1880. C'est dans ce livre, fort exactement documenté, et dans un dossier justificatif dressé par Champagneux lui-même, durant sa détention de 1793-179'! , dossier qui se trouve aux Papiers Roland, ras. ëaii, foi. 160-196, que nous avons puisé ia plupart des renseignements qui vont suivre. Nous croyons donc pouvoir supprimer souvent le détail des références.

(*) Lettre à M. Lalliaud, Bourgoin, 3i août

Rousseau, dans une autre lettre, du 18 septembre suivant, à M. le comte de [Clermont- 1 Tonnerre, donne les noms des deux témoins : tM. de Champagneux , mairo et chiUelain de

Bourgoin, et son cousin, M. de Rozière, officier d'artillerie . . . » .

Champagneux, dans sa justification de 1793, confirme ces renseignements : r J.-J. Rousseau passa les années 1768 et 1769 à Bourgoin ou dans les environs [à Monquin]. J'étais aioi-s maire de cette ville. Je fis les plus grands efforts pour l'y retenir et lui en rendre le séjour agréable. Je le voyais très souvent ; je l'accompagnais dans ses promenades botaniques; il me montra de l'amitié; il en avait eu pour un de mes oncles» (ms. 69Ù1, fol. 176 et 190). Cf. Kochier, p. 108-109. Champagneux a raconté lui-même le séjour do Rousseau à Bourgoin , dans une notice que M. Fochier a publiée en iSfiii.

simple , j'ai vu fondre en larraes ces deux dignes hommes , et je ne puis vous dire combien celte marque de la bonté' de leurs cœurs m'a attaché à l'un et à l'autre ..."

8 2. A LïON.

En 1773, Charapagneux ppousa une jeune fille de Lyon, Ursule-Adélaïde Brottin''', qui lui donna deux fils et trois filles en douze années. Le souci de l'éducation de ses enfants le détermina à venir s'établir h Lyon vers la fin de 1788. Il s'y fit inscrire comme avocat '*'. Dès cette époque, il connut les Roland {Disc, prélim. , p. \xvh) . Mais c'est surtout en 1 789, lorsque , probablement sous l'inspiration du duc d'Orléans, ou fonda à Lyon une M/iison philuiithropit/ue^'K dont Blot, l'ami <le Brissol, fut secrétaire général, et Champagneux un des .ndministrateurs, que sa liaison avec les Roland devint plus intime.

Il cnniinuait cependant à s'occuper des affaires de Bourgoin. Homme d'action et de sens pratique, il voulait garder sa situation et son influence dans le petit pays auquel l'attachaient SCS origines et ses intérêts''. En août et décembre 1788, il se fit députer à ces célèbres assemblées de Romans où les Etats du Dauphiné tracîrent le programme fies revendications nationales. Néanmoins, c'est surtout à Lyon qu'il eut un rôle : il y rédigea les cahiers de doléances de plusieurs corporations; puis, le 1" septembre fjSç), il fonda un journal, le Courriel- de Lijoii'^', dont finfluence fut Iri's vite considérable, et auquel les Roland collaborèrent plus d'une fois {Dise, prélim., p. xwiii). C'est avec lui que, le .3o mai 1790, dès cinq heures du matin. Madame Roland alla voir défiler, sur les quais du Rhrtne, les soixante mille gardes nationaux accourus des départements voisins pour c('lébrer la fête de la Fédération Lyonnaise, et c'est dans son journal qu'elle publia, sans signer, une relation de la fêle, qui eut un succès retentissant. "Il en fut répandu, dit-il, plus de soixante mille exemplaires-, chaque fédéi-é ayant voulu emporter le sien. I>» Patriote françnis du 6 juin en donna jilusieurs extraits, et les Révolutions de France et de Urabant, de Camille Desmoulins (n* 3o), la reproduisirent tn extento '*'.

' Née le a5 octobre 175&. d'un domaine qu'il cultivait. Mais, à ce momenl-

' Alm. de Lyon : "1785. .M. Derotière de là, où il disait également rrjc suis né plébéionn,

Champafjneux , place de la Baleine . . . » . Pour il avait inléri't à se faire plus pauvre qu'il n'était. expliquer ces deux noms, il convient de dire '" Le Courrier de Lyon oa llémimt' généi-al de»

que Rosière est le nom du domaine patrimonial révolution» de la France, par M. Champagneux,

des Donin, qui appartenait alors à la liranche avocat, Lyon, Aimé de La Roche, 1789-1791,

ainée; Luc-Antoine, de la branche cadette, pos- in-8*, paraissant six jours par semaine, on lit rai-

sédait la terre de Champagneux, de l'aulre coté sons de 8 panes; premier numéro, i"septembre

d'une petite vallée. C'est en «835 seulement que «789; dernier numéro, 9 février 1791. Mais,

le château de Rosière a passé à la branche ca- dès le 37 septembre 1790, Champagneux s'était

délie. Il est habile maintenant par l'arrière- retiré «pour raisons de santé». (A. Vingtrinier,

petite-fille de Champagneux, Madame Eudora Hinloire det journaux de Lyon, iSSa, p. 16.) Taillet,qui y conserve les souvenirs des Roland. '' Elle fut mémo imprimée ailleurs. Njus en

'"' Fondée en octobre 1789. VValil , p. 1 1 5. possédons un exemplaire, 8 pages in-8°, sous

'" Il dit, en 1793, que son revenu allait à la rubrique ira Marseille, de l'imprimerie P. An-

trois mille livres de rente, provenant en partie loine Favel».

Nous ne voyons cependant apparaître Clianipagneux dans les lettres de Madame Roland qu'en 1790 (voir lettre 350). Mais ce que nous venons de raconter prouve que leurs relations étaient bien antérieures. C'est chei! lui d'ailleurs ([u'elle accourt aux nouvelles en août 1790 (voir lettre 370) lorsque, apprenant au Clos que Roland est accusé d'avoii- fomenté l'émeute du 2G juiliel, elle se rend à cheval à Lyon pour sortir d'inquiétude.

Les services désintéressés que Champagneux rendait à la cause démocratique (il versait dans la caisse de la Société philanthropique tous les bénéfices de son journal'"'), — et que ne compensait pas l'extension de son cabinet d'avocat ''\ — lui avaient acquis une légitime popularité. Néanmoins, en oclol)re 1790, sa sauté affaiblie par cette rude campagne de quatorze mois le décida à remettre le Courrier de Lyon en d'autres mains et à se retirer aux champs. C'est là que la reconnaissance de ses concitoyens vint le chercher. En même (enqjs qu'il était nommé juge de paix de Rourgoin, mandat qu'il n'accepta pas, il était élu officier municipal de Lyon (96 novembre 1790, Wahl, p. 9()6). Il était, comme Madame Roland, de ces natures que le succès ressuscite. Il revint aussitôt prendre une part active aux travaux de la municipalité lyonnaise.

Nous ne pouvons enti-er ici dans le détail du rôle actif, courageux et intelligent qu'il eut à Lyon durant près de deux années (novembre 1790-septembre 1799). On le trouvera retracé, avec tous les rléveloppements nécessaires, dans le remarquable ouvrage de M. Maurice WahL'^*, et Champagneux l'a résumé lui-même dans ces mémoires justificatifs de 1793 et 179^''' que nous avons déjà cités. Membre du Comité de police, membre du Comité des finances, il est ciiaque jour sur la brèche pour contenir les malveillants et les conspirateurs, apaiser les émeutes, réorganiser les finances de la ville que l'ancien régime avait laissées dans un complet désarroi, nécessairement accni par les réformes et par l'arrêt des affaires. Nul plus que lui, dans ces temps difficiles, n'a bien mérité do la cité «.

Il existe, au ms. Gaii, plus de cinquante lettres de Roland à Champagneux (sans parler des douze lettres de Madame Roland que nous publions). L'inspecteur, officier municipal de Lyon comme Cliampagneux , envoyé à Paris par la ville pour la mission que nous avons dite [Avertissement de l'année 1791 ), écrivait presque tous les jours à son collègue pour le tenir au courant de ses démarches et des affaires de la capitale. Ces lettres , rédigées à la diable, mais sincères et pleines de faits, sont un document pour l'histoire de Lyon à celte époque.

En septembre 1791, Champagneux est nommé membre du tribunal de police correctionnel. Mais il passe bientôt à des fonctions plus importantes: le 7 décembre il est élu subsli-

C Ms. 6aài, fol. 188. Lyon, 1894, fatsim. — Voir particulièrement

'*' Telle cause lui était retirée, parce que, les pages 35^ et suivantes, lui disait ie procureur de son client, (r depuis qup "' Ms. 694 1, fol, 190.

vous avez publié un journal , votre nom fait fris- i') Ce sont les termes dont se servit le Con-

sonner certaines personnes)i. Papiers Roland, seil général de la commune de Lyon (ms. 6a/ii,

ms. Caâi, fol. 188; cf. le Courrier de Lyon du fol. 171) en lui accusant réception de sa dérais-

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