‹ Lettres; publiées (volume 2)Chapitre 87 sur 103 · BRISSOT · texte numérisé non relu

BRISSOT

Il s'agit uniquement ici de noter l'origine et de mai-quèr la nature des relations entre Brissot et les Roland. La vie du courageux pubiiciste et de l'honnête homme si calomnid reste à faire. Cet Ap[)endice pourra y être une utile contribution.

Dans le livre de Brissot el de Glavière, publié aux première mois de 1787, De la France et des lùals-Unis ou de l'importance de la révolution de l'Amérique pour le bonheur de la France (1 vol. in-8°), Roland était cité en plusieurs endroits; ici''', c'était un passage des Lettres d'Italie; plus loin''', c'étaient des extraits du Dictionnaire des manufactures, accompagnés d'éloges très vifs : ^Une saine logique, un pati-iolisme courageux, une raison exereée caracrisent ses écrits. Il voit les causes du mal, et, ce qui est plus rare, il a le courage de les publier. Son style rèche, mais énergique, décèle une âme trop profondément frappée des abus pour s'occuper des mots. Voilà les hommes précieux qu'on devrait encourager. . . On a traité M. de La Platière de tête exaltée. Ce nom ne doit pas l'offenser. . ." Ailleurs, Brissot regrette que tous les volumes de l'Encyclopédie méthodique ne soient pas écrits fravec l'énei-gie et les lumières (jui brillent dans ceux rédigés par M. de La Platière. . . -n.

En même temps, Brissot écri\ait h Roland, qu'il ne connaissait que pai' ses écrits, et lui promettait l'envoi de son livre. Puis, avec sa négligence oi'dinaire, il oubliait. L'auteur de province, qui jusqu'alors n'avait pas été gâté par les critiques, et qui attendait avec im])atience les louanges annoncées, s'informait auprès de Bosc'^' : nCe Brissot de Warville m'a écrit, m'a annoncé le bien qu'il avait dit de moi, m'a offert de me faire passer son ouvrage; j'ai accepté, j'ai plus fait : je lui ai écrit une lettre très honnête'*'; il y a de cela plus de trois ou (juatre mois. Je n'en ai plus eu de nouvelles. Je ne voudrais pas acheter son ouvrage. Je voudrais pourtant bien savoir ce (ju'il dit de moi . ce qu'on dit et pense de son ouvrage, et singulièrement s'il se sert de l'expresion de style rèche. . . ».

Puis, huit jours après (Ibid. , 1 1 juin) : "Je ne suis pas d'avis de récrire à Brissot, je ne concilie point assez .sa démarche avec son silence; il faut voii' ce que cela deviendra. J'avais bien entendu rèche et non pas riche; c'est que l'expression n'est pas noble, ni du bon style. . . 1 .

Mais, à ce moment même, Roland recevait enfin l'exemplaire annoncé et en accusait ré-

(1) Page 'j'j de la réimprewion do 1791. — <'' Pages 167 et 171, id. — "' Lettre du 4 juin 1787, collection Alfred Morrison. — <•' Le ag avril. ,

coptioii me une lettre du i5 juin, que nous ne connaissons que par la réponse de Brissot dont nous allons parler. Cette lettre de Roland devait êlre bien naïve : pour tëinoi{fner sa reconnaissance au publiciste, en pardonnant décidément cet adjectif rèche qui l'avait chagriné , il ne trouvait rien de mieux à lui offrir que ... de le faire admettre à l'Académie de Viilefranehe!

11 est vrai que cette Académie était dans un des apanages du duc d'Orléans et avait ce prince pour protecteur, et que Brissot était précisément alors rrlieutenant général de sa chancelleriei {Mémoires de Brissot, II, 439), logé au Palais-Royal même, auprès de son ami le marquis Du Crest, chancelier du prince. Celte cheonslance atténue un peu la candeur de la proposition. Brissot, dans sa réponse, qui est du 97 juin''', décline l'offre provinciale avec une parfaile bonne grâce . . . ^ J'ai jusqu'ici refusé d'être d'aucune Académie en France. Elles ne s'occupent pas d'objets asspz utiles, elles ne s'en occupent pas librement. . . Je ne puis donc accepter l'offre inliniment gracieuse que me fait M. Desserlines au nom de sa compagnie. . . Si je suis académicien, ce ne sera jamais qu'à Boslon, Philadelphie ou à Londres, parce que là on n'enchaînera point mes idées et que je pourrais être moi . . . Cela ne m'empêchera pas d'èlre utile à l'Académie de Villefranche autant qu'il dépendra de moi. . . ". Ce qui suit est d'un intérêt plus général : rrie dois ici vous parler franchement. M. le marquis Du Crest n'aime pas les Sociétés purement littéraires. H croit, et avec raison, qu'elles sont au moins inutiles; mais les Sociétés qui s'occupent du bien public, soit en soulageant, soit en éclairant sur les ArLs utiles, voilà celles qu'il aime à encourager. Il se propose véritablement d'établir une Sociélé philantropique à Viilefranehe. Mais il veut auparavant finir celles de Montargis et de Charti-es. Voici, d'après ce que je vous confie, ce qu'il convient de faire à Viilefranehe, et qui pourrait entrer dans les vues du prince."

Ainsi, c'est à l'instigation de Brissot, et par l'intermédiaire de Roland, que fut fondée à Viilefranehe cette Maison phiinntropique (jui s'ouvrit le 1" janvier 1788 avec Chasset pour secrétaire, et dont nous avons parlé déjà à l'Appendice M. Si on se rajjpelle que celle de Lyon, fondée un peu plus tard, en octobre 1789, eut pom- secrétaire un aulre Chartrain, Blot, l'ami d'enfance de Brissot; si surtout on se reporte à une lettre du i3 mars 1787''', où rrPetion de Villeneuve", avocat à Chartres, écrivant à son ami trMonsieiir Brissot de Warville, secrétaire général de la chancellerie de S. A. S. M»' le duc d'Oriéans" , lui rend compte des mesures prises pour fonder une Maison philanfropique dans cette ville , on comprendra mieux l'intérêt de la page des Mémoires de Brissot (II, /iSa) sur la tentative faite par Du Crest et par loi pour organiser ces Maisons dans les apanages du prince. Roland, d'ailleurs , ne fut pas en reste de compliments avec Brissot. Dans une note de son Dictionmire, écrite entre août et décembre 1788''', il adressa de chaleureux remerciements wh M. de WarviUe» : fJe ne connaissais cet écrivain courageux et sensible que par ses ouvrages, tous dictés par l'amour de la vérité, le zèle du bien public, tous remplis de ces principes de justice et d'humanité sur lesquels doit être établi le bonheur des sociétés. Je

"' Ms. 9534, fol. 33i. — '" Publié en i835parla Revue rétrotpectiee , t. I, 2* série, p. 317. — '•■'' T. II, 2° partie, p. 70.

n'ai jamc-iis vu sa pei-sonne el je ne puis attribuer les témoignages de son estime qu'à l'analogie de nos senlinienls".

Au moment où Roland s'expiimait ainsi, Brissot n'était plus en France. En mai 1788, il était parti pour les États-Unis, avec une mission de Ciavière : il s'agissait de tr traiter avec le congrès de la dette qu'il avait contractée avec la France, sauf ensuite de s'arranger avec le gouvernement français^ '''. Mais, a\ant qu'il ne partît, un autre lien s'était établi entre les Roland et lui : il avait fondé a Paris, en février 1788, sa Société des Amis des noirs, et Lanthenas, toujours prêt aux aflîliations , y était entré, présenté par le fondateur lui-même [Mémoires de Brissot, III, 88). Bientôt admis dans la famille de Brissot, Lan- Ihenas lui paria des Roland, de même qu'eu écrivant à ceux-ci il les entretenait de son nouvel ami. Il ne tarda pas à servir d'intermétliaire pour un commencement de correspondance''* : ir. . . Un de nos amis, résidant à Paris et avec lequel nous étions en correspondance habituelle, nous manda qu'il avait fait la connaissance de Brissot, et qu'il avait trouvé en lui un philosophe dont la vie simple, les boiuies mœurs et le caractère facile n'offraient point de contradiction avec ses écrits. Édifié de sa famille et de sa manière de vivre au milieu d'elle, attiré par sou esprit, il le voyait souvent el nous en entretenait à proportion , d'autant plus qu'il fut chargé de quelques lettres que R. et B. s'écrivirent réciproquement, par suite de la première communication littéraire qui s'était faite entre eux . . . '■'K

Quand Brissot revint d'Amérique , aux premiers jours de l'année 1789, c'est avec les amis de Roland et avec la collaboration des Roland oux-mêuies «pi'il s'appi-êta à fonder son journal. Les prosjiectus du Patriote français du 16 mars et du 1" avril annonçaient l'apparition du journal pour le 10 avril "'. Or, dès le 3 avril, il semble bien (lettre 320) que ce soil pour ce journal que Madame Roland envoie à Bosc des renseignements sur Lyon. Mais, le 1 5 avril , le directeur de la librairie , M. de Maissemy, ayant demandé l'interdiction du journal qu'annonçait, ^sans aucune permission, M. Brissot de Warville, arrivé au dernier degré de l'audace enhardie par l'impunité" (Tuetey, t. II, n° -jSSa), un premier numéro pani, soit aux première jours d'avril, soit au commencement de mai, n'eut pas de suite immédiate. Ce n'est que le 28 juillet, deux semaines après la prise de la Bastille, que put

'" Notice lur fii-Miot, par Pëtion, publiée par M. Valel, II, a36. Dan- son projet de déj'erue (levniil le tribunal révolutionnaire, Itrissol donne d'autres motifs : «Y apprendre les moyens d'opérer dans mon pays une révolution semblable, ou y Jirer ma famille, s'il fallait renoncer à l'espoir de cette révolution». Tous ces motifs eii»taient.

"' Voir notre article de la Révulution fran- ^ai$e, mai 18^8, sur «Brissot et les Rolandu.

''' Mèmoirtt inéditi de Madame Roland, Bibl. nat., n. i. fr. ms. 4697. — Nous venons de dire <[ue cet ami commun devait être Lanllienas. Les dernières lignes de ce passage permettraient aussi de songer à Bosc, en raison des facilités postales qu'il procurait à ses amis.

'" Tourneux, ioi96;Halin,iBii/iogT. ,p. lia, el Ilittoirr dr la pret$e, t. V, p. 8-1 1 . Le prospectus promettait un journal «politique, national, libre, indépendant de la censure...».

commencer la piiblicalion régulière du jorn-nal, et presque aussitôt (n" du la août 1789) nous y ti-ouvons deux lettres de Madame Roland ( 323 , 324). Ses amis les plus particuliers , Lanthenas , Rose, font partie de la rédaction habituelle du journal ; on y annonce , on y analyse avec complaisance les brochures politiques de son mari; on y publie de nombreuses correspondances de Lyon , qui , lorsqu'elles ne sont pas des Roland , semblent faites par leurs amis , sous leur inspiration. Nous ne pouvons que renvoyer au dépouillement que nous avons donné, dans la Révolulion française de mai 1898, des ai'ticies du Patriote français émanant des Roland et de leur groupe. Cette longue nomenclature, bien qu'encore incomplète, établit pleinement cette incessante collaboration, déjà signalée d'ailleui-s pai- les historiens du joui-nalisrne français. Au reste, Madame Roland nous l'apjjrend elle-même, dans le cahier inédit de ses Mémoires que nous avons cité : ^Rrissot fit beaucoup d'écrits du momeut, qui nous étaient tous envoyés, et commença son journal, et nous lui communiquions toutes nos idées. Chargée ordinairement de la correspondance, je trouvais cette tâche d'antimt plus agréable dans les circonstances; mes lettres , faites avec feu, plaisaient assez à Brissot, qui souvent en composait quelques morceaux dans son journal, oit je les retrouvais avec plaisir'-'K Ces communications, devenues fréquentes, nous lièrent d'amitié. . .». Tonte la Correspondance des années 1790 et 1791 que nous publions atteste que ces lettres arrivaient à Rrissol tantôt directement , tantôt par Rose ou lanthenas , ou plutôt par tous les deux à la fois , car elles leur étaient alors presque toujours communes.

C'est au cours de l'année 1790 que Rrissot, qui rêva loule sa vie de créer pour sa famille, soit en Amérique, soit en France, un établissement plus sûr et plus paisible que son métier de publiciste, parla d'entrer dans la combinaison que nous avons déjà exposée à propos de Rose et de Lanthenas, l'achat d'un des domaines ecclésiastiques alors mis en vente, pom* y faire en commun de l'agiiculture, de l'imprimerie, etc. Nous avons dit qu'il rédigea même les statuts de l'association projetée. Rancai des Issarts, un des collaborateurs du Patriote français de la première heure , et que Lanthenas venait de metti'c en rapports avec les Roland (juin 1790), s'était rendu au Clos, à la fin d'août, avec ce même Lanthenas, pour traiter de l'affaire. Rrissot leur y adressa deux lettres : l'une du 6 septembre '*', qui se termine ainsi : . . . (tMa petite vous fait ses amitiés. Faites les miennes à M. et M'"* de La Platière, que je désire bien voir. Amitiés aussi à M. Pigott'^', que je crois maintenant avec vous. J'ai eu ausài une lettre de Valady. Il habite Villefranche'*'. Dites-lui mille choses. . . Tout à

(" Voirparticulièrementles lettres 323,324, W Voir lettre 373.

328, 421 , 429 et les notes que nous y avons "' Valady, qui avait fondé avec Brissot la So-

jointes. Mais il y en avait un plus grand nom- ciétc des Amis des noirs en 1788 et qui était

bre, que M. de Monlrol avait entre les mains en un des familiers de sa maison, se trouvait alors

i835 et qu'il communiqua alors à Sainte- à Villefranche-rfc-iJouCT-gue. Brissot savait mal la

Beuve. géographie, — ou était singulièrement dis-

W Hs. 9534, fol. 35o. trait.

vous, mes amis. — J.-P. Brissoti. L'autre lettre, adressée spécialement à l^anthenas, est plus impoi-tanle; en voici les principaux passages'"' :

Paris, ce 18 septembre 1790,

Cette lettre vous parviendra, mon cher ami, par M. Servan, qui va faire ses vendanges à Condrieu et qui vous verra sans doute. Je crains bien qu'il n'ait dit tout à fait adieu à Paris. C'est un membre fervent ([ue perd la Société'^' : Dieu veuille qu'il riïpBnde là-bas du patriotisme. . . j'ai lu avec plaisir les détails que vous m'envoyez sur les abbayes que vous avez vues. Continuez. Le plan est bien entre vos mains et celles de Bancal, et je m'en rapporte à lui pour les Iwses. M. Servan me paraît bien désirer qu'il s'exécute, et en être. A propos, recommandez-le à M. de La Platière. Ils sont bien dignes de se connaître et de devenir amis. J'ai reçu des lettres d'Amérique qui me confirment le bonheur de mon beau-frère '". J'ai reçu aussi le projet et l'olTre de vente de la belle terre de Spring- Hill de M. Lcgaut dont je vous avais parlé. Je vois ici que beaucoup de gens de la ferme'" se disposent à passer en Amérique. Ce sera notre refuge , si la lil)erté ne peut pas se soutenir. . .

J.-P. Brissot.

Ainsi, c'est Brissot qui adresse Servan aux Roland'-''. Le ministère RoJand-Servan-Clavière de mai 1799 .sera donc bien, dans toute la force du terme, un ministère «•brissotini.

On voit aussi combien ce ri've d'Amérique, dont se berçait I^nthenas, fut aussi toujours celui de Brissot, comme il fui celui de Madame Roland auxjoui-s de l'adversité'"'.

Quand les Roland arrivèrent à Paris, à la fin de février 1791, et s'installèrent à l'bôtel Brilannicjuc, rue Guéui'gaud , Brissot, avec qui ils coiTcspondaient depuis plus de quatre ans sans l'avoir encoi-e vu, fut naturellement une de leurs preiuières relations. -rBrissot vint nous visiter; nous nous trouvâmes liés comme d'anciens amis. . . [Mém., I, 54). (tGrégoire doit venir passer la soirée chez nous aujourd'hui, avec Brissot, Garran et plusieurs autres», écrit, le a8 février, Roland à (Ihampagneux (ms. ()a/ti,fol. 18). Brissot conduisit les Roland chez Pétion, ce qui les lia avec Buzot et Robespierre, et bientôt le salon du premier étage de l'iiAtfl Rritannique devint, rqualre fois par semaine, après les séances de l'Assemblée et avant celle des Jacobins''',» le lieu de réunion de ce ff])etit comité" , comme dit Madame Roland , c'est-h-dire d-.] groupe militant qui représentait l'cxti-éme gauche de la Constituante.

Mais on se voyait aussi en famille; Madame Roland apprécia vite M"" Brissot, dont elle

'" Ms. 953/i , fol. 5i. de faire parvenir à Lanlhcnas la lettre de Brissot

'*' Quelle Société? Probablement celle des (ms. 9534, fol. 243-944). Ce n'est qu'en dé-

Amit des noirt. ccmbre que les Roland firent sa connaissance à

C Le beau-frère de Brissot, François Dupont, Lyon (lettre 396).

était établi comme colon aux environs de Phila- '" Cf. Mémnirn, I, r)7; II, 44, 64, io3. —

delpbie depuis le commencement de 17H9. C'est là qu'elle veut envoyer Bu/.ol proscrit(let-

''' Mot pou lisible au manuscrit. tre 542). Cf. Mémoire» de Louvet, éd. Aulard,

'" Servan, toutefois, n'alla pas au Clos. Il se 1, i3o.

rendit directement à Lyon et chargea M"'* Blot '" Cahier inédit des Métnuire», ms, 4O97.

fait, dans ses Mémoires, en maint eadroil (notamment I, 56-57; *^f- lettre 414), un él()î[e bien mérité, que confirment tous les témoignages de i'histoire.

Quand les Roland, après être retournés en Beaujolais, rentrèrent définitivement à Paris, le i5 décembre 1791, le groupe était dispersé, le salon avait vécu. irR n'y avait plus de poini de raUienient et nous vîmes beaucoup moins Brissot lui-mâmc" [Mém., I, G7). Membre de la Législative , il n'avait plus guère le temps d'aller rue Guénégaud. Mais Roland le retrouvait aux Jacobins, où le journaliste était alors tout-puissant, et où l'ancien inspecteur commençait à se faire une place. Nous avons raconté, dans l'Avertissement de l'année 1792, comment , dans la crise ministérielle qui amena pour la première fois le parti patriote aux affaires, ce fut Brissot qui désigna Roland pour l'intérieur en même temps que Clavièrc pour les Contributions publiques. Le rédacteur du Patriote avait donc, dès le début, deux hommes à lui dans la place ; il en eut trois lorsque Roland y eut introduit Servan (9 mai ). H les soutint énergiquement avant et après leur chiite (voii- le Patriote, passim.). 11 triompha avec eux le 10 août, et put se croire alors mallre de la situation. C'est à ce moment sans doute qu'il écrivait à Madame Roland une lettre (saisie dans les papiei-s de son mari'"' en avril 1798), qui se terminait ainsi : trJe serai libre demain et aux ordi'esde Madame Roland. Je lui envoie pour son mari et pour Lanthenas une liste de patriotes à placer. Car il doit toujours avoii- une pareille liste sous les yeux. — Tout aux amis, J.-P. Brissot". Le crime était véniel.

Lorsque Roland voulut , en septembre 1792, quiller le ministère pom- accepter le mandat de député de la Somme, Brissot insista poui' qu'il restât à son poste de condiat (lettre 499). Il avait évidemment trop d'intérêt à vouloir l'y maintenir. La retraite de Roland eût dès lors livré le pouvoir au parti montagnard.

A l'heiu-e de l'ù-répaiable défaite (3i mai-a juin 1798), Brissot, porté un des premiers sui" les listes d'arrestation, prit la fuite. Sans raconter ici sa lamentable odyssée, disons seulement que ce chef do parti , qui depuis quatre ans dirigeait un journal considérable , qui avait fait des ministres, resta d'abord trente-six heiires à Paris faute d'argent pour se metti'e en route '*'. Ce n'est que le 4 juin qu'il put partir. On sait qu'il fut arrêté à Moulins le 10 , ramené à Paris le 22 et écroué le 28 à l'Abbaye. Madame Roland y était depuis le 1°' juin. Ils allaient donc se retrouver. Soit que le Comité de sûreté générale craignit de les laisser ensemble , comme le prétend Madame Roland (lettres 538, 541), soit pour tout autre motif, c'est à Sainte-Pélagie que la prisonnière, après son élargissement dérisoii-e du 24, fut r(!intégrée. Mais, bien que séparés, ils trouvèrent le moyen de correspondre. C'est sui'le conseil de Madame Roland, rrdans une lettre qu'elle me lut, dit Champagneux [Disc, prélim., p. l), et oii elle avait réuni tout ce que la philosophie et l'amitié ont de plus subhme» , que Brissot employa sa captivité à écrire, ou plutôt à continuer ses Mémoires. On

'" Rapportde Brival, du igmai 1798. Brival (" Lettre de Barbaroui aux Marseillais, citée

a défiguré le texte. Nous le rétaWisson.s d'après par A. Dui-hàtellier, Hi$toire. de In Révnlulion en Lanthenas. Bretagne, t. I , p. 607.

voit d'ailleurs qu'en juillet Madame Roland est au courant de sa situation et eninformeBuzol. A la fin de septembre, elle communique avec le prisonnier de l'Abbaye par l'intermédiaire d'un ami commun, Mentelle. Cet excellent homme, dont nous avons de'monlré l'identité avec Jany, son mystérieux correspondant des derniers temps''', mais auquel nous n'avions pas rendu une justice suffisante, va faire l'objet d'un Appendice particulier. Dans ces lugubres mois de septembre et octobre 1798, il allait de l'Abbaye et de la Conciergerie à Sainte- Pélagie, de Brissot à Madame Roland, Iciu- portant des consolations, des nouvelles du dehors, recevant le dépôt périlleux de leurs manuscrits (lettres S'iS, 550), essayant vainement d'émouvoir en leui' faveur les Parisiens tremblants. Nous avons vu que Rose se jirodiguait de même, jjénétrant à Sainte-Pélagie tant que ce fut possible, puis, pendant qu'on jugeait et exécutait Brissot, assistant sa maliieureust; famille. Le dévouement do ces deux amis de Madame Roland, l'un de la première , l'autre de la dernière heure , fut le dernier lien entre les deux prisonniers.

Récolulion Jrançaine de janvier et mars ] 896.

Appendice Q.

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