‹ Lettres; publieesChapitre 12 sur 72 · N\KK · texte numérisé non relu

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voir plusieurs rois de la première race, depuis Clovis même, et Charlemagne dans la seconde race, user du divorce quand la nécessité l'exige. Les papes, devenus puissants, excommunièrent Lothaire, qui n'avait rien à leur donner, et se tinrent cependant dans la suite à quelques remontrances envers plusieurs rois de la troisième race, qui avaient assez recouvré de leur antrque pouvoir pour que la cour de Rome n'osât ouvertement s'opposer à leurs volontés. Le divorce est de droit de nature; les hommes en usèrent sous la loi écrite : Moïse, inspiré de Dieu même, avait prescrit les formalité.- qui devaient l'accompagner; il fut pratiqué pendant dix siècles dans tout l'univers chrétien, et la Pologne le conserve toujours.

Après avoir ainsi travaillé pour apaiser les scrupules de tant de personnes, l'auteur emploie la deuxième partie à déduire les raisons d'admettre le divorce : il montre ses avantages par rapport à la population, à la vertu et au bonheur, par opposition aux inconvénients qu'entraîne l'indissolubilité du mariage; et ces deux contraires présentent des tableaux à la vérité desquels on ne peut s'empêcher d'applaudir. Le nœud conjugal n'a été rendu indissoluble que par une loi de discipline à laquelle on peut déroger et qu'on voudrait en vain soutenir de l'autorité des concile- <|ui. ayant varié sur la discipline, ne sont pas irréfragables, et dont, par un droit attaché à la dignité du trône, les décisions ne sont admises qu'après l'examen. La comparaison des forces (sic) du nord, où le divorce est permis, avec celles du midi . où il est défendu, fournit une des raisons employées pour convaincre de son utilité. I,a suite et le développement de eva mêmes choses forment la troisième partie, laquelle renierme encore beaucoup de maximes politiques et des peinture-, de mœurs très intéressantes.

La quatrième contient un essai sur les lois qu'il y aurait à établir pour régir le divorri' in certains cas généraux. J'ai trouvé dans l'ouvrage beaucoup de preuves du jugement de l'auteur, de sa pénétration et de sa justesse. Son sujet est bien <li'i-i, bien traité; je suis satisfaite, et je fais seulement un trait de plume pour ".n-erver et te rendre lo« idées principales que je ne veux pas oublier.

Je me récrée a lire quelques lettres de Cicéron à Atticus, elles sont purement et liiieinerit errite-. avec beaucoup de naturel cependant ; je les trouve intéressantes, par leur rapport avec les aflaires d'une république qu'on aime à connaître de plus en plus, et parce qu'elles dévoilent le caractère de Cicéron lui-même, ainsi que relui de quelques grands personnages qu'il voyait de près et jugeait avec connais- MBM. ••n est assez étonné de voir qu'il ne trouvait rien de grand ni d'élevé dans l'ompee. ret homme si fameux et tant célébré. Caton. selon lui, avait des intention- pure- et était vraiment citoyen (l'histoire le représente donc au vrai), mais sa roideur inflexible le faisait agir avec trop-peu d'adresse et de ménagement; il gâtait autant les aflaires à force de bonne volonté que les ambitieux les dérangeaient par leurs entreprises. Cicéron se vante beaucoup et assez souvent: il est

taire par contrainte sur leurs préjugés, on s'affaiblit avec eux : il faut fermer -a porte et raisonner avec soi pour conserver tout son bon sens et toute son énergie. R faut aussi se communiquer, pour ne pas prendre cette austérité', ou pour mieux dire cette âpreté qui conduit à l'égoïsme et que produit souvent la froide spéculation. Mais je ne pense pas que ce dernier excès devienne jamais le mien : mes penchants et mon caractère m'en éloignent également. Je n'aime la solitude que pour y développer à l'aise les sentiments que je puis ensuite exercer parmi mes semblables.

L'existence heureuse dont je jouis actueRement me charme d'autant plus qu'elle fait un contraste frappant avec la manière d'être que je rapportais péniblement la semaine dernière.

J'ai été possédée pendant deux jours de la plus singulière manie : je craignais (mais très sérieusement) de devenir folle : je crois encore qu'une autre secousse de cette espèce suffirait réellement pour produire cet effet. Mon tempérament secondait merveilleusement les causes morales qui m'affectaient; occupée dans le jour d'objets inévitables et contrariants à l'excès, enfoncée dans des réflexions fatigantes, obsédée la nuit de songes affreux, suivis et tyranniques au point de BM jeter dans une sorte de délire, je sentais mon imagination s'exalter et se troubler, l'économie animale se déranger entièrement, et le désordre s'emparer de toutes mes facultés. . . Un certain retour de la part de celui à qui les événements me firent adresser des remontrances porta l'attendrissement dans mon âme. éteignit les émotions violentes dont j'étais agitée : je l'adorai , pour ainsi dire , et le* lai •rueofficieuses coulèrent avec douceur. Ainsi l'on voit les aquilons fougueux, avantcoureurs de l'orage, souffler de toutes pailr, et pousser les nuages qui recèlent la foudre : ils s'assemblent et se pressent, le jour se dérobe, le tonnerre gronde, de pâles éclairs sillonnent les cieux obscurcis; l'effroi, la confusion, la terreur voltigent dans les airs; un vent puissant et bienfaiteur écarte ces messagers de la mort, la terre est arrosée, des vapeurs embaumées s'exhalent de son sein, le calme renaît, les astres majestueux et brillants poursuivent leur cours en silence.

L'équilibre est rétabli dans moi-même; une circulation facile soulage ma tète accablée; ma santé est bonne, mon cœur est satisfait, mon esprit tranquille, j'ai plus de vigueur et plus d'âme après ces épreuves, comme la terre a plus de fraîcheur et de brillant après une rosée abondante.

Cette disposition influe sur mes opinions présentes. Je crois l'avoir dit que, toujours sceptique, je me décidais pourtant à pratiquer de mon mieux la religion de mes pères, afin de mettre un certain accord entre mes sentiments et les apparences que j'étais forcée de garder, et pour satisfaire enfin à ce que la prudence rigoureuse semble exiger en pareil cas. Je ne suis ni convaincue, ni persuadée, je marche bonnement à tâtons avec mes frères, que je suis obligée de suivre et sans

le- chicaner. J'aime à croire un premier Etre, parce que celle, idée est belle, utile .■I ron-olante; l'excédent de sentiment que je me Irouve parfois a besoin d'un Dieu pour l'occuper. Non, la crainte seule n'inventa pas les Dieux : l'homme sensible. l'enthousiaste heureux le- souhaitèrent plu- \ivement dans leurs transports que le WIÉWlIiliimi ne les redouta dans ses transes morlelles! \\>> idées sont avec les tiennes dan- une opposition parfaite; no- raisonnements abouti— eut à des points diamétralement opposés; maie je -ni- -i tari persuadée que, s'il est un Dieu juste, il m ii 1 1- Iijmciii pas 'luis l'erreur, que ce sentiment ahsorbe absolument Umtes li-s inquiétudes que y pourrai- avoir sas* lui. Je ne sais qui l'a mis dans mon sein, mai.- il v résidt); il me lait goûter une paix quie je ne puis exprimer, et je marche ;;ainii-nt, connue marchaient les Israélites -ou- la nuée.

Si ce n'était la crainte de sophisli(|uer et de t'iinpalienler. je répondrais à ce que tu m'écris au sujet du divorce. Tu avance, que l'Église a toujours désapprouve le divorce et que le partage d'opinions île quelques-uns de ses membres, l'autorité civile, "lit -eut- Mi-peinlu pendant plusieurs siècle- -es décisions à cet égard; fort hieu : mais si l'unité et l'inflexibilité sont, comme il- me paraissent, les caractères essentiel- de l'infaillibilité, que peaose de ce partage d'opinions et de celte lâche nuiilc-reiidance au pouvoir séculier? Pourquoi feindre, et ne pas lancer également

les foodres spirituelles mi Charieinsgssa et qs saques autres dont on |>ou\ait espérer

ou craimlie. tandis quelle- écrasent — . i ii— ménagement Lotbaire et d'autres dont on n'attendait rien.' Cette conduite e-t tout humaine et naturelle, mais par cela même je n'v *oi- rn-n moin- que fomvn du Saint-Esprit. Tu ajoutes que la sévérité alleclée aujourd'hui par l'Église -ur cet objet ne peul être une suite du crédit qu'elle s acquis sur les eouvernemeiite, puisque jamaia on ne rejeta plus volon-

tiei- ses maximes, et que. dan- le teinp- même qu'elle sembla tolérer le divorce,

.•Ile avait plu- d'empire sur les esprits. Ehl mi bonne amie, les papes roysieal

cela mieux que toi. La puissance dont ils jouissent actuellement n'est pas sans

doute le huit de leur crédit actuel, elle e-t due à l'adresse qu'ils eurent de faire

valoir le crédit qu'il- avaient dan- U temps dont tu parles, en llattant les roi-, étonnant les peapleSi commandant tour à loin ma un- et au\ autres. D'ailleurs, (lourquoi permettre présentement en Pologne ce divorce défendu dans d'autres

Etats ' Je L'avoue que l'étude «le l'histoire fine ne me pareil guère favorable à

la cau-e de l'Eglise. Voyes seulomOBt Vellj, -une/ dan.- sas récits la marche de la cour [de) Borne : an aperçoit la politique la plus artificieuse, l'ambition la plus audacieuse s'aide* lémproquesnoat, se déguiser avec adresse ou sedéveloppoi avec hauteur, -uix.ini le- circonstsBcas. Au reste, donne-moi toujours Ion résumé :

j'écoute le nt . j'aime à comparer; les communications enrichissent et les discus-

-loii- éclairent, du moin- ordinairement. <■■>!■ il «?t encore v rai que quelquefois la ili-pute. an mm- lorçant de ckeraberol de eréer des raisons, affermit chacun de

Lrnrx ur «inivf nm i\i. II. .'i

nous dans son propre sentiment, sans corriger ce qu'il pouvait avoir de fautif. Au risque de courir cet inconvénient, il est bon de se donner un peu d'essor et de s'écrire franchement.

Tu ne veux que répandre ton âme devant moi, ma chère Sophie : je n'ai qu'une prétention semblable! Tu m'attendris, tu me pénètres par ta modération et ta douceur. Ah! tu as bien raison de ne pas prendre pour toi les expressions équivoques ou brusques qui peuvent m'échapper : j'écris vivement et peut-être crûment quand je conteste, parce que les caractères ne peuvent pas rendre la disposition que prendrait le ton adouci de ma voix si je disais les mêmes chose* en conversation. Je déteste, je désavoue, j'abhorre tout ce qui pourrait te donner la moindre idée de mécontentement de ma part; si jamais ma plume infidèle a pu tracer quelque chose qui te l'ait fait supposer, je l'efface de mes regrets et de mes larmes.

Oui, le sentiment qui nous rapprocbe et nous lie est indépendant des contrariétés de l'esprit; il subsistera au milieu d'elles, comme on voit s'élever au-dessus des vagues tumultueuses ces rochers inébranlables qui bravent leurs efforts impuissants. Je sens la concurrence dont tu me parles : tu prends un tour nouveau, une forme à loi, qui te distinguent essentiellement; tu n'as jamais été sans caractère, mais tu acquiers, s'il faut ainsi dire, une physionomie originale et indépendante. J'aime ta lettre à la folie; elle a un ordre qui plaît, une liaison qui attache : c'est un tout dont les parties se correspondent avec justesse et avec grâce; par-dessus tout, elle est animée de cette amitié touchante et vraie que je mets au-dessus de tous les biens dont on peut jouir.

Du mercredi, orne heures du soir.

J'avais pris hier sur mes occupations pour faire une réponse que je croyais achever en m'adressant à ta sœur; je fus encore détournée, et je sortais ce matin pour aller dîner en ville, lorsque les secondes lettres sont arrivées. Mon plus grand chagrin fut de les mettre en poche sans pouvoir les lire; je me suis jetée dessus sitôt mon retour, et je prends immédiatement la plume pour témoigner combien elles m'ont touchée. Combien je suis émue de celte tendresse active, qui te fait hâter de m'écrire dans un instant où tu devines que j'ai besoin des consolations le l'amitié! Rien n'est pressé pour toi que ce qui peut m'être nécessaire; tu accours près de ton amie affligée, tu viens recueillir mes soupirs, essuyer mes pleurs, distraire mon esprit , me fortifier et me charmer. Mon cœur pèse toutes ces choses et les sent vivement. Tu viens de voir que l'horizon s'était déjà éclairci, lu le lais briller d'un jour plus doux et plus pur encore.

Je suis en état de répondre mieux à tes sentiments qu'à les idées; nous voyons l'homme bien différemment. On a toujours trop exagéré les maux de notre espèce

et trop injurié la nature; les premiers ne me paraissent pas si multipliés ni celle-ci si cruelle qu'on se plaît à les faire.

Mais je fais un trait de plume sur cet article pour y revenir un jour; les choses fermentent dans ma tête, la liqueur bout, il laut attendre qu'elle soit reposée.

La bonne femme n'est point coupable de ce que tu veux dire. Ton sentiment me [liait parce que j'étais revenue a lui depuis que je t'avais écrit; cela me tourmentait pour ainsi dire, parce que la compassion avait repris le dessus de certaines considérations.

Je te laisse à ta volonté.

Tu n'en auras pas davantage de moi pour cette fois : je vais me coucher. Demain , H à l'amie Henriette et je ferai le paquet. — Je suis toute à toi, ma bienaimée!

A M" CannH ' .

Jeudi mitin i" mai 1777.

Qm ne puis-je l'exprimer avec des traits de feu la joie que je ressens du bonheur dont tu jouis et île l'amitié que tu me conserves! Tu étais faite pour posséder l'un d'une manière déterminée, et je comptais sur la durée de l'autre avec une douce confiance. Tu es heureuse et lu m'aimes! Cette pensée est bien consol.iute; elle pénètre mon cœur, elle adoucirait toutes mes peines. Il me semble que je pou 1 nus ijefier les disgrâces de toute espèce, elles ne feront à mon bonheur qu'un obstacle bien léger tant qu'elles ne m'atteindront pas dans ces autres moi-même où je me plais d'exister. Tu croirais volontiers pouvoir assurer que tu n'aimeras jamais iiue Sophie et moi : je trouve très sage la restriction circonspecte dont tu accompagnes cette expression; pour moi, je réponds bien que, telles aiïectionsque je puisse concevoir, tels liens imprévus que je pusse former, rien ne vous dérobera la place que vous occupez toutes les deux dans mon âme.

La divine amitié s'est acquis sur moi un empire que rien au monde ne pourrait renverser; elle s'est incorporée à mon être, elle est crue avec lui, l'un ne peut subsister ou périr sans l'autre.

Comment dis-tu. friponne, que la simplicité, la droiture, etc., ne sont pas des mets propres pour mon esprit raisonneur? Et quoi! sont-ils étrangers ou indifférents à mon cœur? Mais, comme disait saint Paul, la lettre tne, c'est l'esprit qui vivifie; je t'entends, et mon observation n'est qu'une plaisanterie. Il serait inju-te et maladroit d'apprécier le langage du sentiment par les règles de l'exactitude géométrique : c'est le défaut des âmes froides, et M ne sera jamais le nôtre; les esprits se parlent, les cœurs se sentent; le plus éclairé des premiers n'est qu'un sot pour

(,l C«l-à-fliie a Henriette, l'ilnée.

juger ceux-ci. Je ne sais si [je] te fais passer quelques-unes des idées qui me viennent à ce moment; il me semble que la remarque préce'denle trouve des applications fréquentes et quelle fait apercevoir la cause du plus grand nombre âea contestations qui s'élèvent entre les bommes.

Je m'amuse quelquefois à considérer la différence des traits qui nous eânttérisent toutes les trois : Sophie, naturellement modérée, tranquille et réfléchie, e\amine, compare, raisonne sans cesse; ferme et décidée, elle marche à son but inflexiblement et se cantonne de toutes parts pour appuyer les résolutions qu'elle a une fois prises. Sensible à l'excès, vive, et nécessairement plus dépendante des circonstances, tu ne connais d'autre guide que ton cœur : sa droiture te répond de la bonté du chemin qu'il te fait prendre, son empreinte touchante marque tes déterminations, et servirait d'excuse à tes variations. Moins inflexible que Sophie, parce que ma sensibilité s'étend à plus d'objets que ne fait la sienne, raisonneuse comme elle, parce que les circonstances m'ont rendue telle, moins vive que toi, mais susceptible de me passionner de même, on dirait que, participant à m^ deux caractères, je suis destinée à les rapprocher et à leur servir de lien. Voua m'êtes chères l'une et l'autre parce que j'ai de l'analogie avec chacune de vous : Sophie, plus anciennement attachée, me presse plus étroitement; mais je crois que quelque chose manquerait à cette union si tu ne la couronnais.

J'ai vu MUe d'Hangard lundi au Luxembourg, où je fus me promener avec mon père, après avoir dîné rue de Tournon, vis-à-vis de l'hôtel où mange l'Empereur ' . et où je fus voir ce prince. Les gens de ce rang ne me touchent guère, et je ne cours pas après eux; mais tout ce que je savais de celui-ci me le rendait int sant : j'aime ceux dont les grandes qualités peuvent faire servir leur pouvoir au bien de l'humanité. J'ai trouvé que sa physionomie répondait à l'idée que je m'était faite de sa personne; bien fait, doux, simple et noble, ressemblant à la Reine, mais étant mieux qu'elle, à mon avis; grand sans excès, bien campé, blond sans être roux, il annonce la bonté et allie la dignité avec tant soit peu de timidité.

Je lève les épaules de pitié, lorsque j'entends nos petits et vains Français, accoutumés au luxe asiatique et insultant de leurs rois, dire que l'Empereur ne soutient pas son rang, parce qu'il ne perd pas en représentation un temps qu'il emploie à observer. Il va partout ici comme à Vienne, quelquefois sans suite, à pied ou en fiacre, visitant les monuments, les hôpitaux, etc., allant toujours là où il n'est pas attendu, et saississant ainsi la vérité, avant qu'on lui mette des voiles. Il donne des preuves de son goût et de sa bienfaisance, par ses remarquequestions et ses largesses.

(" Joseph 11, qui voyageait alors eu France, pouvoir jusqu'à la fin), portait te titre d'Em-

et qui, bien que sa mère Marie-Tliérèse vécût pereur, depuis la mort de son père François I".

encore (elle ne mourut qu'en 1780 et garda le en 1^65.

Il faut avoir «lu bon sens et dr l*él«'*\ ation dans l'âme pour se mettre de soi-même au-dessus de* préjagét et dé l'étiijuette de son étal; sa conduite annonce à m. veux un philosophe et un homme lion.

Tout est ri>iiM<|ueiit dm lui : il ne fait pas comme ces princes qui, venant incognito, ne laissent pas <)ue de trainer avec eux tout leur faste : il garde son incognito et en jouit parfaitement. Sa mise répond au reste : un habit puce, avec un bouton d'acier, de petites bottines, une seule boucle à la frisure, l'uniforme en allant voir les revues. Enfin, je l'aime; et si des vues ambitieuses ne le corrompent pas un jour, m mes espérances ne sont pas trompées, l'Europe se félicitera ili- voir régner sur une partie d'elle-même un souverain véritablement grand par sa justice et par sa clémence.

Kn vérité, cette idée me touche et m'attendrit : je sens que le bonheur des hommes m'est < -lier et complète le mien; puisse le ciel ne confier les sceptres qu'à des mains pures, équitables et sages!

Le témoignage que tu me donnes du plaisir que mes rêveries t'ont fait éprouver me fait imaginer de te communiquer aujourd'hui ce que j'observais dernièrement.

Dr rohterration.

L'observation est cette application de l'esprit à considérer un objet, à l'examiner sous toutes ses faces et dans tous ses rapports. Cest une opération du discernement qui suppose de la modération dans l'âme : l'homme passionné n'observe jamais, les personnes extrêmement vives observent rarement et mal. Il est cependant certaine apercevante jatte et £m OBI lui appartient volontiers, et qui est moins le fruit tle la rcllexion que celui d'un tact délicat et d'une sensibilité ev|iii-

Me (acuité de saisir et pénétrer le-, choses s»ec promptitude s'appelle goût dans ies ouvrages de l'art, finesse dans les productions agréables de l'esprit, pro- |ni!<|i-ur lUat le- spéculations importantes.

L'observation est une vue réfléchie de l'entendement; elle est rarement le partage des femmes et des jeunes gens : ceux-ci sont trop dissipés, celles-là trop préoccupées.

Je croirais les femmes très propres à obtemr, dans le genre moral, s'il était |..issil,|.- de Im di-h un- d'elles-mèuies; leur organisation délicate, la prestesse de leurs sens (s'il est permis de s'exprimer ainsi ), leurs relations, leurs intérêts, celte réserve, ces lois, ces bienséances qui les retiennent, les gounnandent sans cesse, leur donnent la facilité d'observer et semblent les nécessiter à le faire; mais tout occupées du soin de plaire, tout entières aux nmyih de parvenir à ce but, leur imagination est un< de miroir où elles ne voient jamais qu'elles-mêmes et

s'étudient toujours à embellir celte chai manie idole.

Dans les liaisons du cœur, la femme la plus adroite est rarement la plus tendre : rien n'est plus pénétrant, il est vrai, que l'œil de l'amour, mais rien aussi n'est plus indulgent.

Si la coquetterie, par son retour perpétuel sur elle-même, nuit à l'observation , le sentiment lui nuit encore bien plus : l'une empêche de tout voir, et l'autre fait voir faux.

Nous sommes donc prédestinées en quelque sorte à être les dupes de notre imagination ou de notre cœur, de notre amour-propre ou de notre sensibilité. Quoi, le vrai ne serait-il jamais le partage de cette moitié de l'espèce, si douce et si bien laite pour le suivre et le faire aimer?. . .

Heureux qui n'eut jamais que ces illusions aimables qu'on peut bien regret Ut lorsqu'elles sont évanouies, mais dont on n'a pas à se repentir! C'est la seule consolation que je trouve à la peine des considérations précédentes. Le goût de l'observation, en général , suppose de la réflexion : son exercice demande du jugement. L'observation dans les arts exige des connaissances; il faut déjà savoir pour pouvoir distinguer. L'observation en métaphysique exige des méditations abstraites et profondes, un esprit patient et subtil. — L'observation dans la morale demande de la droiture d'âme, beaucoup de justesse et d'expérience.

L'observation des mœurs, caractères, etc. (c'est celle-là qui me paraît convenir aux femmes), demande de la pénétration et de la sensibilité : toutes les deux s'aident réciproquement; la sensibilité, en général, fait jeter sur les objets l'œil perçant de l'intérêt, et donne à la pénétration cette vivacité qui la caractérise. Elle n'y devient un obstacle que dans le cas de sa détermination et de son excès sur un seul objet, et alors ne fait tort à la pénétration que pour cet objet même.

Ce que tu me dis de ta résolution à certain égard me rappelle des couplets que tu pourrais chanter, et que je fis, je ne sais pourquoi, dans un temps où ils n'exprimaient pas trop justement ma façon de penser. Le refrain te fera souvenir de l'air, qui est très connu :

De l'amour la jolie chimère Gagne l'esprit en séduisant le cœur.

Hélas ! c'est un tyran sévère Qui fait bientôt ressentir sa rigueur.

Trop tard on se repent un jour De s'être soumis au petit joli

Au joli petit dieu d'amour.

D'un enfant il a la figure , Le front timide et l'air touchant , badin :

Ajoutpz à cette peinture

WNKE 1777. 71

Ses yeux perfides, son sourire malin.

Vous aurez sans fard , sans a tour.

Le joli petit, le petit joli

Le joli petit dieu d'amour.

Pour moi , qui dans un Age tendre Prétends braver son pomoir inclianteur.

Craignant de me laisser surprendre Aux traits subtils de ce dieu séducteur.

\ I >iane je fais ma cour, r'uvaut le petit, le joli jx-tit

lie joli petit dii-ti d'amour.

Je donnai dernièrement cette chanson à M"* d'Hangard avec plusieurs autres qu'elle m'avait demandées : mais j'ai gardé aussi l'incognito, ces petites folies ne sont bonnes que pour nous.

Je t'enverrai un autre jour des vers qui me furent écrits par M"' Dp., ma parente, dont un oratorien'" était l'Apollon, et qu'on me fit à l'occasion de couplets qu'on me npposa el que tu pourras voir dans le Mercure prochain, parce qu'il m'a plu de les y faire mettre, pour répondre à certains autres que j'y avais vus. Ils M sont réellement pas de moi.

Voilà bien du babillage et des fadaises; mais ce qui vaut mieux que tout cela, e'flÉ la li-ndri -.se vive et sincère avec laquelle je l'embrasse de toule mon âme.

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