‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 107 sur 113 · A M. LE COMTE DE LARISSÉ · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE LARISSÉ

Turin ....

Très-aimable comte et bien cher ami.

Dans votre lettre à l'excellent abbé il y avait un mot obligeant pour moi et je veux vous en remercier. Je me félicite d'avoir une petite place dans le souvenir d'un homme bon comme il en est peu, d'un homme qui aime ses amis, et qui aussi en est fort aimé. Ici, nous nous souvenons souvent de vous et de cœur. Ne croyez pas que ce soit la fête qui nous parle de vous, ce sont mille choses : ces fleurs, que notre cher botaniste aime tant, les gracieuses pyramides de campanules, un cemanthus qui, si vous le voyiez, vous plongerait dans l'extase, une bruyère des plus jolies ; en somme, tous les objets prennent une voix, et tous, d'un com-

mun accord^ nomment Tami Domiziano. Il faut bien aussi que ce cher Domiziano ait quelque vertu pour qu'on se le rappelle toujours avec tant d'affection. Serrez donc la main que je vous tends et aimonsnous. — L'unique motif de mécontentement que vous nous donniez^ ce sont vos longues absences; mais nous sommes certains que vous ne nous mettez pas en oubli. Je ne saurais que vous dire de ma santé; elle est assez faible, comme de coutume, mais je me réjouis de pouvoir vous donner de bonnes nouvelles d'une autre santé qui nous intéresse davantage, celle de l'excellente marquise. N'étaient certaines douleurs de foie, etc., dont je m'afflige de la voir encore souffrir, je dirais qu'elle ne s'est jamais aussi bien portée. Elle a un visage de santé qui console; elle marche d'un air dégagé et mène une vie tout active. Ces signes de force me ragaillardissent. Que Dieu la conserve ! Vous pouvez croire que les tribulations ne lui manquent pas. Elle les supporte sans jamais perdre courage et trouve moyen d'être de bonne humeur et de se ranimer chaque jour. Convenons entre nous et en confidence que nous n'avons pas tort d'être ses serviteurs et ses amis dévoués, moi surtout, qui ne vaux |)as un denier, et que la bonté divine a conduit dans cette maison pour y être comblé des attentions les plus bienfaisantes.— ^N'est-il pas vrai, cher Domiziano, que nous sommes d'accord? Nous le sommes également en ce qui touche au Poncalierese (ma plume voulait écrire au Carignanese). Il est plein de malice, piquant, grondeur, terrible, et cependant il me force à Tainier de tout mon cœur. — Si vous faites une course à Villa-

FoUetto^ dites mille choses de ma part au seigneur de Tendroit, quoiqu'il mérite bien qu'on lui tire les oreilles. Il parlait de faire au premier jour une nouvelle apparition à Turin; mais bah! on ne Ta plus reTu^ et il n'a pas écrit une hgne. Quelle belle conduite ! Heureusement^ nous le savons^ c'est par simple paresse qu'il semble devenu si sauvage et silencieux à ce points et son cœur est toujours excellent. Vous demanderez pourquoi nous ne sommes pas à la Vigna pendant de si belles journées. — J'en suis^ à ma honte, la triste cause. Le médecin a une idée, que je ne crois pourtant pas juste. Il dit que cet air de montagnes ne lui parait pas favorable à mes poumons; et Madame la marquise, dans son extrême bonté, a voulu, à cause de cela, se priver de l'avantage que sa santé a toujours tiré de cette douce résidence, dans la villégiature d'autonme. J'en ai un véritable regret. J'eusse désiré que Madame la marquise allât à la Vigna sans m'y mener. Je serais demeuré à Turin. Mon vœu n'a pas été écouté ! Je pense que vous aurez su ce qui se passe dans cette heureuse capitale; les choses se réduisent à de monotones aventures de vols, d'injures, de désordres. 11 faut prendre ses précautions, éviter les dangers, prendre patience et se reconmiander à Dieu. En attendant, fortiQons-nous eu pensant aux honnêtes gens et au bien qu'ils font selon leurs forces. Le mal sert d'épreuve à ceux qui veulent devenir saints.

Mes respects, je vous prie, à M"»« la comtesse de Lirissé et aux jeunes dames. Soyez tous en santé et en joie. Si Luigi est près de vous, donnez-lui le bonjour de ma part.

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