A SA FAMILLE
Venise, 5 février ISJî.
Mon cher Luigi,
Cn baiser |K)ur ta folie et aimable lettre, qui m'a mis de. si Imnne humeur ; puis cinq autres iiaisers IN)Ui' i)apa, uiamaii, François, Joséphine et Ma-
riette, dont Ips tenilres Sentiments, dont les affec- Iueiise5 espri^ssions tant de leur part qu'an nom de ntaman sont un trésor pour mon coeur... Cette cruelle ïntérni(ilion de correspondance qui , le mois dernier, nous a ttius également affligés, n'est provenoe ni d'aiirinie maladie que j'aie faite: je me suis toujours porlé il merveille; ni de ma paresse, puisque j'ai f«.TÎl dans la première semaine de janvier; ni de la vitiontt'; de la Comniissiou, tes messieurs, an contraire, ne cessant de mettre le plus délicat empressement à ni'accorder tous les égards que réclame l'humanité... Le 39 du mois passé j'ai reçu aussi la lettre où le cher jiapa m'annouçait en date du 20 décembre l'envoi dç iDi) livres italiennes par l'intennédiaire de S. E. le onjjtt de Pralormo; ce dernier n'est pas venu me Toif jipeul-élrc n'en aura-t-il pas eu le temps» Tu es MiiguiitT^ mon cher Luigi : tu te donnes ]>ou'r moi Lut de peine, et tu ne veux pas que je te remercie. Croiiuiu par hasard que ton style facélienv m'en imjiosf? Je sais ce que valent^ dans ta situalioiij les sacriflces d'argent, et je mesure ma reconnal^nce sur le prix de ces sacrifices 1 J'avais peur que les Souffrances de Jésus ne fussent perdues. J'aime mieux qu'elles soient retournées à Turin. C'est là que j'irai les lire.
Eo attendant, cher papa, comme je vous l'ai déjà dît, de tous les saints livres j'ai le meilleur, la Bihle; c'est UD aliment inépuisable pour le cœur et pour l'esprit.
Mon cher François, je t'assure que je ne (e trompe pas quand je le dis que je sais vivre heureux pendant
que les autfes me étiolent tnftlheureux. Outre qu'ici Ton me traite avec bienveiUance^ J'ai appris de mon côté à t)orner mes désirs et à reconnaître que dans ce monde tin peu plus de bien , un peu plus de mal ne change pas grand'chose à la conditicm humaine. Le premier des biens c'est Dieu ; le second une courageuse résignation à ses Tolontés. Je te remercie des cordiales expressions de ton amitié.
* Je vous remercie aussi^ ma chère Joséphine et ma chère Mariette^ de ce que vos belles flmes me disent de tendre. Comme vous êtes les interprètes de maman envers moi. sovce-1c aussi de moi envers elle. IHtes-lui tout ce qui peut la consoler^ dites-lui qu'après avoir pris patience jusqu'à présent^ nous ne devons point la penlre maintenant; car sans dotite ceci aura bientùt un terme, et lorsque j'aurai le bonheur de la revoir, je rivaliserai avec vous tous en soins, |mhup la dédonunager de ce qu'elle a souflert pour moi '.♦
Ce que je dis |>our maman, je le dis pour vous, cher |iapa, Muis snppliant de conserver votre santé et de Imnnir toute tristesse. Je -^ous embrasse tous avec tcHite la tendresse et la gratitude de mon cœur.
t Nuuft mcUmns cnire deui asiérisques tes letui» oa paniet de leiireH que Tauleur a ôcriles en français, et, autant que Dont lc> pourron», nous chercherons à prendre pour modèle, dans notre trailiiotion, le ton aisé, naturel et ramilièrement tendre du •t)le franvai» de Silvio. {SoU du TniduOeur.)
XXÎIV
A M, ONORATO PELLICO.
Venise, IH février 18îî.
Très-cher papa.
Comme il s'est écoulé seize jours depuis que j'ai reçu Toire dernière et que j'y ai répondu, j'obéis à la recommandation que tous m'avez faite de vous écrire au moins deux fois par mois, et je vous donne de mes nouvelles, quoique je sois sans lettres de vous. De cette manière, si par malheur ma dernière s'était perdue comme certaines àutres> celle-ci> mon cher papa, vous tirera d'inquiétude ainsi que toutô la famille. Je vais habituellement bien, et je Vis dans l'espérance que cet orage s'éclaircira bientôt. Je n'attribue cette absence de lettres à aucun accident survenu dans la famille, et j'espère en recevoir prochainement une qui me confirme ce que mes chers frères et mes chères sœurs m'ont dit dans une autre, à savoir que vous vous portez tous bien et que vous m'aimez.
Je vous embrasse de tout mon cœur avec ma trèschère maman, mon cher Luigi, mon cher François et mes bien-aimées Joséphine et Mariette.
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, de mon ermitage, 19 février 1822.
Mon bien-aimé père.
Je vous avais déjà écrit hier, quoique sans lettres de vous, pour éviter que vous, mon cher papa, et toute
la famille fussiez inquiéta» comme il arrime toujours quand vous êtes longtemps sans JWceYoir de mes noiw Telles» lorsque voici aujourd'hui voire tfè»H:lièro dernière qui me console en me confirmant que irons tous portez tous bien. Les iOO livres îlaUenneft (an sujet desquelles je ne me serai pas bien eapliqné dairis ma précédente lettre et dont vous me demandai •inmfite) je les ai reçues» et j'en renouvellerais tons mes rèmer-» ciments à mon excellent Uiigi» si je ne cnngilaisi4|fliil ne se fàcbàt. Je me contente donc de Tembraner de tout mon cœur» après avoir d'une égale tendresse embrassé mon angélique père et mon adorable mère. Pour finir» mais avec une extrême tendresse» j'em* brasse mon bon François et mes lionnes sœurs. Qu^ili se portent bien» c'est ce que je fais ; qu'ils priimeiit patience» c'est ce que je fais; qu'ils espèrent pour un proche avenir de jours plus lienreiu» c'ait ce que je fais encore.
XXXM
A M. ONORATO PELLICO.
Vonise, 23 f*''vrier 189i.
Mon très-cher père.
Tons les maux me sont devenus légers depuis que j'ai acquis ici le premier des biens» la religion <pie le tonrbillon du momie m'avait pres(|ue ravie. Quoique privé encore de la consolation de pouvoir dédommager mes chers parents de ce qu'ils ont soutTert pour moi» toutefois» même dans les moments où je dois m'éloigner d'eux plus enœre» je ne me sens pas malheureux, et je ne le suis pas, parc*e que la religion
ra'fHpurc qufi ineÉ tendres t>ai^H préfêrcnt rnè ^Thir teiBtd'eiiXitiTiâM eAvMèvr, (ftfé^^^ lîrtBièUf'
denapforeBiei fiitsepéritéft' tté <!e monde^ mais pk*iv^ 4r Im^ffàct^ i^Ml4Mdite le eideut' épHs des attaches tel"rartfeai La «ciéMliiteé^'smiérifine qui a tempéré ^^doà isM'te'rignfiÉridesiloy aenfuispire pa^ seulemetit de lt».fm»PwahMncé'poarce bienfaft^ mais me console pwnl-aircaÎFç<rt je cdhserve le vif pressentiment que jiol^itadfaDian boat de quelque temps une atténuation d6 pmio>tiaitincl>reHrerra au sein de ma chère fa- Bulki awotlf IfheOTe -mainteoant fixée. La solitude (hieaiBiliiiaiipréciable que j'ai toujours aimé et appâté de-oicB^œux dans les ennuyeux bruits du ■lMl^^> la> solitcide et la réflexion m'ont fait compMMir04e quel danger sont pour la société humaine l»kféeB eooitées'depatriotisme auxquelles je me suis. WÊoàà dansi t'inmkîence de mon cœur^ mais dont la prudence aurait dû me tenir éloigné. Je respecte le jicHivoir qui me fait sentir mon erreur, La bonté avec laquelle j ai été traité dans le cours de ma dernière détention et (jui, je le vois, provenait de deux causes inilKirianles, de la magnanimité des pei*sonnes dtî qui je tiépendais et de la générosité avec laquelle le gonxnM'mcnl a pour système d'adoucir le sort de ceux <]iril croit dignes de chàliinent^ cette bonté me laisse h consolante assurance que dans la citadelle du SjiieHierg où je suis conduit, aucune rigueur ne me rendra Texistence |)énible. J'en ai déjà une preuve «ians la permission (|ui m'est accordée d'emporter ♦iici des livres pour continuer mes éludes et employer 'itilenient les loisirs de mon nouvel ormitige. Il suf-
fll d'ouvrir l'histoire et de comparer les siècles pour bénir Dieu d'être né dans celui-ci, où les législations, même quand elles croient devoir user de sévères mesures de précaution, ne se départent pas de l'hunianité. Je voudrais (\jouter beaucoup de choses à Ta* drosse de mes chers parents, pour les amener à voir ce qui m'arrive sous son véritalile aspect, c'est-à-dire sans perdre le calme religieux de leur âme, et afin qu'ils comprennent combien il est probable que notre séparation sera l)eaucoup moins longue qu'ils ne le croient. Mais leur esprit est trop clairvoyant pour qu'il soit besoin que je leur suggère les réflexions pn>près à les tranquilliser... 11 est dit expressément dans l'arrêt que le terme de ma détention au Spielberg sera de quinze années; j'insiste encore une fois pour que vous vous abandonniez à cpielque espérance. Pour vous donner un témoignage des l>ontés qu'on a pour moi et des ressources qu'y puise mon intelligence, Je vous adresse les deux tragédies que j'ai compoaéee ici, que je vous ai déjà anuonc^ées et (]ue je remettrai à H. le consul de Sardaigne, s'il veut bien vous les faire parvenir. J'y joins un autre travail de moi : les Chants du troubadour. Le peu de mérite de ces oom> positions n'empêchera pas certainement qu'elles ne soient agréables à ma tendre et indulgente famille; elles attestent du moins que mon esprit n'est pas abattu, et qu*il cherche un soulagement dans ses études favorites. Aussi continuerai-je s'il platt à Dieu. Accoutumé à discerner dans tout événement une bienfaisante intention <le la Providence, J'aime à voir dans l'avenir non-seulement quelque protil mo-
rai pour raon âme^ mais encore ce progrès de culture littéraire auquel j'ai toH)Our3 aspiré et que les affaires m'empêchaient d'atteindre. Si mon ardeur pour Xétude doit faire un jour quelque honneur à ipon pays et à mon nom^ il était peut-être nécessaire que je fusse frappé d'une catastrophe qui m'enlevât pour un temps à toute distraction. Je voudrais ne pas devoir ces douceurs de la vie méditative à un malheur qui afflige mes chers parents; mais puisque cette épreuve m'est échue en partage , veuillez, je vous prie, considérer non-seulement les mauvais mais aussi les bons côtés qu'antraine avec soi la destinée qui m'est faite. Certes c'est une grande prévoyance de la bonté divine d'avoir mis dans mon caractère plus de penchant pour la vie intérieure que pour rexlérieure, et de m'avoir donné dès l'enfance un attrait si vif pour la solitude Il est évident que par là le ciel me voulait doter pour toiqours de la disposition nécessaire à me faire supporter avec une philosophie clirétienne la circonstance présente.
Ce que j'ai dit doit suffire à vous convaincre que mon âme est dans une quiétude parfaite, et en tout résignée à la volonté de Dieu. Je me bornerai ày jouter mes tendres salutations et la prière de m'écrire encore ici à Venise , et de m'envoyer le plus tôt possible un peu de linge. Vous savez que je n'en manque pas, mais quelques chemises^ quelques paires de bas ordinaires, quel(|ues mouchoirs de poche me feront plaisir. Gardez jusqu'à mon retour (et prions le ciel qu'il ne soit pas trop éloigné !) mes cravates et mes chaussettes fines, mes bas de soie, etc., et que dans
— riâ —
rintervaUc mon cher |>apa et mes cbers frère$ viniillent bien en faire usage. Je n'aurais que faire de la |)artie élégante de ma garde-robe^ n'ayant à comparaître que devant ou des supérieure qui me tiennent quitte de l'étiquette, ou quelques compagnons de fortune dont je tiens seulement à être aimé ^t rien de plus. Dans le petit paquet mettez, je yous prie, le livre doqt Joséphine m'a fait présent, le^ Soujfra,nce$ de Jésus. Grâce à l'argent dont mon cher Luigi qi'a enrichi, je n'ai et n'aurai besoin de rien pour les autres dépenseï^ qui pourraient suiTeuir, comme ports de lettres, jetc. Du reste, si loin que je sois de vous, croyez que notre correspondance suivra son cours régulier, et que vous verrez que la santé, la résignation et le calme m'ont accompagné en Moravie. De mon côté, j'espère apprendre toujours que mes excellents parents se portent bien et qu'ils supportent mon malheur avec une fermeté toute chrétienne. Lisez et relisez cette lettre à maman ^mais d'une âme rassise), et dite»-lui tout œ qui i)eut servir ù la consoler. Si je ne considère pas cet événement avec une totale indifférence, ce n'est que pour ma famille, et parce que je crains qu'elle ne s'exagère le coup qui me frappe. Soyez bien convaincus que je vous cause ce chagrin pour m'étre trouvé enveloppé dans des circonstances que je n'ai (»as su éviter, mais que rien dans mes autres actions, rien dans le fond de mon âme ne me rend indigne de votre estime, et que vous me faites justice en me pardonnant et en me conservant votre tendresse.
Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que ma chère maman, mes frères et mes sœurs. Comme j*at-
tends la malle que Je Vous ciétniinde^ jf^ vous écrirai encore une tôh de Venise'.
Que ne toudrais-jè pa8 ious dire, cher Luigi, cher ïrahçoîs,' chèi^ Jbééjihîne, chère Mariette? Je ne puis que vous'énibtâssef et votis prier de vous montrer siipérïeijfris àux"(iittpi de la fortune; ils peuvent sembler lôui^s'à qd] h^a' pas d'élévation dans Tâme; pour nous ce sbtii 'âèct^éts de Dieu^ devant lesquels il faut s^hclitier et qu'il 'faut recevoir comme de bienfaisants^ de paternels avertissements.
Vous recevrez dans quelques jours par Tentrenn'se de notre vice-consul les papiers dont je vous ai parlé^ c''est-à-dîre les deux tragédies et un manuscrit de chants. Vous me feriez plaisir de m'envoyer deux exemplaires de ma Francesca et deux de VEufemio *.
''^ Il tie YÎI^dra, je crois^ à la pensée de personne de eliercber diM'cetté'ddenble lettre, ni dans les suivantes, des arguments eotue la sincérité de Silvio dans son livre immortel des PHsom» , Certaines phrases sont évidemment à Tadresse de la Commission qni devait lire ces lettres dvant la famille de Silvio, et qui ne les a sans doute laissé passer qu*en considération de ces phrases mêmes.
Quant à la résignation que montre ici le pauvre condamné, on sait par ses propres aveux qu'au fond de son cœur elle était loin d^étre aussi complète, et ce n*est que par un suUime eflbft de piété filiale qu'il était parvenu à la feindre telle po«r soMtoir le courage de ses malheureux parents.
• [NoU du Tradvdewr.)
A M. ONORATO PELLICO.
Venise, lie de Saint-Michel» 31 mars 18i9.
Mon bien- aimé père^
Lundi, Jour de la très-sainte Annonciation de la sainte Vierge, sevh le jour de notre départ pour le Spielberg. En vous en donnant Tavis, mon cher père^ j'ai le bonheur de pouvoir y joindre une bien consolante nouvelle qui, m'étant venue au moment où je m'y attendais le moins, et quand j'avais le cœur oppressé de tristesse, m'a rempli de la plus vive joie et de la plus douce émotion.
Admirez la bonté du très-clément Auguste. 11 achevait à peine d'exercer sa grandeur d'âme en tempérant la première rigueur de la loi, (|ue déjà, prenant de nouveau pitié de notre |>eine, il a daigné décider que chaque douze heures nous seraient comptées pour un jour; ce qui veut dire (pie notre détention sera réduite de moitié, d'où il suit que je n'ai plus à faire que sept ans et demi. Cette grâce nous a paru si grande que je croirais offenser la Providence si j'osais encore gémir sur mon destin. Unissez-vous à moi, mes très-chers parents, pour rendre grâce à Dieu et bénir ce souverain magnanime à qui il en coûte tant de punir, et que je l)énis et ne cesserai de bénir à toute heure de ma vie. - J'ai reçu, cher pa^ja, la malle que vous avez eu la bonté de m envoyer, où j'ai trouvé
tous les effets marqués dans votre précieuse lettre du 8 courant , et dont je vous spécifierai le contenu , comme tous me le commandez.
La tendresse paternelle et maternelle a excédé les liomes, en me pourvoyant, au lieu du petit nombre d'effets que j'avais désiré, d'une si grande quantité de linjre et de vêtements. J'y vois non-seulement ce qui était de ma garde-robe, mais plusieurs objets nouveaux. Mon excellent Luigi doit y avoir contribué particulièrement par ses cravates rayées, comme il y a aussi contribué par les livres que je reconnais en partie pour être des siens. Comment pourrais-je exprimer ma reconnaissance? 11 faut que vous Tinterprétiez vous-mêmes et que vous croyiez qu'en me sentant aimé de cette manière tout mon malheur disparait et que je me tiens pour heureux.
Mes très-cbers |)arents. Dieu fera briller le jour où nous serons réunis^ et alors seulement il me sera donné de vous témoigner par ma vénération et par ma conduite toute Timmensilé de la reconnaissance <{ui est en moi. Je ne puis à présent vous remercier qurn demandant à Dieu dans mes incessantes prières qu'il >ous con3<5rve et répande sur vous toutes ses bénédictions. Vous sachant si atfectucusenicnt préoccu[»és de mon bonheur temporel, mais bien plus entore du bien de mon àine, je crois devoir vous faire connaître qu'on a eu la bonté de nie peiinetlre d'approcher lundi des sacrenients, ee que j'ai fait avec une indicible a)nsolation. Les conseils de l'hoiiune de bieu ont fait taire toute plainte au fond de mon âme. 11 ne m'en coûte plus du tout de me soumettre aux
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événcuicnts ; uion coprage eet doublé} }%{ la |>lus intime persuasion qu'il ne ju'est rien arrivé 4)ue pour j^ion bieuj et que s'il un est résulté, une cridleafflic- . ^pn pour mes chers parents, c'est aivssi pour le bien de leur àme et afin qu'ils eussent, upe occasion particulière de nietti*e en pratique tout ce 'qu'ils, oat de vertu chrétienne. •. '
J'attendais avec beaucoup d'inquiétude nue réponse à ma lettre du ^ février. En recevant; cette ré|ionse et en la trouvant remplie d'expressions si \iertueusQS^ si consolantes^ si religieuses^ sans une seule plainte, sans un mot, sans un signe do reproche pour uiui, sans un indice de faiblesse, j'ai éprouvé unedouccur ineflidile, et j'ai senti |)his que jamais tout ce que je devais à la grâce divine |>our in'avoir honoré de parents, de frères et de siL*urs, qui tous, par leur graudeur d'âme, méritent ipi en toute chose je me les propose lK)ur modèles. Ma bonne sœur Mariette ma adressé les mêmes expressions de douloureuse sympathie, et si délicates, si ménagées |K)ur ne pas trop m'attrister! Ce sont plutôt des soupirs que des plaintes. Je remercie chacun de vous en |)articulier de l'effort qu'il a fait sur lui-même |>our ne |)as demeurer au-<lessou8 de réi»reuve à laquelle il a plu à Dieu de l'appeler; cette résignation est le plus grand bienfait que je pusse attendre tle vous. Combien j'ai été ému et consolé en même temps de la manière afTectueuse dont inanian m'a fait sentir qu'elle aussi me pardonne et qu'elle ne cessera jamais de m'aimer ! Elle exige que si j 'ai besoin de queb|ue chose je n'hésite pas à recourir à la familk. Je le ferai si je me trouve dans ce cas. Mais sachez que
je ne pourrai i^Voir àfair^ iqïH^ de* bien petites dépen- •»> pnsqoeèe géiiéèenic goaTiemetnent nous accorde mt eÉcMentfitmMintÈ: Quant à du linge, tous ▼o?es, chèr^papèr; tefrîme je suis abondamment fOTTTU. Mon clier''LQ{j^ lai fart des sacriflces pour «l'ttnroyer «de Tâtigénl: If ne më manquera donc rien de longtemps. Quand je Tois que notre famille, au lieu de «c To*r aîAéé piar moi, ise prive pour me venir en aide , j'ai' plutdt du remords de me trouver si bien. Seiiiefneàt tons cbé sacrifices, tous les faites de si bon oeur que je me persuade que je n'en dois refuser meair. Soyez donc bien tranquilles, si j'en ai besoin, je profiterai lonjours de vos généreuses intentions. — IcTcnant à votre clière lettre, je dcTrais peut-être exprimer à mon cher et pieux François combien mon a été touché de ses fraternelles consolations; <ffaHl venille bien se faire lui-même mon interffèïe, puisque Fespace me manque, et croire que son amitîr m'est et me sera toujours précieuse. Le peu de hfme^ que mon clier, mon bien cher Luigi a ajoutées a cette leltrc ont été pour moi une joie infinie. Je le |Mrii* d'offrir l'expression de ma respectueuse reconnaissance à S. E. M. le comte de Revel; je suis véritabh*ment pénétré de ce que ce haut personnalise a daigné intercéder en ma faveur. Je n'aurai d'autre ambition toute ma vie que de me montrer digne d'une telle protection. Le nouvel acte de clémence de S. M. très-auguste a prévenu les démarches qu'on voulait faire [K)ur obtenir l'abréviation de notre peine. Il ne iHrtis reste plus maintenant ((u'à apaiser notre esprit ♦•t a demander à IHeu que les ohoi>es de ce momie re-
prennent un cours plus tranquille; en quoi nous mettons noire espérance^ el pour le bien général^ et pour les conséquences favorables qui peuvent en résulter pour nous en particulier. Veuillez aussi, quand vous en aurez l'occasion, faire agréer toute ma reconnaissance à S. E. M. le comte de Pralormo. J'ajoute pour votre consolation qu'en cessant d'être placé sous l'autorité bienfaisante de MM. les conseillers, j'ai encore la bonne fortune de passer sous une autorité non moinf douce et bienveillante pour le voyage que j'ai a faire. C'est une chose qui émeut, étant frap|)é par la loi, de se voir si généreusement traité, avec tant d'égards! On me permet d'em|K)rter avec moi une petite bibliotlièque. Parmi les livres que je voulais acheter d^ valent précisément bc trouver ceux que Luigi m'a envoyés. C'est encore une dépense qu'il m'a éfmrgnée et les livres qui me viennent de lui ont pour moi uo prix bien plus grand.
Ne doute pas de ma constance, mon cher Luigi ; personne, je crois, ne connaît mon âme mieux que toi.
Ma chère Joséphine, tu m'as fait un grand cadeau en m'envoyant les Souffrances de Jésm, Ce livre ne cessera de m 'être bien cher.
Cher [)a|»a, chère maman, chers frères, chères sœurs, je vous embrasse tous de tout mon cœur. Au revoir, quand il plaira à Dieu ! Aimons-nous en esprit et prions les uns {>our les autres. MM. les conseillers remettront ces jours-ci les deux tragédies et lesCAaiili du troubadour de Saluées à M. le vice-i'onsul de Sardaigne, qui se chargera de les envoyer à la maison. Dès (|ue je serai au Spielberg je vous écrirai. £o atlen- '
dant lie tous inquiétez pM si voua ue recevez poitii de mes nouveUes pendant quelques semaines. Il est probable que mon voyage durera près d'un mois.
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