CCC'LXIII
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI IfOMBBLLO.
Turin, 9 décembre 1833.
Madame la comtesse.
Vous êtes trop bonne de m'adresser de si aimables et si encourageants éloges, je vous en remercie, et me réjouis infiniment de voir que ma tragédie vous ait plu. Vous avez un esprit parfaitement capable d'en discerner les défauts, et ce peu de qualités qui pourra s'y trouver ; mais l'indulgence de votre cœur vous porte à saisir les qualités plutôt que les défauts.
Il a été un moment question pour moi d'une excursion à Naples et à Palerme ; mais certaines raisons m'en dissuadent. La principale c'est que les passions politiques sont encore trop vives dans notre malheureuse p(!'ninsule, et je ne veux donner de prétextes ni à des soupçons, ni à des extravagances d'aucun genre. Ma santé se fût bien trouvée de ce voyage, et j*y renonce à regret. Mais patience I sans doute c'est pour le mieux.
J'eusse d'aiUcurs regretté de m'éloigner de mes chers parents et de quelques-unes de mes relations
que j'apprécie le plus ; et vous êtes du nombre. Madame la comtesse.
J'aurai bientôt, j'espère, le plaisir de vous revoir à Turin. Vous avez raison de jouir de la campagne tant que la saison est belle, mais les gelées et la neige ne tarderont pas.
Je travaillerai bien volontiers à réunir des souscripteurs au petit traité de notre brillant Mamiani.
Je vous prie d'offrir mes hommages respectueux à Monsieur le comte, votre mari, et à Monsieur le chevalier, et de croire aux sentiments d'estime particulièrq avec lesquels j'ai l'honneur de me dire votre très-dévoué serviteur et ami.
A MADAME MASSIMINA ROSELLINI.
Turin, 36 septembre 1838.
Madame,
Vous m'avez honoré d'un précieux don en m'envoyant votre tragédie des Pargi, et je vous prie d'en agréer mes plus vifs remcrcîments.
Quoique bien vieilli déjà, et par les souffrances |ilus que par les années, et sevré désoi*mais du commerce des livres, j'ai encore lu avec plaisir cette tragédie pleine d'àme et tout étincelante de verve poétique.
Agréez, Madame, avec l'expression de ma reconnaissance, le suffrage de votre très-humble et trèsobUgé serviteur, Silvio Pellico.
A M. ACHILLE DU CLÉSIEUXi.
^ Mon cher ami ^
Ma santé et quelques affaires ont été cause du retard que j'ai mis à répondre à votre aimable lettre du 5. J'ai été malade et je pourrais dire que je le suis continuellement. Depuis mon retour de la campagne^ je suis mieux; je me lève et fais quelques pas dans la maison. Il me reste des heures pénibles où je respire arec difficulté. — Ce ne sont cependant pas de grandes souffrances^ et j'ai tort de me plaindre.
Dieu est bon; que sa sainte volonté soit faite. Je ne lui demande pas de me bien porter^ mais d'être à lui. Oh ! que ce Dieu de miséricorde nous aime ! Je le bénis aussi des grâces qu'il vous a faites^ qu'il vous fait. Votre âme si aimante lui est chère; il veut la sauver^ la remphr de sa charité : vos désirs, vos œuvres répondent aux désirs du Seigneur. — Persévérez courageusement. Vous voilà donc directeur général, insti-
1 M. Acbllle du Clésieux, poêle disliogué, après avoir abaodonné momeotanément la poésie pour donner tout son temps et toute son âme à rétablissement de la colonie de Saint-Ilan, lui revient aujourd*bui avec une inspiration *a laquelle la solitude a laissé toute sa fraîcheur, et qui ne pouvait que grandir dans le sentiment d'une œuvre sainte, courageusement accomplie.
Ces deux lettres à M. du Clésieux, écrites en français, ne Doos sont parvenues que pendant Timpression.
(Note dM TraducUur.)
tuteur, catéchiste d'une nombreuse famille adoptive. Que de soucis vous allez avoir! Mais je ne tous plains pas; des consolations célestes embelliront votre carrière d'apôlre et de père.— Vous contribuerez à l'ennoblissement et à la sanctification de beaucoup d'âmes. — C'est la plus belle des tâches. Cela vaut mieux que de faire briller votre nom parmi les poètes à grandes passions. Donnons peu de temps à la poésie écrite, et surtout aux vaines plaintes du cœur, car c'est du temps perdu le plus souvent. Obéissons au génie poétique dans des moments de loisir, mais que nos chants soient chrétiens, ne respirent aucune faiblesse païenne, aucune idolâtrie, aucun esclavage terrestre; pleurons de reconnaissance, de repentir, de pitié; la veine des douleurs saintes est abondante.
Je regarde votre livre comme un secret. H m'a révélé votre talent distingué; mais examinez-le au pied de la croix, où il faut examiner toute chose. — La croix vous inspirera d'autres vers aussi profonds, aussi délicats, mais plus empreints de vérités élevées el salutaires. — Je ne cesse de prier pour vous, car Je vous aime. — * Votre souvenir ne s'eflUce i>oint de moi. Les moments que vous me donnâtes à la Vigne me sont souvent présents; ils ont été trop courts. — Votre affectionné, Silvio Pellico. ♦