CCCLVIII
A M. VICTOR DE LA CANORGUE
♦ Mon cher ami,
Je vous remercie de votre belle lettre. Le pays intéressant que vous habitez [Menton) est vraiment dans une situation pénible ; les circonstances Ty ont entraîné. Je fais des vœux pour que vos anxiétés aient une fin et qu'il y ait un arrangement de choses convenable. Dans les affaires politiques, le petit a une inflnité de mauvaises chances : on a beau se récrier, se justifier; c'est la force qui a raison. Hélas! tout ce que Ton peut alors espérer, c'est que la force veuille bien ne pas être sans quelque peu de bienveillance et de protection. 11 en a toujours été ainsi : on a tort dëtre faible; l'assertion contraire a toujours paru visible aux pouvoirs (|ui sont dans une i)Osition prépondérante. Les âmes généreuses oublient facilement cette triste réaUté, et se fatiguent à prouver, en vain, que la chose ne devrait pas être de la sorte. Cela |)eut dicter de la prose ou de la poésie fort éloiiuentes, mais le moude n'écoute pas; il va son train.
Plaignons, mon cher ami, ceux (|ui souffrent ; ils sont nombrf!U\ de toute part. — Je vois bien des douleurs, et j'en ai ma bonne charge. Uue la volonté de
Dieu soit faite ! AimoDft-le, il est notre espoir et notre consolation.
Je TOUS écris de nuMi lit; je me sens les poomons abîmés d'une bronchite que j'ai eue. Cela Ta mieux cependant. Je vous souhaite^ mon cher ami^ une tonne santé et mille biens de tout mon cœur. ^
A M. VICTOR DE LA CANORGUE
♦ Mon cher ami ^
Vous êtes bien aimable de me donner de vos nou- Telles. Je suis aise d'apprendre que tous tous soyez déterminé à accepter la chaire qui tous a été offerte à l'École du commerce. Ainsi tous Toilà déliTré d*une imrtie de \08 peines^ car je crois que tous ne serez |)as mal aTec cette chaire et des leçons. Je désire de tout mon cœur que notre pays tous acquière pour toujours et que \ous n'ayez pas trop lieu de tous en plaindre. Je Toudrais que tous les étrangers qui nous Tiennent et qui se fixent chez nous fussent comme TOUS des modèles de Tertu et de saToir. Vous avez bien souffert dans la malheureuse chaire que vous occupiez à Fossan^ mais il me semble que rien de semblable ne |H)urra vous arriver dans la nouvelle )K)sition que vous allez prendre. En attendant vous avez eu le plaisir de revoir de dignes et respectables amis à Menton. C*est mi des bonheurs de la vie de se i\;tix>uver avec des gens à qui l'on a eu lieu de s attacher. Vous aurez des consolations de ce genre à Nice, je res|H're. Puisse tout cela adoucir vos chagrias, et
faire du bien à votre santé ! Au revoir, au mois d'octobrc, si Dieu le veut. Il y a peu de Jours que je me lève ; j'ai eu la poitrine en fort mauvais état ; cela va de nouveau passablement bien. Aimons la vie tant que Dieu nous Taccorde; bénissons-le de tous ses dons. Je le prie pour vous; priez-le pour moi. *
A M. VICTOR DE LA CAXORGUE
♦ Mon cher ami ,
Quel coup douloureux pour votre cœur ! Je sens le cou|> dans le mien, car j'ai eu une excellente mère comme la vôtre. Plus elle \ivait, plus ses vertus et sa tendresse m'attachaient à elle. On ne se console pas de semblables pertes, vous avez raison ; aussi je n'ose vous adresser aucune réflexion, quelque juste qu'elle soit aux yeux de l'esprit. La vie du cœur n'est pas celle de l'esprit. 11 est vrai cpi'un lien |>eut et doit réunir ces deux inetTabies facultés, mais le lien se brise dans les jours de grandes douleurs, et ce n'est qu'avec le temi>s qu'il se rattache. Nous en avons une figure dans les blessures du corps : elles ont de la I>eine à guérir, et il y en a qui saignent encore après des années. — Je gémis et je pleure avec vous, mon ami; je m'associe à vos prières pour l'àme de Madame votre mère, et conmie vous, j'ai un vif espoir (|ue, tandis que nous prions iK)ur elle, pai'ce que nous devons le faire, cette âme si chrétienne est déjà admise dans l'heureuse société des Saints. Sa présence sur la terre vous mancpie, mais sa |)uiss;inte protec-
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désiré que mon amitié pût vous être plus utile, croyez-le.
Je ne sais que vous dire de ma santé : mes poumons Talent toujours moins. Dieu me fait la grâce dont j'ai besoin ; je ne m'inquiète pas, je ne cherche pas à prévoir quelle sera la durée de mes jours. Vaine sollidtude ! puisque nous voyons des vies fortes s'éteindre et des vies faibles et très-souffrantes se prolonger des années. D'ailleurs, vivre ou mourir, tout est bon si nous mettons notre confiance dans les mérites infinis de notre adorable Sauveur. Que sa sainte volonté s'accomplisse en tout temps ! J'aime à penser que vous m'aidez par vos prières. Prions l'un pour l'autre !
Je souffre, mais ce ne sont pas des douleurs aiguës. —Adieu, bien cher ami; je vous renouvelle mes remerctments; je souhaite que toutes vos croix deviennent légères, et que mille douces consolations vous soutiennent. ^
A M. LE COMTE Edmond DE SEGUINS-VAS8IEUX,
A FLORBNCB ^
Turin, 35 août 1832.
♦ Monsieur le comte.
Quelle aimable surprise! Vous m'écrivez la plus jolie lettre du monde, et vous m'annoncez un honneur
< Celte leUre, qui est écrite en français, omise par oubli dans la publication (Je Florence, ne nous est parvenue que pendant rimpression, mais nous n*avoDS pas voulu en priver nos lec* teun.
que je suis bien loiii de mériter^ mais qu'il m'est bien permis de receroir avec un peu de yanité, puisqu'il me Tient de yous^ qui êtes un des hommes dont Tamitié me flatte le plus. Je suis certainement glmeaz que vous ayez fait graver mon portrait^ dessiné arec tant de bonté et d'habileté par vous^ mais je le suis davantage encore en songeant^ Monsieur, que vous n'auriez pas eu cette pensée bienveillante si je n*avais pas occupé dans votre souvenir une de ces bonnes petites places qu'on aime à conserver toute sa vie. Je n'y ai d'autres droits que celui d'un honune qui a été forcé à estimer votre esprit et votre cœur^ et qui vous a voué un attachement sincère.
Ce portrait a donc tout ce qui peut me le rendre cher ; — c'est votre ouvrage, — il est fait on ne peut pas mieux, — et, pour m'honorer davantage encore, vous avez voulu qu'il porte, avec votre nom, celui de César Balbe. Je suis touché, je vous assure, d'avoir été l'objet de tant de soins et de si aimables pensées de votre part. Je recevrai avec le plus grand plaisir les copies que vous voulez bien m'envoyer. Interprétez ma reconnaissance que je ne saurais assez vous exprimer.
Je vous prie de présenter mes resi)ectueux devoirs à monsieur votre père, que j'associe toujours nécessairement dans mon souvenir avec vous; car, — outre les autres qualités charmantes qui vous distinguent tous les deux, — vous offrez à ceux qui ont le bonheur de vous connaître un de ces types rares d'amitié paternelle et filiale qui font du bien à l'àme.
S. Ë. madame la comtesse Balbe vous dira que nous
faisons bien sourent mention de monsieur votre père et de vous. — J'ai passé quelques jours à Caménui. J'y étais fort tûen^ et cependant vous me manquiez. — Adieu, Monsieur, conservez-moi votre amitié, qui m'est infiniment précieuse. J'ai l'honneur d'être votre obligé et dévoué serviteur, Silvio Pellico. ♦