AU VICE-CONSUL DE SARDAIGNE A VENISE
Venise, 25 mars 1823.
1^ bonté avec laquelle Votre Seigneurie illustris^ sinie a^ dès le commencement do ma détention i Venise^ daigné demander de mes nouvelles à M. le président et à MM. les conseillers, fiour me faire cArir les secours de ma famille, me fait un devoir de vous exprimer ma gratitude avant de [lartir pour le lieu de ma destination. On me pc^nnet d envoyer quelques papiers à mon père. J'ose donc prier Votre Seigqeu** ri(; de vouloir bien s'en charger. Si ma demande n*ér tait pas trop indiscrète, Je vous supplierais, en outre» d'écrire quelques lignes à mon |)ère, ou à mon frère» pour leur confirmer l'assurance que je leur ai donnée que je suis résigné. Vous pourrez savoir du vice-firécodent Gardani de quelle manière j'<ii reçu ma sen* tence. Plus je médite sur mon malheur et plus je me fversuade (|ue je dois remercier Dieu, puisque ce nialhcur m'a fait recourir à un bien inestimable, la re/igion. J'attacherais un prix infini à ce que mes pauvres |>arents fussent bien certains (pie mon plus grand, mon unique désir est de vivre en Dieu comme eux-
* Celle leure el les deux suivaiiles oui été |Hibliées daus le journal b Cévilta VaUolka . ivv\c ii, vol. \ii; Rtima, 4855.
(AW dt l'ÊdiUur.)
m^mps ; et qn^ayanl Tcspoir d'atteindre parfailemeol ce but, je suis (rius heureux dans la retraite où mon erreur m'a confiné que je ne saurais Tétre dans l^ monde. Je leur ai déjà fait Toir ces sentiments dans une lettre^ mais comnde- Hs pourraient croire que la piété fiUale mv /ajt^leur cacher la désolation de mon cceur, ce serait pour eux une grande consolation d'apprendre de Votre Seigneurie illustrissime qu'elle a réeUefneut su parla Commission l'état de calme dans lequel la Providence a daigné et daigne encore me lenî^. Je Iroure bien téméraire qu'un infortuné eoHifiie moi que la loi vient de frapper ose recourir à vf^us avec tant de liberté ; mais je sais que les belles âmes ne dédaignent pas de compatir au sort des malheitreux, cl Votre Seigneurie m'a déjà prouvé TintéiM «luTîte lui inspirent. C'est dans cette confiance que je voM' supplie d'honorer encore ma famille de votre MMveiUanle protection et si vous en trouvez roccanon èe continuer aussi dans l'avenir à la consoler. Le plos douloureux de mes remords est d'avoir affligé d'froe façon si cruelle des parents si respectables et si tendres. Mais croyez, très-illustre seigneur, que si j'ai erré, c'est plutôt par faiblesse et pour n'avoir pas su résister à un concours de circonstances, que par fana: tisme ; et que si mon esprit a pris part à des folies dignes de reproches, mon cœur était incapable d'uno pensée cou|)able.
Aux consolations que je vous prie de donner à mes parents, je vous supplie d'ajouter qu'il est à votre connaissance que j'ai toujours été traité ici avec la \Àn< généreuse douceur, comme aussi que dans la for-
iereste où je suis envoyé aucune rigueur ne viendra aggraver mon sort y à moins que je ne me montre indigne des bontés du gouvernement, ce qui y s'il plait à Dieu, ne sera jamais.
Je mets fin ici aux importunes instances que j'ai pris la liberté de vous adresser en vous priant de m'excuser et d'agréer le respecteux hommage de ma reconnaissance et de ma confiance dans la courtoisie et la bienveillance de vos sentiments.
J'ai l'honneur d'être avec tout le respect, etc.