‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 14 sur 113 · AU VICE -CONSUL DE SARDAIGNE A VENISE · texte numérisé non relu

AU VICE -CONSUL DE SARDAIGNE A VENISE

Saint-Michel de Murano, 99 mars 1899.

Trè^illustre seigneur,

Sur le iK)int de partir pour le Spielberg, j'ose encore implorer une grâce de Votre Seigneurie. Parmi les livres que je désirerais emporter avec moi^ il en est quelques-uns que je ne puis me procurer aisément ; j'ai donc recours à vous |K)ur vous prier de vouloir bien me les faire acheter. Mon père^ on mon frère ( à qui je ferai part du dérangement que je prends la liberté de vous causer) vous en rembourseront le montant. Ces livres sont : le Rime di Guid0 Cavalcauli, I vol. — JlCorligiano delCasliglione, 1 vol. —RaccoHa di prose ad u$o délie régie scuole di Torino, S vol. — Sifwnimi del Grassi, i vol. — /^ opère di Dante, à l'exclusion de la Divina commedia, c'est-àdire, i7 ConvUOy la Volyare eloquenza^ la Viia nuova,

ta Manardiia, le Mime : ces œuvres se trouYeni réunies eo deux volumes^ édition éconoQiique de Vraise^ et se Tendent à part sépMrés des trois volumes de la IHvina commedia. Dans le cas où les libraires ne loudraieot par les séparer^ je prendrais le tout^ le svpkB de la dépense ne valant pas la peine d'y sonfer. A toutes les bontés que je prie Votre Seigneurie d'avoir pour moi^ veuillez joindre celle de faire retirer les livres que M. le concierge de Saint-Micbel vous remettra en mon nom^ et de me les adresser ensuite au Spielberg avec ceux que j'ai marqués pour être achetés.

C'est beaucoup oser, et je vous en demande pardon. Ma reconnaissance sera indélébile.

J'ai rbonneur d'être avec le plus profond respecty etc.

A M. ONORATO PELLICO.

Adelsberg, 30 mars 1822.

Mon très-cher père,

La permission que m'a donnée mon excellent commissaire-suj)érieur de vous écrire Taulre jour d'Udine a véritablement rendu la sérénité à mon cœur, et je suis sur, mon cher papa, qu'en recevant cette lettre, ^ous et toute la famille aurez été l)ien consolés d'apprendre de quelle façon généreuse ce commissaircsufKJrieur, (lue je ne saurais assez louer, en use avec Dous «laiis ce vo^a^^e, ne se lM)rnant pas à nous épargner toute mortification, niais nous comblant de tous

les égards que commamie riiunianité, il a encore aiijourdiiui la bonté de peiliiettre que je vous écrive pour que ma chèrç famille. se tranquillise d|5 plus en plus en apprenant que mon voyage avance d'une manière égale et que je jouis d'une, ^^ue santé» parfaitement résigné, du reste^ à la volonté du Jout-Puiss^nt. Nous sommes dans une contrée de Carinthje, à peu de milles de Lubiana. Nous arriverons demain dans' cetf^ dernière ville d'où nous repartirons pour leS^ielberg. Là j'ai déjà la consolation de savoir que nous serons logés dans un local très-sain et beau. J'espère que je ne tarderai pas à y recevoir des lettres de vous, cher papa; écrivez-moi à mon nom à Brûnn en Moravie, poste restante.

Quand j'aurai de vos nouvelles, de celles de ma très-chère maman et de toute la famille^ je serai pleinement tranquille. Je vous préviens, mon cher |Kipa, que comme il m'a été permis d'emporter avec moi des livres de Venise, et que j'avais besoin de plusieurs ouvrages pour mes études, j'ai prié M. le vioe-con^ul de Sardaigne à Venise de m'acheter les qiielques ?(h luihes qui me manquaient. La dé|)ense doit s'élever à peu de chose. Dès que vous en recevrez le compte dudit vice-consul , je vous prie de lui en faire rembourser le montant.

Je vous embrasse de tout mon cœur, vous, mon exoellenie mère, mon cher Luigi, moncluir François, ma chère Joséphine et ma chère Mariette ,* et je suis, etc.

' . .M ••iiXLIl ; • ••

A MAÛA^È É'LïfeÀBEtH MARCHIONNI i'.

Trt«Hchci« îttWâ^ ^^'

tTnè* grâce àerniere *! — Ayez la bonté de faire mettre a ja piwte la Iett|re ci-jointe pour mon père^ en payant les qpiiel^g^ sous d'aiDrr;anchissement obligé. ' le yods emprais^j, respectable dame et amie; j'e(nbrasse C^rk^to et. Gegia. Je salue toute la compagnie. Ma gratitude est infinie; aimez-moi.

Votr^ ^trèd-aSectionné Silvio.

XUII

ONÔRATO PELLICO»

▲ ^6n i'iCI DB VIBILLB DATB T.UIGI OONZAGA.

Turin, 29 janvier 1829.

Eu réponse à la lettre que vous m'avez écrite de CaozOy le 34 décembre 1828^ commençant par ces paroles : 0 Le tem|)S^ permettez-moi pour exorde une

» Tirée du livre Silvio Pellico et son époque; — Considerrazioni di Pielro Giiiria, Voghera, lip. Galli, 1855.

{Noie de l'Éditeur.)

' Pellico écrifit celte lettre k madame Elisabeth Marchionni, arec le Vu du commissaire, dans Tauberge d*Udine, en partant pour le Spidberg. (Note de l'Editeur.)

* Nous devons à Tobligeance de M. Luigi Gonzaga de pouvoir publier celle lettre à lui adressée par le père de Pellico ; elle peut servir de commentaire à celles qui concernent la captivité. (Sole de l'Éditeur .)

Les deux filles sont entrées en religion^ ei'je li^îqu'à en rendre grâce à la divine Providenëê. Mais comme If s tribulations sont aussi uqe visite dont se sert le Seigneur pour nous ramener à lui^ il me reste toujours celle qui concerne mon malheureux Silvio. *

Voici huit ans et demi que nous vivons tous dan^ là plus grande désolation pendant qu'il languit çt souffre Dieu sait quels tourments! Depuis quMl eîst au $pièl-

il'" I

berg je n'ai plus eu la consolation de recévoîi^ une lettre de lui ; seulement on m'a fait quelquefois fà grïce de me donner officiellement des nouvelles dé sa saiifa^. Il a eu de grandes maladies^ mais on le dit à prédeni rétabli. Toutefois^ j'ai besoin de tout mon codrâge.

Viendra à la fin le jour de sa délivrance^ mais ce sera

grand hasard si je vis jusqu'à ce moment. Il est vl^ que^ selon mes calculs^ il devrait être remis eh UbeMé dans sept ou huit mois, mais j'ai peur de nié^fa[fMi'fllàsion^et ces doutes me tiennent dans une ph>f6nde tristesse.

Mais chut ! il me vient à l'idée que, vous trouvant en ItaUe *^ vous |K)urre% me fournir quelque renseignéineut qui aille droit à mon fait et me tranquillise.

Il s'agirait de chercher à savoir si quelques-uns des com|»agnons d'infortune de Silvio auraient dc^à été mis en hberté. Je m'explique. Vous savez d'abord que

* C'était chose commune alors, même chez les hommes de quel* que liuërature comme élait le père de Silvio, que de regarderie Piémonl comme étant hors de Tltalie. Il est digne de remarque que pendant que le |>êre parlait du Piémont comme d'ao pays étranger, le lils pitMuuntais souffrait si cruellement pour Tltalie sa pairie. (\ote de CEdiiewr,)

Silvio, a^ant son départ de Venise pour aller au Spielberg^ m'écrj vit par deux fois la grâce que S. M. Tempereur avait daigné, laire à tous ces condamnés, en leur accorqant^ comme on le leur annonça^ que chaque douze. h^ei^res àe prison seraient comptées pour un joar, ,de, telle faj^n que la peine énoncée dans Tarrét d^^février. i8ii se trouvait respectivement réduite en lav^r d^ chjSfcun à la moitié du temps.

lia j>eme de SÎlvio avait été fixée à quinze ans; par suite de la grâce de S. M. I. R. A.^ elle aurait donc son terme au mois d'août prochain. Canova^ compris dans la m^pie ^entence^ fut condamné à cinq ans de détention dans la forteresse de Lubiana; mais aussitôt qu'il eut fait 4eux ans et demi de prison, il fut renn's en liberté et ^'en rpvint à Turin, qui est son pays. Cet exemple m'i^lçoDÛrnijé^ pour ainsi dire, que la chose était bien coini^|Snyio.me l'avait écrite, mais cet exemple est le seul qui soit venu à ma connaissance, et je voudrais en avoir encore d'autres. Ainsi ^ par exemple, j'aimerais à savoir si le marquis Giovan Battista Canonici et Gui$^;pi>e Delfino, tous deux de Ferrare, et qui dans la sentence de la commission spéciale organisée à Venise contre la société des carbonari, en date du i.3 décembre 18^1, ont été condamnés à la peine de dix ans de prison dans le fort de Lubiana, j aimerais, dis-je, à savoir s'ils ont été relâchés au commencement de 1827, puisqu'à celte épo(|ue ils devaient avoir accompli leurs cinq années.

J'obser>'e, en outre, qu'un certain Andréa Tonclli de Coccaglio (qui se trouvait compris dans la sentence rendue à Milan en janvier 18:2i, c'est-à-dire dans celle

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