‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 19 sur 113 · A MONSIEUR L'ABBÉ N. N · texte numérisé non relu

A MONSIEUR L'ABBÉ N. N

Turin, 19 août 1831.

♦ Mon cher ami.

Ton aimable relation de ta course à la colline de Saint-Ignace m'a fait beaucoup de plaisir. Je t'y ai saivi, non-seulement comme un homme qui se place à côté d'un autre et qui écoute, mais me fourrant tout à fait, autant que j'ai pu, dans ta bonne et belle âme. MiUe choses me rendent inférieur à toi, et pourtant je te comprends, je te sens, les réflexions sonl comme une lumière homogène à ma vue (ainsi ipie dit Sliakspeare). Sans doute quand on examine sans préjugé les bienfaits que la foi catholi(]ue opère toute seule dans ceux et par ceux qui en sont animés véritablement, on a envie de rire et de pleurer de cette pauvre sagesse humaine qui, toute boiteuse et myope, cherche toujours la vérité et la vertu. Eu boitant et lorgnant, elle |K.»ut trouver bien des vérités et des vertus de second ordre, c'est-à-dire utiles et agréables pour ce monde, mais ce ne sera jamais la vérité et la vertu dans le plus noble sens. Et s'il arrive qu'elle s'en approche jusqu'au point de l'empoigner, ce trésor lui échappe, ou bien elle se métamorphose, elle se résout en une autre puissance, elle est identifiée avec la foi ; c'est une sagesse qui émane de Dieu. Toute application

I Olle lelire a êlé puhrK''e dans la Civilta cattolica; séries ii, \«J. III. Roma, 18.*»5. {.\ote df r Editeur. )

(^.lapjbilo^pl^iea ]^ religiopi;ie,.v»)it|jnenj excepté Ijpand pa entend sîmpleme^t.pfu* j|4;r-(hff lA^pauvre PpiUusepeut et doit $e me^r^jf/i^ l^ chemin qm f"^ .^ sa transformation^ c>s(-à:cbjc ,^,/<f/oi.\c,VQf)einept iauqudi Dieu veut qu'elle a^ifei.qupiqfp^.aoïn. ^t^qof^^ plfssi^menl soit un don graluit. C-'çfl| fifst qw t<i|f^. Jes saints docteurs de TÉglise oot.cin» q^iqupifmf; UiM soit aussi excellente là où elle se tix^x^#Ai3^4û4râH^ ils ont employé toutes les puissance^ Afi ^ f^i^t B^Hfr que le monde^ scandalisé de la croix, dengu^uir^TW fondu en voyant naître de cette qroix, une doctjçin^irfitt ample^ plus profonde^ plus logique que toi^ autre cyM eût jamais |»aru. Ce travail de ramener la raisçn à lu foi est le but continuel de rÉglisi^, qui ne cess^ de se montrer forte de raisonnements, tgut en mpnti^t.lei vanités de la raison, qui ne cesse d'être éminemniai^ philosophique tout en montrant les vanités de 4ltj)^ losophie. Comme l'esprit humain existe et ne |Hmtp^^ s'étoutTer; comme il est de sa nature de chercbei;;la science; comme cette tendance n'est mauvaise ifue lorsqu'elle est accompagnée de l'orgueil, Dieu, dans pou Église, sanctifie cette tendance au lieu de la détruii*e; il Li joint à une humilité qui ])eut être aussi profonde que celle d'une sainte ignorance, et qui peut a^^ettre en même temps toute l'énergie de la recherche, tout le déploiement des facultés intellectuelles. Jémoins les saint Thomas, les saint Augustin, etc.— Dieu a sanctifié la science et l'ignorance. Dieu a tout sanctifié, excepté le mal.— C'est pouniuoi l'esprit humain, produisant et reproduisant sous des formes différentes une continuité malheureuse d'erreurs, lors-

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qiill poarstdtlft'scSèilêe avec orgueil, ^1a (Continuité de «1 sdetitàà iép^imèû'drpkeil doit exister ddrts rÉglifie; Mrhàis lé UiMps l^eA Venn^ jamais le tehfips tie'vietidrà (tabitibe là consoimnation deâ siècle^ lie 9èra {M tStétXê/l^Y bù f esprit humain ne tende k ta ysieotoë, étiôù rËglik -abdique le droit de donner deë 4èdëilH;^lëlâiyrit âé diriger cette tendance, de con- IMdre SàtAifnlétitTorgueil, de triompher des erreurs, de nuÉftldiet'â'iiîi (M atissi assuré à côté du subtil phifeM|Aie'tllèf& côté du ^hnple berger. L'Église qui ne s'eit jàiilafs'épOUYaniée des travers de l'esprit huniain, el qtn'mti Mvoir de chaque faitx système de religion a toqjotrfy apposé un savoir plus fort, plus complet, f'époinrantei^-t-elie aujourd'hui de la science saintlAUMiemie 'dû dé toute autre théorie non catholique ? Ttolë'itibins du monde. Les abus delà raison servent ni' Môrf^hé final de son bon usage, les erreurs serirenl i la Vérité ; la vérité est toujours combattue, car elle doit toujours vaincre.

Ne renonce pas à l'idée de faire un jour Touvrage que tu m'indicpies. Prépares-y peu à peu toute la force de ton esprit. Du reste il est tout clair qu'en faisant voir combien est parfaite la philosophie du catholicisme, on finira toujours par humilier Thoinme devant la croix, par lui faire sentir qu'une sainte doctrine et une sainte ignorance ne diffèrent en rien dans ce qui est essentiel : — car Tessentiel, c'est la sainteté ! *

AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLIXO

Lundi, 31 août 1881.

Mon bien cher Joscfo,

L'aulre jour j'ai écrit à ma famille^ et le temps me manqua pour t'écrire aussi. Je le remercie de m'a^oir renvoyé sur-le-champ la lettre de Quirina *. Quelle noble créature (]ue cette femme ! As-tu vu comme elle est ennemie de toute vaine gloire? Certes de telles âmes sont rares^ mais il en est pourtant. J'en ai rencontré dans tous les pays. Mon pauvre Ugo avait un peu la manie de nier que la vertu fût répandue sur la terre avec une certaine abondance. Je le lui reprochais souvent^ et lui se jetant à mon cou me disait: — a Pauvre dupe ! tu regardes avec la loupe décevante du désir. » Ce n'était pas chez lui méchanceté, mais mauvaise habitude de se défier de tout le monde, excepté de ses amis intimes. Son cœur s'était formé une sorte d'aristocratie de ceux qui Taimaient et d'un petit nombre d'autres. Ceux-là seuls, dans son opinion, méritaient de vivre et de gouverner le monde ; tout le reste n'était que lie; de là tant de gens qui le haïssaient et le calomniaient. — La manie foscolienne est un vice qui aisément fascine les jeimes gens ; elle

♦ * La comtesse Quirina Magiotlî, dont il est souvent fait mention dans les lettres de IVllico au père Boglino^

{XotedelÉdilefêr,)

* L'amie é*V%o Fonrolo.

{Note dm Tr^énttfmr.)

a un certain air de dédain et d'orgueil qui ressemble à de la grandeur. J'ai connu nombre de bons diables qui se croyaient des béro6 parce qu'ils se battaient les flancs pour frémir à la manière d'Ugo. Faiblesse que cela ! les génies élevés n'en sont pas exempts. — Il faut les en plaindre et n'imiter d'eux que leur vertu^ s'il est possible. Mais ceux qui passent leur vie à imiter les faiblesses d'un homme distingué sont de petits esprits; un des éléments les plus sacrés de la dignité est Findépendance du jugement. Liés d'une tendre amitié comme nous l'étions^ Ugo et moi^ jamais pourtant il ne m'arriva de lui donner raison là où je trouvais qu'il avait tort. Je suis sûr qu'il en sera toujours ainsi entre nous , mon cher Josefo. Ce qui me plait de toi, c'est que tu penses avec ton propre jugement et n'es servile avec personne , pas même avec tes amis. Étudie mes défauts et mes torts et combats-les toujours. Une de mes plus chères devises est celle-ci : Amour et indépendance de jugement! Adieu ; salue Bruno etGioberti et les deux aimables dames que je leur dois de connaître, le t'aime tendrement.

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