PAR A VI A
Vigna Barolo, 3 juillet 1834.
Très-estimable professeur et ami.
Vous m'avez fait un présent qui m'est bien cher; votre Phne est une merveille. Je vous en remercie vivement. Vous avez su si bien y approprier notre gracieuse langue, qu'il semble n'en avoir jamais parlé une autre.
Je vous remercie également des choses aimables que vous m'avez écrites. Je regrette de n'avoir pu me trouver dimanche à Turin, pour aller offrir mes hommages à la digne comtesse Ottavia, et faire avec elle, avec mon cher Paravia, et avec ce Romani que j'estime beaucoup, l'excursion projetée de Grugliasco.
Présentez mes respects à la comtesse, au comte et au chevalier. Dites à Rom<ani qu'il doit me compter parmi les plus sincères appréciateurs de son mérite.
Depuis que je suis à la cam|)agne, mes poumons respirent plus librement. Je viens quelquefois à la
YÎlle pour embrasser mes parents^ mais sans m'y arrêter. Je yeux cependant y venir une fois pour vous dire de vive voix combien votre Pline me platt^ et je TOUS porterai les vers que vous me demandez.
Lxxxvm
A M. ANTOINE DE LATOUR
^ Monsieur^
Vous m'avez fait un don précieux^ en m'envoyant votre charmante traduction de mon petit livre des Doveri degli uomini. L'introduction que vous y avez Routée en augmente infiniment le prix. Il faut beaucoup de tact et beaucoup de talent pour écrire des pages semblables. Dans tout ce que vous dites^ il y a pénétration et vérité , quoiqu'il vous soit arrivé comme fl arrive aux peintres bienveillants^ vous m'avez embelli, n faut bien que je vous pardonne cette aimable faute. Je vous en remercie même, car je suis fort aise que vous m'aimiez. Je vous aime aussi ^ d'abord par reconnaissance^ puis par véritable estime. Vos belles poésies de la Vie intime vous font aimer. On n'a pas ces nobles idées et ces doux sentiments par effort d'art : il y a là le cachet de la vertu. L'art peut malheureusement être fort grand sans ver tu; mais celle-ci lui donne cependant un charme auquel rien ne supplée.
Votre langage sur la religion est beau ; il porte le caractère d'une persuasion complète. 11 me semble que, lorsque cette persuasion manque, on se trahit toujours un peu^ et alors la parole s'elTorce en vain d'être puissante, elle est faible. — Que ceux-là se Irom-
pent , qui croient pouvoir donner Tapparcncc du cbristianisme à une philosophie vague et qui s'imaginent être là le seul cbristianisme possible dorénavant!—Leur simulation est comme toute simulation, quelque chose de misérable et d'impuissant. Il n'y a de fort que la vérité; et certes celle-ci est tout de bon dans la doctrine catholique, prise dans toute sa sublime et sainte sévérité.
Depuis plusieurs mois, je ne travaille plus à mon roman historique. Lereprendrai-je? Je n'en sais rien. Ha santé a été dérangée, et cela m'a forcé à être un peu paresseux. Au reste, dans le roman que j'avais commencé, il y a des défauts qui me déplaisent trop et pas assez de beautés.
Je ne sais plus ce qu'est devenu Maroncelli, depuis son arrivée à New- York ; en auriez-vous des nouvelles? Son excellent cœur est plein d'amitié pour moi; mais je regrette que, croyant sans doute me faire plaisir, il ait composé la notice biographique sur mon compte qu'il a publiée avec ses additions. No m'ayant pas consulté, et, ne conservant sur certaines choses que des réminiscences confuses, il est devenu inexact sur bien des points, et a donné des interprétations inconcevables qui ne pouvaient faire à moins que de prêter des armes à mes ennemis. Patience ! Dans ce siècle de passions politiques et d'exagération, il est difflcile à un ami de bien comprendre son ami. En attendant les journaux de Modène, de Pesaro, etc., se réjouissent à me dire des injures, au nom de la religion. A leurs yeux, je ne suis qu'un impie caché, un révolutionnaire, un si'ducteur.— Je ne réponds ni
à ces gens-là^ ni aux fanatiques du libéralisme qui me MÂment de ce que je ne partage pas leurs folles illusions. Je n'ambitionne de plaire ni aux uns ni aux autres. Ils n'auront de moi d'autre réponse que ma conduite sans masqué, sans servilité vers aucun des |iartis violents, et aussi chrétienne qu'il me sera |>ossible. Peut-être^ un jour, je publierai aussi ma petite biographie.
Adieu, Monsieur, agréez l'assurance des sentiments de considération et d'estime bien sincères avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc. ♦
A CARLO MARENCO.
Turin, 5 octobre 1835.
Très-cher et très-estimable avocat.
Vous m'avez fait un précieux cadeau en me donnant votre nouveau volume de tragédies, et j'ai fait aussitôt mon possible pour ne plus penser à autre chose, et i)0ur m'élevcr, à l'aide de cette lecture, à des idées beaucoup plus belles et plus poétiques que n'est celle du choléra, — inévitable sujet de presque toutes les conversations d'aujourd'hui. Vive le mérite des bons et beaux livres! et vive mon cher Marenco qui en a donné un de plus à la littérature italienne! Je veux vous dire un fait très-simple, mais qui, à mon sens, a une grande signification : c'est qu'en vous lisant, je me suis sur-le-champ attaché à ce que j'avais sous les yeux, que j'ai été en avant avec grand plaisir, et (|U*il m'en a coûté, chaque fois (jue j'ai dû m'interrompre.
Le seul sentiment pénible qui^ à plusieurs reprises^ soit entré dans mon esprit^ d'abord à l'occasion de VVgolinOy ensuite à propos de VEzzelino, a été de regretter que de telles tragédies, si remplies de beUe poésie, de hautes pensées et d'une action si dramatique, ne soient pas produites à la scène; ou, si on les y porte, n'aient pas pour les exécuter de ces compagnies riches en argent et en artistes qui peuvent seules représenter sans mesquinerie d'aussi vastes compositions. Les petites compagnies obligées d'économiser, et n'étant pas en mesure de former par dix ou douze répétitions rigoureuses les moindres acteurs comme les principaux, quand elles entreprennent la représentation d'une tragédie dont l'action est vaste, risquent terriblement d'en compromettre le sort. Hé bien, patience ! Toutes vos tragédies, cher Marenco, ne seront point admises à recevoir, au théâtre, les applaudissements qui leur sont dus, mais toutes auront des lecteurs pour les admirer, et des deux couronnes, celle-ci est la plus désirable.
Si de telles tragédies ne rencontraient aucun obstacle ni dans la révision de la censure, ni dans le défaut de ressources des compagnies théâtrales, elles produiraient, je crois, un grand effet sur les spectateiu^s, les habitueraient à désirer des tableaux historiques de ce genre, et en feraient de bons juges.
Enfln tout ce qui ne va pas à mon gré dans cette affaire ne provient pas de vous, et tout ce qui ni*en plait est l'œuvre de votre génie.
Agréez mes félicitations, et poursuivez votre noble entreprise.
Je vous prie d'offrir mes respects à votre gracieuse épouse et de me compter au nombre de vos amis.
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBBLLO, A PARIS.
Turin, 9 novembre 1835.
Très-aimable comtesse^
Dois-je vous gronder de m'avoir dit des choses trop bienveillantes que je ne mérité pas^ ou vous remercier de m'avoir gardé un si bon souvenir au milieu de tous les enchantements qui vous entourent à Paris? L'amitié dont vous m'honorez m'a toujours été infiniment chère, mais jamais elle ne m'a été mieux prouvée, ni De m'a paru plus flatteuse que dans le gracieux témoignage que vous m'en donnez parmi les innombrables distractions de cette ville.
l'ne personne s'était présentée plusieurs fois chez moi, se disant chargée de prendre de mes nouvelles de la i>art de la comtesse Masino, mais je ne m'étais l«s trouvé à la maison , et je n'avais pu démêler si la gracieuse comtesse de l'ambassade était Ottavia ou Eufrasia.
C'était donc vous. Madame, et je vous en exprime ma vive gratitude. Depuis que je n'ai eu le bonlieur de vous voir, j'ai vécu entre une santé supporlal)ie et une santé mauvaise, et luttant avec les armes de la {patience, tantôt contre mes incommodités habituelles, qui |)ar moments s'aggravenl, tantôt contre de non-
Ycllcs qui provenaient de l'influence cholérique^ et que l'on qualifiait du nom de cholérine. Toutefois je n'ai pas gardé le lit, et je serais ingrat envers la bonté divine si je me plaignais. Mes [>etits malaises ont parci par-là leur bon résultat, celui entre autres de vous inspirer pour moi un peu de compassion; n'est-U pas ▼rai? Je voudrais vous voir, au contraire, ne plus mériter la mienne, et, qu'à votre retour à Turin, vous pussiez me dire que vous n'avez plus eu ni maux de tête, ni spasmes nerveux, ni palpitations^^ sinon* de passagères palpitations de joie.
Grâce au ciel, le choléra semble près de s'éteindre; hier, cependant, une femme de chambre de la maîMi de Borsarelii a été attaquée avec force, et, au bout de quelques heures, elle avait cessé de vivre. Mais dms n'avons plus qu'un ou deux cas par jour, et là majeure partie de ceux qui sont atteints guérissent niaintenant. Toute inquiétude a à peu près disparu, si bien ({ue Ton a fermé hier tous les postes de secours, excepté celui du palais de ville. Il ne reste également d'autre inflrmerie de cholériques que celle de San Luigi. Je souhaite que vous reveniez, mais vous feriez prudemment, ce me semble, de vous assurer d'aboni que l'épidémie s'est complètement éteinte. Que le ciel vous inspire et vous ramène au milieu de nous comme un ange, à l'apparition duquel toutes les mauvaises influences disparaissent.
Uu'est-ce donc. Madame, cette i^élébrilé que vous regardez comine une espèce de lx)nheur pour moi? C'en serait un, sans doute, si elle prouvait quil y a chez moi quelque mérite; mais ce qu'elle prouve seu-
lement^ c'est que les malheurs d'une captivité de dix ans ont ému les cœurs sensibles. Je suis touché de tant d'indulgence^ mais^ je le vois trop^ elle procède de l'illusion qu'on se fait en me supposant plus remarquable que je ne suis.
Cette surabondance dindulgencc dans quelques contrées de l'Europe , et même (pour dire la vérité) parmi mes compatiîotes^ est pour moi une compenntioa à la malveillance que quelques autres se sont cru obligés de nourrir contre le pauvre publicain. Hais quoi qu'en aient dit la Foce delta Verita de Modène, et la Voce délia Ragione de Pesaro^ et autres journaux auxquels je ne réponds jamais, j'espère encore qu'il y aura dans le paradis un tout petit coin pour le pauvre publicain. C'est ma plus intime espéruice, mon ambition, la pensée qui embellit ma vie et mee peines. — Veuillez me rappeler au souvenir du digne oomte ;— si Hamiani est là-bas, saluez-le aussi pour moi, et croyez que je tiens à grand honneur de roe dire. Madame, votre très-dévoué serviteur, Silvio Pellico.
AU COMTE FEDERICO COXFALONIERI t.
Turin, 17 janvier 1836 *.
Mon clier , mon bien cher Federico, cette lettre le |»arviendra-t-elle? Pourrai-je, eiitin, revoir ton écri-
t Publiée par la Civilla ccUtoliaiy 3' série, vol. i. Home, 4856.
{Note de l'Editeur.) * Reçue à Vieuoe ilepuis ina sorlie du Spielberg.
{F, ConfcUonivri.)
— ibi —
turc chérie? Aurai-je la consolation d'apprendre que ta santé est supportable et qu'elle va s'améliorer grâce aux soins que tu pourras en prendre^ maintenant que te voilà sorti de ce lieu de tribulations et de douleur? Oh ! mon Federico, combien j*ai soupiré pour toi après la fln de cette grande épreuve ! Que de fois je l'ai demandée à Dieu ! Quelle joie de penser qu'enfin tu verras luire^ non pas des jours licureux^ hél<*is ! mai» des jours moins pénibles^ et encore mêlés de quelque vive et durable douceur! Heureux^ hélas ! commeal le seraient-ils^ après la |)erte que tu as faite de k)Q angélique Teresa^ qui t'eût consolé de toutes les peines qui t'attendent encore sur la terre^ et qui eût doublç. toutes tes joies en les partageant? Ton cœur aura sans doute deviné^ mon bon Federico, qu'entre les amis qui ont (tlcuré la mort de cette dame héroïque^ j'ai été certainement l'un de ceux qui en ont été le plus profondément affectés, en pensant à elle, et surtout en i>ensant à toi. Je ne cesse de prier pour cette bella âme siiinte ; mais en remplissant ce devoir, oomment ne pas dire : a Elle est au paradis! » Elle y est, 6 moo bien cher ami; c'est elle qui a obtenu de Dieu ta sortie des tristes murs du Spieiberg, et cette inspiration de clémence du nouvel empereur qui nous remplit tous aujourd'hui de reconnaissance envers lui, en même temps que d'allégresse. Teresa, du haut de son trône céleste, continuera à être ton bon ange, ton inspiration, l'instigatrice des plus doux sentiments de loa cœur! Mon bon, mon fidèle et généreux ami! j'ai reçu de ton amitié de rares témoignages, dont je ne pourrai jauiais assez te remercier ni te bénir. Je pri^
Teresa de demander à Dieu que le mérite en rejaillisse sur loi y ed faisant que ta santé se rétablisse entièrement, que tes afflictions s'adoucissent^ et que tu obtiennes poMu^ttnit le reste de tes jours chéris une vie tranqirille 'et consolée.
Oh ! si mon amitié pouvait contribuer à apporter queique soulagement à ton ame! Personne ne fa coona, ne fti anné comme moi; personne ne peut plus qœ moi aimer; apprécier, vénérer ^a bonté et la no- Messe de ton coeur. J'câpère quil viendra un jour où jepourrai^ au moins un moment, te revoir et t'emhiajsur avant de mourir. Ah! jusque-là aimons-nous, disoiié-tioas réciproquement que nous nous aimons, et prions Dfeti l'uH'pourrautre. Entre autres bienfaits que je te dois, quel service tu m'as rendu, quand tu m'as dédaré que tu ne voyais absolument la vérité que dans ITgÙse catbblique ! Cette conviction de ton esprit diminua alors les doutes qui tourmentaient le mien, et ces doutes cruels finirent par disparaître toot à fait. A présent, c'est ma consolation suprême de croire à cette grande vérité. Les hommes m'ont dit, et le diront peut-être, que je suis un bigot, mais tu ne prendras pas garde a leurs dérisions. Je tache d'élre un vrai chrétien, et s'il m'est difficile d'en avoir les vertus, j'ai déjà du moins la grâce de la foi. Elle m'ai- Ifge les amertumes de la vie. Dieu m'a fait trouver dans mon pays lieaiicoup d'âmes indulgentes à mon é^rd,et celles-ci infiniment plus nombreuses que telles qui, par un système ou par l'autre, se sont cru en dn»it de me mépriser cl de me dénigrer. Je me montre rarement et à i)eine dans le monde ; je ne
m'occupe jamais de politique ; je déplore le caraclère m;d\eillant et implacable de toutes les opinions exagérées, j'ai recours au Tout-Puissant pour qu'il ré- |)ande dans les cœurs un peu plus de charité, en commençant par moi-même qui aime la charité, mais qui n'en ai pas assez. Mes vieux parents vivent encore, ils m'aiment et je suis heureux de pouvoir par ma filiale tendresse réjouir un peu leur âge avancé. Mon bon frère Luigi est n(tcc nous. Par suite de la sentence qui m'a frappé, il a été éloigné de tout emploi . Noos sommes satisfaits de notre Immble condition qu'a soulagée une main bienfaisante ! Nous ne pouvons dire que nous soyons pauvres, et je suis plus heoréUx ici que si je jouissais d'une fortune brillante loin de mes parents et de mon pays. Mon autre frère, qui est prêtre^ a passé depuis un an dans la Compagnie de Jésus. Celle de mes sœurs qui vit encore est toujours dans son humble retraite des Rosincs. Telle est la situation de ma famille. Tous nos cœurs te chérissent et prient pour toi. Adieu, mon bicn-aimé Federico, je fembrasse de toute mon àme. Soigne ta s^mté, essnie les larmes, sup|K)rte avec une douce résignation les maux inévitables de la vie. Consolons-nous de tout, en aimant Dieu, en aspirant à Dieu. J'espère que tu m'écriras ; oh ! que je suis impatient d'avoir à baiser encore une lettre de toi ! Adieu, excellent ami. Je suis et serai toujours ton reconnaissant et tendrement dévoué, Silvio Pellico.
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO
Turin, 7 février 1836
Mon bien cher Boglino^
Je te remercie de tout cœur de Taimable et affectueuse lettre par laquelle tu me donnes des nouvelles ie U^ la comtesse, et me répètes que tu m'aimes ; réfHHUm qui me charme, pai*ce que moi «lussi je t'aime. Je te remercie du plaisir que tu m'as fait éprouver, en me disant que mon nom ne sonne pas Irop mal là où tu es. Hais tu sais que de loin toutes les choses ont coutome de se grossir dans l'esprit des hommes. Tu me ooooais, et tu peux désabuser les i)ersonnes qui me
jugent avec trop d'indulgence. Hais est-il bien vrai que tu me C(»mai8ses? Si je ne me trompe, tu m'as vu avec deux loupes d'espèce différente, mais fausses toutes deux. La première fut celle de l'enthousiasme, et je te parus alors tout ce que tu aurais voulu que je fusse; la seconde fut celle que daignèrent te présenter certains de mes ennemis (jui se croyaient obligés de rue retirer leur estime, parce que je np philosophe pas et ne |>ohlique pas û leur sublime fa^on. Tu ne leur as pas prêté une foi aveugle, cependant tu n'as pu t*em- |iécber de me plaindre comme un pauvre petit homme à vue bien courte ; et néanmoins^ dans ta compassion magnanime, tu «is continué à me vouloir du bien. La première loupe faussait l'objet dans un sens, la seconde le faussait dans le sens opposé. En conséquence, ncin, non, tu n'as pu jusqu'ici me connaître que fort
imparfaitement^ par un calcul approximatif, incertain et variable. Hais à cela il n'y a pas grand mal, si tu continues à m'aimcr. — Du reste, toi et moi nous sommes d'accord sur un point essentiel ; n6iis croyons Tun et Tautre que toute philosophie antichréUenne est une bouffonnerie , aucune sagesse humaine n'étant véritable et sainte en dehors de celle que Dieu a. révélée et révèle encore aux cœurs humbles et aimants. Les principes les plus justes en eux-mêmes deviennent iniques dans leurs conséquences, toutes les fois qu'ils sont professés par des âmes violentes, svh perbes, vindicatives, c'est-à-dire par de prétendus héros qui n'ont rien de l'esprit chrétien. De tels hqros sont les gâte-métier de notre siècle. Non, le progrès social ne sera jamais l'œuvre des factions haineuses^ impatientes et calomniatrices. Il viendra à la suite des vertus domestiques et de la charité civile, ou il ne viendra jamais. Je vois l'humanité en mouvement, et toujours possédée de l'espoir d'avancer dans la voie du bon et du vrai ; mais avancera-t-elle réellement? Je ne le sais, nul ne le sait. Toutes les formes de gouvernement ont leur cà\é faible. Dans toutes, llionnèteté peut trouver place, comme dans toutes, lliypocrisie, l'intrigue, la corruption.
Laissons donc de côté les illusions de la politique, faisons chrétiennement tout le bien que nous pouvons, chacun dans notre sphère ; prions Dieu pour tous, et gardons la sérénité, l'indulgence, la force du cœur. Adieu, mon cher ami.
AU COMTE FEDERICO CONFALONIERl*.
Turin , 38 mars 1836 *.
■on Federico^ le plus cher ami de mon cœur pour toate la vie, pour toujours ! il te faut donc abandonner rhémisphère que nous habitons; et cependant je ne puis croire que nous ne devions plus nous embrasser iTant de mourir! Oh! de quels vœux ardents mon ime t'accompagne^ et demande à Dieu de t'épargner les soufThinces dans cette longue traversée et dans ces nûàvéanx climats où tu vas reposer ta pauvre tête fatiguée de tant de douleurs ! Puisses-tu y trouver^ je ne dirai pas Tallégresse^ il n'y a plus^ hélas! d'allégttife ni pour toi ni pour moi ! Puisses-tu trouver partout allégement à Tinévitable regret des pertes immenses que tu as faites ! Mon pauvre Federico ! je pleure comme un enfant sur toi, sur la mémoire vénérée de Teresa^ sur la sainte amitié que les années (ta malheur ont resserrée entre nous, et je te bénis du bien, de tout le bien que tu m'as fait, et en des temps où ce fut pour ton Silvio une grande et véritable providence! Maintenant, mon généreux ami, ne t'afflige pas s'il te faut cesser ici un des sacrifices que tu accomplissais avec le plus de plaisir. Dieu, qui dispose pour moi toutes choses avec une si miséricordieuse
* Publiée daDs la CiviltacaUolica, 3' série, vol i. Rome, 1850.
[Note de l'Éditeur.)
' Re<;ue à Gradisi-a. |.Vo^' de VEdilrnr.)
clémence^ a porté quelques âmes vertueuses à me voaloir du bien, et le nécessaire m'est assuré. Bb reconnaissance envers toi sera étemelle, comme sera éternelle aussi Testime et la tendresse que ton caractère aimant, fort et loyal, m'ainspirée.Tu mérites da trouver des amis partout : tu en trouveras. H n'est pas possible de te connaître à fond sans t'aimer^ et t'aimer beaucoup. Mais persoime, ô Federico, Bersonne (îl rob semble) ne pourra t'aimer plus que moi. SouvieiMMoi toiyours que j'ai lu dans tous les secrets de ton niblq cœur, et que je n'ai pu me défendre de m'atlacharà toi plus qu'à aucun autre mortel que j'aie Janais connu ; souviens-toi que nos deux âmes ontdécoiiYerft entre elles une harmonie toute particulière; prie «pour moi chaque jour, et chaque jour je prierai pour toi. Que le temps ni l'absence ne détruisent jamais, n'affaiblissent jamais l'étroite fraternité qui nous a unis.
Oh ! oui , certainement je t'écrirai , et ma plus grande consolation sera de recevoir tes lettres ! Quand pourras-tu me dire que ta santé a été assez forte pour triompher des épreuves de ce grand voyage, et que tu n'es mécontent ni du pays, ni des hommes au milieu desquels tu es appelé à vivre?
Ton esprit est fort et religieux, et ces heureuses ({ualités contribueront à te donner du calme , de telle sorte que le physique même y gagnera. Oh! comme je le désire! Quand tu penseras à moi, sois bien per« suadé que si je n*ai pas dû m'expatrier, si je jouis encore des douceurs de la famille, ce u'est pas sans qu'il s'y mêle bien des larmes, sans une véritable et journalière participation à tes peines. Je souffrirais de
bon cœur pour te soulager, mon incomparable ami, moo soufien, mon bienfaiteur! J'ai conflanee que Dieu le conservera ce grand courage que tu as toujours montré dans le malheur, et dont la base est Fintime croyance àox yérités religieuses. Cette conviction, grâce an ciel^ est aussi la mienne, et je sens qu'elle est rnnique base de toutes les vertus auxquelles nous devons aspirer. Les hommes nous sont enlevés par le malheur^ par la mort, par mille causes, accidents ou pittfidieSé' Mais Dieu reste toujours à ceux qui embrassent sanllement la croix.
EnobrasBons-la ensemble^ et nos âmes ne seront jamais désunies ! Adieu ^ homme aussi cher que malheocem ! je ne cesserai jamais, jamais de te bénir, de faimep^ de te désirer, de f attendre.
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBBLLO.
18 avril 1836.
* Madame la comtesse.
Demain au soir je serai chez vous, un peu tard, mais j'aurai certainement l'honneur d'imprimer mes lèvres sur ce beau i)oing qui s'était si aimablement serré pour frapper mes pauvres ennemis. Vos nerfs, votre estomac ont donc bien souffert des joyeux coups de sifflet dont une partie du public m'a condamné mercredi soir? Je suis infiniment fâché du mal que cela vous a fait, et je vous demande pardon d'en avoir été la cause, quoique bien contre mon gré. Avez-vous dpviné que |>endant ces huées, j'ai pensé à vous avec
— no —
un yéritable chagrin^ mlmaginani Tagilalion et la tristesse (]uc votre belle âme devait en ressentir ? Pour ce qui me regardait^ je n'étais ni surpris, ni affligé, ni irrité contre les siffleurs. Je ne serais pas sincère si je leur donnais tout à fait tort. Ma tragédie, qui {taraissait bonne à la lecture, je l'ai vue pleine de défauts à la représentation. Puis-je être bien en colère contre des jeunes gens, qui, pour moins s'ennuyer, s'amusent «^ siffler? La désapprobation était un peu outrée, voilà tout. Je suis sûr qu'il y a plus de vivacité dans ces bonnes gens-là que de malveillance. Si ma tragédie avait eu de l'intérêt, ils auraient été émus malgré eux, ils auraient laissé le sifflet de côté pour s'égosiller et bien faire enfler leurs généreuses mains à if^'applaudir. Le |>eu de mérite de la pièce a changé l'amour en haine; mais ce sont des haines d'enfants. Ils ont dit : a La tragédie est mauvaise, donc il est aussi mauvais, donc il est vrai que c'est un bigot, un jésuite, un monstre : allons , chers et magnanimes camarades, terrassons-le ! » -
Croyez, Madame, que c'est comme cela, et riez-en. Vos nmux de tête viennent de ce que, |)ar excès de bonté, vous donnez (]uelquefois trop d'importance aux choses; vous vous affligez pour tout le monde. Je vous conjure de vous corriger de ce défaut, — quoique je vous sois extrêmement reconnaissant de Favoir aussi eu pour moi.
N'ai-je piis été heureux que cette charmante demoiselle anglaise, qui est un ange % et dont l'âme est
« Ltdy Wilpole. {\(Ae de VÈdUeur.)
si musicale^ n'ait pas été au théâtre le soir de cette horrible masique sifflante ? J'espère bien que demain sair j'mrriTerai cboE tous à temps pour l'entendre chanter.
Adieu^ Madame^ je suis ausû de cœur et d'âme et rien de fln^ etc. ^
1 LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI icOlCBBLLO.
90 aTril 1836.
Trè^bonorée comtesse ,
Qi^ doounage qu'à cette magnifique élégie de Romani doiTcnt, dans cet albujn^ succéder mes vers ! Mais mon devoir est d'obéir aux deux hautes et gracieuses, volontés qui me le commandent. Vous^ Madame la conpitesse^ vous êtes trop aimable pour vous idfindre que je ne vous aie pas communiqué ces vers. S'ils ont quelque prix pour la mère de la jeune fille qui n'est plus^ ils n'en ont aucun pour les autres. Je W9 composai sur l'heure même et les envoyai à Paris comme un douloureux souvenir d'anniversaire.
Agréez l'expression de l'estime toute pariieulièrc et du respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBBLLO.
Turin , 6 juin 1836.
^ Madame^ Vous êtes bien bonne de m'avoir communiqué co
que M. de HallerTOus a écrit de flatteur à nrion égard. Les expressions disent beaucoup trop. Quand vous lui répondrez, veuillez, Madame, l'en remercier de ma part , et lui offrir le petit livre des Doveri que je joins ici. Si vous pouvez me procurer pour quelques jours rédition allemande de sa Restauration de la science politique, ie lirai cet ouvrage avec grand plaisir.
Et ce bon H. de Haller a donc aussi des craintes sur ma manière de penser? J'ai été quelquefois étonné de ce malheureux besoin qu'ont les hommes de se méfier, de soupçonner, de pencher pour les suppositions peu consolantes. Maintenant, je n'en suis plus ni surpris, ni fâché, je vois que cela est naturel. Il y a surtout des positions, telles que la mienne, où un homme ne peut trouver que peu d'âmes comme la vôtre, qui poussent rindulgence et la conflance à l'excès. Ne me justifiez point, je ne le fais jamais avec personne. Pour ces deux jours de vie que nous avons, qu'importe que Ton nous attribue quelque aliomination de plus que celles dont nous sommes coupables devant Dieu ? C'est même bon pour équilibrer l'effet des jugements; car n'est-on pas toujours trop estimé et tro|> loué par quelqu'un!
J'es|)ère que j'aurai l'honneur de vour voir avant votre départ pour la campagne. Mercredi, je quitte aussi la ville ; nous allons à la vigne Barol.
Daignez agréer l'assurance des sentiments distingués de respect et de dévouement avec lestiuels, elc. ♦
A M. ANTOINE DE LATOUR
Turin, 26 juin 1836.
* Monsieur,
Vous m'avez fait grand plaisir de me faire conoaitre votre ami, M. Foisset', que J'ai trouvé bien digne de rattachement que vous avez pour lui. U pourra vous dire que je ne vous ai point oublié. Monsieur. Vous m'avez témoigné tant de bienveillance, que je serais trop ingrat si je ne vous aimais pas. M. Foisset m'a dit de bien belles choses de vous; j*ai été enchanté d'entendre cet éloge sortant du cœur, mais je vous avais déjà deviné.
Depuis le départ de mon malheureux MaroncelU pour l'Amérique, je n'ai jamais plus eu de ses nouvelles : si par hasard vous en avez^ veuillez me les communiquer. Aura-t-il trouvé un peu de bonheur? Son âme si confiante, si facile à se faire des illusions et si |)ortée à renthousiasme , sera-t-elle bien dans un i>ays de calculs et d'idées peu poétiques, tel que les
* M. Théophile Foisset , alors juge au tribunal de Beaune, aujounrhui conseillera la cour inipérialede Dijon, homme d*une îêritable élévation de cœur et d'esprit^ auteur de travaux trèsintéressants sur le président de Brosses et d*articles remarqués <ian* le CorreftjtoncUmt. Catholique h la fois sincère et intelligent, écrifain excellent, mais peu prodigue de lui-même, M. Foisset Ml UD de ces hommes, de plus en plus rares, que le pays uatal sait quelquefois retenir et qui gardent toute leur valeur en pro- «iuce, où des amitiés illustres vont souvent les chercher.
(Xote du Traducteur,)
Étais-Unis? Pauvre ami! je pense souvent à tout œ qu'il a souffert^ et je voudrais de tout mon cœur que la fortune lui sourit ! Je voudrais aussi qu'il se désenchantât de ce que les passions politiques ont de brillant; car elles ne valent rien |>our lui : elles ne valent rien pour la plupart des hommes.
Adieu, Monsieur; je reverrai dans quelques Jour» M. et H>"« Foisseiqui sont partis pour Gènes. Us avaieiit' le projet de faire une course à Milan ; mais il parait qu'ils y renoncent à cause du cturféra qui se réfiand en l»mbardie.
Agréez l'assurance de mes sentiments distingués d'estime et de sympathie. *
A M. LE COMTE PORRO
Turin, 38 juin 1836.
Cher comte et excellent ami,
Puisciu'il ne m'est pas donné de vous embrasser moi-même en réalité, je vous embrasse en esprit^ et. vous réitère l'assurance de ma vive et inaltérable amitié. Ma santé est telle quelle, et je serais assez content de la vie, si je voyais une fin aux afflictions d'un si grand nombre de mes amis. Mais, hélas ! les douloureuses conséquences de cette funeste année 1810 durent encore en grande partie.
Je trouve, toutefois, une vraie consolation dans radoucissement apporte au sort des malheureux que j'avais laissés au Spielberg. 11 est décidé qu'ib s'em-
barqueront à Triesie pour l'Amérique; en aiiendani leur dépari, ils sont au château de Gorizia^ mais simplement détenus, ayec toutes leurs aises et permission de voir leurs parents. Je ne sais à quelle époque ils éevrooi s'embarquer. Que volontiers j'eusse cherché à les aUer embrasser l Hais il m'est interdit d'entrer en Umbar^e, et nous sonunes loin de pouvoir espérer ipi'on noos accorde de pareilles facilités. Je traîne mes jours dans une paix assez grande , mais cette paix je la dois à ce que je vis très-retiré et presque sans correspondances. Si du moins elles m'étaient possibles avec mesamis de cœur !
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI MOMBBLLO.
Turin, 23 août 1836.
* Madame,
Tous ceux qui ont de la l)<)nté pour moi excèdent en indulgence, et vous. Madame, plus (|ue beaucoup d'autres. Votre lettre me donnerait de l'orgueil, si je n'avais |)as le t)onheur de reconnaître combien tout ce que je fais de pîissable est médiocre. Quand j'aurai achevé la lecture de l'ouvrage de Haller, je lui écrirai, et je le remercierai de ce qu'il m'a jugé avec tant de bienTeillance.
Ce que Cliàteaubriand a dit* (à ce que l'on nous a
* Je iitr sais, en eiïet, si M. de Chàleaubriund eut le mauvais goûl de tenir le langage dont je crains qu*oii u*ail (fuelque rai-
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npf^iiié, car je n*ai rieo lo d'éaiH a ee siqeli pour jet#;r 4e» drjoies «ur ma Tèradté. a profw des Komibi dU Veniu, est cûoime «i l'oa disait : — Ptliko mous parle tfutu commission spêdalt, ti im fvi me toi pas tue, je tous amnomce qu'elle n'a pas exis4é, Qae tou- UrzrMjm que je réponde. Madame? Rien. — L'aonnaiifm est trr>p étrange ; elle na pas besoin d'être réfutée. ()n ne fieut pas même la ranger au nombre des calooinies, car tout le nnonde à Venise,— et dans toute la mrmarcliie autrichienne c'est une chose connue, — sait (|ije les italiens jugés et condamnés à Venise, ne pouvant (las tous être enfermés dans un seul Ueu, ont eu (lour prison, les uns les Piombi et les autres Sam Michèle di Murano.
I>e gouvemcmeni n'en faisait pas mystère. Je n'étais [>as le seul qui fut au\ Piombi; il y avait le marquis Canonici de Ferrare, neveu du cardinal Mattei, et une quinzaine ou une vingtaine d'autres, ou rar6onari, ou sou|)vonnés de carbonarisme. Il faut être singulièrement aveuglé par le désir d accuser, |M>ur dire des simplicités aussi exiraordin<dres que celle de nier que les Piombi aient été des prisons en tSiO-ât-
fon de l'accuser k Poccasion du livre de Silfio. Mais dans set Mthnoireê d'outre- tombe ^ il a soigneusement effacé tout ce qui pouvait donner lieu k quelque refiroche de ce genre. On j lit même de ires-piquants détails sur Zanze. Le soin que prit le grand écrivain, en passant il Venise, de rechercher ce qu*étaii devenue Tintéressanle ûlle du geAlier des Piombi, prouve assez, pour le dire eu pashanl, que lesl/^tnotrfs de Silvio Pellico avaient agi sur cetto puissante imagination comme sur le cœur de tout le monde. (SoU du TraduiOewr,)
i2. Ce n'est pas moi qui raconte un fait : c'est toute Venise qui sait ce fait; ce sont des miUiefs d'autres qui le savent.— Que maintenant on ne se sene plus des Piombi pour prison^ c'est fort bien : le bel argament pour nier ce qu'ils ont été notoirement pour moi et pour tant d'autres!— Il n'est pas possible que le gouvernement autrichien ait voulu tromper là-dessus Qiâteaubriand ni d'autres personnes : il y a des mensonges trop manifestement impudents pour que des Itomies graves osent les débiter. Je croirais plutôt qùè Chateaubriand ayant demandé à voir les Piombi, 00 Itaî ait sjmplement dit que ce ne sont plus des prisons, et' cjûe son imagination écbauflëe, irritée par quelque individu autrichien (non par le gouvernement)^ ait conçu avec légèreté l'idée que mon séjour aux Piombi a été une fable. Quand il fut de retour de Venise^, Paris, on me dit qu'il déclamait dans les salons contre mon livre, assurant qu'il n'y a plus de Piombi depuis la république. On m'ajouta qu'il voulait écrire contre moi. Il me vint dans la |)ensée de lui adresser une lettre, pour l'engager à mieux s'informer avant d'entreprendre une accusation dont il aurait bientôt dû rougir. L'abbi» Peyron vit cette lettre, mais je renonçai à Tidée de l'envoyer. Ce n'était ni une prière, ni des explications; c'était le langage d'un homme indigné qui dit à un autre : « Si \ous êtes consciencieux, réfléchissez à la turpitude que vous commettriez par la plus absurde des assertions. » J'ai bien fait de ne pas envoyer cette lettre. Au reste, on m'écrivit de Paris (pie M""* Récamier avait persuadé Chateaubriand (]u'il se faisait du tort
s'il m'attayuait. Depuis lors^ personne ne m'a dit qu'il ait écrit contre moi. Il l'a donc fait quelque part, d'après ce que M. Ferrand vous a dit? Tant pis poiur M. de Chateaubriand ! Je ne m'en inquiète pas. U aura cru bien faire; mais il a agi avec légèreté. Je ne suis pas non plus informé si d'auti*es écrivains français m'ont attaqué. Je lis peu les journaux, je ne suis guère au courant des agitations littéraires. Elles ne m'ont jamais extrêmement intéressé ; elles ne m'intéressent plus du tout.
Ma fenêtre aux Piombi n'était pas ovale, mais carrée et grande dans la première chambre que j'y eus. On la voit de la grande cour du palais du doge, en venant de la Piazzelta, Elle est, pour le spectateur qui regarde ce superbe escalier où Marin Palier a été décapité, et d'où je suis descendu au milieu des sbires, pour aller entendre sur l'échafaud ma sentence de mort sur la Piazzelta; elle est, dis-je, au-dessus de cet escalier, mais à la gauche du spectateur et elle donne sur les plombs de l'église de Saint-Marc. Dans le temps où j'étais là, le marquis Canonici était mon voisin : sa fenêtre était plus à gauche pour le S|iectateur, c'est-à-dire à ma droite. On défendait alors aux curieux d'aller sur les plombs de l'église, |iarce que de là ils auraient pu nous voir et nous parler. — La chambre qu'on me donna depuis avait deux fenêtres, une grande et une petite ; elles n'étaient pas ovales non plus.
Je vous remercie du long passage de Haller que vous avez eu la bonté de copier pour moi. Si vous écrivez à ce digne homme, dites-lui, je vous prie, que
son suffrage me fait plaisir^ et (|ue je lui en suis obligé.
Agréez^ Madame^ l'assurance des sentiments bien distingués d'admiration et d'estime avec lescjuels j'ai l'honneur d'être, etc. ♦