A>U COMTE CE,SARE BALBO
'.'A CiJfB&ÀKO, PAB. ASTI.
Turin. 10 juillet 1833.
Afaùt tout, je vous dirai que je suis impatient
farcir de tos noÙTelIes. le vous écrivis il y a environ une semaine^ et j^ëcrivis aussi au bon Parma ; et aoeun'de vous ne m'a donné signe de vie. Qu'y a-t-il donc datis ciét air d'Asti qui rend si paresseuse la main dés àihft ? Cette paresse, je ne la pardonne qu'à une oonditioDy— c'est qu'elle provienne de tant d'autres ooctipati<»is agréables, qu'après s'y être livré, l'esprit ait eu besoin de repos, pendant que le cœur qui ne dèrt pas aura'continué à m'aimer. Je mets au nombre
de ces occupations celle de jouir des embellissements du jardin, et de toutes les belles choses qui étaient iiéjh dans cette chère villa de Camerano. Mais je voudrais que les délices littéraires y entrassent aussi pour quelque chose. Je voudrais (c'est mon incurable manie, et vous m'en avez déjà grondé inutileinenl) qu'ayant tant d'esprit et tant de connaissances, on vous vit toujours employer ce trésor à préparer quelqu'un de ces livres agréables et utiles que vous savez faire. La campagne, dans réioignement où l'on est des bibliothèques, se prête peu assurément à la composition des œuvres historiques. Mais j'insiste sur la continuation de ces grands ou petits articles de pen-
sées nobles et de morale élevée dont vous m'avez 4^À permis de savourer la douceur '; ce spnt choses qui se distinguent souverainement de ce qui est commi^^ et qui^ recueillies^ peuvent former un jour un petit volume capable d'ajouter une assez belle gloire au nom de son auteur^ et, ce qui vaut mieux que la gloire^^d'accroitre dans autrui la noblesse du cœur, Tamour du beau^ du bon, du délicat, du juste.— ^ui^ mon ami ; ce mot de gloire a peu de magie pour les âmes qui ne se repaissent pas volontiers d'illusions, et je suis aussi, je crois, une de ces âmes. Biais l'espoir d'ajouter au nombre des ouvrages utiles et <|ui honorent la qualité d'homme doit animer eùcore d'une nouvelle ardeur celui qui, comme vous, e^t déjà entré avec honneur dans la carrière des oëuvrç's intellectuelles. — Je regrette que vous n'ayez pas' connu un M. de Cazalès, amateur passionné de philosophie et chaudement chrétien , et même chaud catholique, lequel a passé à Turin , il y a une quinzame dé jours se rendant en Bavière par Milan. C'est un ami intime de M. de Lamartine. J'ai passé avec lui bon nombre d^eures très-agréables, et nous nous sommes promis de nous écrire. Il est également l'ami de l'abbé Baùtalii, en ce moment professeur de beaucoup de réputation à Strasbourg, et auteur d'essais philosophiques écrib dans le sens le plus catholique. Ce Bautain n'avait pas pfiru un homme de haute portée à notre ami Parma, qui le jugeait sur un écrit publié il y a déjà quelques
< AIIusUni à r^uvrtge intitulé : P^mieri «I Emi^ publié plut Urd à Florence, par Félice Lemonnier, en 1855^
{NoU de rÉdàêur.)
— Ul -
années. Mais les nouveaux livres de Bautain^ au dire deli. de Cazalès^ sohld^unë haute valeur et font beaucoup d'tîbbhèùr a la religion .
Fsutes^moi le plaisir de le dire à Parma et de le
saluer bien îteTèctûeusement de ma part.
] I ni •! . . / ; •
.1. , . . txxvm
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
'« îl* »• ' ' . w . CMale, 28 geptembre 18S3.
' ' ' ■ 'Très-îlitistre' comtesbe,
, Uqoîq^e ce. so^ manquer cruellement à la charité que jle, fn'ôdresser des reproches^ parce que j'ai eu le qiiflîttieur de ne pouvoir vous revoir avant votre déipart pour Recoaro^ toutefois^ il y a tant d'amabilité
dans vptire façon de gronder les gens qu'il faut encore
TOUS en, remercier. Le coupable^ ce n'est pas moi^ mais le temps, qui toujours m'échappe et ne me laisse pas le loisir de faire la plupart des clioscs qui me seraient le plus agréables.
Je suis à Casale depuis plusieurs jours, après une rapide excursion sur quelques collines du Montfcrrat et du pays d'Asti. J'espère me voir de retour assez à temps pour passer encore à Chieri et aller vous saluer à Recoaro.
Vous avez parfaitement fait de cueillir à votre aise la Ne m'oubliez pas. Conservez, à vous votre santé, et à moi, vos bonnes grâces, et veuillez présenter mes hommages à M. le comte et à H. le chevalier.
J'ai l'honneur d'être, etc.
A CARLO MARENCO.
Taria, 13 décembre l'S3S.
Monsieur et très-esUmaUe ayqcat^ ,
Je vous remercie des choses gracieuses que vqms avez la bonté de me dire et de, Tbonneur que vous m'avez fait de me donner votre opinion sur mon Tommaso lUoro. Votre courtoisie vous a peutHett^ fait, juger cette tragédie avec un excès d'ind|ilgc;nc|p. Quant au style que j'ai employé^ vous éte^ ^i bon juge en pareille matière que^ là où il ne vous a jfis plp^ il , faut qu'en effet il ne soit pas heureux. Je tâcberaide mieux faire une autre fois.— Dal Pozzo s'est chargé, d'une triste affaire en écrivant cette apologie; mais je crois qu'il pense ce qu'il dit; son erreur^ en ce cas, , venant du jugement «et non de la volonté^ il faut le plaindre. Pour moi^ je ne lui réponds pas une syllabe, conune je n'ai jamais répondu à aucun de ceux qui, en d'autres occasions, se sont montrés, la phime à la main, peu bienveillants à mon égard.
Mon frère Luigi vous salue, et vous prie d'user des livres en toute liberté. ''
Je suis impatient de lire votre nouvelle tragédie^ YUgolino. J'espère que les difficultés de la censure se . seront aplanies. Don Gorresio m'a dit grand bien de .' cet ouvrage, et je suis persuadé qu'il ne sera pas infér i rieur à vos autres tragédies.
L'amitié dont vous m'assurez m'est très-précieme, et je suis heureux de voir que la mienne vous agrée. ..
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO
Mardi... 1833.
Mon Giah Giosetfo,
Pôuroiioi ne pas |4isser ton frère me dire comment ta as pasèé la nuit? Mais d'après ton silence je présume qiie tes douleurs ne t'auront plus tourmenté. Toutefois pe néglige aucune'précaution^ je t'en prie et je le Vôrdonne. — Tu es en ce moment au chevet d'un moùÂBinl^ et tu partages ses angoisses et celles d'une tamule i^niigée! Généreux ministère que celui de soîiflHr avec les malheureux et de leur donner la plus suHime des espérwces. Âime-le ce ministère^ ô mon Gian Gioseffo, mettons tout notre bonheur à aimer Dieu et Tbomme en Dieu; et que notre vie tout entière ne soit que religion et amour !
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO
Camerano... 1833.
Mon Gian Gioseffo^
J'ai fait un bon voyage ; nous sommes arrivés hier soir à dix heures à Camerano par un magnifique clair de tanc. Je me porte à merveille, et cette excellente famille Balbo m'est bien chère. Je regrette cependant d'être de quelques toises plus loin de ma famille et de toi. Ma mère s'est attendrie en me voyant partir, et «on chagrin m'a affecté. Il m^affecte encore quand j'y
|)ense. Une autre année^ je ne veux plus preodre avec personne rengagement d'aller à la campagne. — Hier matin^ pendant que j'étais avec le père du comte Balbo et avec la vieille comtesse^ je sais que tu es venu voir Cesare. Je devine que tu avais aussi b bonne intention de m'cmbrasser^ et je f en remercie. J'accourus^ mais tu étais déjà parti. Mon baiser a volé après toi sur la route ; ne l'as-tu pas senti se poser sar ce front plein de candeur que j'aime tant?
Salue Comilissam Euphrasiatn dilectisiifnam nobis in Domino. Elle avait Tautre jour un air de santé qui faisait Vraiment plaisir à voir. Il ne se passe pas de jour que je ne me réjouisse de penser qu'une Ame si belle et si noble doit encore, pendant quelque tempe, continuer avec nous son pèlerinage sur la terre ; recommande-lui toujours d'avoir grand soin d'elle, et dis-lui quelquefois que, bien que le plus insignifiant de tous les admirateurs de ses vertus, je suis cependant l'un des premiers, si l'on regarde à rintensitê de l'estime et de Taffection. — Avant-hier soir je passai un bien bon moment avec l'excellent chevalier de Biandrate, avec lequel j'allai à sa Vigna rendre visite aux Barante. Je te prie de le saluer aussi pour moi et de lui dire qpie je l'aime l)eaucoup.
Mille choses à tous les amis, en commençant par les premiers (|ue tu rencontreras, ou plutôt en commençant par ton frère. J'ai \u hier Gioberti, et comme il n'était pas seul, je lui dis que je t'avais chargé de lui communiquer quelque chose. Je lui fis entendre que c'était un avis d'être prudent, mais je ne m'expUquai pas.— J'ajouterai pour ta gouverne, qu'avant
de peir4irt. }'ai^ encore vu un instant la personne lAenTeîUaale qui lu'aviât parlé de cela ; et elle m'a cépété av^ grande insistance ce qu'elle m*avait déjà . dit, en ajwtaijil (pi'ilj avait certainement quelqu'un ,qiûtraYfûUai^ifoat^eCii<d>erti3 et de manière à faire mtti^ 4e /sél'i^p^ désagréments, même pour toi...
, ie t'^^d^ra^ M ,toute nv)n amitié.
, . f^ £. ,La; poiQiesse H^sino t'enverra (je ne me rappelle p^s.bi^p. le nombre) des exemplaires des . 4r^i^fW,^4f^Wam'j pour lesquels vous avez réuni , de^.fpimni)M<W^)i.Gipberti et toi. Distribuez-les, re- . |C«TfBaE-eo, le prix (p'e^t deux livres par exemplaire); ^e|^Jfp8^^p,ffû^lnpi le plaisir de porter toute la somme ,i^,fa(>Q, frère Mûgi^ hà comtesse t'enverra peut-être quelques exemplaires en plus de ceux pour lesquels t vouB.iiy^ souscrit, Gioberti et toi. Retire le tout; di^ltrîlfMes ce qui vous regarde, je distribuerai moimême les autres, à mon retour. Adieu, doux ami.
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO
Très-cher Gian Gioseffo,
Tu as enfln surmonté ta paresse, et tu m'as écrit. J'en suis charmé, et, à mon tour^ je t'écris pour te dire encore que ton amitié m'est chère et que je pense souvent à toi. Non-seulement je pense à toi pour me lifçurer (jucl bonlicur tu ressens à voir ces contrées et CCS nobles esprits qui eu sont l'Iionneur, quel charme tu éprouves à faire un tel voyage avec une aussi excellente famille que celle du comte Masino, eu coni-
iO
— Ii6 —
inençant \mv cette digne comtesse; mais souvent encore je pense à toi avec une certaine inquiétude, et je me dis : « Rctournera-t-il ou non à Toratoire de Saint- Philippe? S'il se retire de cette congrégation, fera-l-il bien ? Les dégoûts qu'il y a trouvés (et je serais assez en peine de dire de quelle nature ils sont) ont déjà fait parler la ville ; le plife beau triomphe pour Gian GioseiTo ne serait-il pas de rester dans cette congrégation et de faire voir au monde qu'il n'ajamais cessé d'y être aimé?» — C'est là, avec mille autreschoses, ce que je me dis à part moi, ignorant ce que je dois précisément souhaiter pour toi, mais souhaitant toujours que tu prennes le bon parti, — que tu ne paraisses pas dans» ton tort, — que tu n'aies pas à te repentir. Toutes ce« inquiétudes sont une preuve de l'attachement que je te porte, et de mon peu de penchant à approuver les changements de carrière. Je sais néanmoins que toutes les règles souffrent exception. Penses-y bien, et agis avec prudence, mon cher Savonarole ; mais non comme Savonarole...
Quirina m'a écrit la grande satisfaction qu'elle avait eue à faire connaissance avec toi, et tout son regret de l'avoir vu trop peu. Présente mes hommages à l'excellente comtesse Eufrasia, non par de froids hommages, mais de ceux qu'elle mérite si particulièrement, et que j'ai pour elle dans le cœur. Dis-lui que j'ai été en grand souci de la maladie de sa chère enfant, et que j'ai prié de cœur pour la malade et pourja mère. Dis-lui que je me réjouis de la guérisoo. Mes respects aussi à M. le comte et à Mademoiselle. — Si tu revois Gino Capponi et les autres qui ont de
raflection pour inoî^ ne manque pas de les saluer. Je suis sur les montagnes de Saluées près de Busca^ au RoccolOy délicieuse \illa du marquis d'Azeglio; mais bientôt je retourne à Turin. Adieu^ je t'embrasse^ et suis de toute mon âme ton très-affectionné Silvio.
A M. ANTOINE DE LATOUR»
Turin, S5 janvier 1834.
^ Monsieur^ Le roman auquel je travaille sera fort honoré si l'habile écrivain qui a si bien traduit mie Prigioni voudra le traduire. Je ne pourrais rien désirer de mieux. Hais malheureusement je n'ai encore qu'un croquis très-imparfait et des matériaux. Les journaux se sont trop hâtés d'annoncer un ouvrage que je ne sais presque pas si je ferai. J'en ai cependant envie. Je travaille peu et lentement. Il me faudra^ certes^ plus d'un an. En attendant, je vous remercie de la
* Ici, dans une note, Pf'lditeur italien parle de nous et de Dotre traduction des Prisons en termes beaucoup trop bienleillaots pour que nous consentions à les reproduire. Mais ce serait mutiler un texte qui doit nous être sacré comme à tout le monde que de rien retrancher aux lettres que Silvio Pellico •(JUS a écrites à diverses époques. Comment résister d'ailleurs à b tentation de laisser toute leur publicité aux témoignages d'une bienveillance, oserais-je dire d'une amitié, dont il est per- ■b d*ètre fier? Du reste il convient de remarquer que toutes ces lettres k nous adressées ont été, comme Pindique un astérisque, écrites en français. Enfin, il ne nous appartient pas de supprimer an passage de la note italienne où Ton annonce que cette traduction de la correspondance de Silvio Pellico, éditée par M.Dentu, sera publiée à Paris presque en même temps que le texte à Florence. (Sole du Traducteur,)
disposition bienveillante où vous êtes à mon égard. Votre estime et votre bontr'; me sont infiniment chères. — J'ai lu dans un journal une notice biographique par vous de M. Maroncelli, qui sert d^annonce à voire traduction des Anni del dolore *. J'espère que ce livre sera intéressant. Et comment ne le serait-il pas^s'agissant d'un excellent homme qui a tant souffert? — Je suis charmé que vous soyez aussi son traducteur. Voire aimable sympathie i)our nous montre bien l'auteur de la Vie intime. Ce Uvre^ plein de belle poésie et de sentiments délicats et élevés^ est au nombre de mes livres choisis. Il aurait suffi à me révéler que vous êtes bon.
Veuillez présenter mes respectueux hommages à H°^ de Hontjoie.
J'ai l'honneur d'être, etc., etc. ♦
A M»« LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI IbrOlblBELLO *.
8 mars 1834.
Très-excellente comtesse.
Il faut qu'il y ait un grand charme à vous obéir, puis(|ue moi, qui, tout amoureux que je suis de la poésie, sens s'évanouir aussitôt toute ma passion pour
1 Cette notice, qu*un peut lire à la suite de noire traductioa des Prisons, devait, en eiïel , précéder le rècii que Maroocelli se proposait d'écrire lui-même de sa captivité; mais il partit pour TAniérique où il est mort, et je ne crois pas qu'il ait jamab rien écrit de ce livre. {Sole du Tradudeur.)
* Cette lettre, dit une note de TÊditeur, éuit accompagnée dune pièce de vers qui avait pour titre : A diie CttUnci del BeUo,
{Sole du Traducteur,)
les vers dès que quelqu'un m'en demande^— moi qui resterais Tolontiers^ non pas dix ans mais dix jours en prison plutôt que d'écrire, sur un thème donné, un sonnet ou la moindre cliansonnette, — moi qui prends presque en grippe quiconque veut de mes vers,— non- ^eulemeni je ne vous ai pas prise en grippe. Madame la comtesse, mais je vous ai obéi.
Je voudrais avoir pu faire quelque chose de mieux que ces strophes. Accueillez-les telles qu'elles sont, au moins comme une preuve bien extraordinaire de mon bon vouloir, étant donnée cette hydrophobie de ma |dume pour les choses lyriques, — ou comme une preuve bien ordinaire de mon aveugle docilité envers vous. C'est avec cette aveugle docilité que je me dis votre tout dévoué.
A M. LE COMTE EDMOND DE SÉGUINS-VASSIEUX
CARPENTRA.S (YAUCLUSE).
Turin, 26 avril 1831.
* Monsieur le comte, Vous m'avez écrit la lettre la plus aimable du monde; on a du plaisir à cire jugé avec indulj^cnce par quelqu'un qu'on estime et qu'on aime. Votre suffrage sur mes livres suffirait à me faire croinî (pills contiennent quelque chose de bon, car vous avez trop de noblesse dïime [>our être flatteur, et trop d'esprit pour applaudir à ce qui serait tout à fait dénué de mérite. Je suis charmé que mon Discorso sur les devoirs des hommes vous paraisse utile; ce n'est
cependant pas à vous qu'il peut l'élre, comme vous avez la modestie de supposer; car les vérités sur lesquelles j'ai tâché de fixer l'attention des jeunes gens sont déjà gravées dans votre cœur. Il ne m'a pas été difficile de le connaître dans le petit nombre de jours que j'ai eu le bonheur de passer auprès de vous à Caméran. — Ce pauvre cher Caméran^ hélas! est devenu bien triste. L'été dernier^ j'y ai encore été. Notre César ^ était encore un des maris les plus heureux de la terre. Cette femme si vertueuse^ si douce, jouissait de la vie comme si elle devait la conserver bien des années; elle était enchantée de ses beaux enfants; elle se consacrait à son ordinaire à leur éducation^ toute sa gloire c'était de les aimer^ d'aimer son mari^ d'être bonne avec tout le monde *. Quelle i>erte pour César et pour tous ces petits ! Quand je les vois, je sens mon cœur se serrer; le malheur qui les a frappés n'est pas de ceux qu'on exagère^ il est réellement grand. Mais dans tout ce que Dieu fait, il y a un motif excellent^ et il faut y souscrire en adorant sa sagesse.
* Le comte Cesare Balbo chet qai, éttDt à la camptgne à Camerano, M. (ie Séguios connut poar la première fois Siltio Pellico, en juin 4831 Le père du comte Cesare Balbo (Prospero] avait épousé en secondes noces la comtetse de Séguins, aïeule du comte Edmond de Ségains, à qui est adressée cette lettre.
{No(e de l'Édilcur.)
* La comtesse Félicité Balbo, née de VilleneuTe-Chenonceaui, épouse du comte Cesare, ^ qui elle avait donné six fils , fut ane femme ornée des plus rares vertus, chère à tous ceux qui la connurent, et a laissé une mémoire longtemps regrettée. Le portrait touchant que fait d*elle dans cette lettre Silvio Pellico ne pouvait être plus fidèle. {SoU de l'EdUeur.)
— iM —
n a 6té d^ici-bas une âme sainte^ il a abrégé son épreuve.
Vous saurez que Prosper et Louis vont entrer à rAcadémie militaire ; Louis a été nommé page^ Henriette est dans une pension.
Je crois qu'on n'ira plus à Caméran pour bien des années. On préférera pour villégiatura uae vigne ici sur la colline. Comme elle est près de Turin, proba- Uement W^ votre grand'mère et S. E. M. le comte y iront aussi. La santé de M"*^ de Balbo s'est admirablement rétablie; dans son grand âge, c'est un prodige. Son esprit est toujours vif et aimable à son ordinaire. ^Je lui ai dit le plaisir que m'a fait votre charmante lettre. Elle vous aime beaucoup. Et qui est-ce qui ne
vous aime pas? — Toute la maisons que j'ai été
saluer de votre part est bien sensible à votre souvenir; là aussi on se souvient de vos mérites et de cette aimable modestie qui leur donne tant de relief.
ï^es ouvrages pour lesquels vous avez la bonté de me faire des compliments ont plu à un certîûn nombre de |)crsonnes et déplu à |}eaucoup d'autres.— Il y a des gens qui trouvent honteux que je sois catholique et <jue je me fasse gloire de Tclre. Ils sifflent maintenant mes pièces quand on les joue. Ils croient me faire de la peine, et ça m'est égal. Je ne suis d'aucun j*arti exagéré; j'aime la justice, et par conséquent le lion ordre et la religion. 11 n'y a que du mauvais dans les fanatismes de toute espèce. Je sais que vous êtes de mon avis et j'en suis charmé.
Quand vous écrirez à M. votre père, veuillez lui préscnlcrnies Irès-humblcs ies|)ccls. Adieu, Monsieur,
fassent cliaiiger de conduite et rougir d'être modéré et chrétien.
Pendant que cette faction m'injurie ainsi par ses làclies lettres anonymes, un journal de PesiU'o (la Voce délia Ragione) me maiidit d'une autre façon, disant que je ne suis qu'un jacobin masc]ué, et que les Autrichiens auraient mieux fait de me pendre. Je ris de tout cela et continue mon chemin.
Adieu, Madame. ^
A M. LE PROFESSEUR PIER ALESSANDRO