‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 52 sur 113 · AU BARON ACHILLE DU LAURENS, A AVIGNQN · texte numérisé non relu

AU BARON ACHILLE DU LAURENS, A AVIGNQN

Turin, 24 mai 1843 K

Monsieur^

Pardonnez-moi, je vous prie, un si long retard.

Voire aimable lettre me fut remise à une époque où

ma santé était dans Tétat le plus déplorable, et où la

soQffrance me rendait paresseux. Je me suis informé

«w se trouve, le chevalier Manfredo di Sambuy, et Ton

m'a assuré qu'il est encore à Pétersbourg. Le comte

de Salasco, qui doit le savoir, est la personne qui m'a

donné cette assurance. Mais certainement, à Theure

quil est, vous l'aurez su par d'autres. Je vous supplie

d'offrir mon respectueux hommage à M™« du Laurens

e! de m'excuser près d'elle d'avoir tardé jusqu'à ce

jour à lui adresser cette réponse. Ajoutez qu'on n'a

pas ouï dire que le chevalier Manfredo ait été malade,

ce qui me fait espérer qu'il se porte bien.

Mille remercîmcnts pour les expressions si bienîeillantes que votre indulgence vous a dictées à mon égard. Je suis encore vivant, grâce à Dieu, mais les maux que je souffre m'avertissent de me tenir prêt jiour le dé[>art. La volonté du Seigneur soit faite. Avec une santé pitoyable, on peut vivre d'année en année jusi|u a rextrème vieillesse, mais on peut aussi toucher

* Otte letire de Pellico était la réponse à une autre que lui écrirait le baron du Laurens sur le bruil qui avait couru de'sa mort. Le baron, dans sa lettre, avait fait allusion à ce bruit et en exprimait S4in inquiétude. Voilà (lourquoi Pellico lui répoDdjit : « Je suis encore vivant. • {Note de l'Editeur,)

tMusquemeni le terme. L'important est de sauver Tâme ; après quoi toute heure est bonne pour mourir, lorsque Dieu Va. décrété là-haut.

Je ne désire ni la prolongaticMi ni la fin de moo pilerinage^ mais la gloire de Dieu et sa miséricorde. Je me recommande^ très-cher Monsieur^ à tos prières, et je forme des yœux sincères pour Totre félicité et pour ceUe de toutes les personnes qui vous appartiennent.

J'ai l'honneur d'être^ Monsieur, avec des sentiments de respect et de gratitude, votre très-humble et trèsobligé serviteur.

A M. ANTOINE DE LATOUR. A PARIS

Man I84S.

* Monsieur,

Veuillez bien recevoir H. Cantù , un de mes plus chers amis , cl un des plus beaut génies de lltalîe moderne. Il a souffert comme nous, et il a déposé ses souffrances dans un roman * qni est le plus populsire en Italie après les Fiancés : j'ai failli dire vosFioncéf *, desquels M. Cantii a fait une illustration historique

* Margherita Puxterla, — M. Cesare Cantù est surtiMt comni en France comme auteur d*une Histoire des cent demièret armées, qui est une œuvre fort remarquable.

[Note du Traduetewr,) '* 11 existe en français plusieurs iraductions de TadainUe roman de Manzoni, mais aucune n*est de moi. Je nVi Iradgit que son théâtre, ses poésies lyriques, et le beaa chapitre de la Cotontie infâme, {Note du TraduOem',)

qui doit être bien à Yotre gré : votre amitié saura lui procurer les facilitatioDS qui font si bien à un étranger, dans une ville conune la vôtre. Aimez votre SilvioPeilico.^

A DAVID BERTOLOTTI

10 avril 1843.

Mon bien cher David ,

Cette seconde lettre me confirme dans la grande espérance que je conçus de ton poème S lorsque tu m'en fis lire le commencement. Je te dirai même que^ l'autre jour, quand je me mis à en lire le premier chant 9 j'étais dans un de ces moments de dégoût où Ton ne saurait prendre plaisir à des vers, et je me proposais de remettre à un autre jour; mais ces premiers morceaux avaient un attrait particulier. Après un moment d'interruption, je me vis forcé de reprendre : je ne voulais lire que quelques vers , mais il n'y eut pas moyen :1e beau l'emporta, m'échauffa, m'électrisa. L'élégance toute naturelle de ta versiQcation , et la manière dont tu développes le sujet , entraînent doucement; puis, à mesure qu'on avance, c'est un charme si continu de grâce et de belles pensées, de sentiments et d'images que , si le lecteur ne connaissait déjà les qualités de ton esprit, il en serait émerveillé. Il te reste encore beaucoup à faire , mais ces quatre pre-

* L*aotear afait envoyé ^ Pellico, pour rexaminer, le manuscril du premier chant de son poème // Salvatore.

(Note de V Éditeur.)

^. T dku::^^ %«1 nae eiAelienl^ €faas« et d*iin eicAiQ£TS^. ^ Eke fi<K ir •lire comliîen j'aime la fidékk: et h zcplidïe k^tjù lesqiidks lu nefiroduis ks ei^^eâ9:c» de îXcrnxinr ci de rÉTangîle, pendant qœ. i'hjurt ^ort . U potrtiqiir inia^rioatioo s'exerce à («»Ddnt et Jtç4:4c avtiT p:4ii kwtes 5e$ facultés. —li y a b #r Kni^^ije dcikat el re§|)ectueux d'une âme («ÊfEe et siocefe . maïs eicîtêe par un puissant eotbLtoùaoe. Tu e> |Orte« maïs de plus, tu sens vrainaent la ivHjîoq . et tu y crois. Sois béni par ce Saa- Tenr que tu ciiaotes el que lu aimes, et nvois les siDcêre$ applaodissemeots de Ion Sitrio.

CLXXXMI

AU COMTE LriGI PORRO.

Tnrin, I7«rril ISIS.

Trè*-clier PoiTO •

Bachiev'a * iiva écrit : mais quelle est ma suqirisc ! je vob que ceux qui tous ont écrit a sou sujet et relativement a moi vous ont parie par pure iiilerprétaiioo. Le pauvre Bachiega m'écrit dans les termes les \i^ affectueux . mais dailleurs du ton d'un homme qui a sur le cœur la |»ensêe que je n'ai i>as pris intérêt à

lui

La comtesse de Masino se porte bien ; j'allai liier chez elle, mais elle était sortie. Briano, Fea et Prali vous saluent. — Le mérite |K)étique de Prati est i«'i

* Uo des cumpa^Dons de SiItio Pellico aa Spidberg.

[yoU de l'ÉdUettr.)

apprécié de beaucoup de personnes; mais il s'est fait, parmi les gens de lettres^ quelques ennemis trcsicharoés : ceux-ci ont la bassesse de faire circuler des Ters anonymes contre lui , remplis non de critique^ mais de honteuses accusations. — Chose étrange que oeTilbesofai qu'ont certains Uttérateurs de se déchaîner contre les talents qui font preuve de capacité ! Ils ont peur d^élre offusqués par la réputation d'autrui. Quelle mesquine faiblesse ! Est-ce qu'il n'y a pas place pour lout le monde?

Notre cher Arrivabene m'a écrit de combien de prévenances vous l'aviez comblé , vous et vos flls. Vous, Borsieri^ et quelques autres^ vous lui avez été précieux 9 dans le peu de temps qu'il a passé à Milan: j'aurais voulu l'y accompagner pour vivre un peu avec TOUS tous, que j'aime de tout mon cœur.

Embrassez pour moi Gilberto et Giulio; veuillez me rappeler au souvenir de la comtesse Archinto et aux autres personnes qui ont la bonté de me garder quelque bienveillance.

Mille choses affectueuses à mon Borsieri. Portez- Totis bien , et surtout mieux qnc moi : j'ai quitté le lit , mais non mes souffrances habituelles , et je me traîne avec peu de respiration.

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