‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 58 sur 113 · SU · texte numérisé non relu

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de rObservance ci missionnaire apostolique, revenant de la Chine, se rend à Nice en passant par Mondovi. Ce quasi-martyr a la santé ruinée; il a été ici pendant quelques jours l'hôte de Madame la marquise. Tous le vénèrent, et je le vénère et l'aime comme tout le monde. Je lui ai parlé dn docte théologien, de l'excellent professeur Igbina ; c'est pourquoi je vous écris ces deux lignes avec le désir que vous vous connaissiez l'un l'autre. Si par malheur ce digne religieux tombait mtdade en route, et qu'il dût s'arrêter un peu à Mondovi, je prierais Votre Seigneo* rie de me donner de ses nouvelles, d'autant plus qu'il a parfois les bras et les mains endoloris, et qu'il a de la peine à écrire. — La santé de Madame la marquise a été jusqu'ici supportable : nous espérons que, cette année, elle pourra passer l'hiver sans être malade. Quant à moi, je n'ai pas la respiration bien forte, mais j'ai été pire en octobre, et en ce moment je ne puis pas me plaindre. Quand vous écrirez à votre respectable père, veuillez lui présenter mes devoirs. — Vous aurez reçu un petit paquet que m'a envoyé pour vous notre père Degioanni : je Tai fait remettre à M. l'avocat Nasi, il y a déjà plusieurs jours.

Portez-vous bien, continuez-moi vos bonnes grâces, et en même temps (}ue je vous présente les respects de Madame la mariiuise, agréez également ceux de votre très-humble et très-dévoué serviteur.

OCVII

A CARLOTTA MARCHIONNI.

Turin, 8 décembre 1843.

Charmante et excellente amie,

To ne sais pas former wie pensée qui ne soit ahnable, et telle est encore la demande que tu ro'adrenes. Si parais parmi mes paperasses (que j'ai en tain retomnées) un manuscrit de ma Francesca ia Rimini, je serais heureux de le mettre à tes pieds. NaOe chose au monde n'est plus tienne que cette tragédie à laquelle ton génie a donné la gldre*. Peutêtre serait-elle demeurée obscure si je n'avais eu la ikiane fortune de rencontrer en toi une si grande actrice, qui savait donner une haute valeur même aux phtt faibles productions. Les applaudissements de toute ntalie, qui n'étaient dus qu'à toi, rejaillirent sur ion ami le poëte, et je me suis toujours fait un devoir de le proclamer. Ceux qui, en parlant de nous, nous nommaient le frère et la sœur, n'étaient que justes en cela, et mon cœur confirmait un bruit qui souriait si bien à ma naissante renommée. Mes autres

* Od ne t*étoDoera pas de voir ce retour de la Marchionoi et et Silvio Peilico vers la Francrsca da Rimini qui fut, pour Tua comme pour Tautre, le premier litre à la renommée. Celte tragédie est restée le clief-d'œuvre poétique de SiWio. Voici ce que Sceodhal en écrivait vers 4 823 : « 11 y a du charme et de Tamour véritable dans la Francesca da Rimini du pauvre Peilico. C'est ce que j*ai tu de plus semblable à Racine. >

( Note du Traducteur.)

tragédies^ comme la Francesca, reçurent de toi un grand éclat^ et il ne te suffit pas de me faire honneur sur les plus grands théâtres, tu as voulu encore récenin^ent faire retentir ma ville natale de mon nom confondu avec le tien. Inhabile à te rendre grâce, j'eusse du moins ressenti de la joie si j'avais pu retrouver ce vieux manuscrit désiré, que tu voulais garder en souvenir des premiers temps de notre amitié. Je voudrais en échange t'offrir un exemplaire de quelquesunes des éditions de cette tragédie; et, vois la fatalité! je n'en trouve chez aucun libraire. Je me procurerai cet exemplaire, et j'aurai le plaisir de te le porter. Ihi jour enfin, — mais je ne sais quand,— je m'occuperai à limer un peu mes compositions tragiques et autres, et je verrai à faire une édition du tout. Hais pour cela, il me faudrait de la sauté. La plupart du temfis je ne peux même écrire, je respire avec etTort, et ainsi se passent les semaines et les mois. Toi, Carlotta, et la bonne Gegia avec toi, toutes deux si bienveillantes pour votre Pellico> dites en ma faveur quelque sainte parole au Seigneur, pour que du moins il m'accorde de souffrir avec une âme patiente et forte.

Je vous salue toutes deux avec ces sentiments ineffaçables d'estime et d'amitié que vous me connaissez.

Adieu , excellente Carlotta, crois-moi ce que je serai toujours, ton admirateur et ton ami.

cdmi.

AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO

19 décembre 1843.

CherBbglino^

Dans raprès-midi . je suis d^ordinaire chez moi de troisà cin(|; plus |[ard, et après le dîner, je ne puis plus recevoir pei^onne, parla nécessité où je suis de n\e, r^ueiliir bientôt dans un repos et un silence ab solus^ à cause dp ma difficullé à respirer. Je regrette que tu^sois ^ipti^é ici dans, un moment où je n*y étais pas. Je te remercié, toi et tous les nobles cœurs qui ont, pour mpi de la l)ienYeillance. Je suis fler de pou- Toir compter dans le nombre madame Giulia, ce grand poète dont tu me parles. Offre-lui mes respects et remercie*la de la Slrenna Piemonlese que tu m'an- Donces. L'ode à la Vierge Marie, publiée dans la Slrenna, est sans doute celle qui est adressée à la Madone de la Salve , composition d'un mérite supérieur. L'illustre dame plaisante , ou c'est toi qui plaisantes po«jr elle , en me demandant une note des fautes qui lui seraient échappées, ou de généreux conseils. Oiiand on écrit avec cette puissance et celte supériorité, on n'a nul besoin d'un pédagogue , comme je [lourrais l'être : j'aime mieux être son admirateur.

J'écrivis au cher Gioberti * , lors(jue parut il Primalo, pour lui dire deux choses vraies, savoir : ma

* Ce serait peut-être le moment d'entrer dans quelques détails Mir les rapports qu'eurent entre eux Silvio Fellico et Tabbé Giot»erti. Mais les orages lie leur amitié ont répandu trop d*a-

reconnaissance et mon regret. Il me faisait trop dlionneur dans cette belle ^ mais archi-amicale dédicace : que ne s'en tenaii-il , du moins , à cet excès de générosité ! c'était déjà énorme. Je vais lui écrire maintenant^ à l'occasion de son livre Del buono, et de la part qu'il me fait dans YAtfDerlenza. De nouveau , je lui suis reconnaissant; mais^ si j'avais du cœur, je le gronderais : il n'est dans mes goûts ni de me plaindre moimême de ceux qui me regardent comme un imbécile et un bigot ^ ni de me voir si chaudement défendu ; je suis content de ceux qui m'aiment et me supportent, et je ne me tourmente pas si quelques autres me dénigrent.

Je m'afflige avec toi de la perte que tu as faite sur la terre de deux âmes qui t'étaient bien chères. Il est si amer de survivre ! Cbcrclions notre consolation dans la sainte espérance de la religion. Il est court le temps qui nous sépare des jours étemels où tant d'êtres aimés nous attendent! Prions pour qu'ils reposent en paix.

Je t'embrasse, et je suis ton ami le plus affectionné.

mertutne sur quelques-unes des dernières années de Silvto pour que je n*aie pas dû en parler avec un peu d^étendue dans mon introduction, l/on remarquera d*ailleurs, en lisant les lettres, que toat ce qui concerne cet épisode se oompremi sans commentaire.

{NoUdu Tradudmnr.)

A GIORGIO BRIANO*.

Mon cher Briano,

Ce teinp&<;i a le grand mérite d'avoir renoncé au colle de la mythologie; mais les choses vraiment supérieures qu'il a produites en Italie sont rares^ à mon avis. Je n'en connais qu'une qui surpasse les nobles productions de l'époque antérieure y et c'est le roman de Hanxoni . c'est là une œuvre colossale , unique. Nos autres ouvrages peuvent mériter des éloges, mais je n'afGmierai pas qu'ils surpassent en valeur ce qo'ont écrit les Cesarotti y les Alfieri y les Parini^ etc.

Ippolito Pindemonte a été y dans le temps qui a précédé le nôtre^ un poète penseur, d'une trempe vigoureuse et suave, d'une trempe chrétienne...

Giovanni Pindemonte a été un tragique un peu trop prompt et irréfléchi, mais fori, passionné, ingénieux...

J'admire aussi Botta ; mais je l'envisage d'un œil plus sévère. Je regrette qu'il ne cite pas les sources, qu'il en choisisse queliiuefois de douteuses , et quelquefois aussi qu'il néglige la critique et les convenances. Ses passions contre Rome le |K)ussent à des jugements dangereux, mais le style est magnifique et Téritablement entraînant.

\JAwerienza que Gioberii a mise en tète de son

» Dc4a Rrviêta contemporanea^ Xll« livraison. Turin, 4 854.

{Note de l'Editeur,)

livre del Btwno est répanchement d'une âme affligée et digne d'un meilleur sort A sa place , il me semble que je ne m'inquiéterais pas ainsi : je ne prendrais aucun soutl de mes adversaires , et f irais droit devant moi. De toute façon^ je plains et respecte celui qui^ se sentant injustement blessé^ ne sait pas cmitenir un cri de douleur^ qu'il ferait Mieiw cependant de réprimer.

Le livre de Balbo, Le Speranzed'Italiay tn^fbfçrexhdément satisfait, précisément parce quil y a de la modération. Dans une question si haute, il faut examiner de sang-froid, et en venir à cette condmion qui, seule, est juste : — o Soyez hommes de bien et ne vous re* « paissez pas de fausses espérances. »

Quiconque a du sens et de l'honnêteté comprend qu'il y a deux littératures : une, comme tu l'entends ; l'autre , affaire de métier et facile débit de toute es» pëce de marchandises : le temps fait ensuite justice à Tune et à l'autre...

L'Adelchi n'était pas écrit pour la scène. Les beautés de cette tragédie sont d'un ordre élevé ; mais chacun sentait qu'elle était faite pour être lue et non ftour être représentée. Je m'afflige de ce que le mérite de l'auteur n'a pas inspiré du moins une sorte de religieux respect , et ce n'est pas pour Manzoni, qui ne s'en inquiète guère, mais pour l'infamie de ces dérisions^.

1 l.a représenUtioQ de ceUe tragédie eat lieu au liiêâlre Carignan en I8i2. et par la compagnie dramaliqne «In roi.

( Sole de VÉdHeurs^

A MADAME GIULIA MOLINO-GOLOMBINL

10 janvier 1844.

Madame, .

Voire estime etit pour, moi d'un haut prix ; et quoique je connaisse mon peu de valeur littéraire^ je confette.qu'U ne m-est iiuUement désagréable que vous TOUS montries à mon égard plus indulgente que juste. Consèry/BZ» Madame, cet aimable défaut d'être si bonne : votre génie n'en sera pas moindre^ et vous aurez la douceur d'avoir plus édifié que détruit. Merci pour l'aimable étrenne ; j'ai relu avec grand amour rbymne admirable à Marie : c'est une ode sublime. Votre bon oncle le bamabite avait bien raison , lorsqu'il me parlait avec une si noble esi)érance du génie desaGiulia! C'était un savant homme et d'un coup d'œil pénétrant , autant qu'il était modeste et doux.

Je suis tout fier des expressions bienveillantes qne TOUS m'adressez. Pignerolles m'était bien cher parce que j'y fus |K)rté à l'à^c de quatre ans , et que j'y passai une partie de mon enfance : ces lieux ^ maintenant, me sont devenus plus sacrés depuis qu'ils ont produit une âme de femme si poétique et si forte; et je sais, en outre , par vos amis , que cette âme est simple^ humble et pieuse. Il suffira (]uc je cite les excellentes cousines Marcbiouni , et notre cher Boglino : je me joins à eux pour vous vénérer, et je suis votre trèsobligé serviteur. — Vivez heureuse !

A PIETRO BORSIERl.

Turin, 4 janvier 1844.

Très-cher Borsieri^

Sans vaincs paroles , nos cœurs te sonbaiteni une bonne annéc^ aussi bonne qu'il est possible. Ta lettre m'a prévenu^ et je suis en retard^ contre ma volonté. Je suis souvent accablé de mes incommodités. Je nfafflige y cher ami y de te savoir affligé ; je sais combien tu es aimé des Trotli : aussi est-ce avec raison que tu déplores le malheur qui les menace. Dieu veuiOe que ces craintes sinistres se dissipent^ et que la précieuse vie de l'excellente marquise puisse se ranimer. Je prends part aussi à la doidcur que tu éprouves à voir souffrir Harianna et Francesca : je fais des vœux pour que Tune et Tautre reprennent une meilleure santé. Je te prie de leur dire mille choses en mon nom, ainsi qu'à Emilia. Les croix sont inévitables : portonsles d'une âme forte et pieuse.

L'espérance de f embrasser cet été me console. Je veux écrire à Porro^ mais je ne le puis a présent. Sahie de ma part^ lui^ ses fils et nos amis. Je l'aime toujours comme un frère, et je suis ton frère, Silvio.

A M. LE COMTE LUIGI PORRO

80 janvier 1844.

Très-cher Porro, Je me réjouis sincèrement des bonnes nouvelles que

TOUS me donnez de vous tous^ et je voudrais qu'elles fussent encore meilleures en ce qui vous concerne, c'est-à-dire que vous sussiez vivre sans ces petites infirmités dont vous me parliez dans votre avant-dernière lettre.

Je vous envoie le&deux prières qui m'ont été demandées par la jeune dan^e ; j'espère qu'elles seront suivant son désir ^

AdieUi portez-vous bien et mieux que moi, qui finis

' Voîet les deaz prières doot parle celle lettre et qui s j trouvaient joÎDies :

€ Dieu de bonté et d*amour, qui, dans votre inCnie compassion pour nous, avez voulu prendre un cœur sujet aux angoisses bamaines, on cœnr qui palpitât,, comme les nôtres, d*amour et de douleur, un cœur qui, dans son ineffable perfection, connût cependant les larmes, la tristesse et la mort ! non, vous ne vous offensez pas de ma faiblesse dans la douleur. Je suis résignée, ■ais je souffre : j*accepte le calice amer, mais, comme vous, je le bois avec une mortelle tristesse. Adoucissez cette affreuse amertume, ou rendez-moi plus forte. Ne m*abandonnez pas au trouble de mes pensées, apaisez-les toutes , une surtout, celle de riogralilude donl a usé envers moi.... Oh! vous savez qui! Je ne dois, ni ne puis, ni ne veuz le haïr; je pardonne tout. Cependant mon pardon est mêlé d*un souvenir indigné. Délivrezmoi de ces ressenliments, et inspirez-moi un pardon plus calme, plus conforme à la miséricorde de votre cœur généreux. Secourez, bénissez celui qui m'a tant offensée et désolée, brisez les liens du vice qui le tiennent captif, rappelez-Ie au repentir, à la conversion, au salut.

• Mon Dieu, une autre espèce de sollicitude accompagne chacun de mes pas : je suis mère, j'aime mes 61s d^une tendresse infinie. I>e gprâce, éloignez d*eux les maladies, les peines, les dangers, les erreurs. Parez leurs croix des fleurs de la consolation et des grâces d'un noble courage; faites qu'ils soient épris de leurs devoirs, élevez leurs intelligences jusqu'à comprendre

Tannée avec une faible respiration. Serrez pour moi la main à tous ceux de 'Votre Maison , y compris le marmot, mais sans le faire pleurer. Aimez votre vieil et tendre ami, Silvio Pellico.

la religioQ dans toute sa beauté. jusqu*à la pratiquer d'une 4me forte et élevée. Disposez toutes choses pour qu'ils tous rejoignent un jour dans riroinorleUe fféiicité à laquelle vous nous conviez. J'implore également vos plus douces, vos plus grandes bénédictions pour ma mèk'e bren-afiÂé(«. rtUrais voulu TMioarer de continuelles salisfaeiioM, et les afiliotiuns de nu vie oi»t dé* obiré son 4me l Pauvre mère \ Ab ! cicatrisez ses cruelles blessures, et conservez-nous-Ia bien des années , à nous quî la cbérissons d'un amour si profond !

« Je vous demande aussi Tabondance de Vos ^oés pour i«Ét nos amis ; donnez-levi* une longue vie, vu bcMilieur véritabJet àt% secours de tout genre. Hélas! mon regard chercbe souvent autour de moi une bonne tante que j'aimais tant, que j'aime toujours; il cberclie d'autres parenls, d'autres amis, et ils ne soM plus sur la terre! J'espère qu'ils brillent déjà dans la gloire âm justes ; mais si en expiation de leurs fautes passées, ils subissent encore quelque peine, ah! pardonnez-leur, tirez-les de Peiii, recevez-les dans vos bras paternels. Pitié pour eux tous, piti^ pour nous^ pitié |K)ur moi ! Vous êtes le Dieu de la pitié ; vous avez voulu nattre de Marie.... Oh! mère de Jésus ei la nôtre! priez pour moi, obtenez-moi ce que je demande ^ Jésus; en vott4 je mets toute ma ajnfiance, et de vous j'espère tout. •

A Jésus.

• 0 Jésus, (u as souffert avec nous et pour nous ; comment put«je me pbindre? Sois béni dans b croix et dans les oonsolatioM que tu m'envoies ! mais pardonne à ma faiblesse , épargne-moi fiuuvent h's souffrances que je mérite, fais que mon pauvre oœor t'aime plutôt dans l'extase que dans les larmes. Pitié pour tontes les |>ei-sonnes qui me sont chères! Épargne-leur aussi les jovrs malheuren^. Inotide-les de joies innocenies. Pitié pov mus les hommes I Pitié pour les âmes de ceux qui ne sont plus ! SenveaoMs.tqitfi i^ur que nous t'aimii>ns dans l'éternité. Amen ! •

{Noie derÉdUêmr.)

A M" MAS8IMINA FANTAStlCI ROSELLIOT.

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