‹ Lettres, recueillies et mises en ordreChapitre 59 sur 113 · FLORENCE · texte numérisé non relu

FLORENCE

turin, 4 février 1844.

Madame et ireâ-excëQente patronne^

J'avais d'abord reçu la leltre où vous m'annonciez jrracieasement le don d'an exemplaire de votre Ame" rigo, et le poème m'est arrivé ensuite par les soins du libraire Pomba. Je me trouvais^ comme à Tordinaire^ dans un déplorable état de santé ^ ayant b(*soin de réconfort et très-désireux de faire quelque bonne lecture : aucun livre ne pouvait venir plus à propos pour m'apporter un doux soulagement. Je ne sais pas louer avec les sages restrictions de la critique les livres qui me plaisent; et je ne puis^ Madame, vous dire qu'une chose de votre poème, c'est qu'il a produit sur moi l'effet d'un charme. Il attire, il entraîne et présente à la fois tous les genres d'intérêt poétique. Votre renommée, déjà si éclatante, ne peut que recevoir un lustre plus vif de ce noble poëuie ; je m'en réjouis pour vous et pour notre littérature, dont la Massimina Uosellini e^ une des gloires les plus distinguées. Je suis, de ma nature, très-sensible aux belles compositions épiques, aux récits de nobles aventures , et VAmerigo ne me laisse rien à désirer. Je ne parh; pas de l'élégance toute naturelle, et sans effort ni obscurité, avec laquelle vous écrivez. Bien peu, à mon avis, ont ce privik»ge, mais il est toujours le partage des femmes véritablcuïent

douées du génie poétique : c^esl chose si charmante gue Vintelligence d'une femme I

Agréez les sentiments d'admiration et de reconnaissance avec lesquels j'ai Thonncur d'être^ Madame^ votre très-humble et très-obligé serviteur.

AU COMTE OILBERTO PORRO

Dimanche, ISféyrier 1844.

Voici, mon Cilberto, les deux autographes pour le cher Giulio. Je t'embrasse et fais une belle révérence à ton ange. Aimez-moi un peu tous les deux*.

« 11 est dur de souffrir, mais la souffrance est nécessaire au cœur, si l'on ne veut pas qu'il s'enorgueillisse et s'égare : plus il est maîtrisé par la douleur, plus Q s'ouvre à la pitié. Il attache du prix à la vie , mais il meurt satisfait, méprisant les idoles de la terre: sa joie, son espérance, son désir est de comprendre, d'aimer, de posséder Dieu. » Silvio Pelhco.

« J'aime dans l'homme cette grande pensée qui mesure le ciel et les abîmes, qui observe tous les éléments de la nature, qui recherche le créateur et la créature. Mais je veux aussi en lui la haine vigoureuse de la bassesse, de l'injustice, de l'imposture, j'y veux encore la force , mais dans un cœur noble et pieux qui ait une soif ardente de la vertu de Dieu! » Silvio Pellico.

' Les deux octaves qui accompagnent ce billet sont écrites deux feuilles détachées qui étaient renfermées dans la lettre.

(NotiC de VÉditoir.)

A MONSEIGXEUR ARTICO. ÉVÊQUE D'ASTI.

Turin, 27 février 1844.

Excellence très-révérée.

Il m'est doux d'avoir une place assurée dans le cœur d'un si digne et si saint évèque ; son affection est une bénédiction qui, je l'espère , m'attirera du ciel beaucoup de miséricordes. De la Pastorale, je dirai que je Tai lue avec un extrême plaisir. Le sujet en est important^ et TOUS l'ayez naturellement traité en maître: justesse dans les pensées, absence de toute exagération, chaleur d'âme, diction belle et forte, en somme tout ce qu'on devait attendre d'un savant apôtre plein d'amour pour Dieu et pour les âmes.

A la première occasion, j'en enverrai un exemplaire à Gioberti; il verra avec satisfaction que V. E. lui a lait l'honneur de le citer, en ra[)portant de lui des choses qui, en effet, sont excellentes et tout à fait dans l'esprit de l'Eglise romaine. La dédicace que m'a adressée Gioberti est généreuse , mais trop au-dessus de mon mérite. Le livre del Primato * est aussi , à mes yeux, une œuvre éminente. Les ï)oinls contestables sont accessoires et peu en relief , et la substance de Touvrage est un trésor d'éloges pour la divine sagesse de l'Eglise. — Gioberti a de la sympathie pour moi, sans

* Le titre complet de Touvrage de Gioberti eu celui-ci : Del primaio civile e morale degli ItcUiani.

(Note du Traducteur,)

que nous ayons eu Toceasion de nous voir beaucoup. — A mon retour en Piémont, en i830Je trouvai |>anni les jeunes prêtres, amis de mon frère Francesco, maintenant jésuite, le bouillant Gioberti. Je reconnus en lui un génie élevé, une foi ardente, un cœur sincère ; il ne lui manquait qu'un peu plus de prudence : il était passionné pour la cause des pauvres Polonais, et ne craignait pas de se nuire en disant à tous tout ce qu'il pensait. Les temps étaient critiques : H fut soupçonné, arrêté et exilé.

Je ne lui avais jamais écrit, ni lui à moi, quand voici a[)paraitre dans le Primato cette dédicace d'une si chaleureuse amitié ; alors, pour la première fois, je lui écrivis pour lui exprimer deux sentiments qu'il m'inspirait également : d'une part, la reconnaissance; de l'autre, le regret d'un éloge si excessif.

11 me ré|K)ndit quelques lignes affectueuses, heureux, disait-il , de savoir que j'eusse trouvé queh|ue chose de lion dans son livre.

Je lui avais donné le conseil de se modérer encon» davantage, do ne s'emiwrler ni contre Rosmini, ni contre les Rosminiens ni contre personne. Sur cela il ne m'a fait aucune réï)onse ; c'est, ce me semble, une âme très-noble, mais un peu sauvage, pleine d'amour et de colère, de sincérité et d'audace.

Dans son traité del Buono, il y a une préface de nouveau étincelanie de colère contre ses détracteurs, dont il ne nomme néanmoins aucun. Prions Dieu d'en faire un saint ; et dans ce cas il appartie ndra à la catégorie de saint Jérôme, chez qui, avec l)eaucoup d'em|K>rtenienl, alK>ndait la charité. — Telle est, Monseigneur,res|iècede

relations courtes et rares /que j'ai eues avec Gioberti.

Je me recommande aux saintes prières de V. E. révérée et très-chère^ et je la supplie de demander au Seigneur un peu de bonne santé pour ma bienfaitrice, qui depuis quinze jours est indisposée. Elle souffre d'ailleurs avec résignation, et n'a d'autre volonté que la volonté de Dieu.

Avec les hommages et les remerciements de M»« la marquise , veuillez agréer les miens. Bénissez-moi, conservez-moi votre bienveillance, et croyez-moi, conune je le suis avec la plus profonde vénération, de Votre Excellence, Monseigneur, le très-humble et affectionné serviteur.

à M. LE PROFESSEUR A. IGHINA».

Turin, 2 mai 1844.

Monsieur le Professeur / En vous remerciant de vos amicales et trop généreuses louanges à l'occasion de mon Canlo funèbre, je dois vous dire que je l'avais composé uniquement pour être lu à M"*^ la marquise ; mais elle eut la pensée qu'on pouvait en faire hommage au Roi. Il ne s'en fit pas une véritable publication * : on n'en imprima

1 Du lifre Silvio Pellico e il suo tempo, considéralions de Pieiro Giaria.— Voghera, tip. Gaui , ^ 854. [Note de rÉditeur.)

* Le Canto ftmebre, auquel fait allusion cette lettre, avait été écrit à rocca«ion de la mort de rarchiduchesse Marie-Caroliue, lœur de la duchesse de Savoie, Marie-Adélaïde, et on ce tira en eflet de ce cbant qu*un très-petit nombre d^eiemplaires.—- Nous tkberoM de le faire connaître en tout ou en partie dans TAppeidice . (Note du Traducteur, )

qu'un petit nombre d'exemplaires , et voilà pourquoi^ mon cher professeur^ U y eut un grand nombre de nos amis , et vous entre autres^ à qui je ne pus avoir le plaisir d'en offrir un. Hais votre chère et honorée personne m'était venue à l'esprit.— Ceux-là^ du reste, m^ont fait trop d'honneur qui vous ont rendu compte de mon pauvre Chant; et il faut toute votre amabilité pour que vous m'en parliez avec tant de partialité. La bienveillance de votre jugement pourra s'être égarée; mais j'avoue qu'elle m'est chère, parce qu'dle vient, je le sais, d'un esprit sincère. En outre, le suffrage d'un savant professeur se reçoit toujours avec plaisir, au risque d'en prendre de l'orgueil.

Mes humbles hommages , je vous prie, à Monseigneur, et, avant les miens, veuillez lui offrir ceux de M"** la marquise, qui vous présente aussi ses devoirs.

J'ai l'honneur d'être de tout mon cœur, etc.

AU TRÈS-RÉVÉR. PÈRE ANTONIO BUONFIGLIO,

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