CCXXXVII
A LA COMTESSE OTTAVIA MASINO
DI IfOUBSLLO.
De laVigna Barolo, vendredi Saint 1845.
Très-vénérée comtesse^
f ai reça Taccablante nouveUe, qui m'a pénétré de douleur. Je connaissais la belle âme de M. le comte; et lorsque Tiennent à manquer des hommes si droits , û bons, si religieux^ c'est une grande perte ! Tout le pays avait senti et déploré comme une calamité générale la mort M chevalier^ et maintenant il n'y a qu'une Yoix pour dire combien les deux excellents frères s'aimaient, se ressemblaient par les mêmes qualités. Quiconque a eu des relations avec le comte Hasino se rappelle sa bonté; et moi^ en ce qui me concerne^ je l'ai toujours trouvé si indulgent ! Hais , outre le légitime chagrin que sa perte cause à tout le monde^ j'éprouve une affliction extrême en pensant combien un coup si rude et si imprévu a dû déchirer votre cœur^ Madame la comtesse! Pauvre dame ! avec une âme si sensible! après tant de chagrins accumulés pour affliger votre oœur^ et avec une santé si délicate^ qui s'altère si facilement ! Moi> je ne suis bon à rien^ je ne sais pas consoler^ je ne sais que prier Dieu qu'il vous soutienne^ qu'il vous donne un trésor de résignation, qu'il vous conserve, qu'il vous em{)êche de tomber malade, qu'il vous rende forte contre le malheur.
La sympathie sincère des amis est un tribut trop inutile; les grandes douleurs ne se calment qu'avec le temps ; et, en attendant, oh ! qu'ils sont terribles et
longs les déchirements d'un cœur désolé ! Je connais ces larmes, je connais ces désolations ; j'ai vu disparaître d'autour de moi des personnes qui m'aimaient, à qui je le rendais,et qui étaient une partie essentielle de moi-même. Rien> rien ne soulage dans les premiers temps d'un malheur, si ce n'est de pleurer au pied de la croix, de s'unir, à Jésus crucifié, à la Yierge des douleurs, de pleurer, de prier, et surtout de {Nrier pour ces chères âmes qui nous sont ravies ! 11 y a à cda quelque douceur, quoique mêlée à d'indicibles renooyellements de désespoir : on souffre , on éclate en accès de douleur, et cependant on sent Dieu, on sentie toucher de sa main invisible, soutenant la miséraUe créature qui succombe. Ah ! Madame la comtesse, appelez à vous toute votre vertu, toute votre piété, tout votre esprit ; et par-dessus tout appelez Jésus, appelez Marie; pleurez, mais pleurez avec eux. J'ai en moi la confiance, ma vénérée dame et amie, que vous supporterez courageusement ce coup horrible, gr&ce à la fermeté chrétienne et à la foi parfaite dont vous vous êtes toujours armée, et je ne cesserai d'implorer tous les dons du ciel à cet effet. Ma confiance s'accroit encore quand je pense combien il est vraisemblable que Tâme pieuse de M. le comte a été surprise en état de grâce et doit être comptée dès maintenant parmi les protecteurs célestes de l'affligée Ottavia: oh! quelle assistance elle recevra de là-haut de son mari, de beau-frère, de ses parents, de tant d'âmes qui la rissent et qui régnent au ciel avec Dieu !
Je voudrais faire entrer quelque rayon de consolation dans votre cœur. Madame la comtesse, mais je
n'en ai pas le pouvoir, et je gémis de ne Tavoir pas. Croyez à toute la part que je prends à votre douleur, éiant comme j'ai Thonneur d'étré inaltérablement et arec les plus vifs sentiments d'estime et d'affection, etc.
ccxxxvm
A M. LE COMTE LUIGI PORRO
Jour de Pâques 1845.
Très-cher Porro ,
Depuis que vous êtes parti , je n'ai eu que des jou rs attristés, ou par les souffrances des autres , ou par les mieiines. Voici maintenant notre excellente comtesse Hasino, bien accablée par la mort de son mari. Vous aurez su qu'il succomba le vendredi-saint, à dix heures et demie du matin , après une nuit qui , pour sa femme , fut déchirante au delà de toute expression, à cause des paroles émouvantes qu'il lui adressait, la suppliant sans cesse de ne pas l'abandonner. Ellle le vit expirer, et alors seulement elle put se retirer : son âme , en ce moment, est encore en proie à une vive agitation ; elle ne dort pas et pleure beaucoup. EUle eut hier la bonté de me recevoir ; elle était au lit ; il y avait la comtesse de V. .. et la marquise A.. . J'ai vu un instant le pauvre défunt, dont un peintre faisait le portrait. Sa longue et douloureuse maladie avait bien vieilli ses traits ! mais sans lui ôter cette expression de bienveillance qu'il eut toujours. Aujourd'hui on le transporte à Masino. Il n'y a qu'une voix à Turin pour louer ce digne honune ; il était bon avec
tout le monde.: ee n'est pas un éloge qu'on poûee (Jomier à bien des gens.
: GoQtfnentallezHinoiis^ dier«M tet Tolra beUfV'i^lel et le petit^^lst Je tovb ^hne tous ensembk et vous souhaite une bonne santé. La Unarqnfeede B. . . a été fort malade d'une Inflammation générale: elle conv* menée nviiatenantàse lever^cpais^Ils estenoore faible. Donnez*moi des nouvellcp de» ^oustous et de Goii^ faknierL Je vous emtMraBse> et>> a^éo ^tNiS/noê'ébers amis. Rappelez-moi aU' sonrenir • dès plersonnerf' de votre société que j'ai oonnues^ ietldont je me rappelle la bienvallante indulgence. ^
A M. LE MARQUIS CESA'RE CAMPORL
Turin , S5 mai' 1845.
Monsieur le marquis > .
J'ai reçu la douloureuse nouvelle que vous me don» nez^ et je prends une part très-vive à yotre profonde affliction ; j'en comprends toute l'étendue^ pour un cœur comme le vôtre y et il est inutile que je m'ingénie à vous prouver combien il est raisonnable de rester calme dans le malheur : c'est une vérité reconnue de tout le monde^ mais c'est une victoire toigoure malaisée à remporter et qu'on n'obtient jamais promptement. On a bien fait de chercher à vous donner quelque distraction. Le. cbangentent de lieia et d'objets est,. |)endant quelque temps, un véritable remède pour une âmç affligée. Q^oûn faisant, les plus crueUes impressions perdront peu à peu de leur
TÎoieDce^ et le calrae renaîtra , moyennant Tiisage de deux dons sublimes de Dieu, — la raison et la religkio : ce sont deux flambeaux éclatants qui nous montrent les choses sous leur vrai jour et qui dissipent les illusions de notre imagination. Lorsque s'évanouit une félîcité que nous avions espérée , Dieu nous fait voir que ce n'était pas pour nous une félicité véritable... J'ai toiyours vu, après les premiers jours de trouble^ se présenter un motif de consolation durable : lesdesseins de la Providence finissent par paraître bienbisaDts à qui ne s'obstine pas à une vaine lutte^ à qui cède aux décrets d'en haut. 11 nous plairait d'aller par telle route : le Seigneur veut nous conduire par une antre. Ah ! nous sommes des enfants sans expérience^ à vue courte : il est^ lui, un père , tout sagesse et tout aoxmr. Allons ! Si nous sommes faibles^ il le sait et nous portera dans ses bras. — Le malheur est une épreuve redoutable ; cherchons à en profiter en acquérant une plus grande force d'esprit , des pensées plus hautes , plus religieuses. Cher marquis , je prie Dieu de tout mon cœur de vous consoler et je suis, etc.
AU PROFESSEUR A. IGHINA.
30 juin 1845.
Cher professeur.
Madame la marquise vous remercie vivement de tout ce que vous avez Tobligeancc de lui écrire , à Toccasion du jour de Santa-Giulia : elle se réjouit de se savoir quelquefois présente à Tcsi^rit de V. S.
et désire particulièrement que vous veuillez bien vous souvenir d'elle dans vos prières.
C'est un déplorable accident que celui que vous me racontez^ de la jeune fille qui est devenue toDe, et il est facile d'imaginer combien ce funeste spectacle^ et l'affreuse douleur des parents ont dû vous causer de trouble et d'émotion : tout cœur en eût été déchiré , à plus forte raison le vôtre qui est si bon.
Gioberti s'est laissé emporter à la plus violente colère contre les jésuites ^ et tous les gens sensés déplorent^ comme vous^ ce déluge d'injures ; il me défdait à moi en particulier , parce que cet écrit , intitulé AvverUnzay fait partie du Primato degli liaiiam qui m'est dédié : d'où l'on pourrait conclure que je partage ces préventions furieuses. A peine donc eus-je 11 YAwerUnza que je me décidai sur* le* champ à publier^ à Paris et ailleurs, une courte protestatioo qà témoignât de mon dissentiment. Je ne dis rien d'offensant pour Gioberti , et je me borne à expliquer mon sentiment. Gioberti est un homme de premier mouvement, mais sincère : quelque jour, il reconnattn son tort. Prions pour lui , et prions pour tous les esprits prompts comme le sien à TemportemenL Avec cette passion , on peut faire un horrible tableau de tout institut, de toute société humaine. Une éloquence sans frein n'est jamais juste et n'est estimée que des esprits qui réfléchissent peu. Conunent ne se souvient* on jamais qu'un catholique ne |)eut logiqueoieiit condamner ce que l'Eglise approuve 7 Un ordre religieux, qui subsiste sous la protection des papes, ne peut, par aucun de nous , être proclamé une chose
malfaisanle. De telles haines ne devraie ni pas naître dans des âmes catholiques : car il répugne que cela puisse s'accorder avec le respect auquel ont droit Rome et ses décrets pour le gouvernement de l'Eglise. Ici donc Gioberti est en contradiction avec sa foi toute catholique. Il faut abandonner ces haines à ceux qui ne croient pas : autrement^ on fait un abus iUogfque de la doctrine et des paroles. Oh ! ceux qui ne croient pas sont du moins conséquents , lorsqu'ils accusent les jésuites et tous les autres prêtres catholiques d'être an fléau. Rien de facile comme de faire des caricatores et 'de crier à l'obscurantisme. En somme ^ je phins les incrédules, mais plus encore ces catholiques asMz peu conséquents avec eux-mêmes pour tenir le hngage qui ne convient qu'aux incrédules : grande misère , qui ne devrait se rencontrer que f hez les imbéciles et qui se trouve aussi trop souvent chez des esprits supérieurs !
Portex-vous bien, cher abbé , conservez cette aimable harmonie de jugement, d'étude, de piété, de bienveillance, de sérénité : à mes yeux cela vaut mieux que d'être tocyours morose et furibond.
Quand vous aurez occasion de voir Monseigneur, veuillez lui présenter mes humbles hommages.
Rappelez-moi au souvenir du notaire, le proprié-* taire de votre maison.
Bien des choses au papa lorsque vous écrirez à Ca« lizzano.
L'abbé Baretta va bien , après avoir été tourmenté de migraines et autres incommodités qui l'ont empêché de célébrer la Saint-Jean , aux Carmes , avec un
excellent discours qu'il ayaii composé* FI tous salue raille fois.
Croyez-moi votre ami i>ienaffiectiofiné.
CCXLI ,
A VINÛENZO OIOÛBRTIt. .
Turin, 8 juiilet lëi5.
Cher Gioberti, • ' ' ' ' • '
J'ai cru de mon devoir de déclarer que Je oë tage pas tes opinions sur les Jésuites^ et j^ fait''cietfe déclaration spontanément ^ sans prendre ccmeif ôA Jésuites ni de personne. Je ne pouVais^ sans faifaleéBte, laisser supposer que je refusais mon estime à une compagnie à laquelle appartiennent tant dlHmmM sages^ et mon propre frère, que j'aime et honore loflhiment. Maintenant je viens à toi pour ^jouter, a>'ec foute la douleur de Tamité^ que tu as grandement scandalisé^ non le vulgaire servile^ mais les âmes qui pensent. Tu recevras les applaudissements de gefis qui applaudissent volontiers: ce sont applaudissemeols qui égarent. Le mérite de l'éloquence ne peut rendre digne de louange une pareille philippique contre uo ordre religieux. Lorsque, par un emportement de passion> quelqu*un se laisse aller dans ses |»aroles ou dans ses écrits à des consécjuences exagérées, cette prétendue rigueur de logique n'est, tu le sais, qu'une vaine illusion.
I CeUe letire fut (Tabonl publître dans le jouinat la Clnlli caffolica, série ii, vol. tu, Romt, 4855. [NcU de tEdikw,)
Que font les raisonneurs incrédoles? Ib crient contre le christianisme comme tu cries contre les Jésuites, c'est-à-^îre qirïls soutiennent avec une hardie et spécieuse dialectique que la religion chrétienne est malfaisante, qu'elle tend à ;*apetisser les intelligences, à étouffer les sentiments généreux, à rendre les hommes timides, faux, délateurs, lourds d'esprit. Que font les raisonneurs des sectes hérétiques? ils crient contre le catholicisme, ils soutiennent avec mille argu* iq^t^ ^ p^ss^pqés, qup cetlç Église est malfaisante, qif'e^j tenc^ 4 .nipejUsser les intelligences, à étouffer ksq^tMp^ut^géuéi'eux, à rendre les hommes timide^ fau3f;u délateurs, lourds d'esprit, etc.
Et ensuite? on sent que ce sont d'éloquentes invec-
tiveSy et l'hQmme qui réfléchit secoue la tète en disant : ^« Abus de talent ! »
. Mais tu me demanderas : — a Y-a-t-il ou n'y-a-t-il pas de fauteurs d'ignorance ? »
Et moi je te réponds qu*il y en a, mais qu'ils ne forment pas un Ordre et ne reçoivent pas l'impulsion de tel ordre plutôt que de tel autre. Il y en a, et c'est inévitable, et il n'est pas besoin de les chercher avec la loupe de l'exagération. Ils se trouvent un peu partout , en tout temps, parmi les laïques comme dans le clergé et dans les diverses subdivisions du clergé. 11 y en a de bonne foi, et, en tout cas, il n'est pas bien de les charger d'injures : un génie puissant qui éclate contre eux en paroles sans fin commet un acte de faiblesse ; vouloir ensuite les grouper autour d'une idée qu'on appelle le jésuitisme, m'a toujours paru, dèsma jeimesse^ et me semble encore aujourd'hui, une création chiméri-
que^ an fantôme subetitué à la yérité^ une déduction malheureuse de certains esprits , qui se laissent ^ffirayer par des mots qu'il faudraif écouter avec une tranquillité supérieure sans jamais s'en faire Técho.
11 est des chimères et des irritations qu'on amplifie à plaisir^ et c'est un malheur de Yoir^ souTcnt^ même des intelligences clairvoyantes s'en laisser préoccuper. Cela ne sert qu'à réjouir les méchants et à cootrisler les gens de bien.
Voilà le sentiment de quelqu'un qui n'est nullement poussé par des congrégations^ de quelqu'un qui le loue et qui te blâme avec sincérité. J'admire ton éloquence^ et je fais des tœux pour qu'elle s'unisse à plus de justice et de charité.
AU PROFESSEUR A. IGHINA.
10 juillet 1845.
Cher professeur^
Depuis ma dernière lettre^ j'ai reçu les exemidaires que V. S. a eu l'amabilité de m'envoyer de son Saggio degli sludi, et je vous en remercie pour le compte de M"* la marquise et pour le mien. J'ai yu avec plaisir que la jeunesse recevait dans ce séminaire un fort bel enseignement; je m'en réjouis pour le bien général^ et en particulier pour l'honneur de Mondovi, de soi\ très -excellent évéque et de l'un de ses professeurs de moi connu et très-aimé.
Je vous adresse encore de nouveaux remerciments^ tant de la |)art de M** la marquise que de b
mieiiDe, et vous Toudrez bien les faire agréer à Monaeignenr, pour les deux exemplaires du discours pontifical sur Vincaranaziane di Maria, composition éminente et digne d'un si illustre auteur.
Je ne sais si à Mondoyi coururent, comme à Turin, laibniito les plus opposés sur la déplorable A t>t?er/«nza de Gîoberti. 11 y a un nombre inûni d'hommes légers qui applaudissent à cette violente déclaration de guerre contre un ordre religieux ; mais la plupart des esprits distingués gémissent d'un pareil scandale et du tort que Gioberti se fait
Je vous offre, etc.
A M. LE COMTE TULLIO DANDOLO
36 juillet 1845.
Cher Dandolo,
On m'a remis de votre part deux précieux dons : Roma e l'impero sino a Marco Aurelio — et — Firenze rino alla caduta délia repubblica, livres excellents, dignes de vous. Je les ai lus avec plaisir, et j'ai béni l'aimable auteur qui sait instruire comme peu le savent, en charmant et animant les âmes à la vertu. Recevez, cher ami, mes remercîments pour ces livres comme pour ceux qui les ont précédés. Tout m'en plaît, jusqu'à cette simplicité de bon goût avec laquelle vous développez vos pensées, au lieu de dresser la tête et d'élever la voix |>our vous glorifier. C'est cependant un grand mérite que cette mesure que vous possédez,
et qui l9ilquq,,vou«.n'4t«8. jamais oi aride ni Irop
.pmjis* i}- ■■.•»< .î .». «M • ii .M •■ • > I* • *
^ I En 8omin^ je nom. di^ de cœur : Bray4i ! i'aimeToe doctimqs^ v4>iFe laçoa d'écvir% iK)tpe manière doinotir» ÀccqeiUez cesexpreesiona siiioères de ma sympathie^ auxquelles je jiMins mille souhaits de ))Oohear.
Je continue à vivre asses nr)abp(Biant^<mais oontcni de la douce vie que Dieu m'accorde génèrenaenMttli Adieu/ je vous remercie de t tout moa cœur; et' je suis^ etc. 1 . - .1 M •; ' • • «'i
A M. GIORGIO BRIANOt.
Turin, iB joillot 1845.
Mon cher Briano^ Tu auras vu à cette heure^ dans les journaux de France^ la protestation en tenues formels que j'ai cm devoir faire contre la partie condanuiable dos Frohgomeni de Giot)erti. Le Primato m'ayant été dédié, mon silence eût été une marque d'approhation, ei je refuserai toujours de m'associer aux colères qui s'en prennent a des ordres religieux. J'honore le génie de Gioberti; je sais qu'il est de bonne foi ; mais ses préventions contre les Jésuites lui ont fait lancer contre eu^ une iiliilip|>ique déiK>urvue de toute raison. Après avoir lu cet éloquent écrite je ne demandai conseil ni aux Jésuites ni à iHii-sonne^ et, prenant hi plume, je fis une protestation ({ue j'envoyai aussitôt à Paris et à
' De la Heviita cotUemporanta, fasc. XU, Turia 4853.
{NoU de tÉdiUw.)
Rome. Je ne dis rien- d'offensant contre Gib6erti ; je me déclare son ami; je me montre convaincu^qu'en faisant des Jésatfes une peinture odieuse il a cru les peindre a¥ee>¥értté; mais je signifie mon dissentiment. Ma conduite^era totyours d'accord avec mes livres, avec nies principes, fc ne «saurais approuver l'intolémitt^.k»>ful«ur8>ili98 malédictions contre aucune catégorie^ide >gensi" Jfaime que Ton combatte les erreurs^' mais ain^ etagératîons et sans insultes; je sois persuadé que les insultes aigrissent et ne corrigent pas. Je n'appartiens à aucune congrégation^ je ne suis l'instrument de personne. Je pense et j'agis sans prendre leçon d'aucun maître^ et quand je manifeste mes sentiments^ je ne me laisse aller à aucun emportement contre ceux qui pensent d'une manière différente. Voilà pourquoi je n'ai jamais cherché à réfuter ceux qui souvent m'ont critiqué parce qu'ils pensaient autrement que moi. Libre à eux jadis^ libre à eux aujourd'hui^ libre à eux toiyours. Il me suffit de oonlinoer à ne pas liaïr les hommes, mais seulement l'iniqnité, et à garder précieusement mes croyances^ toutes profondes^ libres, et inclinées vers cette modération qui n'est pas la faiblesse. J'aime Gioberti ; mais en exagérant de la sorte, en passant ainsi les bornes, il s'est fait tort^ et je le lui ai dit avec franchise. En exagérant^ on nuit même à l'effet des choses justes qu'on a pu soutenir.
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO
31 juillet 1845.
Mon cher Boglino, Je te remercie de toutes les cfaioses affectueuses que tu me dis^ et je me réjouis d'apprendre que tu te portes bien. Tu me ferais plaisir de remettre ma réponse ci-incluse au révérend père Pizzomi. Tu avais entendu parler de VAvvertenza de Gioberti ; ta Tas déjà peut-être lue^ et tu auras lu aussi ma protêt tation. Tu comprendras que je ne puis approuver des jugements exagérés et malveillants^ même lorsqu'ils sont énoncés par un homme que j'estime et que j'aime. Tu sais^ et tout le monde sait^ puisque mes livres Tattestent^ que je regarde les exagérations comme nuisibles à la société et contraires à la vraie sagesse. Ha conviction n'a pas changé^ et je ne me laisse aveugler par l'éloquence de personne^ si foudroyante qu'elle soit. Je vois avec douleur que Gioberti éclate en pbilippiques sans mesure et qu'il croit bien faire. J'honore son génie et je déplore son erreur. 11 n'est jamais permis de maudire tout un institut de reUgieux ni une réunion quelconque d'hommes remarquables. J'ai écrit franchement à Gioberti tout ce que je pense à cet égard. Il me répond que la raison est de son côté et Terreur du mien. En ce moment nous ne nous entendons pas, et il faut laisser au temps le soin de calmer cet esprit
fougueux. Moi je continue à croire qu'il faut de la modération, de la tolérance et de la charité.
En fait de santé, je suis dans cette inégalité accoutumée, selon Tatmosplière, tantôt assez bien, tantôt un peu malade, et jamais sans quelque souffrance. Rarement cependant ces souffrances sont graves, et j'en remercie le Seigneur.
La comtesse de Masino est aux eaux d'Aix ; Palla- Ticdno est allé à Florence, au-deyant de son frère GioTanni.
Je me propose d'aller rendre visite, aussitôt que je le pourrai, à Texcellente Madame Giulia Molino Golorobini.
Salue pour moi Cesare Spalla, que j'estimais déjà, et que j'estime doublement depuis que j'ai lu son Baradetto.
Je f embrasse et suis ton ami très-affectionné.
A M. LE COMTE PORRO
Gènet, 31 août 1845.
Cher Porro , Mes souffrances s'étant notablement calmées, j'essaie d'aller à Rome pour y passer Thiver. Je me suis décidé tout d'un coup, profliant de l'occasion que m'offrait un très-cher compagnon de vojago> mon frère le Jésuite. Je reviendrai par terre dans les premiers jours d'avril. Quoique ma santé soit devenue meilleure, je ne puis faire grand mouvement, et
endordimoimiti^atréterbeiMicoup enroule. Jemernii Rome petit à petit. Ici^ à Gènes^ je n'ai pour ainsi dire pas tiougé. Qtielqaes amis nv'oiit fait la grâce de venir me vôir^>43t entre autre8»«*^T«Kz«-*Tolre aimable nièce/la*iiianiaise>d'Adda'aTee'«m mari.* Ib m'ont fait grand plai^ t j^ai (cruy un motnenl, me retrouver au milieu de vons.A'ai appris «iiBe'GiQSoiK devait phis être à Rome, ie te regtfvtte bien,* et je vendrais qu'une heureuse combiEiaîaod Vj eût teleno. Si déjà il e^ de retour, ^ites^le lui;: It faud«a qu^à Rome je débute par un rep6s de quelques jours. Pois je commencerai à faire mon iM^nheuréa visitant, ki musées^ les églises^ etc. Je brûle du déeir «fe tout vcÉr; mais si, avec mes pauvres forces^ je ne puis itoir qu'une partie des choses, je chercherai du moins à connaître ce qu'il y a de plus remarquable...