CCLXXVIII
AU PROFESSEUR A. IGHINA<.
De la Vigrui, 14 juillet 1849.
Cher professeur.
Vous m'arez enrichi d'un gracieux trésor, en ra'adressani cette traduction du cantique français de l'Ave Maria. Elle est belle, et lès libertés mClmés que vôts y avez prises sont d'un tnaitre. 11 y à quelques années, roriginal fut chanté ici, dans le palais Barolo, et nous routoes avec délices. Je ne doute pas que la version que vous en avez faite en Ters si doux n'inspire à M. le chanoine Vassallo la plus tendre et la plus sainte mélodie.
Je TOUS prie de lui offrir mes respects. Je me souhaite le plaisir d'entendre un jour les paroles de Y. S. mises en musique par lui.
Le désir d'avoir pour député le chevalier Alfonso de la Marmora est parfaitement à sa place, en dépit de ceux ({ui l'appellent le Bombardeur, Nous avons besoin de gens de bien, et non de bavards furibonds. Cette même raison m'eut fait applaudir aussi à la nomination de l'ami l^bina ; d'ailleurs, nous l'aurions eu à Turin, et c'eût été pour moi une véritable satisfaction. Que Dieu nous envoie de bons députés! l'affaire est grave.
Hélas I que de chutes grossières a déjà faîtes notre
^ Du lîfre^^'o PeUieo e î? tuo tempo, ooMidéralioBi de Pîe- Uo Giuria. — Vosbera, lip. GaUi, 1854.
sagesse Italo-Pélasgique ! Pour Tamour de Dieu^ lenonsHious en là. — Je compte sur le temps^ sur les mécomptes (mais, las! que de chutes grossières, bon Dieul). Dh courage et non de Tinsolence, du savoir et non des grands mots et des fanfaronnades; de la force d'ime et de cœur pour défendre ce qui est juste> -voilà ce qu'il faut maintenant. Demandons à Dieu ces vertus; il les fera surgir et triompher, en 4épit des gâte-métier qui voudraient nous entraîner au précipice.
Je sois encore, à moitié ma}ade, et plus qu'à moitié, d'un engorgement aux bronches. — Si du moins Madame la marquise se portait bien ! mais elle est aussi très-soufTrante et n'a jamais dix jours de suite de bonne santé. Hais elle porte sa croix de bonne grâce.
Elle vous dit mille choses et vous prie de présenter ses hommages à Monseigneur; je vous serai recon* naissant de vouloir bien y joindre les miens.
Je m'honore d'être avec l'estime la plus particulière.
AU PÈRE GIAN GIOSEFFO BOGLINO
Turin, 6 août 1849.
Mon cher BogUno ,
Je te remercie de t'ètre fait le porteur d'un aussi aimable présent. La Canzone de madame Giulia est un admirable morceau de poésie; je Tai vivement goûtée ; je te prie de faire parvenir à Tauteur la lettre ci-jointe.
Aie soin de ta santé : j'ai peine à rendre quelques
forces à la mienne ; j'ai été malade le mois dernier^ et assez gravement. Nous sommes dans un temps si fécond en malheurs ! et qui Test aussi tellement en iniquités 5 que j'en ai quelquefois le cœur accablé : de là, des palpitations , des insomnies , etc. L'âme a bien la bonne volonté d'être forte et sereine , mais la chair souffire. Que Dieu ait pitié de nous : en lui nous aurons la paix.
A MADAME GIULIA MOLINO-COLOMBINI
Turin, 6 août 1849.
Madame,
Mon esprit, contristé par tant d'afhreux événements et par les malheurs de mes amis, reçoit de vous, trèsaimable dame , un soulagement, un bienfait : je vous remercie de votre souvenir. Je ne saurais définir le noble charme de vos vers , mais en les lisant j'ai éprouvé ce suave contentement qui fait oublier un moment les souffrances. Le beau intellectuel et moral est si rare de nos jours ! Heureux qui comme vous sait le sentir et le produire avec tant d'amour ! Peu des écrivains d'ai^ourd'hui me laissent satisfait ; la plupart, quoique riches de talent, me paraissent trop verbeux , intempérants , malveillants : ils ont perdu ridée du beau et du religieux et se sont faits des gilemétier en littérature, en philosophie , en poUtique. Je jouis des exceptions y lorsque j'en trouve, et me oon-
^ De la Rtviêta canUmparanea, Xll' lîfr., Turin, 1854.
(NoU de r Éditeur.)
soie, comme quand^ au milieu de figures bourrue^, oo en déoouTre une qui respire la sympathie.
le TOUS prie d'agréer mes sincères applaudissements, et les sentiments de haute estime avec lesquels j'ai ^honneur d'être , etc.
août 1849.
Très^herami, Je TOUS remercie de votre bonne lettre et de TaimaUe pensée que vous aviez eue d'abord de venir me diercher. J'étais alors à la campagne^ et malgré Tinfloenoe d'un air balsamique^ j'étais malade, au lit : je aàs un peu mieux , mais exténué et sans force. Vivons tant qu'jl plaira à Dieu, et sachons supporter nos maux. Je ne pourrais jamais aller vous voir dans le Mea ifoe vous habitez, cher ami, si ce n'est en esprit, tant mes poumons sont devenus faibles : je me réjouis de ce que les vôtres sont meilleurs. Que Dieu vous
* CeUa leUre, dont dous n*avona pas roriginal, a été pabiiée daaft oo journal de Casale, intitulé Fede e PcUria, à la date do 17 loat 4S49. Une personne de la famille de S. Pellico nous a gradeosement envoyé le journal qui contient celle lettre, en ■OM aifonnt qu*elle est bien de Pellico. Le journal susdit n*i pat iaspriaié le nom de Tauteur, mais il faisait précéder la po* Mieatioo de cette lettre des mots suivants: < Nous publiona avec empressement une lettre d*un homme éminenl, dans laqoelle oo déplore les malheurs actuels de Tltalie. » Suivaient eoioite qoelqoes conseils adressés par le journaliste aux écri-
{N<m de CEdiUur.)
cotiservc sain et robuste ; travaillez longtemps pour sa gloire. Je pense souvent ^ avec joie, à votre gêné* reux détachement des iambitions de ce monde y de ses colères / de ses orgueilleuses promesses. Oh quelle paix le Seigneur prodigue à celui qui se donna à loi! Goûtez-la dans toute sa plénitude. Pauvre monde m* quiet ! que de sottises il a faites depuis ,deux ans ! Il s'est forgé des hén» qui n'étaient pas des liéroë et des sages sublimes qui n'étaient que des bavards en délire, des prodiges de haine ! — Mon Dieu y substitner la haine à la chariUy et s'imaginer qu^ea faÙ de grandes choses! La société avait de petites plaies; mais au lieu de les guérir avec le baume de l'Évangile^ ou du moins avec celui d'une prudente philosophie, on les acnidlement déchirées. La scélératesse est évidente chez quelques-uns; mais la plupart se sont laissé séduire, et j'en vois plusieurs , dans le nombre, qui étaient de mes amis. La résolution que je pris^ de ne pas entrer dans leur voie^ les irrita contre moi, et je fus en butte à leurs railleries. Moi, je ne m'emporte ni ne réponds ; mais , certes , je m'afflige d'avoir découvert en eux tant de méchanceté I
Plaignons-les^ et reconunandons-les tous ail Seigneur. Tout nous prouve que la civilisation, le savoir, l'histoire , les maximes emphatiques ne sont jamais un
sûr rempart contre la barbarie : il y faut encore un autre élément^ la vertu ! — Et les gâte-métier de nos jours ont voulu faire sans elle! Les calamités présentes ne nous conduiront pas, je l'espère, à un bouleversement total et sans terme, comme tant de personnes le craignent. Après de rumeuses sottises et des guerres
inutiles, les hommes en reviemient à préférer les bienfaite de laloi^ à ces cbarlataneries de la fausse Ii))ertée et alors se renouTellent les saintes initiations à la charite, alors se refont les habitudes sociales et pieuses. Oiose admirable , cependant! vous^ moi, tous les ÏÈomBbu, quel que soit Tétat du monde , dans les années paisible^; dans les années de sang, — tous , nous pomronirefiiplir noblement notre devoir : c'est-à-dire cherdiev notre pèlerinage sur la terre, en faisant le bien et «rriTer ainsi à la maison du Père céleste. De quai nous plaignons-nous?